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Interview   

Blaze Bayley à cœur ouvert


Blaze Bayley est un survivant. Il l’a prouvé une fois de plus : après une crise cardiaque en mars 2023, intervenue alors qu’il venait – la veille – de valider la version finale de son nouvel album Circle Of Stone, il a lentement remonté la pente jusqu’à remettre les pieds sur scène moins d’un an plus tard. Blaze reprend donc le cours de sa vie (a)normale avec la sortie de ce septième opus sous son propre nom (dix si l’on compte les trois en tant que Blaze). Un album qui, comme à son habitude, dégouline de passion pour le heavy metal, mais qui s’avère étonnant à plus d’un titre. D’abord, pour la teneur des textes de sa première moitié sur la fragilité humaine, la résilience, le courage et la gratitude, comme si le chanteur avait inconsciemment anticipé ce qui allait lui arriver… Ensuite, pour sa seconde partie, conceptuelle, sur le lien avec les ancêtres, où l’on voit intervenir de nombreux invités au chant, à la cornemuse et au violon.

Surtout, Circle Of Stone arrive à point nommé : cela fait désormais trente ans qui se sont écoulés depuis qu’il avait pris le micro chez Iron Maiden le temps de deux albums. Une bonne occasion de célébrer ce jalon symbolique avec des concerts spéciaux centrés sur sa courte discographie au sein de la Vierge de Fer. Une bonne occasion aussi pour nous de revenir sur l’impact qu’a eu et a encore à ce jour cette expérience sur lui, ainsi que sur ses premiers pas au sein de la formation légendaire, pionnière de la NWOBHM.

« Quand tu regardes les paroles dans l’album Circle Of Stone, on a l’impression qu’elles ont été écrites après ma crise cardiaque, alors que c’est impossible ! Cet album me file la chair de poule à un niveau que je n’avais jamais connu avec tout ce que j’ai pu faire avant. »

Radio Metal : L’enregistrement de ton nouvel album Circle Of Stone a été terminé en mars 2023, juste avant que tu sois victime d’une méchante crise cardiaque pour laquelle tu as dû subir un quadruple pontage. Comment vas-tu aujourd’hui et comment as-tu vécu ça ?

Blaze Bayley (chant) : Je vais très bien. Il faut beaucoup de temps pour récupérer après cette opération chirurgicale. Ma voix est restée solide, donc c’est bien, je n’ai pas été affecté à ce niveau-là, j’ai eu de la chance, mais il m’a fallu une année pour retrouver ma force physique, car tu repars de zéro. Mais ça revient, je peux travailler et faire mes concerts. Les médecins ont dit que je n’avais pas le droit de porter des poids lourds. C’est un avantage inattendu : je ne dois pas aider à charger le van ! Bref, je vais bien, je suis très excité, mes fans ont aimé les nouvelles chansons… Nous avons sorti trois clips et les gens ont dit de très bonnes choses à leur sujet. J’ai été stressé avec cet album parce qu’il est assez différent de War Within Me. Il y aussi eu pas mal de choses troublantes, parce que ma crise cardiaque a eu lieu un samedi. J’avais validé le master final le vendredi et le lendemain, j’étais à l’hôpital. Quand tu regardes les paroles dans l’album Circle Of Stone, on a l’impression qu’elles ont été écrites après ma crise cardiaque, alors que c’est impossible ! Cet album me file la chair de poule à un niveau que je n’avais jamais connu avec tout ce que j’ai pu faire avant. Ils m’ont dit qu’à dix minutes près, j’étais mort. Ils sont arrivés chez moi en deux minutes, ils m’ont mis des fils, ils ont lancé le traitement, etc. Ils ont dit qu’encore dix minutes et je n’aurais pas survécu, je n’aurais pas vu l’album sortir. J’ai donc beaucoup de chance de te parler maintenant, et mes fans… Oh, bon sang ! Ils sont tous allés dans ma boutique en ligne pour acheter le t-shirt de la tournée, qui n’allait pas avoir lieu, pour me soutenir. Je n’ai pas pu travailler pendant six mois et mes fans m’ont aidé à traverser ça. Après l’opération, ma fiancée m’a soigné pour que je retrouve la forme et puisse repartir. J’ai reçu des lettres, des cartes et des messages de la part de centaines de fans partout dans le monde. Le soutien que j’ai reçu est incroyable. C’est une vraie leçon d’humilité quand je repense à ce qui s’est passé.

Je suis tellement excité à l’idée de revenir en France ! La belle France, ah, j’ai tellement hâte ! Quand personne ne semblait intéressé par mes textes, la France est l’un des rares pays où les gens me posaient des questions sur la signification des chansons. Ils écoutent et se disent : « Oh, ceci doit vouloir dire quelque chose ! », et je m’étends éternellement sur mes paroles. C’est tellement merveilleux que quelqu’un prête attention et se dise : « En tant qu’artiste, tu dois forcément vouloir dire quelque chose, il doit y avoir une raison pour ces paroles. » Ça me donne toujours un très bon sentiment à l’idée d’aller jouer en France. Et quand je faisais partie d’Iron Maiden, les réactions que j’ai eues de la part des fans français, le fait qu’ils étaient très ouverts à me voir être le nouveau chanteur, sans savoir à quoi s’attendre, qu’ils m’aient vraiment donné confiance en moi et soutenu, c’était incroyable ! Donc j’adore venir jouer en France.

Est-ce que ce qui t’est arrivé a changé, d’une façon ou d’une autre, ta vision de la vie et ton approche de celle-ci ?

Je pense que ma musique m’a guidée. J’ai beaucoup de chance d’être parti il y a quarante ans avec le rêve de devenir chanteur dans un groupe et de tourner dans le monde entier, et de le faire aujourd’hui. Je suis chanteur dans un groupe, je tourne partout dans le monde occidental civilisé, disons, et c’est incroyable ! Des centaines voire des milliers de gens rêvent d’être musiciens professionnels, pas seulement dans le heavy metal, mais dans des orchestres, dans l’opéra, etc., et des gens rêvent d’être sportifs professionnels… Moi, je vis mon rêve ! Je n’ai jamais rêvé d’être millionnaire, de posséder un château ou une grosse voiture, j’ai rêvé d’être chanteur dans un groupe, et j’ai pu le faire, j’ai pu écrire ma musique, maintenant je peux produire mes propres albums avec mon partenaire producteur Chris Appleton, je peux faire la musique que je veux, etc.

« Si vous écoutez mon album et le détestez, je m’en fiche ! Mais vous ne pouvez pas dire qu’il est pourri ou mauvais, car c’est bourré de passion et de sincérité. »

J’ai beaucoup de chance, donc quand les médecins m’ont dit : « Ok, on a fait les examens. Si tu fais l’opération, tu pourras vivre une vie normale », je me suis dit : « Normale ?! Ma vie n’est pas normale ! Je ne veux pas revenir à une vie normale, je veux retrouver mes fans ! Il faut que je promeuve cet album, que je chante ces chansons pour mes fans ! Je n’ai pas de vie normale à retrouver ! » Ça a donc fait du bien de pouvoir recommencer à travailler, car pendant un temps j’ai vraiment eu peur de ne plus pouvoir remonter sur scène, mais six mois plus tard, nous avons essayé un premier concert. J’étais très angoissé, mais c’était une petite scène et on me laissait cinq jours pour récupérer avant le concert suivant. Nous avons fait des répétitions très tranquilles. Ça a fonctionné, je n’ai pas fait une autre crise cardiaque. C’était un tout petit concert, dans une de mes petites salles préférées, et voilà, nous avons relancé la machine. Nous avons joué en Espagne et en Irlande, et les concerts étaient à guichets fermés ! C’est incroyable de se dire qu’il y a quelques années, nous étions aux anges quand nous vendions trente places, genre : « Ouah, génial ! Trente ? C’est un super début ! », puis cent places : « Enorme ! », puis trois cents places : « Ouah ! C’est incroyable ! » Donc dans tous les cas, je suis très reconnaissant de pouvoir faire ceci avec le soutien de mes fans, j’ai énormément de chance.

Je ne crois pas que beaucoup a changé, si ce n’est que je ressens une plus grande urgence pour m’assurer d’écrire les chansons et de faire les choses que j’ai prévu de faire, car Circle Of Stone a failli être mon dernier album. De nombreux fans qui me suivent depuis des années disent : « Cet album est le meilleur. » Si ceci est le meilleur, peut-être qu’avec ce que nous avons appris, notre façon de travailler, mon équipe et tout le soutien de mes fans, nous pourrions faire un autre très bon album qui aurait une signification importante, durerait et aiderait les gens.

Parlons justement de Circle Of Stone : six chansons sont déconnectées, tandis que dix autres forment un concept. Comment as-tu décidé de diviser l’album en deux parties ?

En un sens, nous avons eu beaucoup de chance, car pendant pas mal d’années, nous n’avions en premier lieu que les CD, donc ça allait de la piste une à dix, puis si nous avions suffisamment d’argent après la tournée, nous pouvions presser des vinyles. Pour le dernier album, le manageur a dit : « J’ai une bonne nouvelle : tu pourras avoir le CD et le vinyle au même moment. » Du coup, nous ne pensions pas à faire dix chansons de suite, mais une face A et une face B. Notre approche est que nous avons un grand tableau blanc sur lequel nous écrivons nos notes sur l’album, nos idées, avec différentes colonnes sur ce qui va se passer, etc. Au lieu de noter la liste principale de chansons, celles qui seront assurées de figurer dans l’album et tout, j’étais là : « Non, il y a deux faces. Qu’est-ce qui sera sur la face A ? » Je réfléchissais et à mesure que le tableau se remplissait, je me disais : « Si ‘The Path Of The Righteous Man’ est sur la face B et ceci sur la face A, alors ça signifie que… ouah, ça forme une histoire ! » Une histoire sur des ancêtres commençait déjà à se dessiner, il suffisait de répartir les chansons. Puis je me suis dit que j’adorerais avoir de la cornemuse, mais ça paraissait impossible. J’ai donc recherché sur Google et Facebook. J’ai découvert qu’il y avait un groupe de cornemuses à seulement quinze kilomètres ! Je les ai alors contactés. C’est incroyable, comment une telle chose peut-elle arriver ? Nous avons fait venir les cornemuses dans le petit studio ici à la maison, c’est tellement bruyant, tu ne peux pas imaginer ! C’est impressionnant quand tu entends ça de près, c’est plus bruyant que n’importe quel violon ou que moi. Soit ça t’effraie, soit ça te prépare à tuer !

A ce moment-là, les choses ont commencé à se mettre en place : « Ceci appartient à la face A, cela appartient à la face B. Ceci fait partie de l’histoire, cela fait partie des chansons qui sont positives et ont leur propre petite histoire »… Comme « Tears In Rain », c’est l’histoire de Roy [Batty] dans le film Blade Runner. C’est très triste, notamment sa dernière scène, mais tous ceux qui, comme moi, adorent la science-fiction connaissent cette réplique : « Comme les larmes dans la pluie. » Ça faisait un moment que je voulais la mettre dans une chanson. Quand Chris a amené cette partie de guitare, je me suis dit que j’allais essayer. Pour « Mindreader », j’ai pensé aux choses que je devais faire pour que j’arrête de devenir fou parce qu’on ne peut pas prédire ce qui va se passer, et ça dit aussi : « Ne me jugez pas à mon apparence. Toi et moi sommes de ce côté-là et eux, qui se soucient de leur apparence, ont des valeurs différentes de nous qui adorons la musique. Eux sont dans un autre monde et si tu lisais dans mes pensées, tu verrais, mais tu ne peux pas, tu ne sais rien de moi, et tu as déjà décidé qui j’étais, quelles étaient mes valeurs, alors que tu ne sais même pas comment je m’appelle ? »

« Nos ancêtres vivaient comme faisant partie de la nature. Dans les deux cents ans depuis l’industrialisation, la société s’est placée au-dessus de la nature, à la contrôler et à goudronner et bétonner dessus. On s’éloigne donc de plus en plus de ce que c’est vraiment d’être humain et de faire partie de la nature. »

« Rage » est une histoire vraie. Je ne mentionne pas le mot « chien », mais je suis quelqu’un qui adore les animaux et ton chien peut vraiment devenir ton meilleur ami. Il y a longtemps, quand j’ai eu des idées suicidaires et que je me battais contre elles, mon chien était à mes côtés et m’a énormément aidé à m’en sortir. La chanson est donc l’histoire d’un homme qui s’emporte, tue son meilleur ami, regrette et vit avec ce regret. « The Year Beyond This Year » est très troublant parce qu’il faut une année pour retrouver sa force et sa vie d’avant, mais on sera forcément différent après une crise cardiaque, or j’ai écrit ça en pensant : « Peut-être que parfois ça prend du temps de se remettre sur pied, mais ça ne veut pas dire que tu ne te remettras pas sur pied. Tu te rétabliras, tu seras suffisamment fort pour te frayer un chemin dans le monde et te battre pour réaliser tes rêves. Peut-être que ce ne sera pas cette année, peut-être que ce sera l’année d’après, donc il faut continuer. » « Ghost In The Bottle », c’est : si tu pouvais mettre toutes ces mauvaises choses dans une bouteille et les regarder, tu verrais que tu es plus grand que tes problèmes.

« The Broken Man », c’est l’expression de ma gratitude, mon merci, à mes fans, à mes amis et à ma famille qui m’ont amené jusqu’ici. J’ai failli abandonner, j’ai été fauché et suis reparti de zéro à trois reprises, je n’ai jamais cru que j’irais aussi loin. J’avais donc ces mots, puis Chris a amené un peu de musique et tout s’est mis en place. Je me disais que je m’en fichais si ça sonnait ringard, si ce n’était pas cool… Je ne suis pas là pour être cool, je m’en fiche. Je me soucie d’être honnête et de faire du bon boulot et quelque chose qui a du sens. Si vous écoutez mon album et le détestez, je m’en fiche ! Mais vous ne pouvez pas dire qu’il est pourri ou mauvais. Vous pouvez dire : « Je n’aime pas cette musique, mais je ne peux pas dire que c’est de la merde », car c’est bourré de passion et de sincérité. C’est tout ce que je veux : vous faire voyager avec mes paroles, les mélodies, la musique, et ensuite guider votre attention dans mes chansons. Je suis très fier de cet album. Je suis très stressé, en un sens, parce qu’il est très différent de War Within Me, donc j’espère que les gens l’aimeront.

Tu frappes assez fort dès le morceau d’ouverture, « Mindreader », qui a un côté un peu rock n’ roll et surtout très accrocheur…

La musique et le riff que Chris a amenés étaient un peu curieux. Nous avions fait de gros riffs sur War Within Me et de super trucs dans la trilogie, mais là je me suis dit que c’était un petit peu différent pour nous, qu’il y avait un peu plus d’urgence. J’aime beaucoup les choses qui disent : « Hey, me voilà ! » et c’est ce que fait ce riff. J’aime beaucoup aussi avoir des solos forts qui ont du sens, pas du shredding idiot. Les deux combinés ont vraiment posé les bases pour le chant. Musicalement, c’est ça : c’est une chanson assez urgente. Nous voulions avoir des chansons rapides dans l’album, nous voulions qu’il y ait de l’énergie, donc de nombreuses idées ont commencé sur des tempos élevés, et celle-ci en fait partie. Nous en sommes très fiers.

Concernant les six chansons qui forment un concept, tu as déclaré que ça racontait « l’histoire de notre tribu oubliée ; une recherche de vérité au cœur du cercle de pierres levées » et qu’il « fallait trouver le moyen de devenir altruiste et courageux afin de ramener notre tribu vers la patrie de nos ancêtres ». Les notions d’ascendance, de patrie et d’héritage sont-elles importantes pour toi ?

J’ai l’impression que c’est quelque chose qui me parle de plus en plus avec le temps. Il y a des centaines de cercles de pierres en France, au Royaume-Uni et ailleurs. Vous avez vécu des expériences chez vous avec la destruction de certains de vos cercles de pierres. A mesure que les problématiques environnementales deviennent de plus en plus écrasantes pour toi et moi, alors qu’il y a très peu que nous puissions faire en dehors du recyclage et des bons choix à faire… Les quelques tribus restantes qui vivent en forêt et dans les régions sauvages vivent avec la nature et nos ancêtres vivaient comme faisant partie de la nature. Dans les deux cents ans depuis l’industrialisation, la société s’est placée au-dessus de la nature, à la contrôler et à goudronner et bétonner dessus. On s’éloigne donc de plus en plus de ce que c’est vraiment d’être humain et de faire partie de la nature.

« Je passe les dix minutes avant le concert en silence, à réfléchir, en me concentrant sur ce que je vais faire, comment je vais respirer, etc. de façon à chanter les trois premières chansons sans adrénaline et sans panique, et directement avec puissance et passion. C’est presque comme être un moine. Il faut être très discipliné. »

A titre personnel, j’ai pensé à tous les régimes qu’on peut suivre, nos modes de vie, etc. et je me suis demandé : « Comment nos ancêtres vivaient ? » En France, vous avez l’un des sites archéologiques les plus importants sur l’âge de pierre. Celui-ci montre que les gens ont vécu de la même façon pendant deux mille ans, avant que quelque chose change pour devenir l’âge du bronze. Je trouve que c’est incroyable et ça m’a fait réfléchir. Il y a aussi quelque chose qui ne va vraiment pas avec le colonialisme. Je pense souvent aux tribus aborigènes en Australie et à ce qui leur est arrivé. Ça hantait mes rêves et mes pensées pendant que j’écrivais là-dessus. Il y a aussi les Vikings qui sont allés en Amérique du Nord, rencontrant les Amérindiens. C’est rarement raconté que Vikings n’ont pas pu rester, ils sont retournés chez eux, les Amérindiens les ont stoppés. Ça me procure des sentiments très intéressants, c’est-à-dire qu’en tant que tribu heavy metal, si des envahisseurs viennent à nous, on se tient côte à côte, comme frères et sœurs, pour se protéger. Et ce qui nous vient en rêve… On a tendance à ignorer nos rêves et à les traiter comme s’ils n’étaient pas importants, alors que pour nos ancêtres, un rêve était important ! Tout ceci, modestement, entre dans l’histoire développée par ces chansons.

Et ça se termine de façon mélancolique, parce que si on pense aux concerts, à la fin, on a partagé ce magnifique moment et il faut se dire au revoir, ça ne peut pas durer éternellement. Il faut se dire au revoir, donc on se dit « à la prochaine fois », car on ne veut pas que ce soit la dernière fois qu’on se voit. J’ai pensé à ça et je l’ai enregistré sur mon dictaphone pendant la dernière tournée. Quand nous nous sommes mis à écrire, je me suis dit : « On doit forcément pouvoir en faire quelque chose. » J’étais en train de penser à mes fans et à ces concerts, et c’est devenu la fin de l’histoire. Peu importe ce qui se passe, on doit essayer de se retrouver une nouvelle fois.

Tu as mentionné tout à l’heure les cornemuses, et il se trouve que beaucoup de gens ont contribué à cet album : la violoniste Anne Bakker (qui avait travaillé sur la trilogie d’Infinite Entanglement), la cornemuseuse Vicky Kennerley sur « Call Of The Ancestors », le chanteur Niklas Stalvind (du groupe suédois Wolf) sur trois chansons, et la chanteuse Tammy-Rae Bois sur « Until We Meet Again ». As-tu délibérément cherché à ouvrir tes horizons ?

Non, pas du tout. Ça s’est fait naturellement. Sur ma trilogie, nous avions des chanteurs d’opéra, nous avons constitué notre propre chorale, nous avions un pianiste, du violon, de la guitare classique. Je ne m’impose aucune limite dans ce que je peux faire en tant qu’artiste. Je produis l’album moi-même avec Chris Appleton, et ensemble nous disons : « Tu sais ce qui serait sympa ici ? Du violon ! » Anna Bakker est l’une des meilleures violonistes au monde, selon moi, et tu lui demandes : « Tu pourrais jouer un peu pour moi là-dessus ? » Elle le fait, tu récupères l’enregistrement et c’est génial ! Elle a aussi une belle voix. Tammy est quelqu’un que nous n’avions jamais eu sur un album avant et ça m’intéressait de voir ce que ça pouvait donner, mais sans savoir si ce serait concluant. Je lui ai dit : « Je ne peux pas te garantir que tu seras sur l’album, mais peux-tu essayer ça ? » Elle m’a envoyé une démo de « Until We Meet Again » et ça a transformé toute l’atmosphère de la chanson pour mettre en scène deux personnes qui s’aiment et ont été séparées, et qui se promettent qu’elles se reverront, malgré l’incertitude.

Niklas vient du groupe suédois Wolf, nous l’avons rencontré au festival Heavy Metal Maniacs, je crois, aux Pays-Bas. Nous avons dû partager une loge, or je déteste faire ça, y compris avec mon propre groupe ! Mais nous avons commencé à bien nous entendre, à parler, à nous échanger nos adresses e-mail, etc. Chris et moi étions là : « Tu sais quoi ? Il nous faut quelqu’un ayant une voix totalement différente pour jouer le rôle des ancêtres qui appellent en rêve. Qui pourrait le faire ? Niklas ! » Sa voix est complètement différente mais elle est merveilleuse. Je lui ai envoyé un e-mail en lui disant : « Est-ce que ça te dirait de prendre part au projet ? » Il a répondu : « Oui, ça plairait ! » Et il a rajouté : « Dans mon village, il y a un cercle de pierres et c’est pour mes ancêtres vikings ! » Je ne savais même pas ! Son héritage a fait que sa contribution avait encore plus de sens que le fait d’être un simple invité sur l’album. Il apparaît dans le premier clip, celui de la chanson « Circle Of Stone », on voit à quel point ça colle – c’est irréel –, on ne pouvait pas ne pas l’avoir ! C’est incroyable. La coïncidence est, là encore, très troublante, c’est magique. Une part de moi – le metalleux de quatorze ans qui venait de s’intéresser aux guitares électriques – disait : « On a de gros accords qui résonnent, de grandes mélodies sur la guitare électrique… » Tout ça fait partie de ce que j’aime toujours dans le metal. Ça a réveillé en moi ce moment où j’ai écouté pour la première fois le premier album de Black Sabbath : ça me fichait la trouille à l’époque ! Je me faisais dessus ! Je voulais quelque chose qui puisse créer ce genre d’émotion chez mes fans, c’est-à-dire qu’ils entendraient et seraient là : « Ouah, ce n’est pas ce à quoi je m’attendais ! » Je pense que c’est ce que nous avons fait, mais de façon plus modeste, et j’espère que mes fans aimeront.

« Je crois que ce qui a eu le plus d’effet sur moi [quand je faisais partie d’Iron Maiden] était le fait d’écrire avec le groupe, de jouer ces chansons, d’apprendre énormément en studio et de trouver une autre facette de ma voix que je ne savais même pas être là. Steve Harris l’a trouvée pour moi et m’a guidé. »

Tu dis détester partager ta loge, y compris avec ton groupe. Pourquoi ?

Le système que j’utilise pour mon chant, que beaucoup de gens utilisent, implique le calme et de se focaliser sur des tout petits sons pour s’échauffer pendant environ trente à quarante minutes avec la technique que j’ai développée, puis de passer les dix minutes avant le concert en silence, à réfléchir, en se concentrant sur ce qu’on va faire, comment on va respirer, etc. de façon à chanter les trois premières chansons sans adrénaline et sans panique, et directement avec puissance et passion. Il faut une sorte de méditation. C’est très difficile d’obtenir les conditions propices pour ça, peu importe où on se trouve. Peu importe la taille de la salle de concert, il y a très rarement deux loges. Nous avons fait le Sweden Rock il y a quelques années et ils ont ces espèces de grands préfabriqués, et sur deux d’entre eux c’était marqué Blaze Bayley, j’étais là : « J’ai deux loges ! Génial ! » Et le concert était tellement bon, parce que j’ai eu le temps de méditer, passer en revue mes paroles, penser à ce que ça signifiait, etc. Bien sûr, d’un autre côté, je ne veux pas parler, parce que parler est la chose la plus destructrice pour la voix, surtout quand on parle dans une pièce bruyante. Tu peux utiliser avec soin la partie chantée de ta voix, mais la partie parlée, indépendamment du volume, est très néfaste et tu passeras plusieurs minutes, plusieurs heures voire plusieurs concerts où tu ne pourras pas chanter bien. Or je veux que ma voix sonne entière et complète, de façon à ce que si vous me voyez le cinquième soir, au Jas Rod de Marseille, je sonne aussi bien qu’au Black Lab de Lille, sans la moindre différence. C’est tout à fait possible si tu prends bien soin de ta voix. C’est presque comme être un moine. Il faut être très discipliné. Parfois, tu ne peux pas parler après le concert, même pas pour dire bonjour aux gens, car ta voix commence à guérir, à se calmer.

Tu es de nouveau accompagné par ton groupe Absolva, qui comprend les frères Chris et Luke Appleton à la guitare. De ton point de vue, remarques-tu un lien particulier entre les deux en raison de leur relation familiale ?

C’est peut-être lié à leur lien familial, mais ils font des choses incroyables avec les solos qui se produisent très rapidement. J’ai la possibilité de dire : « Tu sais quoi ? J’aimerais qu’il se passe ceci. Cette guitare fait ci, celle-ci fait ça, puis c’est harmonisé, etc. » et tout semble se mettre très vite en place, si on compare à d’autres situations que j’ai connues. Donc lorsque nous travaillons les choses, il semble effectivement y avoir un lien spécial. Luke dira : « Ce n’est pas ça. » Chris dira : « Je crois que si. » « Non, c’est ça. » « Ah ok. » C’est un tout petit détail et ça se règle d’un claquement de doigts. De toute façon, dans le groupe, nous croyons tous à une forme de connexion psychique. Il y a des moments où c’est le bon tempo, la bonne température dans la pièce, la bonne lumière, le son est bon partout, et quelque chose se produit, tu ne réfléchis pas et tu suis ton instinct. Les concerts comme ça sont absolument magiques ; tu cherches toujours à retrouver ces conditions, mais ce n’est que quelques fois où ça se produit vraiment.

La biographie promotionnelle mentionne le fait que « l’intérêt pour [ta] carrière s’est accru » autour de la trilogie Infinite Entaglement (2016-2018). As-tu ressenti un tel changement ou intensification ?

C’est difficile à dire, parce que tu es tellement focalisé sur l’entretien de ta voix pour qu’elle dure, sur la préparation du concert pour qu’il fonctionne bien, sur la mise en place de la meilleure setlist possible, en tenant compte des gens qui pourraient ne pas m’avoir vu depuis 1998 et du fait qu’il y a eu beaucoup de nouvelle musique depuis… Du coup, tu ne remarques pas. Tu vois juste qu’il y a un petit peu plus de gens, que c’est une salle différente, une meilleure salle, « oh, ce n’est pas le pub où on avait joué la dernière fois, là c’est une salle », etc. C’est tellement de petits changements à chaque fois que tu ne remarques pas, puis un jour, tu es là : « Combien de places ?! » C’est irréel. Je croise les doigts pour cet album. Avec Circle Of Stone, j’ai fait exprès de faire des textes beaucoup plus simples que ceux de War Within Me et de la trilogie, donc j’espère que mes fans verront et comprendront pourquoi c’est important d’avoir des paroles plus simples avec ces mélodies et qu’ils aimeront.

« Une chanson ne doit pas forcément être accrocheuse et avoir un refrain ; pour que ce soit une super chanson, il faut qu’elle t’emmène en voyage émotionnellement. C’est ça, une grande chanson. »

Cette année marque les trente ans depuis le jour où tu as intégré Iron Maiden et d’ailleurs, tu célèbres cet anniversaire avec des concerts spéciaux pleins de morceaux de Maiden. Trente ans plus tard, as-tu le sentiment que cette expérience de cinq ans au sein d’Iron Maiden est toujours fermement ancrée en toi ?

Je crois que ce qui a eu le plus d’effet sur moi était le fait d’écrire avec le groupe, de jouer ces chansons, d’apprendre énormément en studio et de trouver une autre facette de ma voix que je ne savais même pas être là. Steve Harris l’a trouvée pour moi et m’a guidé. La voix forte, passionnée et émotionnelle que j’avais avec Wolfsbane est devenue avec Iron Maiden forte, passionnée, émotionnelle, ample et puissante. C’est quelque chose que j’ai développé et continué à développé après ces cinq années et deux albums. Durant la tournée anniversaire – au festival British Steel (le 5 octobre 2024, à Fismes, NDLR), par exemple – nous jouerons la version Blaze Bayley de ces vieilles chansons, de façon à ce qu’elles soient pertinentes aujourd’hui. Et la voix que j’ai maintenant est plus forte et plus émotionnelle qu’elle ne l’était en studio à l’époque, car j’étais plus jeune et j’étais en train d’apprendre, alors que maintenant, à bien des égards, je suis un producteur et chanteur nettement plus expérimenté. Les chansons me donnent l’impression d’être de vieilles amies et c’est génial de les chanter.

Et niveau composition, tu n’as pas idée. Je me souviens être en studio, c’était pour « Como Estais Amigos », Steve disait : « Ça ne tourne pas comme ça. » « Qu’est-ce que tu veux dire ? Bien sûr que si ! » « Non, le couplet n’est pas comme ça, Blaze », puis nous avons réarrangé et, bien sûr, le résultat est fantastique. Après coup, quand tu as abandonné ce truc figé que tu avais en tête, tu te rends compte que c’est la logique de la chanson, qu’il ne s’agit pas d’être commercial ou accrocheur, mais que ça fasse sens, que ce soit grand, que ça marque l’esprit. Ça, c’était génial. De nombreuses leçons que j’ai apprises étaient des choses très simples : « Non, fais juste ça. Non, change ça ici. » C’était incroyable et ça m’est resté. Ça m’a apporté une confiance, comme quoi une chanson ne doit pas forcément être accrocheuse et avoir un refrain ; pour que ce soit une super chanson, il faut qu’elle ait de l’émotion et qu’elle t’emmène en voyage émotionnellement. C’est ça, une grande chanson, qu’elle soit courte ou longue.

Le premier album que tu as fait avec eux, The X Factor, était très sombre – même l’artwork n’avait jamais été aussi sombre et réaliste. Etais-tu surpris de la direction musicale qu’ils ont prise ? Et quel a été ton niveau de contribution à ce côté obscur ?

Au moment où je suis arrivé, rien n’avait encore été écrit pour l’album. Steve m’a dit : « Rien n’est écrit, on fera tout ensemble. Je me fiche de qui vient la chanson. Si c’est une bonne chanson, elle sera sur l’album. » C’est ainsi que nous avons procédé. J’ai eu beaucoup de chance, nous avons fait « Man On The Edge » qui a été choisi pour être le premier single et je crois que j’ai participé à six chansons sur The X Factor. J’étais donc toujours inclus et j’ai travaillé avec tout le monde. C’était très épanouissant, mais à la fois, c’était une période sombre, car non seulement Steve traversait des choses dans sa vie privée, mais toute l’industrie, tous les magazines, etc. disaient qu’Iron Maiden ne pouvait pas survivre sans Bruce Dickinson. Seuls les fans savaient. Le groupe appartient aux fans. Ce sont les fans qui décident, pas les journalistes. C’était une période très difficile. Tout le groupe a eu du mal à avoir confiance en l’avenir.

L’autre facette est que cet album a lancé l’ère progressive d’Iron Maiden, or c’est là que ma voix est arrivée. Ça aurait pu être quelqu’un d’autre, mais ils voulaient une voix qui sonnait différente de celle de Bruce. Ils auraient pu opter pour une voix identique à celle de Bruce, il y avait des chanteurs capables de chanter exactement comme lui, tout aussi bien, mais ils ont choisi autre chose. C’est pourquoi c’est différent. Et j’ai dit à Steve : « Peut-être qu’on pourrait essayer de donner vie à Eddie et le rendre plus viscéral. » C’est évident que je vais dire ça, mais mon artwork d’Iron Maiden préféré est celui de The X Factor, parce qu’il est tellement malsain et perturbant ! On sait que c’est Eddie, mais il a l’air tellement réel !

« Si vous êtes un journaliste et que vous n’avez pas acheté l’album, pour moi, votre opinion ne vaut rien. Si vous êtes un fan et que vous avez dépensé l’argent pour lequel vous avez travaillé pour acheter l’album, alors là, ok, vous avez votre mot à dire, car vous avez investi dedans. »

En marge de tout ça, j’ai beaucoup lu les poètes de la Première Guerre mondiale. Ce qui est arrivé à tant de gens à ce moment-là a été une grande tragédie. Il y avait un régiment de poètes ; tous ces grands esprits et ces belles âmes faisaient partie du même régiment. C’était des gens qui écrivaient la vérité comme seules les vraies œuvres d’art peuvent la trouver, et l’exposer de telle façon que n’importe qui peut la comprendre. Ça m’a affecté et j’ai voulu le verbaliser. Dans une chanson comme « Look For The Truth », il y avait aussi mes propres pensées sur les tourments qui œuvraient en moi.

Puis le fait d’atteindre un tournant, pour Steve… Nous avons beaucoup discuté, nous disions que c’était un nouveau départ, le début d’une nouvelle ère, d’un nouveau chapitre d’Iron Maiden, d’un nouveau chapitre de ma vie, et ça signifiait aussi que nous disions au revoir à quelque chose. Nous pensions avoir un certain futur qui finalement n’allait pas se produire. Il fallait faire le deuil de ce futur perdu. Je pense qu’à l’époque, nous l’avons tous ressenti. C’est un sentiment qui était présent. L’écriture a pris du temps, nous n’étions pas pressés. Ils disaient : « Peu importe, rien ne presse pour cet album. Il faut juste s’assurer que ce sera un bon album. » C’est ce que nous avons fait. Il y a eu de grands changements pour tout le monde, sur le plan personnel, et forcément, la musique doit le refléter ; si tu es sincère, ça doit se refléter dans ce que tu fais.

Comme tu l’as dit, ta voix n’a rien à voir avec celle de Bruce Dickinson, ni même celle de Paul Di’Anno. C’était assez audacieux et risqué vis-à-vis des réactions que ça pouvait générer. Comment as-tu toi-même réagi initialement quand tu as eu le poste ?

J’étais choqué ! Je me demandais : « Pourquoi moi ? » Je le voulais, je suis allé à l’audition, je connaissais les gars avant parce que nous avions ouvert pour eux avec Wolfbane, mais je ne croyais vraiment pas que je serais retenu. J’étais aux anges, mais tellement surpris. Après, je ne me suis pas permis de me soucier des réactions des gens. J’ai pris chaque jour comme il venait. J’étais là : « Tu sais quoi ? Je suis dans Iron Maiden et je suis exactement là où je veux être à cet instant, point barre. Peu importe ce qu’on dira, ce sera demain, et la musique parlera d’elle-même. » J’ai fait de mon mieux.

Si quelqu’un disait quelque chose de mal… Premièrement, si vous êtes un journaliste et que vous n’avez pas acheté l’album, pour moi, votre opinion ne vaut rien. Si vous êtes un fan et que vous avez dépensé l’argent pour lequel vous avez travaillé pour acheter l’album, alors là, ok, vous avez votre mot à dire, car vous avez investi dedans, vous êtes partie prenante. Et puis si vous êtes sympa avec moi simplement parce que je suis dans un célèbre groupe, et alors ? Ce qui compte vraiment, c’est le genre de personne qu’on est pour sa mère, son père et les gens de son entourage, sa communauté. Ça n’a pas d’importance que vous soyez sympa avec moi. Être célèbre, c’est très amusant, mais ça s’arrête là, ce n’est pas important. Quand tu commences à prendre ça au sérieux, que tu essayes de devenir célèbre ou que tu utilises la célébrité pour obtenir autre chose, ce n’est pas sain, ce n’est pas bon. Être un artiste, vivre comme un artiste, faire du super boulot, faire quelque chose qui aide les gens ou change comment ils se sentent et être celui qui leur fera dire : « C’est une journée de merde. Où est mon CD de Blaze ? », ça, ça en vaut la peine, c’est important. Donc quand j’étais dans Iron Maiden, je vivais au jour le jour et j’ai fait le meilleur travail possible, et j’ai conservé cette attitude.

« Je connais bien Tim « Ripper » Owens et il a mis toute sa vie et toute son âme dans ces albums [de Judas Priest], il a vraiment fait de son mieux. Je trouve que c’est grotesque qu’ils aient occulté ça. »

C’est idiot, je le comprends bien, c’est stupide, c’est de l’ignorance, mais je m’en fous, je crois seulement les bonnes choses que les gens disent à mon sujet. S’ils écrivent de mauvaises choses, je me dis : « Ça ne peut pas être vrai. » S’ils écrivent de bonnes choses : « Ça doit être vrai. » C’est tout. C’est comme ça qu’on s’en sort, car les gens me verront et verront n’importe qui… Ils te verront toi, Nicolas, et ce que tu fais, et diront : « Je déteste ce gars, regarde-le… » Ils te détesteront parce que tu es toi, tu fais ce que tu veux faire et tu es heureux de le faire ! C’est pareil ! Alors pourquoi devrait-on laisser ces gens nous infecter comme un poison ou un virus ? On aime la musique, on est là pour elle, et inévitablement, elle nous soutiendra durant les moments émotionnellement sombres auxquels on doit faire face dans la vie.

Iron Maiden joue encore certaines chansons de The X Factor et Virtual XI. Pourtant, c’est loin d’être la règle : par exemple, Judas Priest n’a jamais joué la moindre chanson de l’ère Ripper Owens quand Rob Halford est revenu, Mötley Crüe n’a jamais joué de chanson de l’ère John Corabi quand Vince Neil est revenu, même Ozzy Osbourne n’a jamais chanté de chanson des ères Ronnie James Dio et Tony Martin… Es-tu fier que ces chansons soient toujours en vie, pour ainsi dire, y compris dans les setlists d’Iron Maiden ?

J’étais fan d’Iron Maiden avant, je les avais vus trois fois, au Birmingham Odeon, près de chez moi, et tout ce qu’ils ont fait depuis le début était sincère au moment où ils l’ont fait et ils l’assumaient. Je fais donc partie de ça. Alors que les gens que tu mentionnes n’ont pas le même respect pour leur héritage et personnellement, ça me fait dire : « Est-ce qu’ils ont mis tout ce qu’ils avaient dedans ? Est-ce qu’ils étaient vraiment sincères ? » Je connais bien Tim « Ripper » Owens et il a mis toute sa vie et toute son âme dans ces albums, il a vraiment fait de son mieux. Je trouve que c’est grotesque qu’ils aient occulté ça. J’ai fait partie d’Iron Maiden ; c’est une petite partie, c’est deux albums, quelques vidéos, mais je suis absolument fier de ce que j’ai fait. J’ai fait quatorze albums depuis, donc ça ne me définit pas, mais c’est très important. Je suis qui je suis parce que j’ai vécu cette expérience, j’ai travaillé avec des personnes incroyables et joué face à ces merveilleux fans. Ça fait partie de moi, mais je ne suis pas non plus que ça, parce que j’ai fait de nouveaux albums, j’ai fait des centaines de concerts et j’ai mis mon cœur et mon âme dans tout ce que j’ai fait, dans chaque texte, dans chaque album. Certains sont meilleurs que d’autres, mais je n’ai pas arrêté d’essayer. Or j’ai l’impression que c’est aussi ce que fait Maiden. Ils ont commencé comme ça et ils le font encore. Iron Maiden produit le meilleur album possible à un instant T. C’est tout ce qu’on peut demander. A savoir si on l’aime autant que le précédent, c’est une autre histoire, mais ils le font pour les bonnes raisons et avec un bon état d’esprit.

J’ai appris avec ces gens quelle était l’attitude professionnelle à avoir, à quel point c’était dur et combien de sacrifices il fallait faire si on voulait être au plus haut niveau. Le nombre de streams ou de CD qu’on vend n’a pas d’importance, je veux quand même que mon album soit aussi bon que tous les albums d’Iron Maiden, de Saxon, de Judas Priest, de My Chemical Romance, de qui vous voulez. Peu importe que je sois un tout petit artiste indépendant. Iron Maiden tout comme Steve avec son groupe British Lion essayent de faire à chaque fois du mieux qu’ils peuvent : « Ah, comment peut-on faire mieux ? » C’est l’attitude qu’il faut avoir en tant qu’artiste et quand on vit pour son art, en étant là : « Tu sais quoi ? Je peux faire ça parce que j’ai le soutien d’incroyables fans. » C’est ce qui fait que tout ceci a du sens. J’ai eu la chance de chanter face à tous ces fans d’Iron Maiden, j’ai beaucoup de chance d’avoir moi-même de nombreux fans, surtout en France. J’ai hâte de voir tout le monde et de chanter mes nouveaux morceaux, ainsi que ces vieilles chansons, ces vieilles amies, qui ont maintenant trente ans.

« J’ai une seule page Facebook, ça s’appelle Official Blaze Bayley. Tout le reste, c’est un mensonge, un faux ou une arnaque. Ces gens volent et escroquent mes fans, encore plus depuis que j’ai eu ma crise cardiaque. Ce sont des vautours. […] Meta dit qu’il faut faire grandir le Metaverse, mais en aucun cas ils ne le rendent plus sûr, ni pour moi, ni pour toi, ni pour les enfants, pour personne. Ils se fichent de notre sécurité, ils se fichent des gens qui se suicident, etc. Tout ce dont ils se soucient, c’est la fréquentation de leur réseau social pour avoir des clics pour vendre de la publicité. »

Tu parlais de faire « la version Blaze Bayley de ces vieilles chansons », mais comment abordez-vous ça, justement ?

L’une des choses que j’aime concernant mes concerts anniversaires… Nous ne faisons pas souvent ce genre de chose, mais nous nous jetons dedans corps et âme, et des fois, nous nous disons qu’il devrait y avoir une guitare harmonisée sur telle partie, ou à l’unisson. Quand je joue avec Chris et les gars d’Absolva, les harmonies sont là où nous pensons qu’elles auraient dû être dans les chansons. C’est vraiment très sympa. Nous les avons un tout petit peu retouchées. Si vous me connaissez, je n’essaye jamais de refaire les chansons comme sur album. L’album, c’est l’album. Vous pouvez écouter cent fois votre album préféré et y découvrir encore quelque chose de bien, ou il vous réconfortera ou vous donnera de l’énergie. Donc personne ne s’en plaint jamais, genre « oh, ce n’est pas comme sur l’album », nous avons toujours de super réactions. C’était génial de faire ça avec ces vieilles chansons avec la voix que j’ai aujourd’hui. Il y a de la super musique là-dedans, beaucoup d’émotion dans les textes, et je trouve que je les interprète mieux maintenant que je n’aurais pu le faire à l’époque, parce que ma voix s’est tellement développée que c’est sympa de se dire : « Avec cette voix, je chante cette chanson et maintenant elle prend une autre dimension. »

C’est tout pour moi, je te remercie !

Merci à toi. Si tu peux mentionner une chose pour moi. Des criminels commencent à se faire passer pour moi sur Facebook. J’ai donc une seule page Facebook, ça s’appelle Official Blaze Bayley, c’est tout. Tout le reste, c’est un mensonge, un faux ou une arnaque. Ces gens volent et escroquent mes fans, encore plus depuis que j’ai eu ma crise cardiaque. Ce sont des vautours.

Tu ne peux rien faire contre eux ?

Non, parce que tu sais quoi ? Tu le signales à Facebook et ensuite, ce qu’il se passe est que tu ne peux pas les voir, mais ils sont toujours là, ils n’ont pas été virés, donc ils peuvent continuer. Facebook m’a renvoyé un e-mail en disant qu’ils n’enfreignent aucune règle de la communauté. En gros, ce que Facebook dit, c’est : « Venez sur Facebook et escroquez tout le monde, ça ne nous pose pas de problème. » C’est vraiment ce que ça veut dire. Meta dit qu’il faut faire grandir le Metaverse, mais en aucun cas ils ne le rendent plus sûr, ni pour moi, ni pour toi, ni pour les enfants, pour personne. Ils se fichent de notre sécurité, ils se fichent des gens qui se suicident, etc. Tout ce dont ils se soucient, c’est la fréquentation de leur réseau social pour avoir des clics pour vendre de la publicité. Ça n’a rien à voir avec ce que ça devrait être, c’est-à-dire le fait d’avoir des amis, de rester en contact, de partager des choses, de faire de petites affaires, d’avoir l’occasion d’être sur une marketplace, que des gens suivent leurs rêves, etc. Je leur ai renvoyé un e-mail, en disant : « Ces gens volent mes fans. Pourquoi protégez-vous des voleurs ? » Aucune réponse.

Mes fans croient que j’ai une page personnelle, alors que ce n’est pas le cas. Ils croient m’avoir trouvé et l’usurpateur dit : « Oui, je suis Blaze Bayley. Bienvenue ! » Le dernier coup en date – et c’est courant, toutes les célébrités commencent à être touchées – est qu’ils organisent des chats privés. Ça dit : « Chat privé de Blaze Bayley », « Chat privé de Bruce Willis », « Chat privé de Bruce Springsteen », etc. Et tu sais ce que celui-ci dit ? « Private chat. The only official Blaze Bayley page. » Les gens tombent dans le panneau, c’est horrible. Ils volent des milliers de mes fans. Donc Official Blaze Bayley est ma seule page Facebook, tout le reste est une arnaque ou un mensonge. Je ne demande jamais d’argent ou de détails personnels. Les fans avec qui je suis ami, j’ai leur e-mail et leur numéro de téléphone, donc je n’ai jamais besoin de contacter qui que ce soit sur Facebook. Et si quelqu’un le fait, c’est mon manageur, c’est tout.

Interview réalisée en visio le 21 février 2024 par Nicolas Gricourt.
Retranscription & traduction : Nicolas Gricourt.

Site officiel de Blaze Bayley : www.blazebayley.net
Facebook officiel : www.facebook.com/officialblazebayley

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Laisser un commentaire

  • de heavy Metal (sorry pour le bug et dble post) passionné et authentique.

  • J’adore cet Artiste, humble et naturel, heureux de son retour en pleine santé ! Merci pour cet interview, son album Circle of Stone est une merveille de He

  • Romain H. Krampus dit :

    Merci pour cette belle interview :) de bonnes questions qui ont invité Blaze à se livrer généreusement comme souvent, et en toute humilité. De belles lignes. Il a même réussi à me faire pleurer.

  • Beauvieux dit :

    quelle classe ce mec
    une qualité artistique remarquable de sa carrière post maiden,un type hupble et respectueux..
    Respect Blaze

  • Vincent BN dit :

    Bien vu, Moribon ! :)

  • Moribon le hamster sans dent dit :

    après une crise cardiaque en mars 2024 ? Pas 2023 plutôt ? :-)

  • Imminence + Ne Obliviscaris @ Salle Pleyel
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