Cela fait trente ans que les Black Bomb A occupent le devant de la scène hardcore française. Un groupe costaud, soudé, qui traverse les années et s’efforce de faire évoluer sa musique sans perdre son ADN. Depuis Human Bomb, en 2001, un premier album qui aura fait date, le groupe a égrené ses opus et surtout écumé les scènes françaises et européennes avec son son et sa rage. Parce que Black Bomb A, c’est avant tout un groupe né pour s’éclater sur scène : c’est là que les cinq compères donnent la pleine mesure de leur envie de mettre le bordel. Cette énergie qu’ils déploient devant leur public, les Black Bomb A ont voulu l’encapsuler, brute et intacte, dans leur huitième album, Unbuild The World. Un disque condensé, redoutablement efficace, mais qui montre aussi l’ambition du groupe de se renouveler, de surprendre, de proposer de nouveaux sons.
Un renouvellement dans le line-up aussi, puisque Pierre Jacou et Hervé Coquerel ont laissé la place à Jordan Kieffer et Etienne Treton, après respectivement douze et vingt-deux ans de service, à la basse et à la batterie. De quoi alimenter la machine à changement. Sam (Snake) et Poun, à la guitare et au chant depuis les débuts de Black Bomb A, nous en disent plus sur tous ces changements et sur cet album qu’ils ont manifestement hâte de défendre sur scène. Une discussion composée à quatre-vingt-quinze pour cent de musique et cinq pour cent de politique, dont… Sandrine Rousseau qui s’est invitée sans le savoir dans la discussion.
« Ça peut être des sentiments négatifs, parce que parfois on a besoin de passer par le négatif pour pouvoir se rendre compte de certaines choses et s’ouvrir, mais c’est principalement du positif : lâcher prise, avoir une certaine liberté, se sentir libre dans ce système où ça devient de plus en plus difficile. »
Radio Metal : La sortie de ce nouvel album se fait cinq ans après le précédent. Comment avez-vous vécu cette période ?
Poun (chant) : Pas mal, c’était bien [rires]. Non, un peu comme tout le monde pendant la période de Covid-19, nous étions confinés. Nous avons sorti l’album précédent en 2018, donc nous avons eu le temps de tourner pendant un an, et après il y a eu le Covid-19, qui a bien cassé les pattes de tout le monde. Avec Black Bomb A, nous composons un peu dans l’urgence, donc nous avons laissé un peu aller les choses.
Sam (guitare) : Nous avons attendu le dernier moment [rires]. Non, je plaisante…
Poun : Il y a un peu de ça, parce que nous avons repris la composition il y a six ou sept mois. Nous avons pas mal tourné. Nous sommes un groupe de scène. C’est excitant de faire de nouveaux morceaux, mais à ce moment-là, nous n’avions pas très envie de nous remettre dans les répétitions. Nous aimons surtout faire de la scène.
Sam : Et puis nous avons changé de batteur et de bassiste il y a un an, en intégrant un nouveau (Jordan Kieffer à la batterie, NDLR) et un vieux (Etienne Treton à la basse, qui avait déjà officié dans le groupe de 2004 à 2011, NDLR). C’est tout frais. Ça a été très rapide, nous sommes très vite partis sur la route, en tournée avec Crowbar avec eux. C’était aussi une manière de nous retrouver et de nous découvrir, parce qu’avec Jordan, nous ne nous connaissions pas. La tournée finie, nous sommes rentrés et nous nous sommes tout de suite mis à l’écriture de cet album. Ça a été relativement vite : nous avons commencé au mois de juin dernier et nous avons plié ça en trois mois.
Est-ce que le changement de line-up a changé quelque chose dans votre façon habituelle de composer les chansons ?
Poun : Oui, complètement. Sam peut plus en parler, parce qu’ils ont bossé tous les trois sur l’aspect musical, Etienne, Jordan et lui.
Sam : Nous avons vraiment construit des idées de morceaux tous les trois. Nous avons beaucoup travaillé chez Jordan, notre nouveau batteur, qui lui, fait aussi un peu de prod de son côté, donc il a de quoi maquetter. C’était un peu nouveau pour nous de travailler avec quelqu’un qui, directement, pouvait tout enregistrer au moins en maquette propre. Nous ne fonctionnions pas forcément comme ça avant. Ça a été d’ailleurs plutôt agréable. Il y avait beaucoup de motivation et de bonne humeur, c’était vraiment cool. Nous nous sommes tout de suite bien captés et bien entendus avec Jordan, musicalement. Il a aussi amené une nouvelle patte musicale. C’est vraiment très intéressant et ça a aidé à lancer de nouvelles idées musicales, à aller de l’avant, à apporter un renouveau.
Avant, vous fonctionniez comment ?
Poun : Il y a eu différentes façons de bosser dans Black Bomb A. Parfois, nous n’avons pratiquement fait des albums que sur MAO, c’est-à-dire à ne bosser qu’à la maison, sur ordinateur, à trouver des formules, des riffs et des machins. D’autres fois, nous nous sommes mis à bosser pendant un mois dans le studio, à brainstormer ensemble…
Sam : A ne faire que de la répétition, sans forcément maquetter, et puis partir en studio comme ça.
Poun : Je pense qu’avec le timing que nous avions, cette nouvelle façon de faire était plutôt correcte, parce que nous n’avions que trois mois avant d’entrer en studio, et nous avons été assez efficaces.
Sam : En gros, avec Jordan et Etienne, nous avons fait trois sessions d’une semaine, et puis nous nous sommes un petit peu échangé des trucs par Internet, notamment pour envoyer des idées d’instrus aux chants, parce que nous avons tous une sorte de home studio à la maison.
Poun : A la maison, nous avons toujours le logiciel ouvert : tu branches le micro, tu peux lancer des idées et maquetter.
« Nous sommes des éponges, donc nous sommes le reflet de notre société. »
Les nouvelles recrues avaient donc toute marge de manœuvre pour participer à la création.
Sam : Oui, clairement. Après, j’avais quand même préparé pas mal d’idées de morceaux, de riffs, etc. chez moi, que j’ai proposées à Jordan et Etienne. Nous avons beaucoup tourné autour de ça. Certains ont marché direct, d’autres, nous avons trifouillé un peu ensemble. Ça a été vraiment super cool, parce qu’il y avait une grande envie de se découvrir musicalement.
Poun : Nous connaissions le jeu d’Etienne, mais il avait arrêté la musique depuis un petit moment, et il est revenu avec plein d’idées différentes et d’autres envies. Et Jordan a apporté un autre jeu de batterie, différent de celui d’Hervé.
Hervé est quand même resté vingt-deux ans dans le groupe. Pourquoi est-il parti ?
Il n’y a pas vraiment de secret : il a passé vingt-deux ans chez nous, mais il n’avait pas que nous, il a Loudblast avec qui il joue depuis près de quarante ans. Je pense qu’il est un peu fatigué, ce qui arrive à n’importe quelle personne.
Sam : Il y avait la fatigue de la route, le fait qu’il n’aime pas forcément le studio… Il a eu envie d’autre chose, tout simplement, ce qui peut tout à fait se comprendre. Nous restons amis, il n’y a pas de souci.
Une fois la composition terminée, comment s’est passé l’enregistrement ?
Poun : Pour l’ICP, Sam y est allé avec Jordan.
Sam : Oui et avec Francis Caste, qui a produit l’album. Nous sommes partis tous les trois à Bruxelles, pendant trois jours, pour enregistrer les batteries. Ça a été relativement vite, mais ça a été une super belle expérience parce qu’ICP est vraiment un endroit génial.
Poun : C’est un super studio assez renommé où pas mal d’artistes vont, parce qu’il y a une super room, et puis il y a du matos de dingue. Quand Jordan est arrivé là-bas, il était complètement fou : « Oh putain, il y a ces caisses claires, il y a ça et ça ! » Je n’étais pas là-bas, mais ils m’ont raconté.
Sam : Oui, c’est un gros studio renommé, qui a enregistré énormément de groupes de rock, comme Within Temptation. C’était vraiment une belle expérience, parce nous nous sommes retrouvés enfermés tous les trois H24. C’était notre première expérience du studio avec Jordan ainsi que Francis, avec qui nous n’avions pas encore enregistré d’album complet. Ça a été relativement vite, parce que dès que nous sommes rentrés d’ICP, nous avons tout de suite enchaîné, j’ai direct enregistré la guitare chez Francis, au studio Sainte-Marthe.
Qu’est-ce qu’il a apporté en termes de production ?
Poun : Son oreille, déjà. Souvent, en tant que groupe, tu arrives avec ton idée et la vision de l’album que tu veux concrétiser, ce qui est bien, mais tu n’as pas forcément la science infuse, tu n’as pas raison sur tout et c’est bien d’avoir une oreille externe. Quand tu fais confiance à un producteur, ce n’est pas seulement pour qu’il pousse des boutons. C’est aussi pour qu’il amène son oreille et sa vision de ton groupe. Je pense qu’il a vraiment su nous capter. Nous avions déjà bossé avec lui sur l’album d’avant, il avait fait le basse-batterie et le mix. Là, nous voulions faire la totalité avec lui.
Sam : Nous lui avions envoyé les maquettes et il avait déjà sa petite idée sur comment faire sonner tout ça à sa manière, tout en écoutant nos envies et nos idées. Tu arrives toujours avec des idées et des sons que tu adores, mais ce n’est pas non plus l’objectif de faire des pâles copies. Il faut trouver sa patte. Il a vite pris une direction et ça a marché.
Quelle est l’expérience sonore que vous avez eu envie de créer pour les auditeurs ?
Poun : Comme souvent avec Black Bomb A, nous avons essayé de faire un parallèle avec la scène, où c’est un exutoire, quelque chose de poussé au maximum. A chaque album, nous essayons d’avoir cette même énergie, de retransmettre l’intensité de la scène, et donc ça passe par le son.
« Le harcèlement, ça me fout les boules. Je pourrais être presque violent, mais ce serait me rabaisser, me mettre à la même hauteur que ces personnes-là. Il faudrait que ça cesse. »
C’est un album assez court, dix titres et deux interludes. Est-ce aussi lié à cette idée d’intensité ?
Oui, et nous avons appris à nous dire que quand on met quinze morceaux sur un album qui dure cinquante-cinq minutes, l’auditeur décroche. Surtout dans la société de consommation dans laquelle on est, les gens écoutent le premier ou deuxième morceau, puis ils passent à [l’album] suivant… Ils n’écoutent pas forcément la fin. Nous essayons de faire un condensé d’énergie et d’aller à l’essentiel. Après, c’est une vision ; je ne crache pas sur les albums qui durent une heure, mais je crois qu’il y en a quand même de moins en moins.
Sam : Nous avons fait des albums de quatorze ou quinze titres, mais c’est vrai que toi-même, quand tu te retrouves à jouer en live, à faire ta setlist, tu ne peux pas jouer tous ces titres.
Poun : Tu as plus de morceaux, donc tu es plus dans la merde pour faire ta setlist et savoir ce que tu vas mettre. Déjà, quand tu as trente ans d’expérience et huit albums, tu te dis : « On va jouer ça, ça, mais il faut enlever celui-ci… », sinon tu joues une heure et demie. Au maximum, il nous arrive de jouer une heure et quart ou une heure vingt, mais je trouve qu’une heure trente, c’est un peu trop. C’est plein d’énergie, il y a très peu de temps de pause dans Black Bomb A, c’est toujours intense, donc je pense que tu perds dix piges si tu joues une heure et demie ou deux heures.
Sam : Il vaut mieux garder ton public, qu’il reparte en disant : « J’en reveux ! » Plutôt que : « Putain, c’était long… »
Poun : Il faut aussi prendre soin de son public ! [Rires]
Il y a globalement une ambiance un peu dystopique dans cet album. Vous êtes-vous imprégnés de l’atmosphère générale, avec la pandémie, les guerres, etc. ?
Sam : J’ai d’ailleurs eu le Covid-19 pendant la réalisation de l’album !
Poun : Ils étaient tous les trois covidés, parce qu’ils ont bossé ensemble sur le son, donc ils se sont mélangé leurs miasmes et sont tombés malades tous les trois, mais ils ont quand même continué à composer, même covidés. Mais oui, nous sommes un peu des éponges. Nous ne nous disons pas que nous devons absolument parler de tel ou tel sujet pour coller à l’époque ou quoi que ce soit. Je pense que nous sommes un peu le reflet de notre époque. Tu as beau avoir vingt, trente ou cinquante ans, tu prends ce que tu as à prendre, et tu le vois peut-être avec des yeux différents, mais tu as toujours des choses à exprimer. Je pense que c’est toujours un peu comme ça dans Black Bomb A : nous avons envie de parler de choses qui nous touchent, qui nous ont touchés, que nous avons envie de décortiquer, de faire une espèce d’analyse par rapport à soi-même, sans forcément dire : « Ecoute bien ce que je dis. » C’est plus comme une espèce d’introspection ou de cure. Il s’agit de se faire du bien en les écrivant, en chantant et en les exorcisant.
On retrouve pas mal d’éléments électroniques et des sons très actuels. Je crois que vous parliez d’un Black Bomb A 2.0… Comment fait-on pour garder son ADN tout en faisant évoluer son son ?
Sam : Il faut avancer avec son temps et aussi savoir proposer autre chose. Nous n’allons pas sans arrêt refaire les mêmes albums.
Poun : Je pense que l’ADN reste là, tout en proposant autre chose. Il ne s’agit pas forcément de se mentir et d’être une pâle copie d’autre chose. Nous avons essayé des pistes que nous avions déjà envie d’essayer, comme par exemple ce côté électro pour lequel Arno a amené pas mal de choses. Jordan en a amené aussi. Il était temps d’essayer des choses un peu différentes. Il fallait aussi trouver des moments de repos dans l’album. C’est intense, ça part direct, et au bout de deux ou trois morceaux, il y a cet interlude qui fait un peu respirer.
Sam : Ça aide aussi à lier des titres.
Poun : Sans être un concept album.
Quelle émotion avez-vous envie de provoquer chez vos auditeurs ?
Tout un tas de sentiments. Ça peut être des sentiments négatifs, parce que parfois on a besoin de passer par le négatif pour pouvoir se rendre compte de certaines choses et s’ouvrir, mais c’est principalement du positif : lâcher prise, avoir une certaine liberté, se sentir libre dans ce système où ça devient de plus en plus difficile.
« Nous n’avons pas forcément envie de détruire. C’est ce qui a toujours été fait jusqu’à présent, mais pourquoi pas déconstruire pour réorganiser les choses autrement, avec d’autres éléments, d’autres façons de penser ? »
Quels sont les leviers musicaux pour convoquer l’émotion ? On parle souvent des interactions entre ta voix, Poun, et celle d’Arno, mais y a-t-il d’autres choses ?
Oui, ça se travaille aussi au niveau de la musique, c’est les intensités que nous voulons donner. Ce n’est pas que sur l’originalité du double chant, en passant d’un extrême à l’autre, d’un chant grave à un chant aigu. Ça y participe, bien sûr, mais ce n’est pas que ça, Black Bomb A. Il y a aussi cette histoire d’amitié : ce n’est pas qu’un groupe de musique, c’est un groupe de potes, parce que nous partons sur la route, parce que nous nous enfermons dans un studio, parce qu’il y a des hauts et des bas, parce que c’est la vie.
Sam : Nous avons besoin que ça se passe comme ça pour le bon fonctionnement du groupe. Nous n’allons pas prendre Jordan Kiefer parce que c’est le meilleur batteur du monde… Enfin, pas uniquement parce que c’est le meilleur batteur du monde ! Bon, tu couperas ce passage [rires]. Mais oui, l’humain, c’est très important.
Avec ta voix, Poun, tu explores des techniques très différentes, rien qu’entre « Crashboys » et la suivante « Raise No Flag », ou encore dans « The Fraud ». Comment travailles-tu ça ? Comment vois-tu le « rôle » de ta voix ?
Poun : La voix est un instrument, donc il s’agit d’aller chercher et essayer tout un tas de choses. Il ne faut pas forcément se mettre en avant, mais faire partie de la chanson et parfois se mettre dans un rôle, par rapport au texte, au son, etc. Dans « Crashboys », je n’ai pas forcément la même voix que sur les autres morceaux. C’est une voix qui tape plus dans les aigus, alors que sur les autres morceaux c’est moins flagrant, même si ma voix reste bien sûr quand même dans les hautes fréquences. C’est de l’interprétation. Et puis, il faut explorer, rechercher le frisson, la vibe. Je bosse à la maison, donc comme ils m’envoient les morceaux, je me prends une après-midi tranquille, j’essaie des choses, des harmonies, etc. Je m’éclate comme ça. Je leur envoie le résultat et j’attends patiemment qu’ils me disent : « C’est mortel ! » Et s’il n’y a pas de réponse, je fais : « Bande de connards… » [Rires] J’attends quand même l’aval de mes copains.
Vous avez un invité dans le clip de « Crashboys », puisque Wattie Buchan de The Exploited vous appelle…
C’était juste un clin d’œil, parce que nous avions fait le morceau « Burning Road » ensemble sur l’album From Chaos. Nous y avons pensé pendant l’enregistrement du morceau en studio : « Tiens, ce serait marrant que pendant le morceau, il y ait Wattie qui nous appelle en mode ‘Je n’en ai rien à faire, allez-vous faire foutre !’. »
Sam : Nous l’avons donc appelé, il nous a insultés, et voilà ! [Rires]
Poun : Il y a toujours une bonne entente, c’est un mec super cool. Tous les mecs de The Exploited ont toujours été adorables avec nous.
Sam : Oui, il y a une espèce d’alchimie, une compréhension, un respect mutuel qui s’est fait suite à la rencontre. Nous les avions rencontrés sur un festival à Lyon, il y avait aussi Lofofora et Suicidal Tendencies. Je me rappelle, nous étions arrivés au catering à midi, Wattie et son frère batteur (enfin ex-batteur maintenant) étaient là. Ils avaient déjà entendu notre son, surtout Wullie. Ils étaient tout contents de partager l’événement avec nous. Il y a un truc qui s’est créé comme ça, du jour au lendemain. Nous avons gardé contact et une espèce de respect s’est créé. Nous sommes allés chez eux, ils sont venus ici, c’est cool.
Parmi les thèmes abordés, il n’y a pas que du négatif, mais beaucoup de choses qui vous travaillent…
Poun : Oui, comme toujours. C’est ce que je disais, c’est une espèce de travail d’introspection, un travail sur soi, sur des choses qui font mal parfois, que tu as besoin d’exorciser, tu as besoin de les écrire, de les jouer, puis d’aller sur la route, de les matraquer et de les partager avec les gens, parce que nous ne sommes pas uniques. Ce que nous écrivons, c’est la vie. Encore une fois, nous sommes des éponges, donc nous sommes le reflet de notre société. On n’est pas seuls, on est tous ensemble dans cette situation. Nous pouvons par exemple parler de harcèlement, parce que c’est quelque chose qui nous touche ; nous ne supportons pas cette injustice. Ce sont des choses universelles, mais qui nous touchent. Nous ne révolutionnons rien, mais ce sont des choses dont nous avons besoin de parler. C’est se faire du bien en en parlant.
« La politique, c’est de la grosse mascarade. Je ne comprends pas pourquoi on a encore autant d’intérêt pour ces personnes-là. On en apprend tous les jours, ils se foutent bien de notre gueule. J’ai ma façon de voir les choses, qui est très primaire : pour moi, c’est de la merde, et c’est tout. »
Qui écrit les textes généralement ?
Arno et moi. Chacun écrit ses parties. Nous avons eu différentes façons de travailler. Nous avons déjà écrit pour l’autre, mais je trouve toujours ça un peu compliqué de lui donner un peu sa façon de penser. Surtout que nous sommes assez différents en tant que personnes, Arno et moi, mais aussi tous les membres du groupe ; nous sommes tous des individus à part entière. Nous ne nous suivons pas en disant : « Je pense comme toi. » Nous nous rejoignons sur pas mal de choses, mais nous avons des idées différentes, et je pense que c’est bien, au niveau des textes, d’avoir parfois une idée qui est lancée et une réponse de l’autre qui peut te contredire ou qui va te suivre, mais qui sera en tout cas une réponse différente.
Quel serait le top 3 des sujets qui vous indignent ?
Pour moi, il y a le harcèlement. Ça me fout les boules. Je pourrais être presque violent, mais ce serait me rabaisser, me mettre à la même hauteur que ces personnes-là. Il faudrait que ça cesse.
Sam : Ensuite, il y a la violence plutôt que le dialogue, et puis l’écologie.
Diriez-vous que votre groupe est politique ?
Poun : Non. Même si nous donnons notre avis, nous ne sommes pas politisés.
Sam : Nous n’avons pas envie d’appartenir à un drapeau.
Dans le nom de l’album, Unbuild the world, vous utilisez le mot « unbuild » (déconstruire) plutôt que « destroy » (détruire). La déconstruction est un thème un peu à la mode. Est-ce pour cela que vous avez choisi ce mot ?
Non, nous ne nous sommes pas dit : « Tiens, ça parle de ça en ce moment, donc on va utiliser ce mot-là… »
Poun : Personnellement, je n’en ai pas beaucoup entendu parler ; je n’avais pas entendu ce terme de « déconstruction ». En fait, nous n’avons pas forcément envie de détruire. C’est ce qui a toujours été fait jusqu’à présent, mais pourquoi pas déconstruire pour réorganiser les choses autrement, avec d’autres éléments, d’autres façons de penser ? Il y a des choses magnifiques, alors pourquoi les détruire ? Déconstruisons ce qui ne va pas et mettons-le dans un autre sens. Ça peut justement être la politique, qui est plutôt de la grosse mascarade. Je ne comprends pas pourquoi on a encore autant d’intérêt pour ces personnes-là. On en apprend tous les jours, ils se foutent bien de notre gueule. Après, comme je disais, nous ne sommes pas politiques. Je ne m’exprimerai pas plus. J’ai ma façon de voir les choses, qui est très primaire : pour moi, c’est de la merde, et c’est tout.
Vous n’avez pas entendu les « buzz » avec Sandrine Rousseau et la déconstruction masculine, le fait qu’elle se dit mariée à un homme déconstruit ?
On donne la parole à des gens, maintenant… Si c’est pour raconter de la merde comme ça… Elle n’est pas crédible. Après, si je prends un exemple extrême, quelqu’un qui nous répugne, Marine Le Pen, pour la plupart des choses, elle dit de la merde, mais si tu regardes les programmes politiques de tout le monde, ils reprennent tout un tas de choses du RN. Ce que fait notre gouvernement maintenant, il y a quelques années on aurait crié au fascisme, par rapport à ce qui se passe avec l’immigration ou le droit du territoire.
Du coup, comment on fait pour déconstruire et reconstruire ce monde ?
Alors, tu prends tes outils… [Rires] Il faut avoir des actions, avec de nouvelles façons de penser, une fraîcheur, une nouvelle génération qui va peut-être arriver.
Vous avez choisi un visuel pour la pochette au visage à peine humain, un côté hyper connecté…
Sam : On ne sait pas encore qui c’est.
Poun : C’est peut-être un humain modifié…
Sam : L’idée était d’illustrer le contenu musical.
« Nous avons toujours gardé notre intégrité, donc nous sommes plutôt fiers de ce côté-là. Des fois, si nous avions plus fermé notre gueule, peut-être que ça aurait été plus simple, mais en tout cas, nous avons été droits dans nos bottes. »
Poun : Et puis de suivre le titre, Unbuild The World. Nous avons envoyé tous nos morceaux à Fred Colt, le graphiste avec qui nous bossons, car il aime travailler avec le son. Il nous a fait plusieurs propositions, dont celle-ci, sur laquelle nous sommes tous tombés d’accord. Oui, c’est ce personnage central qui peut représenter la nouvelle espèce humaine, pour la reconstruction du monde ! C’est peut-être ce qu’on sera plus tard. Ça fait peur, hein ? [Rires]
Sam, il y a quelques mois tu parlais d’une résidence où vous avez travaillé un nouveau show. A quoi peut-on s’attendre pour les concerts cette année ?
Des robots, des robots partout ! [Rires]
Sam : Nous avons eu envie de proposer autre chose, musicalement, sur ce nouvel album, donc nous allons aussi avoir envie de proposer un autre show, une autre manière de fonctionner au niveau du son, de la lumière, etc. Nous refaisons une résidence dans quelques semaines pour proposer une nouvelle setlist, une autre approche, un nouveau Black Bomb sur scène. Mais ça reste quand même nous ! Ce ne sont pas des hologrammes [rires].
Poun : Des masques de Sandrine Rousseau ! [Rires]
Sam : Nous sommes longtemps restés sur notre dernier album. Nous avons beaucoup joué les titres, donc là, nous mettons vraiment un petit coup de frais.
Vous fêtez vos trente ans en tant que groupe cette année. Comme vous êtes tous les deux là depuis le début, qu’aimeriez-vous dire à vos « vous » qui commençaient Black Bomb A ?
Arrête de boire !
Poun : Accroche-toi, mon p’tit bonhomme ! [Rires] Ça va être difficile des fois, mais qu’est-ce que ça va être cool. Tu vas bien te marrer, et tu vas avoir des super émotions, tu vas partager tout un tas de choses. Tu ne vas pas avoir de regrets. Fais gaffe quand même sur certaines choses, mais tu es obligé de passer par là, faire des erreurs pour pouvoir apprécier le meilleur par la suite.
Quelle était votre ambition, au départ ?
Être riches et célèbres [rires]. Non, c’était de jouer avec tous les contemporains de notre époque, comme Biohazard, Sepultura, etc., et de jouer sur les mêmes scènes.
Sam : Et puis faire notre zique.
Quel regard vous portez aujourd’hui sur votre carrière ?
Poun : Nous avons parfois pris des chemins qui étaient plus difficiles, mais nous avons toujours gardé notre intégrité, donc nous sommes plutôt fiers de ce côté-là. Des fois, si nous avions plus fermé notre gueule, peut-être que ça aurait été plus simple, mais en tout cas, nous avons été droits dans nos bottes.
Votre regard sur la scène actuelle ?
Sam : Je trouve ça super cool. Il y a plein de nouveaux groupes, plein de nouvelles idées. C’est super intéressant.
Poun : La scène commence à s’ouvrir aux femmes aussi, ce qui est cool. C’était assez pauvre jusqu’à présent, et il commence à y avoir un mouvement, comme avec More Women On Stage, qui est bien. C’est cool. Les femmes commencent à prendre une place, c’est assez important. Je ne suis pas vraiment dans le côté féministe et tout, je trouve ça un peu barbant, mais je pense qu’on peut être égaux. C’est un peu compliqué dans cette société où ça a toujours été l’homme qui était en suprématie, donc je peux comprendre cette place qu’a la femme, trop rétrogradée, et je trouve que c’est bien qu’elles soient devant maintenant. Je trouve ça très cool.
Un mot pour les groupes de hardcore qui se lancent aujourd’hui ?
Accrochez-vous ! [Rires] Fais-le avec plein d’envie, du début jusqu’à la fin.
Sam : Fais-toi kiffer !
Poun : Et fais kiffer !
Interview réalisée en face à face le 16 février 2024 par Claire Vienne.
Retranscription : Claire Vienne.
Site officiel de Black Bomb A : blackbomba.com
Acheter l’album Unbuild The World.



































