Si le funeral doom en général repousse les limites du metal – en lenteur, en lourdeur, en tristesse –, c’est sur le terrain de la longueur que Bell Witch s’est particulièrement illustré, notamment sur le monumental Mirror Reaper (2017), et plus encore sur Future’s Shadow Part 1: The Clandestine Gate (2023), première partie formée d’une seule chanson de près d’une heure et demie (!) d’un édifice encore plus vaste. Mais lors de ses collaborations avec le musicien de dark folk Aerial Ruin, la musique du duo revient à des dimensions plus humaines. C’était le cas sur le premier volume de Stygian Bough (2020), et c’est toujours le cas sur le deuxième, sorti en novembre. Et paradoxalement, c’est peut-être dans ce format plus conventionnel que Bell Witch parvient véritablement à montrer toute l’étendue de son talent…
Sur ces quatre morceaux d’une dizaine de minutes, il n’est en effet pas question de réduire l’espace déployé par les musiciens, et encore moins de diluer leur intensité émotionnelle. Qu’elle prenne la forme d’un funeral doom épuré (« Waves Became The Sky »), d’un riff chargé de menace entrelacé d’ambient minimaliste (« King Of The Wood »), de folk délicate (l’ouverture de « From Dominion ») ou de longs solos lyriques (la fin de « The Told And The Leadened »), la musique qui résulte des efforts conjoints de ces deux projets a l’élégance aérée d’une cathédrale, tour à tour imposante et fragile, toujours habitée. De quoi explorer une vaste palette de sentiments, du désespoir le plus nu à l’élévation la plus vertigineuse, échos peut-être du tout aussi immense et fouillé Rameau d’or de James Frazer – une somme sur les mythologies et les religions – où les musiciens sont allés puiser leur inspiration, et renouer avec une sorte de classicisme – au sens de doom traditionnel, voire de classic rock – qui rappelle parfois leurs compatriotes de Pallbearer. Dans la droite lignée du premier volume mais bénéficiant d’une production plus ambitieuse, Stygian Bough Vol. II permet à tous les musiciens impliqués de briller – la basse gronde, la batterie ancre les passages les plus éthérés, les voix, toujours claires cette fois-ci, emplissent l’espace – et donne à la condition humaine des dimensions de tragédie.
L’album en écoute :
Album Stygian Bough Vol. II, sorti le 14 octobre 2025 via Profound Lore Records. Disponible à l’achat ici



























