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Interview   

Blues Pills en a dans le ventre


Blues Pills serait-il arrivé à maturité ? Après un Holy Moly! qui avait vu le groupe prendre le chemin de l’indépendance et commencer à expérimenter, avec Birthday il se défait une bonne fois pour toutes des carcans dans lesquels il s’était délibérément installé au début de sa carrière. Fini la volonté de sonner « vieux », « rétro » ou « vintage ». Blues Pills s’émancipe artistiquement et n’a jamais autant sonné comme lui-même. Des tubes à la pelle, la voix tantôt soul, tantôt survoltée d’Elin, du groove et du riffing rock, un son aussi organique que moderne… Le quatuor semble avoir trouvé le juste équilibre dans sa formule.

C’est donc en partie de cette approche adoptée pour ce quatrième album que Elin, Zack et André nous parlent dans nos échanges ci-après, mais aussi de la symbolique forte de Birthday, sur la pochette duquel la chanteuse exhibe fièrement son ventre au troisième trimestre de grossesse. C’est effectivement pendant celle-ci que les musiques ont été enregistrées. Si cela l’a amenée à s’interroger sur elle-même, Il était hors de question de mettre le groupe entre parenthèses, la chanteuse délivrant ainsi un message à toutes les femmes : on peut vivre une maternité heureuse sans sacrifier sa passion et son travail.

« Quand nous avons lancé le groupe, nos groupes préférés venaient principalement des années 60 et 70, donc nous essayions vraiment de recréer quelque chose qui sonnait « vieux ». C’était cool et amusant à ce moment-là, mais quand ça fait si longtemps que tu fais un groupe, tu changes et tu as envie d’essayer de nouvelles choses. »

Radio Metal : Vous avez déclaré qu’« avec cet album, [vous] av[ez] laissé derrière [vous] toutes les limites et attentes pour créer en toute liberté artistique ». Vous avez même parlé de « renaissance », en référence au titre de l’album. Ça semble insinuer que vous n’aviez pas une liberté artistique totale avant. D’où venaient ces limites et attentes ?

Zack Anderson (guitare) : Les seules limites étaient probablement dans notre propre tête. Ça ne venait pas forcément d’autres personnes. Quand nous avons lancé le groupe, nous étions très inspirés par la musique vintage et nos groupes préférés venaient principalement des années 60 et 70, donc nous essayions vraiment de recréer quelque chose qui sonnait « vieux », qui donnait l’impression d’être issu de cette époque. C’était cool et amusant à ce moment-là, mais quand ça fait si longtemps que tu fais un groupe, tu changes et tu as envie d’essayer de nouvelles choses. Je crois que ceci est le premier album avec lequel nous nous fichions totalement de savoir si ça sonnait vieux ou nouveau. Ce qui importait, c’était plutôt les chansons en tant que telles et le fait d’expérimenter avec ce que nous trouvions, sans arrière-pensée, sans nous dire que ça ne sonnait pas assez vintage ou autre.

Holy Moly! était un album marqué par le changement – changement de line-up, mais aussi dans le sens où vous aviez enregistré et produit vous-mêmes, en toute indépendance, dans un studio que vous aviez vous-mêmes construit. Birthday n’est-il pas l’aboutissement d’un processus d’émancipation qui a, en fait, commencé avec l’album précédent ?

Je suppose, oui, vu sous cet angle [rires]. C’est vrai que Holy Moly! était le premier pas vers un changement de direction. Avec Birthday nous sommes allés encore plus loin. Avec Holy Moly!, nous avions déjà commencé à expérimenter un peu plus avec de nouvelles choses, mais avec Birthday, nous avons totalement accepté cette approche et laissé tomber toute préconception sur le son que doit avoir le groupe ou que nos fans attendent. Par exemple, si tu regardes certaines chansons, comme « Piggyback Ride » : nous avons pleinement expérimenté sur celle-ci et nous avons essayé tous les trucs bizarres possibles.

Elin Larsson (chant) : Oui, cette chanson est complètement psychotique ! [Rires]

Zack : Il y a des effets sur le chant, la voix d’Elin est modifiée pour être plus grave, il y a des sons de synthétiseurs… Il y a plein d’effets étranges qui n’auraient peut-être pas cadré si nous avions essayé de faire en sorte que ça sonne comme si ça venait des années 60.

Elin : Je fais un cri étrange à la fin, aussi. Aujourd’hui, je suis là : « Purée, qu’est-ce qui m’est passé par la tête ? » [Rires] C’est une chanson vraiment déjantée, mais je l’adore.

André Kvarnström (batterie) : Cette chanson est un peu dans la veine de « Bye Bye Birdy » sur Holy Moly!, mais en allant encore plus loin, avec plus de tout.

Zack : C’est un exemple, mais il y en a d’autres, comme « What Has This Life Done To You » : c’est un style que nous n’avions jamais fait. Il y a aussi des chansons en mode majeur, alors qu’au début du groupe, nous ne composions qu’en pentatonique mineur, c’est-à-dire la gamme blues classique. Alors que maintenant, nous expérimentons avec la composition dans différentes tonalités, ce qui apporte un son différent.

D’un autre côté, cette fois, vous avez travaillé avec le producteur Freddy Alexander. Autant vous vous êtes prouvé que vous étiez capables de le faire vous-mêmes avec l’album précédent, autant pensez-vous que ça a aussi montré les limites de l’autoproduction ?

Avec Holy Moly!, les choses se sont faites toutes seules, c’est-à-dire que nous prenions les choses comme elles venaient. Nous avions cherché à travailler avec des producteurs pour cet album également, mais ça ne s’est pas fait ou nous n’avons trouvé personne avec qui ça semblait coller, alors nous nous sommes dit : « Pas grave, faisons-le nous-mêmes, dans ce cas. » Sur le moment, ça semblait être la bonne chose à faire. Cette fois, avant de nous mettre à faire l’album, Elin et moi sommes allés à Stockholm et nous avons pu rencontrer Freddy. Nous avons passé une journée ensemble pour écrire une chanson et voir comment ça se passait.

Elin : Oui, pour le plaisir, et pour voir comment la connexion se faisait entre nous. Habituellement, il ne s’occupe pas du tout de groupes de rock.

« Je crois que quand j’ai enregistré les deux dernières chansons, j’en étais au neuvième mois et c’était assez éprouvant de chanter comme je chante sur ces chansons, et ça fait aussi partie des choses dont je suis très fière. Je trouve que c’est super important en tant que femme et mère de continuer à exercer sa passion et faire ce qu’on a envie de faire. »

Zack : Avant de le rencontrer, nous nous posions des questions sur la façon dont ça allait fonctionner entre nous. Une fois que nous l’avions rencontré et que nous avions écrit une chanson ensemble, ça s’est fait tellement facilement qu’en gros, ça s’est transformé en un album complet.

Elin : Il avait une bonne énergie. Il est dans notre tranche d’âge et nous sommes devenus amis, ce qui fait que nous avons écrit d’autres chansons et avons traîné ensemble. C’était une belle expérience d’avoir un tel producteur, parce qu’il est très détendu.

Zack : De façon générale, je crois que je choisirais toujours de travailler avec d’autres producteurs ou compositeurs, quel que soit l’album. Comme je l’ai dit, si nous ne l’avons pas fait pour Holy Moly!, c’était juste à cause des circonstances, nous n’avions personne avec qui travailler, donc nous avons résolu le problème nous-mêmes. Mais je préfère travailler avec d’autres gens, parce qu’on est davantage inspiré quand il y a de nouvelles personnes dans le groupe et des idées fraîches qui nous sont proposées.

Freddy est aussi un compositeur talentueux, un multi-instrumentiste et un faiseur de tubes pop. Est-ce qu’il vous a conseillés ou guidés sur les chansons en tant que telles ? Quel rôle a-t-il joué ?

Elin : Oui, notamment quand nous étions coincés sur quelque chose. En fait, il était avec nous pratiquement dès le début de la composition, donc il apportait des idées. Nous, les membres du groupe, nous essayons toujours des choses et ensuite, si finalement ça ne nous plaît pas, nous en débattons, c’est une sorte de discussion ouverte [petits rires]. Mais c’était vraiment sympa d’avoir quelqu’un qui apporte plein d’idées, de remarques, etc. Ça me plaît.

Zack : Il y a un lot de chansons qui a été écrit avant que nous allions en studio, mais certaines ont été écrites de zéro avec Freddy. C’était donc comme s’il était un autre membre du groupe.

Vous avez dit que vous vouliez « capturer sur album le côté brut et authentique qui transparaît quand [vous] jou[ez] live ». Pourtant, le son est gros, ample et très clair. Est-ce la principale difficulté pour un groupe de rock : conserver le côté brut et authentique sans sonner trop sale et maigrichon ou, à l’inverse, avoir un gros son produit sans sonner plastique ?

[Rires] Je pense que, même si, de tous nos albums, celui-ci sonne peut-être comme le plus moderne – je suppose qu’on peut le dire –, à mon sens, il dégage davantage d’énergie live que certains des autres albums. Par exemple, pour Lady In Gold, nous avons passé beaucoup de temps en studio avec des tonnes d’overdubs, de claviers, de chœurs, etc. Du coup, ça a donné un album très « studio ».

Elin : Il y avait des tas de strates sonores dans cet album !

Zack : C’était cool aussi. Je ne suis pas en train de dire que ce n’est pas bien, mais c’est une approche très différente de la conception d’un album. Avec le nouveau, la plupart des pistes principales des chansons sont jouées live en studio, ensemble dans la même pièce. Bien sûr, ensuite nous avons ajouté des overdubs par-dessus, mais les prises brutes de batterie, de basse et de guitare, l’essentiel des morceaux, sont entièrement live.

Vous êtes un groupe qui aime bien jammer en live, mais les chansons de l’album sont courtes et concises, elles sont toutes sous la barre des quatre minutes. Pourquoi de pas transcrire ce côté « jam » en studio ?

En fait, cet album a été fait très rapidement, alors que les longues parties de jam évoluent généralement sur une longue période de répétition. Et puis c’est aussi peut-être une question de goût. Je crois que nous en sommes à un point dans notre carrière où nous ne voulons pas avoir des solos de dix minutes partout dans l’album.

André : Quand nous répétons certaines chansons pour les concerts, nous sentons lesquelles doivent être rallongées et nous expérimentons avec le show live, pour savoir à quel moment nous pouvons partir en improvisation. Mais, par rapport à l’album, je pense que c’est bien aussi d’essayer de nouvelles choses et d’y être ouvert, plutôt que de se dire qu’il nous faut absolument une partie jammée. Si ça ne colle pas à la chanson, ça ne sert à rien. Il faut suivre ce qui fonctionne.

Zack : Cela étant dit, je ne suis pas contre les longues parties jammées. C’est juste qu’on traverse des phases musicales. Peut-être que le prochain album sera entièrement constitué de jams instrumentaux ! [Rires]

Elin : Je trouverais ça génial ! [Rires]

« Ce n’est pas aussi douloureux de donner naissance à de la musique que de donner naissance à un enfant, sinon, je ne suis pas sûre que j’aurais fait quatre albums [rires]. »

L’album précédent avait été enregistré en trio. C’est donc la première fois que Kristoffer Schander participe pleinement à un album de Blues Pills. Qu’a-t-il apporté sur le plan créatif ?

Zack : Il a apporté des lignes de basses funky ! [Rires]

Elin : C’est le roi de la fête dans le groupe, donc il a élevé notre niveau sur le côté festif ! [Rires]

Zack : Plus sérieusement, ça aide. C’est comme ce dont nous parlions plus tôt sur le fait d’avoir un cerveau supplémentaire qui apporte des idées. Comme j’ai joué la basse et la guitare sur Holy Moly!, nous avons d’abord enregistré la basse et la batterie ensemble avec André, sans entendre la guitare qui a été ajoutée après. C’est un peu plus dur d’avoir le feeling. Maintenant, comme nous avons pu jouer live tous ensemble, en nous écoutant, nous entendions bien mieux comment ça allait vraiment sonner et ça affecte la prestation. C’est en ça que je disais que c’est l’album le plus live que nous ayons fait ; même si ça reste un album studio, c’est celui dont l’enregistrement était le plus proche des conditions live.

Vous disiez que cet album a été fait très rapidement, mais quatre années se sont écoulées depuis Holy Moly!. Avez-vous délibérément pris votre temps avant l’enregistrement ?

Avec le coronavirus, le temps a simplement disparu [rires]. Nous avons tous dû faire différents boulots…

Elin : Et nous vivons dans des villes différentes, donc nous n’avions pas le droit de nous voir.

Zack : Tout ça a ralenti le processus de composition des nouvelles chansons, simplement parce que, malheureusement, c’était plus difficile de nous retrouver pour faire de la musique ensemble.

L’album en soi tourne beaucoup autour de ta maternité, Elin : il a été enregistré pendant ta grossesse et tu exposes fièrement ton ventre au troisième trimestre sur l’artwork et les photos promo. Ça doit être la première fois qu’une chanteuse de rock met en valeur de cette façon sa grossesse et sa maternité, et c’est devenu un narratif fort pour cet album : quel message as-tu voulu véhiculer à cet égard ?

Elin : C’est puissant ! Comme tu l’as dit, je ne connais aucun groupe avec une chanteuse qui a fait ça – j’étais quand même au huitième mois ! Je pense que ça devrait être normalisé. Toute la scène rock devrait être plus ouvertement et franchement tolérante envers les femmes, les mères et les femmes enceintes. Ce n’était même pas prévu ! J’ai découvert que j’étais enceinte durant l’enregistrement, donc ma grossesse et mon fils ont été une part importante de cet album, et ça m’a beaucoup fait réfléchir sur mon enfance, celle de mon futur enfant, les raisons pour lesquelles je fais de la musique, ce que je veux apprendre à mon fils quand il sera plus âgé et davantage en mesure de comprendre, etc. Pour moi, je dirais que c’est un symbole de puissance. J’étais enceinte et je travaillais aussi. Beaucoup de femmes font ça. Mais encore une fois, je suis probablement la première à le faire dans la scène rock, même si ça ne m’a pas vraiment traversé l’esprit à ce moment-là.

Zack : Est-ce qu’il existe d’autres albums avec une chanteuse enceinte sur l’artwork ?

Elin : Je ne sais pas. Il en existe peut-être, et si c’est le cas, c’est génial. Cela étant dit, c’était parfois assez dur… Presque plus de la moitié de l’enregistrement a été impacté par ma grossesse : je crois que quand j’ai enregistré les deux dernières chansons, j’en étais au neuvième mois et c’était assez éprouvant de chanter comme je chante sur ces chansons, et ça fait aussi partie des choses dont je suis très fière. Je trouve que c’est super important en tant que femme et mère de continuer à exercer sa passion et faire ce qu’on a envie de faire, en voyant le positif. J’imagine que c’est le message que je veux faire passer !

Est-ce que ça a influé sur la vision que tu as de ta carrière ?

Quand j’attendais mon fils, j’ai beaucoup réfléchi aux raisons pour lesquelles je faisais ça. Pourquoi je fais de la musique ? Pourquoi je chante ? Pourquoi ça m’intéresse tant ? Pourquoi ça me fait du bien ? Qu’est-ce que j’ai envie d’apprendre à mon enfant ? Tu commences à réfléchir au futur. Je pensais donc davantage à ça qu’à la pression de l’album. Je m’en foutais ! J’étais là pour m’amuser avec mes gars, enregistrer, écrire de bonnes chansons, me faire plaisir. La grossesse m’a fait réaliser l’amour que j’ai pour la musique et ce que j’ai envie de transmettre ou montrer à mon fils, je veux lui montrer cet univers. La musique et mon groupe sont une part très importante de ma vie, ça fait partie des choses qui me rendent vraiment heureuse, je veux lui montrer ça et je veux continuer. A la fois, j’ai aussi réalisé que de nombreuses musiciennes et chanteuses disparaissaient de la scène quand elles avaient des enfants. Je trouve ça très triste. Ça ne devrait pas se passer ainsi. Il faudrait que ce soit plus ouvert et toléré.

« En Suède, quand on dit qu’on est féministe, ce n’est pas très radical. C’est juste que tu veux l’égalité entre tous. Tout le monde devrait le vouloir. Ce n’est pas comme si je détestais les hommes. D’ailleurs, je ne joue qu’avec des hommes ! J’adore ces mecs ! »

Après, je ne peux pas partir trop longtemps d’un coup. Déjà parce que je ne veux pas, mais aussi parce que, financièrement, je vais gagner moins d’argent tout en ayant plus de dépenses. Je pense qu’il y a plein de questions que la société suédoise devrait régler, non seulement pour les musiciennes, mais de façon générale, pour les mères qui voyagent beaucoup. Il faut revoir les choses et penser avec plus de hauteur. Bien sûr, je pense à la manière dont ça va se passer [avec les tournées], mais c’est aussi important pour moi de montrer à mon fils que je l’avais et que j’ai continué à faire ce que je voulais faire. Si j’avais arrêté, en grandissant, il aurait été là : « Qu’as-tu fait avant moi ? » « Je faisais de la musique, mais j’ai arrêté », ce serait horrible pour lui ! Quand nous tournerons, d’abord, je verrai comment ça se passe, puis j’essayerai de l’emmener avec moi, avec son père. J’ai envie de lui montrer différentes villes et cultures, tout ce que j’aime dans le fait de tourner et de jouer de la musique. Je dois aussi voir ça comme quelque chose de positif. Mais c’est sûr que je ne pourrai pas partir pendant six mois d’affilée, ça n’arrivera pas, mais je n’ai de toute façon pas envie d’être absente aussi longtemps.

D’ailleurs, comment c’est de combiner la vie d’une jeune mère et celle d’une rock star ?

C’est génial ! [Rires] Il est clair que les mauvais jours te font redescendre sur Terre. J’étais levée à cinq heures ce matin, par exemple, et ensuite, aujourd’hui, je fais une poignée d’interviews, puis je pars changer la couche… [Rires] C’est assez hilarant. Ça me plaît, j’aime le changement. Il se passe aussi quelque chose dans notre cerveau quand on a des enfants, il y a un déclic qui se produit. Je me sens bien plus détendue et j’ai l’impression d’avoir un vrai but dans la vie, ce qui est étrange. Je ne pensais même pas que j’aurais des enfants un jour. C’est l’un des trucs les plus cool qui soient.

On voit souvent des artistes qui traitent leur art comme leur « bébé », mais vois-tu des parallèles entre le fait de donner naissance à de la musique et donner naissance à un enfant ?

[Rires] Je ne sais pas trop… Je ne vais probablement pas redonner naissance à un enfant, parce que ça m’a tuée ! J’ai eu un accouchement assez éprouvant [rires]. C’est tellement bizarre, je n’ai jamais connu une telle douleur et, à la fois, quand il était là, tout allait bien et c’était la plus belle chose qui me soit arrivée. C’est déconcertant. Quand tu écris une bonne chanson et que tu as un bon feeling, il y a presque un côté spirituel et je peux comprendre le lien, parce que quand tu as ton bébé dans les bras, il y a un sentiment spirituel qui te submerge, mais je pense que c’est plus sur la partie émotionnelle qu’on peut faire le parallèle. Autrement, ce n’est pas aussi douloureux de donner naissance à de la musique, sinon, je ne suis pas sûre que j’aurais fait quatre albums [rires].

Sur facebook, vous avez publié des photos de vous lorsque vous étiez enfants : qu’est-ce que les jeunes Elin, Zack et André sur les photos avaient en tête ?

André : Probablement quelque chose comme : « I wanna rock ! » [Rires] Et nous voilà aujourd’hui à envoyer du rock !

Zack : Je ne me souviens pas de ce que je pensais sur cette photo en particulier, mais je détestais probablement parce que je suis sûr que c’est ma mère qui me forçait à être pris en photo.

Elin : Dans mon cas, on dirait que c’était ailleurs. Probablement que j’avais envie de manger une glace.

Birthday est clairement voulu comme une célébration de la vie. A notre époque où l’on entend parler de morts toute la journée, que ce soit avec la pandémie passée ou dans des guerres, a-t-on plus que jamais besoin d’un tel souffle de vie de la part du rock‘n’roll ?

Oui, mais à la fois, il se passe tellement de conneries…

André : Peut-être que culturellement c’est plus important que jamais, parce qu’on dirait que beaucoup de choses vont de travers et qu’il faut rester positif. Lors d’un concert, vous êtes un groupe de personnes, vous vivez la même chose au même moment, nous jouons aussi, nous créons tous ensemble une connexion entre nous et avec le public, alors que dans d’autres circonstances, c’est très rare de voir ça. On dirait que tout le monde devient égocentrique.

Elin : En ces temps, on a besoin de créer plus de lien avec tous les gens qui nous entourent, et la musique est ce qui permet de rassembler tout le monde et d’unifier derrière la culture. Aujourd’hui, je préfère écouter une chanson qui m’apaise quand je me sens comme une merde parce que j’ai lu les infos ou parce que je suis un peu démoralisée. Evidemment, parfois, j’ai aussi envie d’écouter des chansons super dépressives, mais nous l’avons dit, la musique est ce qui nous connecte tous. Qu’une chanson que nous avons écrite permette à quelqu’un de se sentir bien est le plus grand compliment qu’on puisse nous faire. C’est un peu notre but avec notre musique. Quand nous avons écrit « Don’t You Love It », nous nous sentions bien personnellement, mais avec toutes les guerres et toutes les merdes qui se passaient, c’était très dur d’écrire des choses positives, mais c’est important pour nous.

« Je déteste l’injustice, c’est nul, et je suis du genre à ne pas pouvoir me taire, ce qui m’a toujours attiré quelques problèmes à l’école, mais j’imagine que c’est une force dans le rock n’ roll ! »

D’ailleurs, as-tu peur pour l’avenir de ton fils ou parviens-tu à rester optimiste ?

Au final, l’espoir est la seule chose qui nous fait tenir ! Je suis en sécurité chez moi ; je suis reconnaissante d’être en sécurité. Je vis en Suède, j’ai ma famille, tout le monde est en bonne santé, j’ai mes amis… Bien sûr, je me sens quand même émotionnellement impliquée, triste, dévastée et inquiète pour l’avenir quand je lis tout ce qui se passe, même si je pense qu’il faut garder espoir.

Sur l’album précédent, vous aviez « Proud Woman » qui est un hymne rock célébrant la femme. On dirait que cet album est un peu dans la continuation de cette idée. Même si la dernière fois, tu nous avais dit que tu n’avais pas l’impression d’être la porte-parole des femmes, tu es en tout cas un exemple et une inspiration pour elles. Mais comment as-tu toi-même trouvé la force de faire tomber les barrières et de surmonter les normes et pressions de la société en tant que femme, surtout dans un milieu dominé par les hommes ?

J’ai grandi avec un super père. C’est lui qui m’a expliqué ce qu’était le féminisme et il était très impliqué politiquement dans différentes choses. Et en Suède, quand on dit qu’on est féministe, ce n’est pas très radical. C’est juste que tu veux l’égalité entre tous. Tout le monde devrait le vouloir. Ce n’est pas comme si je détestais les hommes. D’ailleurs, je ne joue qu’avec des hommes ! J’adore ces mecs ! Mais le fait d’avoir de belles personnes autour de moi en grandissant, comme ma sœur et mon père, et des amis qui sont des femmes fortes, ça m’a aidée à trouver ma propre voix. Je déteste l’injustice, c’est nul, et je suis du genre à ne pas pouvoir me taire, ce qui m’a toujours attiré quelques problèmes à l’école, mais j’imagine que c’est une force dans le rock n’ roll !

Le morceau éponyme raconte d’ailleurs un incident survenu en tournée au Mexique lors d’un anniversaire où tu avais invité le groupe et toute l’équipe. Tu as dit qu’un serveur « a pris certaines libertés et a franchi les limites personnelles en agissant de manière très irrespectueuse ». Peux-tu nous en dire plus ?

Je ne vais pas rentrer dans les détails, mais c’était un anniversaire merdique. En dehors de ça, j’adore le public mexicain et nous avons passé de merveilleux moments là-bas. J’avais effectivement prévu d’inviter tout le monde pour le repas et ce serveur a commencé à faire des choses de très mauvais goût. Il m’a aussi arnaquée financièrement… Donc oui, nous avons écrit une chanson là-dessus et elle dit à peu près tout ce qu’il y a à dire [rires]. Etant dans un groupe de rock depuis plus de dix ans maintenant, j’ai vu pas mal de conneries. D’habitude, je ne me laisse pas faire, mais cette fois, c’était un peu… Je ne m’attendais pas à tout ce qui est arrivé ce soir-là. Mais c’est bien d’écrire des chansons sur ces sujets, tu te saisis de l’histoire et tu la recrées, avec une part d’humour – il y a des paroles assez drôles dedans ! –, de façon à avoir l’impression de ne pas te laisser marcher dessus à nouveau.

Votre premier album est sorti il y a exactement dix ans et vous avez dit que « Birthday reflétait à bien des égards votre aventure en tant qu’artistes et personnes ». Du coup, comment voyez-vous cette aventure ?

André : Avec l’âge, tu réalises que tu as ce groupe de gens autour de toi avec lequel tu peux exprimer ta créativité. D’après mon expérience, il y a dix ans, tout le monde était dans un groupe, mais ensuite, tu réalises que ça devient de plus en plus dur de trouver des gens avec qui jouer, donc il faut prendre soin de ce que nous avons ensemble, car c’est rare. C’est ce que j’en retire.

Zack et Elin : Je suis d’accord !

Elin : Ça a été des montagnes russes, mais jusqu’ici, nous tenons bons ! Voyons où ça nous mène…

Pour la tournée, le groupe a décidé de jouer dans des petites salles pour créer une ambiance spéciale et intime avec les fans. Est-ce que ça veut dire que vous n’aimez pas trop les plus grandes salles ?

Je pourrais jouer dans un stade, mais je ne suis pas sûre que les gens viendraient [rires]. Ça fait des lustres que nous n’avons pas fait de tournée en tête d’affiche, donc je pense qu’il vaut mieux que nous commencions petits et, ensuite, en fonction des ventes de places, nous pourrons peut-être envisager plus grand… ou pas. Après, en tant que spectatrice, je trouve ça cool de voir des artistes jouer dans de petites salles, puis la fois d’après, de les voir jouer dans d’énormes salles. C’est une opportunité assez rare. En fait, je dirais que je préfère le son dans les grandes salles, mais j’aime la puissance brute qui se dégage dans les petites salles.

Interview réalisée en visio le 3 juin 2024 par Nicolas Gricourt.
Retranscription & traduction : Nicolas Gricourt.
Photos : Dana Trippe.

Site officiel de Blues Pills : bluespills.com

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