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Interview   

Bent Sea : pour l’amour du grind


Passé de Scarve à Soilwork, puis à Megadeth, sans même parler de sa multitude de projets et travaux de session, Dirk Verbeuren a eu une carrière remarquablement ascensionnelle. Il le doit avant tout à sa discipline, à sa persévérance, bien sûr à son talent, et peut-être à une toute petite pincée de chance, comme il le reconnaît lui-même. Mais ce qui caractérise le batteur belge, c’est aussi son humilité, intacte après toutes ces années. Il a beau avoir touché au firmament du metal, il n’a jamais quitté la base, l’underground. La preuve avec le trio grind Bent Sea, dans lequel il joue la guitare en plus de la batterie. Un projet très personnel qu’il a fondé pour tester sa propre créativité, crier son amour pour le grindcore et, accessoirement, évacuer ses frustrations envers « l’humanité qui fait connerie après connerie », sorte de complément de son autre exutoire Savage Lands davantage centré sur l’action positive.

Après la série des Instagrind qui l’a vu collaborer avec pléthore d’artistes de renom, Bent Sea a publié en fin d’année dernière son nouveau méfait : The Dormant Ruin. C’est donc à cette occasion que nous nous sommes entretenus avec le musicien à l’enthousiasme communicatif. Il évoque avec nous l’origine du projet et sa passion pour une musique plus riche et créative que certains veulent le croire. Généreux en anecdotes, il rentre dans des sujets qui lui tiennent à cœur, comme l’écologie, et d’autres plus intimes. Bienvenue dans le monde de Verbeuren.

« La première chose sur laquelle j’ai joué en tant que batteur, c’était des gros Tupperware où on range les jouets et des boîtes en carton. J’avais des règles en bois en guise de baguettes ! Après cinq minutes, j’avais les mains ensanglantées [rires]. »

Radio Metal : Bent Sea a vu le jour en 2011. C’est ta femme qui t’a encouragé à écrire ta propre musique, tu as tenté le coup et le résultat c’était ce projet. Tu avais côtoyé de très bons compositeurs que ce soit au sein de Scarve ou de Soilwork : avais-tu une appréhension à te mettre toi-même à la composition ?

Dirk Verbeuren (batterie & guitare) : Oui, carrément. J’ai composé dès le départ pour Scarve – par exemple sur la démo de 1994, il y a un titre qui est basé sur un truc que j’avais écrit –, mais c’est vrai que le fait de bosser avec des gens comme Patrick Martin et Sylvain Coudret, puis plus tard Peter Witchers et Ola Frenning de Soilwork, c’est intimidant quand on n’est pas vraiment guitariste. Je n’ai pas fait énormément de guitare quand j’étais jeune, je me suis surtout focalisé sur la batterie. J’en jouais un petit peu, mais je me disais qu’à côté d’eux, ce n’était même pas la peine. C’est un peu cet état d’esprit que j’avais quand ma femme m’a dit : « Mais si, je pense que tu peux le faire. Il faut juste que tu tentes. » Elle m’a convaincu et je m’y suis mis sans vraiment avoir de trajet en tête. J’ai commencé par improviser plein de trucs à la batterie. Puis je me suis dit : « Je prends ma guitare et on verra bien ce qui se passe. » Ça a donné Noisetalgia. C’était le point de départ de Bent Sea.

Justement, tu joues la guitare dans ce groupe, en plus de la batterie. Quel est ton rapport à cet instrument ?

Quand j’étais très jeune, à environ six ans, mon premier instrument était le violon. J’ai donc assez tôt appris à utiliser mes mains de cette façon. Mon père jouait de la guitare, donc il y avait toujours une guitare acoustique et parfois électrique à la maison. Il me montrait parfois un ou deux trucs, mais ce n’était pas super sérieux. Quand je me suis dit que j’allais essayer, je me suis dit que j’allais utiliser les connaissances que j’avais du violon et, à part ça, être tout simplement spontané et jouer à ma façon, sans me poser de questions sur la technique, les accords ou les choses que je ne connais pas. C’est marrant, parce que j’en parlais à un moment donné avec Kiko Loureiro, le guitariste de Megadeth à l’époque, et il me disait : « En fait, je pense que c’est un avantage pour toi. Comme tu comprends bien la musique, mais que tu as une approche pas conventionnelle à la guitare, qui n’est pas basée sur la théorie, etc., tu écris des trucs très originaux que probablement je ne pourrais jamais écrire, parce que je navigue trop dans un monde où il y a certaines règles. » Je me suis dit que, peut-être, il avait raison, c’est cool ! [Rires]

C’est drôle que tu te sois développé comme batteur, alors que tu as commencé sur le violon.

Il y avait beaucoup de musique classique chez mes parents. Ils écoutaient plein de choses, pas seulement ça, mais quand même beaucoup de classique. J’ai donc grandi avec ça depuis tout jeune. J’étais en Belgique à l’époque, en 82 ou 83, et l’école avait un programme de musique un peu novateur, ne proposant que des instruments classiques à des jeunes enfants. Je me suis dit pourquoi pas le violon. Ma tante en avait un qu’elle n’utilisait plus, donc elle nous l’a prêté pour que je puisse suivre ces cours. Ça a été le départ de ma vie de musicien. J’avais six ans et j’ai continué jusqu’à douze ou treize ans, mais à dix ou onze ans, je commençais à écouter des musiques beaucoup plus rebelles. J’étais toujours fan de Prince, qui était encore très pop, mais après, c’était les Beastie Boys, Run DMC, LL Cool J, Public Enemy, etc. Beaucoup de rap de l’époque. Je faisais aussi du skateboard, donc j’étais dans ce monde-là. Après, ça a évolué vers Megadeth, Metallica, Slayer, etc.

C’est surtout en écoutant Dave Lombardo que je me suis dit : « Putain, c’est monstrueux ce qu’il fait à la batterie ! » Ça a été une rampe de lancement pour moi. Idem avec les premiers Napalm Death. La première chose sur laquelle j’ai joué en tant que batteur, je n’avais pas encore de kit à l’époque, c’était des gros Tupperware où on range les jouets et des boîtes en carton. Je me suis construit un kit comme ça – j’avais des règles en bois en guise de baguettes ! J’étais avec mon pote, nous mettions Scum et From Enslavement To Obliteration et nous jouions là-dessus. Lui gueulait et moi je tapais. Après cinq minutes avec les règles en bois, j’avais les mains ensanglantées [rires]. Ça m’a donné le virus ! Donc mon père a fini par dire : « Il faut peut-être qu’on te trouve une batterie. » Son cousin qui était batteur de jazz, mais qui ne jouait plus, a dit à mon père : « J’ai un vieux kit. Si tu veux, je te le file pour deux cents francs. » C’était mon premier kit.

« Même si je suis dans un groupe connu et qui a une certaine réputation dans le monde, je suis toujours très attaché dans mon cœur à l’underground et à la musique qui se fait sans prétention commerciale, qui est juste une expression de soi. »

En 2011, on retrouvait déjà Sven de Caluwé au chant, mais aussi Devin Townsend à la basse. Je pense que l’association avec Sven est assez évidente, puisqu’il est un compatriote belge death metalleux. Concernant Devin, le lien s’est fait au moment où tu as participé à son album Deconstruction ?

Absolument. Je me suis toujours vraiment bien entendu avec Devin. Nous avons un excellent rapport. Ce qui s’est passé est que lorsque nous avons fait Deconstruction, il se sentait un peu mal de ne pas pouvoir me rémunérer comme, selon lui, je le méritais. Il m’a donc dit : « Si un jour je peux faire quelque chose pour toi, dis-moi ! » Peut-être un an après, il a fait une série de quatre concerts à Londres, où il jouait sur chacun un album en entier – Ki, Addicted, Deconstruction et Ghost – et, évidemment, je faisais partie du concert de Deconstruction. Nous nous sommes donc retrouvés pour répéter. Je suis allé chez lui et je lui ai dit : « Tu sais, ce que tu m’avais dit ? En fait, j’ai un projet et ce serait excellent si tu jouais de la basse dessus. » Nous avons pris juste une après-midi, je lui ai montré des riffs en live et il a enregistré direct, parce que… c’est Devin ! Il apprend en deux secondes, sachant qu’en plus, ce n’était pas super compliqué. Il m’a aussi offert de produire le disque, donc il a fini par le mixer et le masteriser. De toute façon, je voulais que ce soit spontané – c’est le mot qui me revient toujours avec Bent Sea. Je ne vais pas dire que ce n’est pas réfléchi, mais je veux vraiment capturer l’énergie du moment. En ce sens-là, je savais que lui serait capable de faire ça, car il a toujours un million de choses à faire ; il a dû se dire qu’il allait consacrer trois ou quatre heures à ça, et c’était parfait, c’est ce que je voulais. Nous nous sommes éclatés.

Comment le remplacement de Devin par Shane Embury s’est-il fait ensuite ?

Nous étions aussi potes depuis longtemps avec Shane. Pour moi, c’est une grande inspiration. Comme je disais, en grandissant, Napalm Death était l’un des groupes qui m’ont motivé pour devenir musicien. Comme nous nous connaissions et que je savais que Devin serait trop occupé pour continuer l’aventure, à un moment, j’ai dit à Shane : « Est-ce que ça te brancherait ? Je sais que tu fais déjà du grind et que probablement la dernière chose que tu veux, c’est en faire encore plus, mais j’ai ce projet. Il n’y a pas d’obligation. Si tu as envie, quand tu peux, d’enregistrer de la basse… » Il est venu chez moi, car il y avait un concert à Los Angeles et il avait un jour off. La première basse que nous avons faite ensemble, c’était dans ma baraque. C’était pour les splits que nous avons faits avec Usurpress et To Dust. J’avais une série de morceaux que nous avons enregistrés aussi assez rapidement, car Shane s’y connaît dans le genre. C’est un honneur pour moi de bosser avec lui et avec Sven qui, pour moi, sont parmi les meilleurs dans leur genre respectif, ainsi que des personnes excellentes. J’aime bien m’entourer de gens avec qui je m’entends et je partage une même vision de la musique. Même si je suis dans un groupe connu et qui a une certaine réputation dans le monde, je suis toujours très attaché dans mon cœur à l’underground et à la musique qui se fait sans prétention commerciale, qui est juste une expression de soi. Si c’est très anti-commercial et qu’on ne vend que cinq copies, ce n’est pas grave, ce n’est pas pour ça qu’on le fait. J’ai toujours cet esprit-là en moi, c’est très important.

Le nom du projet Bent Sea vient d’un morceau du duo expérimental Endvra. Ça n’a rien à voir avec du grindcore : qu’est-ce qui t’a parlé dans ce nom et cette image d’une « mer tordue » ?

J’ai toujours adoré Lovecraft, donc ça m’a rappelé ça et l’album en question d’Endvra, où on retrouve le morceau « Gods Of The Bent Sea », est très lovecraftien. C’est ambient et très glauque. Lors des été 94 et 95 où nous bossions beaucoup avec Scarve, j’étais à Nancy et je passais beaucoup de temps dans mon appartement, dans le noir, avec juste une lumière pour lire Lovecraft et Endvra en bande-son. Ça m’a beaucoup marqué. Ce qu’ils faisaient était nouveau pour moi, je ne connaissais vraiment pas ce genre de musique. Quand il était temps de trouver un nom pour mon projet, je ne voulais pas faire un truc typique, gore et destructeur qui a déjà été utilisé dix mille fois. A un moment j’ai pensé à ça et je me suis dit que ce serait un nom unique et différent, et à la fois, il y a quand même un côté un peu bizarre et glauque. Ça collait. Je n’ai jamais eu peur de faire les choses un peu différemment à ce niveau-là. C’était pareil avec Scarve : le nom, c’était parce que nous ne voulions pas prendre un mot qui existait. Nous voulions créer quelque chose.

Le nom du premier EP, Noisetalgia, est assez explicite et annonçait d’emblée les intentions du projet, comme une manière de renouer avec une tradition, une qualité, un savoir-faire du passé : trouves-tu la scène grind changée ? As-tu une vraie nostalgie ?

C’était un titre personnel pour moi plutôt qu’un commentaire sur la scène. Je trouve que le grind a beaucoup évolué au fil des années, avec des trucs vraiment supers qui se font encore aujourd’hui. Je suis fan de groupes comme Gridlink, Shock Withdrawal, etc. Ce sont des groupes qui, même s’ils font du grind, ont vraiment poussé le style dans des directions intéressantes. Pareil avec des groupes comme Feastem et Rotten Sound, les classiques qui continuent de faire de la super musique. C’était donc plutôt une connexion à ces vieux albums – évidemment, les Napalm Death, Terrorizer, Repulsion, etc. – qui m’ont inspiré. Quand ce moment est arrivé où je me suis dit que j’allais écouter ma femme et tenter le truc, et que j’ai commencé à enregistrer les batteries, je me suis retrouvé avec un paquet de morceaux assez courts avec beaucoup de blast, je me suis fait la réflexion : « C’est bizarre, en dehors de mes sessions avec Sublime Cadaveric Decomposition, je n’ai jamais fait de grind. Pourquoi ? Alors que c’est une des musiques qui m’ont le plus influencé dans ma vie et ont été vraiment importantes pour moi. » Ça m’a un peu choqué parce qu’en plus de vingt ans, à l’époque, je n’avais jamais fait ça. Je me suis dit que c’était le moment. Noisetalgia est venu un peu de là. J’ai renoué avec cette musique, je me suis mis à écouter tout ce que j’écoutais quand j’avais quinze ou seize ans. C’est ce qui m’a inspiré.

« Ma première réaction après avoir acheté Scum était de me dire que je ne comprenais rien. Puis c’est devenu un de mes albums préférés de toute ma vie. »

Le grind est un genre souvent vu comme bas du front voire peu musical : qu’est-ce qui te plaît et te passionne dans cette musique ? Qu’y trouves-tu ?

Je pense que c’est l’énergie primale. On a tous ça en soi. La rapidité et la brutalité du grind, du death metal, du black metal, etc. m’a toujours parlé. Le premier album qui m’a vraiment mis une baffe comme ça, c’était Reign In Blood qui, évidemment, est encore dans le genre thrash metal, mais c’est presque du death. Même si le style de guitare est un petit peu différent du death metal, l’énergie s’en rapproche. Ça m’a donc toujours parlé d’une façon presque animale ; c’est une réaction physique qui te donne envie de tout arracher. Le grind a poussé cette approche à l’extrême, surtout des groupes comme Napalm Death. A l’époque, tout le monde se demandait ce qu’était ce bruit. Ma première réaction après avoir acheté Scum était de me dire que je ne comprenais rien. Puis c’est devenu un de mes albums préférés de toute ma vie. C’est difficile à décrire. C’est une réaction intense et un truc qui continue de me donner de l’énergie jusqu’à ce jour. Quand je suis dans le bon état d’esprit et que, par exemple, je mets le dernier Rotten Sound, ça me donne envie d’aller derrière ma batterie, de blaster, d’écrire des morceaux. C’est cet enthousiasme. Ça me plaît !

C’est vrai que parfois c’est un peu bas du front et je comprends tout à fait que les gens puissent le voir comme ça, mais, à la fois, tous ceux qui savent ce que ça requiert de jouer ce style de musique savent que, même quand c’est assez « basique », c’est extrêmement intense. Le grind n’est pas du tout facile à faire. Ça demande énormément d’énergie physique et de précision. Même pour les groupes qui ne sont pas trop axés là-dessus, il ne suffit pas de s’asseoir et de faire. Il faut vraiment s’y dédier. Je me suis bien rendu compte en bossant sur Bent Sea que c’était intense ! C’est pour ça que les morceaux font souvent une minute, parce qu’il faut une pause [rires].

Justement, l’une des caractéristiques des morceaux de grind, c’est leur caractère intense et expéditif, avec des timings très courts. En l’occurrence, The Dorment Ruin, c’est vingt titres pour trente-trois minutes. Comment compose-t-on un morceau de grind ?

J’ai une approche un peu à l’envers car je commence toujours avec la batterie. Pour cet album en particulier, j’étais en Suède, à Stockholm – j’étais encore dans Soilwork à l’époque –, et mon avion pour revenir ici à la maison, aux Etats-Unis, ne partait que le lendemain matin, donc j’avais une après-midi et une soirée pour moi. J’ai donc appelé Daniel Bergstrand, qui a produit tous les albums de Scarve et n’est pas loin de Stockholm, et je lui ai demandé : « Est-ce que tu as le temps pour qu’on se voie ? » Il m’a dit : « Oui, il n’y a personne dans le studio. Viens, on peut s’amuser. » J’y suis donc allé. Nous avons vite fait installer une batterie et des micros. J’ai improvisé quarante-trois morceaux, ou quelque chose comme ça. C’était : il appuie sur enregistrement, j’improvise un truc, si c’est cool, au suivant. « Qu’est-ce qu’il me vient dans la tête ? Ok, je fais ça et je vois ce que ça donne. » C’était super spontané, car ça a toujours été l’esprit de Bent Sea. J’avais donc toutes ces batteries depuis plusieurs années. Mon impression était que ce n’était pas top, donc je ne voulais pas trop écouter, j’en avais un peu honte [petits rires]. C’était fun mais je ne savais pas s’il y avait des choses bien. Plus tard, j’étais désormais dans Megadeth, nous étions en tournée et je me suis dit : « Tiens, je vais ouvrir les fichiers et écouter. » J’étais agréablement surpris. Ce n’était pas du tout aussi mal que je pensais, il y avait des supers trucs. J’ai donc commencé à sélectionner les morceaux que je trouvais bien. C’était la base de la composition pour cet album. Tous les morceaux de Bent Sea se sont toujours faits de cette façon.

Ensuite, je prends ma guitare et, pareil, je mets un morceau en sélectionnant au pif, je commence à jouer, je vois ce qui me vient en tête sur le moment et j’enregistre. Si, le jour d’après, ça me plaît toujours, je continue, et si je me dis que c’est naze, je jette le morceau ou j’essaye de le refaire différemment, j’efface les guitares et je vois ce qui me vient d’autre maintenant. Il s’agit vraiment d’essayer de piocher dans l’énergie du moment. Je trouve que c’est une bonne métaphore pour la vie parce qu’elle nous tire toujours dans toutes les directions et on nous dit d’apprécier le moment. C’est une chose à laquelle j’aspire. Evidemment, je ne réussis pas souvent parce que c’est dur avec tout ce qu’on a, entre les e-mails, les réseaux sociaux, le boulot et tout ce qui nous bombarde constamment, mais c’est vraiment important pour moi de penser parfois à s’arrêter et d’apprécier des choses simples. C’est un peu cette approche que j’ai avec Bent Sea : au lieu de réfléchir à ce que je vais faire, à la façon dont je vais composer un morceau de grind, je n’y réfléchis pas du tout, justement, je m’y mets et je le fais. Une fois que c’est fait, je lui donne un peu de temps, je juge et je réécoute, et si ça me botte, c’est cool. Il n’y a donc pas du tout de règle. C’est aussi pour cette raison que l’album est assez varié, car je ne me dis pas : « Ça ce n’est pas assez grind. » Je m’en tape complètement de ce que les autres peuvent penser, car chaque personne aura sa propre définition de ce qu’est le grind.

« Justin Brodrick, Mitch Harris, etc., sont les héros de ma jeunesse, et donc de ma vie, car ce sont des gens qui m’ont montré ce qui était possible, qu’il n’y avait pas de règle. »

En effet, on remarque que Bent Sea ne fait pas juste du pur grind, on voit sur The Dorment Ruin que tu y intègres d’autres éléments que ce soit de black ou d’industriel. Pour toi, le grind serait-il un état d’esprit avant d’être une musique codifiée ?

Oui, certainement. Dans le sens pratique, j’adhère aux règles du style, aux morceaux courts et explosifs, mais c’est vrai que niveau riffs et mélodies, il y a une liberté quasi totale. J’aime aussi mettre des morceaux un petit peu plus groove. Quand From Enslavement To Obliteration sortait et qu’en dehors du premier morceau, c’était du blast en continu, c’était cool, parce que c’était nouveau et personne n’avait jamais vraiment fait ça, mais maintenant, quarante ans plus tard, personnellement, je trouve que c’est bien d’avoir un peu de variété. Parfois, un blast est plus efficace quand il vient après un passage lent ou que tu n’attends pas. C’est vraiment un état d’esprit, avec le côté punk où tout ne doit pas être parfait et précis, ainsi que l’aspect commentaire social et sur le monde dans les textes. Après, musicalement, c’est une expression de moi, de ce que je ressens, de ce que j’aime, de ce qui me vient sur le moment. Pour moi, c’est suffisant. Je ne me sens pas obligé de faire quoi que ce soit. Je ne dois rien à personne en ce sens. C’est pareil pour les auditeurs : certains vont aimer, d’autres pas, pas de problème, c’est parfait. Il y a plein d’albums de grind dans lesquels piocher, donc si tu n’aimes pas Bent Sea, c’est bon [rires].

Ton approche peut finalement rappeler celle de groupes comme Brutal Truth ou Napalm Death, qui n’hésitent pas à varier les plaisirs, en intégrant d’autres éléments, de l’expérimentation, du groove ou des sonorités plus industrielles voire atmosphériques…

Carrément. Un de mes albums préférés de grind de tous les temps, c’est Need To Control de Brutal Truth et il est très varié. A l’époque, on ne s’attendait pas à ce que ça ouvre avec un morceau presque industriel, super lent et glauque. La façon dont cet album était construit m’a toujours mis une grosse baffe. Pareil pour Napalm Death et toute leur carrière. Quand certains albums sortaient, comme Fear, Emptiness, Despair, je ne comprenais pas trop, j’étais un peu déçu, puis au fil des années, c’est devenu un de mes album préférés de Napalm Death. C’est tellement unique et différent, il y a une atmosphère qu’on retrouve sur quasi aucun autre de leurs albums, avec une production très sombre. Je pense que c’est très important de mettre différents éléments. Ce qui m’a beaucoup influencé à l’époque où j’ai composé les morceaux pour The Dorment Ruin – car ça faisait déjà pas mal d’années qu’ils étaient faits côté guitare et batterie –, c’était des groupes comme Ævangelist et Dodecahedron, donc des groupes black très tordus et bizarres, avec des atmosphères super sombres, beaucoup de dissonance, etc. J’ai voulu amener ça dans Bent Sea. Les influences black et industriel qu’on entend viennent donc un peu de ça, et de Godflesh toujours. Je suis un énorme fan de Godflesh : ils maitrisent comme personne les notes qui ne vont pas ensemble, frottent et créent une ambiance pas confortable, et j’adore ça.

« Stifled And Dreaming » est très inspiré Godflesh.

Oui, carrément ! D’ailleurs, je vais te dire un truc que personne ne sait trop encore : j’ai fait remixer ce morceau par Justin Brodrick. Ça va sortir dans pas trop longtemps.

Justin qui a fait partie de Napalm Death. Tout est un peu lié…

Exactement. Ce sont les héros de ma jeunesse, et donc de ma vie, car ce sont des gens qui m’ont montré ce qui était possible, qu’il n’y avait pas de règle. Je trouve ça impressionnant que tous ces mecs qui étaient dans Napalm Death au début soient partis dans toutes ces directions différentes, entre lui avec tous ses projets, Mitch Harris qui m’a mis à fond dans la musique électronique, Lee Dorian avec Cathedral et ses autres projets doom qui étaient complètement à l’opposé, et même Nicholas Bullen qui, encore à ce jour, fait des trucs expérimentaux. Je trouve ça vraiment top. Ça montre qu’il ne s’agit pas de rester confiné à se dire qu’il faut que ce soit rapide avec des morceaux d’une minute. Non, tu peux faire ça, mais tu peux aussi faire des choses complètement différentes et toujours garder ta personnalité. Des mecs comme Justin Brodrick et Mitch Harris sont des exemples parfaits pour ça. Shane Embury aussi, évidemment ; il est toujours dans Napalm Death, mais tous ses autres projets, comme Dark Sky Burial, c’est complètement différent, j’adore.

Quels sont tes albums de chevet dans le grind ? Enfin, tu viens d’en citer un déjà…

Les autres, ce sont les premiers Napalm Death : Scum et From Enslavement To Obliteration. C’est Murderworks de Rotten Sound qui contient, je trouve, une des meilleures séquences de morceaux : la façon dont les six ou sept premiers s’enchaînent, c’est toujours un truc que j’essaye d’obtenir quand je fais mes tracklists. C’est vraiment parfait, ça continue sans cesse de devenir plus extrême, ça te met une baffe incroyable. Ils ont fait ça de façon magistrale, en dehors du fait que c’est aussi, au niveau batterie, un des meilleurs albums de grind. Ce que Kai Hahto faisait est injouable, mais c’est monstrueux ! Il faut aussi citer Carcass : les deux premiers, Reek Of Putrefadction et Symphonies Of Sickness, étaient des albums de grind exemplaires. Il y a aussi le premier Old Lady Drivers, World Downfall de Terrorizer, Horrified de Repulsion… Les classiques, les albums qui ont mis le style en avant, notamment tout ce qui est sorti sur Earache au départ, j’étais super fan et j’adore toujours.

« J’ai eu un bol incroyable, dans le sens où toutes mes grosses opportunités sont toujours arrivées à des moments où c’était nécessaire. […] Je n’avais aucune idée que le coup de fil de Soilwork allait arriver. Pareil avec celui de Dave Mustaine. Et voilà, regarde ma carrière maintenant. »

Tu as parlé de Need To Control de Brutal Truth : c’est un album qui t’a inspiré le morceau « My Fall », sur lequel on retrouve, justement, Kevin Sharp.

Absolument. C’était une façon pour moi de rendre hommage à leur style et à ce que je disais par rapport à cet album et à son ambiance glauque. Encore une fois, ce n’était pas forcément réfléchi. Je ne me suis pas dit que j’allais essayer de faire un morceau dans ce style. C’est plus que, quand j’ai enregistré la batterie un peu groove et que j’ai commencé à mettre des riffs dessus, je me suis dit que ça me rappelait ça. Inconsciemment, évidemment, ça m’a influencé. Comme j’ai connu Kevin Sharp au fil des années au travers de Shane et que je l’ai rencontré ici et là, je me suis dit : « Bon, je tente le coup. On ne sait jamais, ce serait génial s’il voulait chanter dessus. » C’est aussi un morceau dont le texte signifie beaucoup pour moi, parce que c’est un hommage à ma mère qui est décédée en 2016. C’était vraiment un morceau que je voulais voir être un peu spécial et sortir du lot. Normalement, je ne voudrais pas que Sven ne soit pas sur un morceau, mais pour celui-là, ça avait du sens. Kevin a tout de suite accepté et a fait sa magie. Je suis très fier de ce morceau.

Tu mentionnes l’hommage à ta mère. Plus précisément, le texte a été inspiré par quelque chose qu’elle t’a dit à la fin de sa vie. Que t’a-t-elle dit, si ce n’est pas indiscret ?

C’est quelque chose qui nous a énormément marqués ma femme et moi. J’habitais aux Etats-Unis et elle était en France, donc nous sommes allés lui rendre visite car elle n’était pas bien. C’était l’automne, nous parlions à un moment des feuilles qui tombent et elle a eu une pensée : « C’est aussi mon automne à moi. » Ça nous a vraiment mis une grosse baffe. C’était un de ces moments où nous nous sommes dit qu’elle se rendait compte que ça n’allait probablement pas bien se terminer. Nous le savions tous, mais c’est le genre de chose qui est très difficile à dire quand on est avec une personne qu’on aime, avec sa mère pour moi et sa belle-mère pour ma femme. On essaye d’avoir un état d’esprit positif, d’avoir toujours de l’espoir. J’ai gardé de l’espoir jusqu’au dernier moment, parce que c’est impossible de faire autrement, même si tout indique que les chances sont très maigres. Après, avec ma femme, quand nous sommes revenus chez nous, nous en avons parlé et nous nous sommes lit : « Putain, c’était vraiment profond avec la façon dont c’est arrivé. » Quand est venu le moment d’écrire ce texte, je me suis inspiré de cette phrase. C’était un moment que je n’oublierai jamais.

Tu as déclaré que ta mère t’avait beaucoup soutenu plus jeune et qu’elle était toujours prête à t’écouter. Plus tard, elle et ton père venaient te voir en live. Dirais-tu que ton excellence, ta réussite prend sa source dans cet environnement familial ?

Absolument. Je ne peux pas dire à quel point je dois tout à mes parents. Je connais plein de gens qui n’ont pas forcément été soutenus de cette façon et leur chemin a souvent été beaucoup plus tortueux et difficile. S’ils ont réussi, il y en a aussi plein qui ont divergé vers autre chose. Evidemment, ce n’est pas le seul facteur, mais le fait que mes parents m’aient toujours soutenu, qu’ils aient cru en moi, qu’ils m’aient laissé partir à Nancy, après avoir obtenu mon bac, faire le CMCN à l’époque – devenu maintenant la Music Academy International – et m’embarquer dans cette aventure quand même effrayante d’un point de vue de parents a beaucoup joué. Même s’ils savaient que j’avais du talent à la batterie, j’aurais complètement pu partir dans une direction qui était n’importe quoi. Au départ, c’est clair qu’ils étaient quand même un peu inquiets, mais je pense qu’ils ont vu assez rapidement que j’étais très sérieux. J’ai fondé Scarve quasiment en arrivant à Nancy, je suis devenu prof au CMCN presque directement une fois que j’ai terminé mes études. Ils se sont dit : « Ok, c’est clair qu’il veut vraiment ça. »

Mais malgré le fait que je leur ai montré de toutes les façons possibles que c’était ce que je voulais faire, il y avait chez eux l’idée de vouloir que je réussisse dans ce que j’aime. Je n’ai pas d’enfant, donc je ne peux pas vraiment parler de ce que c’est d’être parent en ce sens, mais pour moi, c’est incroyable. Mes parents venaient tous les deux de familles assez pauvres où ce n’était vraiment pas facile de se faire une vie, d’autant moins dans un secteur avec des incertitudes incroyables comme la musique. Je n’avais aucune idée que j’allais atterrir dans un groupe comme Soilwork, encore moins dans Megadeth. C’est donc un risque énorme. Ça aurait pu mal se terminer. J’en suis parfois presque arrivé à un moment où j’arrêtais tout et je faisais autre chose, or je n’avais pas du tout d’éducation pour aller faire autre chose, donc dans quoi j’aurais atterri ? Je ne sais pas. Mais eux m’ont fait confiance. Je leur dois tout. Ma maman n’est plus avec nous, mais mon papa et sa copine, jusqu’à ce jour, viennent me voir avec Megadeth et soutiennent tout ce que je fais, ils mettent les t-shirts, etc. Ça n’a jamais changé. Nous jouions au Zénith l’année dernière et ils sont venus nous voir. Il y a des gens qui hallucinaient : « Qu’est-ce que vous faites là ? » Car mon père va avoir quatre-vingts ans et ils voient bien que ce n’est pas le fan typique, mais c’est génial. Ces moments-là me font trop marrer [rires].

« L’envergure que Savage Lands a prise nous a mis une baffe. Pour moi, la musique a un pouvoir énorme dans ce sens-là, notamment dans ce style où les gens sont ouverts et conscients qu’il se passe des choses. »

Tes parents comprenaient-ils ta musique quand tu leur faisais écouter ?

Mon papa, oui. Il s’est vraiment mis dedans, jusqu’au point où je lui ai filé tous les albums d’Hypocrisy, car il adorait ce groupe. Il s’est vraiment mis dans le style que nous faisions avec Scarve puis avec Soilwork. C’était marrant, Soilwork était en tournée avec Hypocrisy et j’ai demandé à Peter Tägtgren : « Penses-tu que le label pourrait t’envoyer ta discographie ? C’est pour mon père » [rires]. Il s’est marré et il a dit : « Absolument, je vais t’arranger ça. » Ma maman, je ne sais pas à quel point elle comprenait parce qu’elle était plus dans la musique classique, bien qu’elle aime aussi d’autres styles, mais c’était évidemment moins brutal. Mais je peux dire avec certitude qu’elle adorait mon jeu de batterie. Même quand j’ai eu mon kit et que j’étais encore à la maison avec eux, à chaque fois que je m’entraînais, j’étais dans la petite chambre à coucher au-dessus de la cuisine où elle bossait, préparait les repas, etc., j’étais en train de jouer du Suffocation, Obituary, etc., et je descendais après deux heures, tout en sueur et elle me disait : « J’adore ce que tu joues ! » [Rires] C’était ma mère, génial.

Tu as évoqué des périodes où tu as failli tout arrêter. C’était quand et comment as-tu rebondi dans ces moments-là ?

J’ai eu un bol incroyable, dans le sens où toutes mes grosses opportunités sont toujours arrivées à des moments où c’était nécessaire. La première fois où je me suis vraiment posé des questions sur le futur, c’était vers 2003 ou 2004, juste avant que je commence à jouer avec Soilwork. J’approchais les trente ans et même si je croyais vraiment en Scarve et en la musique, je commençais aussi à me dire : « Ca nous coûte de l’argent plus qu’autre chose. Même si j’adore ça et que je pense qu’on va devenir de mieux en mieux, est-ce vraiment possible de faire carrière en tant que groupe français de metal extrême ? » Depuis, Gojira a prouvé que c’est possible – c’est incroyable, j’adore leur histoire et le groupe – mais à l’époque, ce n’était pas encore prouvé, ils étaient un peu au même niveau que nous, et il n’y avait aucun groupe français, en dehors un peu de Trust, qui avait fait carrière à l’international dans le metal. Même les groupes excellents comme Loudblast, Agressor, Supuration, Massacra, etc. n’ont jamais vraiment percé à l’international. J’en suis donc arrivé à un point où je me suis dit que j’allais avoir trente piges et que je n’allais pas pouvoir continuer comme ça, à faire des petits boulots ici et là, à écrire pour des magazines et à faire des cours de temps en temps, c’était trop sporadique. C’est à ce moment-là que Laurent [Merle] de Listenable m’a dit : « Tiens, il y a Peter Witchers de Soilwork qui me demande si je peux lui donner ton numéro de téléphone. » C’est comme ça que j’ai atterri dans Soilwork. C’était d’abord une tournée, puis ils m’ont demandé si je voulais rejoindre le groupe. J’ai mis plus d’un mois à me décider, car j’étais totalement attaché à Scarve, mais au final, c’est ce qui m’a permis d’en faire ma vie, car Soilwork était à un tout autre niveau. Une fois que j’ai commencé à tourner avec eux, je me suis bien rendu compte que c’était autre chose, qu’il y avait encore beaucoup de choses que nous ne savions pas avec Scarve. J’ai donc dû trancher.

Douze ans plus tard, c’était pareil avec Megadeth. J’en étais arrivé à un point avec Soilwork où je me sentais un petit peu limité, parce que j’avais l’impression que le groupe n’allait plus grandir et que nous étions arrivés à un plateau. Financièrement c’était dur. Même si je gagnais ma vie avec le groupe, j’étais obligé de constamment bosser. Une fois que nous rentrions de tournée, il fallait tout de suite que je fasse des cours, des sessions, etc. Tout ça donne peut-être l’impression que je me plains de choses excellentes, mais il n’y avait pas de temps de repos et je commençais vraiment à être épuisé et à me dire : « C’est dur de continuer comme ça. Si le groupe était un petit peu plus grand et qu’on gagnait un petit peu mieux notre vie, la vie serait beaucoup plus cool et j’aurais le temps d’avoir parfois des vacances. » Avec ma femme, nous étions mariés depuis plus de quinze ans la première fois où nous sommes allés en vacances ! Car nous n’avions jamais le temps ni l’argent pour le faire. C’était donc notre vie à cette époque, et là, je reçois un coup de fil inopiné pour Megadeth au milieu d’une tournée avec Soilwork [rires]. C’est toujours mon message pour mes étudiants en batterie : « Persévérance. N’arrête jamais, parce qu’une fois que tu sors de ce milieu, certainement tu n’auras pas de chance, mais tant que tu es dedans, même quand c’est dur, même quand tu as envie d’arrêter et que tu te dis que ça ne le fait pas, essaye le plus possible de trouver un moyen de continuer, parce que tu ne sais jamais ce qui va arriver demain. » Je n’avais aucune idée que le coup de fil de Soilwork allait arriver. Pareil avec celui de Dave Mustaine. Et voilà, regarde ma carrière maintenant.

« Apathy And Irony » parle de l’indifférence des gens pendant qu’on est en train de détruire la planète. Cette musique est-elle, en partie, le réceptacle de tes frustrations ?

Absolument. C’est parfait. Ça me permet de mettre tous les trucs qui m’énervent, avec l’humanité qui fait connerie après connerie. Evidemment, il faut rester positif au maximum, d’où Savage Lands que j’ai fondé avec Sylvain Demercastel qui est un ancien pote et musicien avec qui j’ai commencé au tout départ. J’essaye de contribuer comme je peux avec ma personne et ma carrière. Mais il y a aussi l’aspect frustration qui fait qu’on a parfois envie de dire : « Fuck you all! » Ça va dans Bent Sea car ça colle musicalement et avec l’énergie de la musique. Ça reflète aussi le côté socio-politique que j’ai adoré depuis le départ chez Napalm Death ou Carcass qui était végan – Bill Steer était aussi dans Napalm Death, d’ailleurs. Maintenant, je suis végan depuis plus de dix ans et végétarien depuis vingt ans. Je sens une fraternité avec les gens qui ont cet état d’esprit, qui suivent leur passion et disent : « Non, je ne vais pas suivre tout ce qu’on nous impose et nous apprend automatiquement. Je vais y réfléchir, je vais regarder et si je ne suis pas d’accord, je change. » Je suis végan purement protestation contre la façon dont les animaux sont traités dans l’industrie agriculturale. Pour moi, c’est inacceptable et c’est très facile de ne pas en faire partie, parce qu’il y a plein d’options de nos jours. A l’époque où les gars Carcass le faisaient ou quand ma femme a commencé dans les années 80, c’était très dur. Aujourd’hui, il n’y a donc aucune raison pour moi de ne pas le faire.

« Préserver la biodiversité est la clé du futur pour tout le monde. Les niveaux de carbone fluctuent, on peut les contrôler, etc., mais une fois que la biodiversité est détruite, on ne peut pas la faire revenir par magie et c’est fini pour nous, on ne survivra pas. »

Je ne prêche pas à ce niveau-là, même dans mes textes. C’est juste pour que les gens réfléchissent à ces sujets, que ce soit dans « Apathy And Irony », qui parle de la destruction de la planète, ou dans d’autres morceaux qui sont beaucoup plus ouvertement pro-animaux et contre l’industrie animale. Ce n’est jamais dans l’idée de prêcher et de dire aux gens de faire ci et ça. Si je te dis à toi : « Nicolas, il faut vraiment que tu deviennes végan », tu vas me dire : « Mais t’es qui toi pour me dire ce que je dois manger ? » Et je comprends tout à fait, car si quelqu’un me dit la même chose, je leur répondrai pareil. C’est plus pour que les gens aient de l’information et regardent ; maintenant, on peut s’informer et faire des choix éduqués. Après, c’est à chacun de faire ce qu’il se sent capable de faire. Je ne juge pas, mais pour moi, c’est important que les choses soient dites et que les gens les sachent, car ces industries font tout pour tout cacher. Si les gens voyaient ce qui se passe, tout le monde serait révolté. C’est pour ça qu’on voit très rarement des images dans ces endroits. Ça ne se montre pas parce que c’est inacceptable.

On connaît ton engagement écologique, tu as mentionné Savage Lands. Crois-tu réellement au pouvoir de la musique – et notamment de la musique extrême, qui n’est finalement pas pour tout le monde – pour changer les choses ou créer une prise de conscience ?

Oui. Je pense que les metalleux, notamment, sont des gens qui ont une tendance à être assez ouverts d’esprit. Nous l’avons tout de suite vu. Quand nous avons commencé Savage Lands, nous ne savions pas trop à quoi nous attendre, mais la réaction a été tellement positive et énormément de choses se sont passées très rapidement, nous permettant d’atteindre en l’espace de deux ans des buts que nous nous étions fixés pour quatre ou cinq ans. Par exemple, le fait de protéger littéralement des forêts, d’acheter des terrains avec des partenariats pour pouvoir les protéger et, évidemment, planter des arbres. Ça s’est fait très vite et c’est largement grâce au soutien des metalleux. Il y a non seulement le Hellfest qui nous a énormément soutenus dès le départ, mais aussi des fans, des gens qui venaient au Hellfest qui nous ont soutenus, que ce soit par des donations, en participant à nos projets ou en en parlant à leurs potes ou sur leurs réseaux sociaux. L’envergure que ça a prise nous a mis une baffe. Nous pensions que ça allait plutôt bien se passer, mais ça s’est passé encore mieux. Pour moi, la musique a un pouvoir énorme dans ce sens-là, notamment dans ce style où les gens sont ouverts et conscients qu’il se passe des choses, au niveau planétaire, qui sont assez évidentes et qu’il y a moyen d’agir. Si tout le monde agit comme il peut, je pense qu’on peut faire la différence. C’est le message important avec Savage Lands, que je reflète aussi un petit peu dans Bent Sea. On parle toujours de carbone et tout, mais pour nous, il s’agit de préserver la biodiversité. C’est la clé du futur pour tout le monde. Les niveaux de carbone fluctuent, on peut les contrôler, etc., mais une fois que la biodiversité est détruite, on ne peut pas la faire revenir par magie et c’est fini pour nous, on ne survivra pas. C’est scientifiquement évident depuis longtemps déjà. C’est donc très important de préserver ce qui nous reste, ce qui n’est déjà pas grand-chose.

Trouves-tu que le sujet du carbone a tendance à éclipser d’autres sujets écologiques d’importance ?

Oui. C’est un peu notre discours avec Savage Lands. Evidemment, ce n’est pas pour minimiser l’importance d’un carbone mieux géré, mais les gens ne se rendent pas compte qu’il y a constamment de nouveaux challenges pour la biodiversité. C’est ainsi que Savage Lands existe, car Sylvain, habitant au Costa Rica, s’est rendu compte durant la pandémie que, soudain, il y avait un afflux de gens qui venaient, achetaient des terrains et coupaient tout. Ils ont mis de nouvelles conduites d’eaux et ainsi de suite, donc des terrains qui n’étaient pas habitables auparavant le devenaient. Il s’agit d’éducation, au final, de montrer aux gens que oui, on peut acheter un terrain et y mettre une grosse baraque, une piscine, etc., mais gardez au moins une partie de votre terrain sauvage parce que, sinon, bientôt, il n’y aura plus rien, il n’y aura plus de singes et tous les animaux qui sont une des raisons pour lesquelles les gens viennent au Costa Rica. S’ils n’ont plus d’habitat pour vivre, ils disparaîtront. Tous les jours, il y a des espèces qui disparaissent dans l’Amazonie et ailleurs pour ces raisons précises. Encore une fois, quand une espèce disparaît, elle ne revient pas. Il y en a certaines, comme les pandas, qui sont tellement iconiques qu’on bosse dessus et qu’on arrive à les préserver, mais pour chaque panda préservé, il y a trente espèces de grenouille dont tout le monde se fout, pour lesquelles personne ne va faire ce genre d’effort, qui disparaissent – car une grenouille ne parle pas de la même façon aux gens. Sauf que tous ces liens sont importants. La biodiversité est un équilibre. On le voit avec les océans : une fois que ça commence à être déséquilibré, tout se déséquilibre. Les requins, c’est un énorme problème : il y en a beaucoup trop peu maintenant, ça permet à d’autres espèces toxiques pour l’océan de proliférer et ça fait effet domino.

Malheureusement, je pense qu’on n’en a pas vu la fin, mais c’est pour ça que c’est tellement important d’en parler. Même dans Bent Sea qui, musicalement, est un projet purement de passion pour moi, c’est important d’y injecter ça et de dire aux gens d’arrêter d’être apathique, de faire quelque chose. Ça peut être pas grand-chose. Je dis aux gens : il ne faut pas forcément être végan, on n’a pas besoin d’abandonner la viande ou ce qu’on aime manger, mais mangez végétarien une fois par semaine. C’est facile à faire, ça changera le monde. Si tout le monde faisait ça, je ne te dis pas ! Les gens n’y pensent pas, mais ce sont des solutions très simples qui peuvent avoir un effet positif monstrueux dans le monde.

« Je n’ai jamais utilisé Spotify dans ma vie, je refuse. Je m’en tape un peu de tous ces services. Mais Bandcamp, c’est bien parce que ça rémunère les artistes. Ces derniers n’ont jamais été aussi bien rémunérés dans toute l’histoire de la musique enregistrée qu’avec ça. »

L’album se termine sur le morceau titre qui est purement ambiant, avec des bruits de vagues. C’est l’idée de calme après la tempête ?

C’est exactement ça et aussi l’idée : « Voilà ce qu’il reste après que tout a été détruit. » Le morceau qui précède, « Erased From The Earthly Crust », c’est l’apocalypse, maintenant tout est foutu, on crève parce qu’il ne reste plus rien pour survivre. Ensuite, c’est la fin. Il y a aussi un côté à la Lovecraft, parce que j’aime bien mettre ça, avec les images de monstres indescriptibles qui règnent à nouveau sur le monde. C’est marrant, parce que, autant tout ce dont je viens de parler est très sérieux, autant il y a aussi un part de fantastique et de science-fiction dont je ne peux pas m’échapper, parce que j’ai grandi avec et j’adore ces images que Lovecraft provoque. On se fait d’ailleurs toutes ces images dans sa tête, car en réalité, il ne décrit pratiquement rien. C’est le génie de ses bouquins : il ne décrit jamais rien et tu te crées des films toi-même. Si tu mentionnes telle ou telle histoire, je peux m’imaginer ce que j’imaginais la première fois que je les ai lues. C’est ça « The Droment Ruin ».

Cette ruine endormie, c’est donc cette mer après l’apocalypse, mais il y a aussi un deuxième sens : « dorment » veut aussi dire quelque chose qui est présent, mais on ne s’en rend pas compte. Ça renvoie à l’idée que si les gens ne se rendent pas compte qu’on est en train de tout détruire, ça arrivera. C’est ce qu’on retrouve sur la pochette : c’est un peu fantastique, mais un peu sérieux aussi. Tout est lié. C’est presque un album concept, même si je ne le qualifierais pas comme tel, parce que ce n’est pas forcément le point focal de Bent Sea. Mais il y a bien cette idée : « Ouvrez vos yeux et faites quelque chose, car c’est déjà là. » J’avais aussi écrit un texte pour Soilwork, qui est un titre bonus et s’intitule « The End Begins Bellow The Surface », parce que la fin commence avant qu’on s’en rende compte. Comme on est tous dans nos vies et qu’on a nos habitudes… En apparence, dans notre vie quotidienne, pas grand-chose ne change, même si on voit peut-être des trucs ici et là. Ça peut être très simple, comme la disparition des insectes : je sais que dans certaines régions du monde, ça commence à être vraiment apparent qu’il y a beaucoup moins d’insectes qu’il y a cinquante ou soixante ans. On n’y fait pas forcément attention, mais ce sont des exemples concrets de ce qui se passe quand la biodiversité disparaît et quand on laisse des corporations nous vendre des produits non testés proprement, qui détruisent beaucoup trop, car tout est basé sur le capitalisme et le profit. Si nous, les consommateurs, on ne résiste pas, ça continuera jusqu’à ce qu’il n’y ait plus rien, car eux, ces gens qui mènent ces corporations, se foutent complètement des conséquences et de la manière dont ça nous affecte. Ce sont des Trump. Le seul truc qui compte pour eux, c’est le pouvoir et l’argent. Eux vivent dans leur monde de riches où ils ont tout ce qu’ils veulent à chaque instant. Il y a des exceptions, mais malheureusement, en général c’est ce genre de personnes qui arrivent à la tête de structures.

Je sais que c’est assez sombre, mais c’est la vérité ! On le voit tous les jours. Je ne regarde même plus les nouvelles depuis des années, parce que c’est trop déprimant et j’ai déjà vu où ça va. Plutôt que de passer mon temps à regarder ça et à me lamenter, j’essaye d’agir et de faire ce que je fais avec Savage Lands et Bent Sea, pour développer ces concepts et dire aux gens : « Regardez ce qu’il se passe. Il faut participer. Il faut faire quelque chose. » Comme je le disais, ça peut être à un petit niveau. Il y a une personne qui nous disait : « J’adore ce que vous faites avec Savage Lands, du coup, j’ai acheté un petit terrain derrière ma maison et j’essaye de le garder sauvage et de l’entretenir. » C’est monstrueux. C’est exactement ça. Ces petites choses font une différence. Les gens ne s’en rendent pas compte, ils ne se disent jamais qu’ils font un grand changement dans le monde, mais si chacun faisait un truc dans le genre, les corporations n’auraient techniquement plus rien à nous vendre. Au final, les consommateurs ont tout le pouvoir.

Durant la pandémie, tu avais mis en place la série des Instagrind, des singles collaboratifs avec des membres de Nasum, Inter Arma, Municipal Waste, Revocation, Rotten Sound, etc. que tu sortais régulièrement. Comment as-tu réussi à mettre ça en place ?

J’avais déjà tellement de musique. The Dorment Ruin était fini. L’album suivant aussi, en instrumental. Il va sûrement sortir d’ici un an ou deux, mais il est terminé depuis 2019 de mon côté. Il faut juste le temps que Sven et Shane trouvent le temps de faire leurs parties et que tout s’organise, car ce sont des gens très occupés. Je me suis dit que je n’allais pas leur filer encore plus de morceaux parce qu’ils en avaient déjà quarante [rires]. Je me suis donc demandé ce que je pouvais faire. J’avais encore de l’inspiration et des idées, alors j’ai dit : « Je vais demander à des gens qui m’inspirent, que j’aime, s’ils veulent bien participer. » C’était aussi parti d’une blague avec Adair Daufembach, qui est mon producteur et pote avec qui je fais énormément de boulot ici à Los Angeles depuis sept ou huit ans. Nous rigolions un jour en nous disant qu’Instagram devait être Instagrind et qu’il devrait y avoir des morceaux de grind d’une minute. A l’époque, avant les reels et tout, les vidéos faisaient une minute maximum. Je lui ai dit : « Moi, je vais faire Instagrind, tu verras ! »

« Le fait que Tomas Lindberg ne s’en soit pas sorti, c’était dur. Jusqu’à encore aujourd’hui, j’ai du mal à y faire face. Ça a dû être très difficile. Il était beaucoup trop jeune. C’était un mec en or. »

La règle de départ était que les morceaux ne dépassent pas une minute et que je puisse les poster sur Instagram. Initialement l’idée était de les sortir uniquement sur cette plateforme, mais j’avais Bandcamp, donc j’ai pensé que j’allais les mettre dessus aussi car j’adore Bandcamp. Pour moi, c’est l’anti-Spotify. Je n’ai jamais utilisé Spotify dans ma vie, je refuse. Je m’en tape un peu de tous ces services. Mais Bandcamp, c’est bien parce que ça rémunère les artistes. Ces derniers n’ont jamais été aussi bien rémunérés dans toute l’histoire de la musique enregistrée qu’avec ça. Au départ, c’était tout pour les labels et Bandcamp, c’est le seul format où ça se passe autrement. Je vends un truc pour dix dollars, j’en reçois huit. Ça devrait – et ça aurait toujours dû – être comme ça, car, putain, je suis l’artiste ! Je trouve ça génial que ça existe et j’espère que ça continuera, que ça ne changera pas. Tout le monde avait peur quand Epic Games l’a acheté, mais pour l’instant, ça reste pareil. Bref, Instagrind, c’était tout simplement une manière de continuer sans saturer mes pauvres compères Sven et Shane [rires], et puis aussi de rendre hommage à des gens, à leur groupe, que je respecte et de mettre les projecteurs sur eux, des gens comme Dave Witte qui a même enregistré une batterie pour un morceau et est un mec que j’adore absolument.

On retrouvait aussi sur « Quietus » Tomas Lindberg qui nous a tout récemment quittés. Tu as dû être très touché par sa disparition.

Oui, carrément. C’est marrant que tu dises ça, parce que j’y ai beaucoup pensé ces derniers jours. En ce moment, j’écoute At The Gates en boucle. La semaine dernière, j’ai joué « Blinded By Fear » ici à Los Angeles, lors d’un concert caritatif qui se fait tous les ans par Metal Injection. C’est vraiment dur pour moi. Ça m’a vraiment touché quand Tomas est parti, parce que, déjà, on n’était pas conscient à quel point il était malade. Ils ont gardé ça assez secret. Je savais un petit peu par Shane qu’il avait des problèmes, mais je ne savais pas à quel niveau, jusqu’à cette annonce officielle qui s’est faite assez tardivement. Le fait qu’il ne s’en soit pas sorti, c’était dur. Jusqu’à encore aujourd’hui, j’ai du mal à y faire face. Ça a dû être très difficile. Il était beaucoup trop jeune. C’était un mec en or.

J’ai eu la chance de faire deux concerts avec At The Gates en remplaçant Adrian [Erlandsson], parce qu’il était bloqué en Angleterre à cause de problèmes de visa – comme tu le sais, ces dernières années, c’est devenu très difficile d’obtenir des visas, même pour des gens qui ont fait ça toute leur vie. Ils m’ont appelé à la dernière minute : « Est-ce que tu peux venir dans deux jours et faire ces concerts avec nous jusqu’à ce qu’il puisse venir ? » J’ai appris le set en vingt-quatre heures et je suis parti. C’était un honneur immense, car je suis un grand fan d’At The Gates et ce sont des gens excellents, super cool. Notamment avec Tomas, nous avons vraiment vécu des supers moments pendant ces quelques jours où j’ai fini par faire deux concerts avec eux. Ça m’a marqué. Après, évidemment, je lui ai demandé : « Tiens, est-ce que tu veux faire un morceau pour Bent Sea ? » Il a tout de suite dit oui. En quelques semaines, c’était fait. Il l’a fait exactement dans son style, ce que je voulais. Je n’avais aucune idée à l’époque que quelques années plus tard, il ne serait plus avec nous. On en revient à cette idée de vivre dans le moment présent, de profiter de ce qu’on a, parce qu’on ne sait pas quand ça va se terminer. Ma maman est un exemple ; Tomas en est un autre d’une personne que je respectais énormément et dont je suis devenu proche. C’est vraiment triste de voir quelqu’un partir beaucoup trop tôt comme ça et dans les conditions dans lesquelles il est parti – on ne le souhaite à personne, c’est horrible.

Sur la page Bandcamp, il est précisé : « De nouvelles flambées surviendront de manière inattendue. Restez vigilants. » Est-ce que ça veut dire que l’Instagrind n’est pas terminé ?

Absolument. Il y en a plus qui vont venir. Je n’ai pas trop eu le temps de m’y consacrer parce que la vie a tout simplement été trop chargée et il fallait aussi que je sorte The Dorment Ruin qui était déjà dormant depuis des années, qui était sous la surface et attendait d’émerger tel Cthulhu dans la mer tourmentée [rires]. Il a fallu que je lui donne la priorité, donc Instagrind a été un peu mis en retrait, mais ça va venir. J’ai aussi un projet : nous allons refaire la production sur tous les morceaux existants car depuis, nous avons de meilleurs moyens. Mais il y en a d’autres qui sont en route. Je pense qu’il faudra encore quelques années. Peut-être qu’il y aura un morceau ici et là, on verra si j’arrive à terminer des choses. Au final, je veux aussi sortir ça en vinyle comme projet à part, parce que ça fait quand même partie de Bent Sea, même si c’est une approche différente. Je trouve que c’est un aspect cool avec les formats actuels : on peut faire ça un peu de la façon dont on veut, tout ne doit pas être album-tournée, comme les labels le veulent. Je ne suis lié à rien et je peux tout faire exactement comme ça me chante. C’est une liberté artistique que j’admire chez des gens comme Justin, Shane, Mitch Harris, James Plotkin – un mec avec qui j’ai aussi collaboré récemment, ça sortira un de ces jours. J’aime ce côté « on fait ce qu’on veut à notre façon, il n’y a pas de règle ». Instagrind, c’est vraiment cette idée.

Tu as conservé un peu ce côté collaboratif/invité dans The Dormant Ruin, puisqu’on retrouve Kevin Sharp au chant sur un titre mais aussi Sylvain Coudret et John Cooke aux guitares leads. Ambitionnes-tu de faire de Bent Sea plus qu’un groupe ou un projet, mais une sorte de collectif ou de rassemblement ?

Dans un sens, ça l’est déjà. Sylvain fait mes solos depuis Noisetalgia parce que, dans le domaine, je suis assez naze. Je peux faire certaines choses, mais lui, j’adore sa façon de jouer, j’ai toujours été super fan. Son guitariste préféré, c’était Van Halen, et pour moi, c’est Trey Azagthoth, or je trouve que les deux se rapprochent beaucoup : Azagthoth est la version death metal de Van Halen. Je lui dis toujours : « Joue à ta façon, mais tant qu’il y a du Van Halen et du Azagthoth dedans, je serai content. » Pour moi, c’est la personne idéale pour faire des solos. John Cooke, ça s’est fait de façon très spontanée parce qu’il était avec Shane quand ce dernier a fait ses basses en studio en Angleterre pour The Dorment Ruin. Shane m’a dit : « John m’a demandé s’il devait faire quelques solos. » J’ai dit : « Bien sûr, vas-y, éclate-toi ! » Ce n’était pas du tout planifié, mais en tant que grand fan de Napalm Death, et John étant une personne que j’adore, c’était excellent à faire. Au final, oui, c’est un collectif, car nous ne tournons pas, nous ne faisons pas de live. J’espère quand même qu’un jour nous pourrons faire quelques concerts, ce serait super cool, mais à ce moment-là, je ne sais pas qui sera dispo. Shane est l’une des personnes les plus occupées dans le monde de la musique. Idem concernant Sven ; il a toujours quinze mille projets sur le feu et il tourne énormément. On verra comment ça se passera, mais j’aime cette idée de collectif. Je n’y ai pas trop pensé consciemment, mais tant que c’est centré autour du line-up de base – Sven, Shane et moi –, le reste peut beaucoup fluctuer.

Interview réalisée en visio le 19 décembre 2025 par Nicolas Gricourt.
Retranscription & traduction : Nicolas Gricourt.
Photos : Hannah Verbeuren.

Bandcamp officiel de Bent Sea : bentsea.bandcamp.com.

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