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Interview   

Brainstorm : heavy multiculturel


Brainstorm est l’exemple même du groupe qui a su se poser les bonnes questions au bon moment. « J’ai dit au groupe que nous n’étions pas loin de tourner en rond, que nous enregistrions sans arrêt les mêmes chansons, les mêmes lignes de chant, etc. Avec Scary Creatures, je me suis dit que c’était la cinquième fois que nous enregistrions le même album mais en moins bien », confesse le chanteur Andy B. Franck dans l’entretien qui suit. Depuis, le quintet allemand a réussi à redresser la barre, en faisant appel au producteur Seeb Levermann et en se réappropriant les atouts de ses meilleurs albums passés.

Plague Of Rats s’inscrit dans cette dynamique. Un album rempli d’un heavy/power metal efficace, puissant et catchy, à la patte immédiatement reconnaissable et renouant, le temps de deux chansons, avec les couleurs indiennes qui avaient fait le succès de la trilogie Trinity Of Lust sur Soul Temptation il y a plus de vingt ans. Nous en parlons avec Andy mais aussi le guitariste-compositeur Torsten Ihlenfeld qui détaillent à la fois cet attrait pour l’Inde et la maturité artistique acquise avec les années d’un groupe qui se veut libre dans ses choix car indépendant.

« Il ne s’agit pas juste d’apprendre une gamme – quand tu joues sans passion et sans la connaissance de la culture, ce n’est qu’une gamme, rien d’autre. C’est quand tu lis au sujet de la culture et que tu écoutes la musicale originale que tu commences à réussir à toi-même composer et jouer dans ce style. »

Radio Metal : La dernière fois qu’on s’est parlé, c’était pour Wall Of Skulls, il y a déjà presque quatre ans. A ce moment-là, on était encore dans la pandémie. Comment ça a été pour le groupe depuis ?

Andy B. Franck (chant) : Ça a été difficile comme pour tout le monde. Le problème nous concernant est que nous avions sorti un album en pleine pandémie, puis nous voulions partir en tournée mais nous n’avons pas eu le droit de le faire. Les choses changeaient d’un jour à l’autre voire d’une heure à l’autre. Nous avons donc dû repousser la tournée. Ça paraît tellement bizarre : trois ans et demi se sont écoulés entre la sortie de Wall Of Skulls et celle de Plague Of Rats, alors que pour moi, j’ai plus l’impression que c’était un an et demi ou deux. Je crois que beaucoup de gens ont ce ressenti : les années de pandémie ont été effacée de ma mémoire [rires]. En tant que groupe, ça allait, c’était dur surtout après la pandémie pour revenir, notamment quand il a fallu remettre la machine promotionnelle en marche pour le nouvel album, avec les réseaux sociaux et tout. Il faut travailler plus dur et un peu plus que la fois précédente parce que beaucoup de choses ont changé avec le temps. Mais ce qui compte au final, c’est que nous soyons toujours en vie ! [Rires]

Avec Plague Of Rats, vous revenez à l’histoire et à la culture indienne. C’est quelque chose qui était déjà présent dans la chanson « Maharaja Palace » d’Ambiguity mais aussi sur Soul Temptation…

[Coupe] Tu es l’un des premiers à dire ça ! Car la plupart des gens disent que ça renvoie à Soul Temptation et je réponds toujours : « Non, non, non ! Ce n’était pas la première fois que nous travaillions avec ces harmonies indiennes. » Tu as donc parfaitement raison ! Merci pour cette précision [rires].

D’où vient votre attrait pour l’Inde et sa civilisation ancienne ?

Pour être tout à fait honnête, je n’en ai aucune idée [rires]. Ça peut paraître étrange, mais quand j’ai rejoint Brainstorm à l’époque et que nous nous préparions à faire l’album Ambiguity, quand j’ai écouté pour la première fois cette chanson, sans paroles ni rien, la première chose que j’ai vue était le palace d’un maharaja, un donjon, des Indiens, etc. – je me fais toujours un film dans ma tête pour déterminer de quoi parlera la chanson. J’ai alors commencé à écrire les paroles et j’ai trouvé ça très intéressant. A partir de cet instant, je me suis mis à lire des livres et des histoires sur la culture indienne. Il n’y avait donc rien avant ça. J’ai toujours été un grand fan de plein d’autres choses, l’Egypte, l’Ecosse, etc. mais je ne m’étais jamais trop intéressé à la culture indienne. C’est quand j’ai écrit les paroles de « Maharaja Palace » que j’ai commencé à me pencher dessus et à lire davantage sur la culture, l’histoire et tout ce qui a trait à l’Inde. J’ai découvert que c’était très intéressant. J’adorerais pouvoir te dire que c’est quelque chose avec lequel j’ai grandi et tout, mais non, la vérité est qu’il n’y avait rien avant [rires]. C’est la musique qui m’y a poussé.

Tu as déclaré que « c’est peut-être l’une des cultures de l’histoire du monde qui mérite un peu plus d’attention ». Qu’est-ce qui te fais penser ça ?

C’est une histoire qui a été oubliée parce que les Anglais ont essayé d’y amener leur propre histoire. Dans les cultures indienne et indonésienne, la religion et le mode de vie sont très paisibles. Je crois qu’on peut énormément apprendre d’elles, de la façon dont, dans le temps, ils vivaient leur vie, se traitaient les uns les autres, etc. Ce n’est pas un pays connu pour les guerres. C’est une culture très intéressante, très humaine, mais bien sûr, durant ces dernières années, beaucoup de choses ont changé ; leur population a énormément augmenté. Reste que peu de gens parlent de l’histoire de l’Inde, or on devrait un peu plus s’y intéresser. Le problème, je pense, est que nous n’avons pas beaucoup de films venant de là-bas. Les seuls films indiens qu’on connaît sont ceux où ça danse et tout [rires] ; ça correspond peut-être à leur culture aujourd’hui, mais ça n’a rien à voir avec leurs origines. C’est très triste que nous ayons des tonnes de films, jeux vidéo, etc. sur toutes les autres cultures, et très peu sur l’Inde. Peut-être que ça changera un jour. Ce serait super. Je lis beaucoup sur le sujet et c’est toujours très intéressant, parfois effrayant, car ils ont évidemment aussi leurs histoires sombres. Ils ont une belle religion, une histoire passionnante, un mode de vie sympa, et ça mérite qu’on se penche dessus.

« Je ne suis pas un grand fan des albums conceptuels. J’ai l’impression de devoir toujours écouter tout l’album, c’est comme si c’était une seule et unique chanson [rires]. Ce n’est pas le cas, je le sais, mais c’est ce que je ressens. J’aime être un peu plus libre. »

Êtes-vous déjà allés en Inde ? Je crois que le groupe n’y a jamais tourné…

Torsten Ihlenfeld (guitare) : Non, nous ne sommes jamais allés en Inde, mais ce serait un de nos grands rêves ! Avec un peu de chance, nous recevrons une invitation, maintenant que nous avons un album qui renvoie à cette culture y compris avec la pochette et tout ! Nous avons pas mal de fans là-bas, mais il faut qu’un tourneur nous y emmène.

Andy : La difficulté là-bas est que, pour les tournées, ils ne sont pas bien préparés, donc il faut faire attention où on va, il faut avoir un guide, etc. Personnellement, je suis en train de planifier un long voyage de six semaines là-bas pour l’année prochaine. Ça peut paraître étrange, je suis allé dans tellement d’endroits dans le monde, mais jamais en Inde ! Ce sera donc probablement le premier pays où j’irai en disant : « Je connais ci, je connais ça, je connais une histoire là-dessus ! » [Rires]

Comment en êtes-vous finalement venus à ramener cette couleur indienne après toutes ces années dans Plague Of Rats ?

Torsten : Je suis fasciné par les gammes, harmonies, progressions d’accords et instruments indiens, donc j’adore composer dans ce style. Andy, pour sa part, s’intéresse beaucoup à toutes ces cultures, que ce soit celle de l’Inde ou de l’Egypte ancienne. Entre Andy et moi, c’est la combinaison parfaite, vu que j’aime composer dans ce style et que lui adore écrire des textes sur ce type de sujet. Evidemment, comme tu l’as dit, nous avions déjà « Maharaja Palace » sur Ambiguity et la trilogie sur Soul Temptation qui font que la plupart des gens nous connaissent pour notre fascination pour la culture indienne. Cette fois, nous avions l’artwork de l’album dès le tout début du processus et quand Andy me l’a présenté, ça a agi comme rampe de lancement pour la composition – une pochette est toujours un grand déclencheur d’inspiration, surtout quand c’est basé sur les thèmes au sujet desquels ton chanteur veut chanter. C’est là que nous avons décidé de refaire un focus sur cette couleur, que ce soit musicalement ou dans les textes. C’était un choix naturel. Quand j’ai vu cette pochette, je crois que quinze minutes plus tard, j’avais déjà le riff de « Garuda (Eater Of Snakes) » !

Andy : En fait, j’ai commencé à penser à la pochette et au titre de l’album bien avant que nous finissions les premières chansons. J’ai parlé avec Gyula [Havanscsak], l’artiste qui réalise nos artworks, et la pochette était prête, avec le titre, un an avant que nous entrions en studio. Je voulais orienter les autres membres du groupe avec cet artwork, la musique devait le représenter, en disant : « Pensez-y. Quand vous commencez à composer des morceaux et quand vous irez en studio, regardez la pochette. Sachez que c’est un chef-d’œuvre, donc la musique doit également être un chef-d’œuvre ! »

Les sons et harmonies de la musique indienne sont très particuliers. Comment procédez-vous pour mêler ça à votre forme occidentale de heavy metal ?

Torsten : Nous avons la chance de travailler avec Miro Rodenberg, qui est également claviériste dans Avantasia. Depuis notre premier album, il est la personne vers qui nous nous tournons quand nous avons besoin de clavier. Ça fait donc plus de vingt-cinq ans que nous travaillons ensemble. C’est un musicien extraordinaire qui nous comprend toujours à cent pour cent quand nous lui présentons nos idées d’instruments à inclure, d’harmonies, de sons, etc. C’est le sixième membre qui ne fait pas partie du groupe, tout comme le producteur qui apporte beaucoup. D’un autre côté, j’ai moi-même des notions sur la façon dont la musique indienne fonctionne. J’ai été professeur dans des écoles de musique pendant plus de quinze ans. J’ai enseigné toutes ces gammes et, évidemment, c’est aussi une grande inspiration. Le plus délicat, c’est de faire en sorte que ça sonne naturel. Il ne s’agit pas juste d’apprendre une gamme – on peut en apprendre des milliers, mais quand tu joues sans passion et sans la connaissance de la culture, ce n’est qu’une gamme, rien d’autre. C’est quand tu lis au sujet de la culture et que tu écoutes la musicale originale que tu commences à réussir à toi-même composer et jouer dans ce style, car autrement, je pense que tu n’auras pas le truc pour.

« La raison pour laquelle il n’y a pas de ballade et que cet album est aussi heavy, c’est ce qui est arrivé au groupe avec la pandémie : nous étions vraiment énervés par la situation. Ca nous a rendus agressifs et frustrés. »

D’un autre côté, ces touches indiennes ne sont pas envahissantes dans l’ensemble du disque, elles ne sont véritablement là que pour deux chansons : « Garuda (Eater Of Snakes) » et « The Shepherd Girl (Gitagovinda) ». Y a-t-il une certaine timidité à explorer plus largement ces couleurs musicales ou est-ce plutôt une volonté de ne pas en faire trop ?

Je dirais que c’est un peu des deux. Nous ne sommes pas un groupe qui fait des albums conceptuels – en tout cas, nous n’en avons pas encore fait. Nous ne voulons pas suivre une histoire pour un album conceptuel juste pour le faire et, à côté, lésiner sur la qualité des chansons. C’est pourquoi, généralement, nous ne faisons pas ça et nous nous concentrons sur deux ou trois chansons que nous emmenons au maximum dans une direction donnée, niveau composition et textes, tandis que les autres sont de bons morceaux de power metal mélodique, comme « Beyond Enemy Lines ». Mais nous pourrions aller plus loin dans cette direction à l’avenir, pourquoi pas, car c’est un super thème que nous aimons tous. Nous avons de nombreuses idées, mais nous laissons les choses se faire naturellement, comme cette fois avec l’artwork qui a été le point de départ.

Andy : Je crois qui si nous avions fait plus de chansons dans l’album utilisant des sonorités indiennes, beaucoup de gens auraient cru que c’était un album conceptuel, or, pour être honnête, je ne suis pas un grand fan des albums conceptuels. C’était donc très important de faire comprendre que l’album incluait quelques influences ici et là, mais sans que les gens se disent : « Oh, ça sonne bizarre, ça n’a rien à voir avec le Brainstorm que je connaissais depuis des années. » Si vous adhérez à ces deux chansons, très bien ; sinon, il y en a plein d’autres qui sont du Brainstorm typique. Mais pour te dire la vérité, pour la prochaine fois, je songe vraiment à ce que nous travaillions avec de vrais musiciens indiens et à inviter un chanteur de là-bas qui chanterait dans sa langue, car j’en suis incapable, je ne parle pas l’hindi. Ce serait génial d’aller au bout de la démarche. L’idée n’est pas de faire un concept album, mais je comparerais ça à « Alexander The Great » d’Iron Maiden, une très longue chanson d’environ dix minutes. Ce serait vraiment cool de faire la même chose avec des invités et quelqu’un qui chante en hindi, sachant que j’ai déjà une histoire en tête. J’y ai réfléchi lorsque nous étions en studio pour Plague Of Rats, mais c’était évidemment trop tard. Ce serait donc mon objectif principal et mon rêve pour le prochain album.

Pourquoi n’aimes-tu pas les albums conceptuels ?

Pour moi, le meilleur album conceptuel jamais réalisé est Operation: Mindcrime. Si tu fais un concept album, tu as intérêt à avoir une histoire vraiment intéressante. Et si tu te soucies trop de l’histoire, tu risques de délaisser la musique. Je ne suis donc pas fan de cette idée. Avoir un, deux ou trois morceaux principaux dans l’album sur un sujet donné, comme nous l’avons fait avec Soul Temptation avec la trilogie, c’est bien, ça me va, mais tous ceux qui ne sont pas familiers avec ces chansons indiennes – si on parle de notre cas – doivent pouvoir être libres de dire : « Ça, ça ne me branche pas, mais les autres me plaisent. » Par exemple, dans le temps, quand j’écoutais Savatage et qu’ils se sont mis à systématiquement sortir des albums conceptuels, comme Streets… Streets, j’étais très fan, mais je n’ai jamais adhéré à The Wake Of Magellan. J’étais là : « Oh, encore une histoire… » Il faut avoir le temps de s’investir dedans. Parfois, la première chanson est super, la troisième aussi et la cinquième aussi, mais dans le cas d’un concept album, j’ai l’impression de devoir toujours écouter tout l’album, c’est comme si c’était une seule et unique chanson [rires]. Ce n’est pas le cas, je le sais, mais c’est ce que je ressens. J’aime être un peu plus libre. Et j’aime aussi faire des choses différentes sur un album. Je n’ai pas peur d’utiliser de vieux instruments indiens et des sons industriels sur un même album – je sais que ça pourrait paraître étrange, mais si ça fonctionne, pourquoi pas, j’ai cette liberté, tant que nous nous amusons. Nous faisons de la musique, pas de la politique [rires].

« Ce que j’écris a tendance à s’inspirer de la mort, de l’occultisme, etc., mais là, après plus de vingt-quatre albums, je me mets enfin à chanter des histoires d’amour ! [Rires] »

L’album précédent, Wall Of Skulls était déjà un album plus direct, et Plague Of Rats poursuit dans cette direction, tout en étant très accrocheur. Avez-vous été encouragés par ce qu’est devenu Wall Of Skulls et peut-être même la façon dont il a été reçu ?

Torsten : Oui. Nous avons obtenu de supers résultats avec Wall Of Skulls. C’était clairement l’un de nos plus grands succès. Mais nous ne nous sommes pas dit que nous devions faire la même chose pour retrouver autant que possible le même succès. C’était plus que, cette fois, nous ne voulions pas surcharger les chansons. Nous nous sommes donc concentrés sur les parties qui, essentiellement, devaient être présentes, sans avoir de longues plages épiques ou je ne sais quoi. Nous voulions que l’album aille droit au but et qu’il s’écoute facilement. Il est clair qu’il y a des chansons passées qui étaient trop chargées. Nous avons même eu des éléments progressifs dans certaines. Cela étant dit, ce n’est pas une mauvaise chose de surcharger la musique si c’est fait de manière positive, c’est-à-dire en évitant que ça devienne ennuyeux ou d’inclure des parties juste pour étirer la chanson à sept ou neuf minutes. Il faut que ça convienne. Par exemple, il y a « Jeanne Boulet (1764) » sur Midnight Ghost qui est assez épique avec de longues parties, mais ça collait parfaitement avec le morceau. Cette fois, nous n’avons pas travaillé sur une piste épique de plus de cinq ou six minutes. Nous avons donc décidé de faire en sorte que ça reste très focalisé. Evidemment, c’est super aussi quand il y a des lignes vocales accrocheuses et Andy est très bon dans ce domaine. Quand nous nous voyons pour travailler sur les chansons, nous pouvons discuter pendant des heures rien que pour changer un accord, mais au final, c’est une discussion très créative. Tant que le résultat est la meilleure chanson possible, tout vaut la peine.

J’ai aussi mentionné Wall Of Skulls, car les deux albums ont onze pistes, une intro, deux invités… Ils semblent suivre un format similaire.

C’est une coïncidence. Nous adorons avoir des intros sur nos albums. Nous sommes des enfants des années 80, et nous avons tous grandi avec les grands albums de cette décennie, comme ceux de Judas Priest, d’Iron Maiden, de Black Sabbath, de Van Halen, etc., ce qui fait que nous adorons les intros. Concernant les invités, nous avons Elina [Siirala] qui chante sur « Your Soul That Lingers In Me » parce qu’Andy disait tout le temps qu’il entendait une voix féminine et qu’il fallait donc inviter quelqu’un. Et pour Alex [Krull] sur « From Hell », c’est parce que c’est l’un des morceaux les plus heavy de l’album et nous nous sommes dit que ce serait super d’avoir des growls dessus. Andy a pris le téléphone et l’a appelé parce qu’ils se connaissent depuis plus de trente ans. Et c’était facile pour Elina aussi, vu qu’elle et Alex font partie du même groupe [Leaves’ Eyes]. Nous trouvons que c’était un super choix pour les deux, car ça a clairement emmené ces chansons à un niveau supérieur.

Il n’y a pas la moindre ballade dans cet album : pensez-vous que ça aurait brisé l’énergie ou l’impact de l’album ?

C’est certain, oui. Ça n’aurait pas eu sa place dans cet album. C’est pourquoi nous avons décidé de ne pas travailler plus que ça sur une ballade. Nous avions pas mal d’idées dans cette optique, mais nous ne le sentions pas, donc nous avons laissé tomber.

Andy : Une ballade, c’est quelque chose qui doit venir du cœur, des tripes, donc si on ne le sent pas, pas besoin d’en écrire une. Et je pense que la raison pour laquelle il n’y a pas de ballade est que cet album est aussi heavy, c’est – et on en revient à ta première question – ce qui est arrivé au groupe avec la pandémie : nous étions vraiment énervés par la situation, car nous n’avions pas le droit de partir en tournée. Il a fallu que nous repoussions sans arrêt les concerts, que nous nous réunissions en secret quelque part, dans une cave, sans que personne le sache, etc. En un sens, ça nous a rendus agressifs et, en un autre sens, frustrés, et je pense que c’est pour ça que nous n’avons à aucun moment vraiment songé à composer une ballade pour l’album. Nous avions des morceaux plus lents, mais ce n’était pas des ballades. Pour moi, « The Dark Of Night » est probablement ce que je considèrerais comme notre ballade up-tempo [rires]. C’est l’une de mes préférées dans l’album.

Aucun morceau ne porte le titre de l’album, Plague Of Rats, alors comment avez-vous opté pour celui-ci ? Quel symbole représentent les rats ? Je crois qu’en Inde, cet animal est le symbole de la fertilité, mais aussi de l’avarice et de la cupidité…

Tu as à cent pour cent raison. Le titre, Plague Of Rats, est basé sur la mythologie indienne, mais c’est aussi un constat personnel lié à la situation politique et sociale que l’on connaît dans le monde de nos jours. Les rats représentent quelque chose de souterrain. Je voulais exprimer le fait que nous sommes victimes d’une invasion de rats ; les rats n’ont de cesse de se rapprocher. Ce qui se passe partout dans le monde en ce moment, ce qu’on voit quand on allume la télé, etc., c’est dingue, ça ne pourrait pas être pire. Chaque jour, on se dit qu’aujourd’hui est pire qu’hier. On est entourés de ces rats !

« Nous avons appris à faire en sorte que la musique reste simple sans que ça sonne trop facile. Nous sommes toujours à la recherche de la chanson la plus parfaite possible. Par le passé, souvent, nous nous faisions plaisir à jouer et nous en faisions trop sur certaines parties. »

En Inde, il y a le temple de Karni Mata, également connu sous le nom de Temple des Rats, où ces animaux sont considérés comme sacrés et traités avec le plus grand soin par les fidèles. Comptes-tu t’y rendre lors de ton voyage ?

Oui ! Il est clair que ce serait mon moment réseaux sociaux [rires]. Ce qui est drôle, c’est qu’au départ, je voulais intituler cet album Temple Of Rats, justement. C’était l’idée initiale, et le groupe disait par moments que la pochette aurait un peu mieux convenu à ce titre, mais j’ai pensé à la situation politique et je trouvais que Plague Of Rats marchait mieux, c’était parfait pour moi. En comparaison, avec Wall Of Skulls, j’avais eu une sorte de blackout, c’était la première fois en vingt-cinq ou trente ans de musique que rien ne me venait en tête, je n’avais aucune idée, même pas pour l’artwork. Je crois que c’est quelqu’un d’autre qui avait suggéré le titre Wall Of Skulls. Pour ce nouvel album, après quelques mois de réflexion, tout m’est venu d’un coup. J’ai appelé Gyula en pleine nuit. Je l’ai réveillé à deux ou trois heures du matin : « Il faut qu’on parle ! J’ai une tonne d’idées. Je pense à l’Inde, à des rats, à Shiva, à de la colère… » Je lui ai raconté tous ces trucs et il était là : « Ok, Andy, je suis en train de tout noter, mais après je repars me coucher, d’accord ? » J’ai dit : « D’accord, mais après, on se met au travail ! » [Rires]

Thématiquement, au sujet de « Beyond The Enemy Lines », tu as expliqué que « dépasser les limites mentales et faire confiance aux inconnus ou leur donner une chance est devenu très difficile. S’enfuir dans la haine et l’émoi est plus facile et favorise la violence et les guerres. » On vit dans un monde de plus en plus connecté, où on a accès à la quasi-totalité des cultures du monde. Vois-tu un paradoxe dans cette peur de l’étranger ?

Oui, à bien des égards. Pour être tout à fait honnête, quand je regarde la situation, je n’ai aucune idée comment on pourra en sortir. On est allés tellement loin. Je ne sais où on va à partir de là. C’est une situation difficile, ça part dans tous les sens. Cette chanson, c’est juste un constat, mais sans solution, car je n’ai aucune idée de ce qu’il faudrait faire. Et je ne sais pas du tout quoi dire à mes enfants. Mes deux fils ont un âge où ils pourraient eux-mêmes devenir pères, mais pour l’instant ils n’ont pas encore d’enfants, donc je ne suis pas encore grand-père. Parfois, je trouve ça triste, et parfois, je me dis : « Dieu merci », car que vais-je léguer à mes petits-enfants ? On verra ! C’est une question difficile à laquelle je ne peux pas vraiment répondre. Tout ce que je peux faire, c’est écrire des paroles là-dessus. C’est ma seule arme [rires].

« The Shepherd Girl (Gitavoginda) » est inspirée du Gita-Govinda, un poème sur l’amour entre Krishna et Radha. Qu’est-ce qui t’a inspiré dans cette histoire ?

C’est l’équivalent indien de l’histoire de Roméo et Juliette. J’ai beaucoup lu sur des histoires sombres et ce que j’écris a tendance à s’inspirer de ça, de la mort, de l’occultisme, etc., mais là, je me disais : « Oh, non, j’en ai marre ! On a tant de thématiques sombres dans l’album, la guerre, le suicide… Pourquoi ne pas chanter à propos de quelque chose de plus positif ? » J’ai alors recherché une histoire et j’ai découvert que Gita-Govinda était un récit qu’ils apprenaient tous très tôt à l’école en Inde, genre dès le CP ou le CE1. Il existe plein de chansons là-dessus, différentes variantes de l’histoire, etc. et c’est toujours positif. Ça valait absolument la peine de chanter là-dessus. C’est une sorte d’histoire d’amour, chose que je n’avais jamais vraiment eue dans un texte malgré tous les albums que j’ai enregistrés dans ma vie. Je me suis dit : « Andy, tu as plus de cinquante ans, c’est le moment de chanter sur la rencontre d’une fille et d’un garçon » [rires]. Voilà le résultat, j’en suis très content !

Ce qui est drôle, c’est que nous avons décidé de sortir cette chanson en single quand elle n’était encore qu’une version très préliminaire. Quand nous sommes allés au studio, Seeb [Levermann, producteur] m’a regardé et m’a dit : « T’es dingue ! Tu prends cette décision sans savoir comment ça va sonner à la fin. » J’ai dit : « Je ne sais pas, c’était juste une intuition. J’ai pensé que ça allait devenir une chanson sympa. » Une fois que la musique était dans la boîte, il n’était toujours pas sûr de ce choix, puis j’ai commencé à chanter, je l’ai enregistrée, réenregistrer, et au bout d’un moment, il m’a regardé : « Ok, oui… Je pense que ce sera mieux que j’imaginais. » Au bout du compte, tout le monde en était content et a trouvé que c’était absolument la bonne décision, mais c’était dangereux [rires]. Le fait est que la maison de disque avait demandé un clip vidéo, donc nous avons dû décider très tôt d’opter pour « Garuda (Eater Of Snakes) » et « The Shepherd Girl (Gitavoginda) ». Il a fallu rendre ces chansons vraiment très bonnes en studio. Lorsque nous avons filmé les clips, c’était à partir des démos. Je n’avais jamais fait ça avant, car tu es là, tu chantes sur une chanson sous forme de démo sans savoir comment ça va sonner à la fin. Mais le résultat est génial. Bref, c’est une chanson positive, un poème, je suis content d’avoir quelque chose de différent dans l’album. Elle ouvrira probablement à d’autres idées et possibilités d’histoires d’amour. Après plus de vingt-quatre albums, je me mets enfin à chanter des histoires d’amour ! [Rires]

« Scary Creatures est l’un des pires albums de l’histoire du groupe. La décision la plus importante de notre carrière a été de prendre un peu de recul, regarder notre histoire jusque-là et reconnaître que nous n’étions pas sur la bonne voie. »

La culture indienne regorge de personnages, dieux et créatures. Par exemple, une chanson de cet album parle de Garuda, une créature mythologique mi-humaine, mi-aigle. Quelle figure mythologique indienne serait ta préférée ?

C’est Garuda, justement. Il y a une histoire fascinante derrière et j’ai essayé de la retranscrire en quelques mots dans la chanson, ce qui n’est pas simple. Comme tu l’as dit, ils ont des personnages et créatures extraordinaires, mais je me suis tout de suite dit que si nous revenions à la mythologie indienne, il fallait qu’une chanson de l’album s’intitule « Garuda ». Ce n’était pas facile de trouver le bon ton et les bonnes lignes vocales, car « Garuda » n’est pas un mot qu’on utilise tous les jours. Ce qui en est ressorti est ce [chante] « Garuda ! » ; je l’ai fait une fois et je me suis dit que c’était ainsi que ça devait sonner, car c’est une créature forte. Il ne fallait pas que je chante aigu ou de façon aérienne, il fallait le crier !

Il y a une reprise de Rick Springfield sur l’édition limitée. On est loin à la fois de l’Inde et du power metal allemand, puisqu’il s’agit d’un musicien et acteur australo-américain. Comment vous êtes-vous mis d’accord sur cette reprise ?

Torsten : C’était un rêve de longue date qu’avait Andy de reprendre cette chanson. Elle a toujours été importante pour lui quand il était jeune. Encore une fois, nous sommes tous des enfants des années 80 et j’aime aussi cette chanson, autrement ça n’aurait pas eu de sens d’en faire une reprise avec le groupe, mais je sais que c’était un souhait qu’avait Andy depuis longtemps – je le laisserai en parler plus en détail. Elle n’est pas si simple que ça à reprendre et il fallait en faire une version qui méritait d’être enregistrée. Quand je me suis posé pour bosser sur l’aspect musical, il fallait le développer et, évidemment, le faire à la manière de Brainstorm, mais il fallait aussi quand même respecter l’original. Tu joues une chanson qui est l’idée d’une autre personne. L’artiste original voulait exprimer quelque chose avec, donc il faut en être respectueux quand on se l’approprie. Pour être honnête, c’est l’une des chansons que j’écoute le plus quand j’écoute le nouvel album ! Je trouve le résultat super.

Andy : J’ai grandi plus ou moins avec des groupes de metal, c’est-à-dire Kiss, Iron Maiden, Judas Priest, etc. A l’école ce n’était parfois pas si facile de parler aux autres qui ne s’intéressaient pas au metal et les metalleux n’étaient pas nombreux. Quand tu étais à une fête d’école, ils écoutaient de la musique et c’était du Madonna, « Pump Up The Jam », etc. qui n’étaient pas du tout mon truc. Mais il y avait cette chanson, « Celebrate Youth », que j’entendais toujours et je me disais : « C’est pas mal. Voilà un genre de musique que je peux tolérer. » Je trouvais que le message, la musique et l’artiste – que j’avais vu dans différents magazines – étaient cool. J’avais fini par mettre cette chanson sur l’une des cassettes de rock et de metal que j’écoutais avec mon walkman. Je me souviens de plein d’endroits où je me suis rendu à vélo avec mon casque sur les oreilles en écoutant « Celebrate Youth ». J’ai donc de très bons souvenirs avec cette chanson.

Au fil des années, pas mal de gens nous demandaient d’essayer de faire une reprise et j’ai pensé à ce morceau. Le message est parfait et il est même peut-être encore plus important de nos jours. J’ai donc dit au groupe : « Eh les gars, pourquoi ne pas enregistrer une reprise ? » Ils ont dit : « A quelle chanson tu penses ? » Je la leur ai fait écouter, avec d’autres – il y en aura une autre très cool, ce sera une surprise, vous la découvrirez dans quelques semaines, cet été. Je ne sais pas si quelqu’un a déjà repris « Celebrate Youth » auparavant, mais je la trouve super et je me suis beaucoup amusé à l’enregistrer. Comme je l’ai déjà dit, nous sommes des musiciens, pas des politiciens, donc quand tu es en studio et que tu fais une reprise, tu t’amuses ! Seeb m’a aussi regardé, genre : « Pourquoi diable enregistrez-vous ça ?! » J’ai dit : « Eh, ce sera cool ! » Elle nous montre sous un autre jour. Donc dans cet album, je chante à propos d’amour, et je m’amuse à chanter un morceau de rock, ce qui est aussi très étrange [rires].

« Nous avons décidé il y a vingt ans de ne pas signer sur un gros management, tourner partout dans le monde et devenir les esclaves d’une scène musicale. Nous sommes donc indépendants à bien des égards. »

Andy, tu as déclaré que « Plague Of Rats est peut-être l’album avec lequel [vous êtes] parvenus à apprendre de vos erreurs et à combiner toutes [vos] forces ». Quelles seraient les erreurs passées dont vous avez appris ?

Torsten : Nous avons appris à faire en sorte que la musique reste simple sans que ça sonne trop facile. Evidemment, nous voulons également être reconnus comme musiciens, mais l’idée est avant tout de progresser en tant que compositeurs. Nous sommes toujours à la recherche de la chanson la plus parfaite possible. Par le passé, souvent, nous nous faisions plaisir à jouer et nous en faisions trop sur certaines parties, en termes de longueur ou d’intensité, ou de nombres de notes que nous incluions dans une même chanson. C’est pourquoi depuis Midnight Ghost, nous nous concentrons sur ce dont la chanson a vraiment besoin et laissons tomber les parties qui ne semblent pas nécessaires. Reconnaître que certaines parties ne sont pas suffisamment focalisées est quelque chose que nous avons appris de notre producteur Seeb Levermann d’Orden Ogan, avec qui nous avons fait les trois derniers albums. C’est une superbe combinaison et collaboration. Nous adorons travailler avec lui en tant que producteur. Il met souvent le doigt sur la plaie, en disant, par exemple : « Pourquoi ne pas retirer cette partie ? » Et puis je pense que tous ceux qui nous ont vus en concert ont remarqué que nous adorions être sur scène, or je pense qu’avoir des chansons qui vont à l’essentiel, c’est bien pour les shows, pour que les gens ne soient pas là à se dire : « Oh, quand cette chanson sera-t-elle terminée ? Quand pourrai-je entendre la prochaine ? »

Au-delà des erreurs, j’ai l’impression que depuis Midnight Ghosts, vous regardez beaucoup de ce qui a fonctionné par le passé. Est-ce important parfois de savoir revenir sur ses pas ?

Oui, je crois. Et ça vaut aussi pour la vie de chacun en général. On ne peut pas avancer sans contempler le passé et réfléchir un peu. Je trouve que c’est très important. Ce n’est pas honteux de diagnostiquer certaines erreurs qu’on a pu faire, pour devenir de meilleurs êtres humains, ou de meilleurs musiciens.

Andy : Laisse-moi te dire ceci : je crois que Scary Creatures est l’un des pires albums de l’histoire du groupe. Je crois qu’il y a deux ou trois morceaux dessus qui sont pas mal, mais je n’en suis globalement pas très fan. J’ai dit au groupe que nous n’étions pas loin de tourner en rond, que nous enregistrions sans arrêt les mêmes chansons, les mêmes lignes de chant, etc. Avec Scary Creatures, je me suis dit que c’était la cinquième fois que nous enregistrions le même album mais en moins bien. C’est pourquoi j’ai dit aux autres que nous devions changer beaucoup de choses. En premier lieu, nous avons changé de producteur. Je connaissais très bien Seeb Levermann d’Orden Ogan et je savais que si nous pouvions travailler avec lui, ça nous emmènerait à un autre niveau, en repensant les chansons, en nous interrogant : « Est-ce suffisamment bon ou doit-on la réécrire, la réarranger ? » C’était la décision la plus importante de notre carrière : prendre un peu de recul, regarder notre histoire jusque-là et reconnaître que nous n’étions pas sur la bonne voie.

Je n’étais pas prêt à jeter l’éponge. Je me disais que nous avions sorti tant de supers albums – je trouve encore que Soul Temptation, Liquid Monster et Downburst sont de supers albums –, mais qu’il fallait maintenant nous redéfinir. C’est ce que nous avons fait avec Midnight Ghost. Et je pense personnellement que depuis Midnight Ghost, Brainstorm sonne bien plus moderne, tout en restant un groupe de metal traditionnel. Cet album nous a propulsés dans cette nouvelle ère. Midnight Ghost, Wall Of Skulls et Plague Of Rats représentent exactement la façon dont nous voulons sonner. Si vous regardez nos setlists en live, nous jouons trois ou quatre chansons du passé et le reste n’est que de la nouveauté. Je vais te dire : c’est quelque chose qui me rend vraiment fier, car dans bien des cas, je vais à des concerts de metal et les groupes jouent une ou deux chansons de leur nouvel album, tandis que le reste, ce sont des vieux morceaux. Nous avons la chance de pouvoir dire : « D’accord, on doit jouer ‘Shiva’s Tears’, ‘All Those Words’, etc. mais le reste du concert, c’est que du neuf. » Nous avons créé nos nouveaux classiques et j’en suis très heureux !

Brainstorm existe depuis 1989 et produit des albums depuis 1997 : ne pas se répéter tout en maintenant son propre style, une certaine familiarité, est-il le plus grand défi venant avec la longévité ?

Torsten : Oui, mais nous n’avons jamais trop pensé à ça, parce que nous essayons toujours de progresser en tant que compositeurs. Nous nous autorisons à regarder un peu à droite à gauche, en marge de notre ADN musical de base qui est le power metal. Nous écoutons évidemment aussi de la musique et c’est une grande source d’inspiration. Nous ne voulons pas sortir des albums qui sonnent tous pareil. Ça ne serait pas satisfaisant pour nous. Nous ne nous éloignerons pas trop de nos racines, parce qu’il faut qu’on sache quand on est en train d’écouter une chanson de Brainstorm, mais nous voulons aussi être à la page. Nous ne voulons pas être un groupe qui fait de la musique vintage. Sachant qu’en plus, nous ne manquons jamais d’idées. Nous n’avons jamais peur de faire un nouvel album, parce que nous adorons composer et que nous adorons notre groupe ! C’est toujours une grande source d’inspiration quand je prends ma guitare.

« Nous avons été beaucoup influencés par le power metal américain, qui est un petit peu plus sombre que les mélodies happy/speed qu’utilise typiquement le power metal européen. Je pense que ce mélange défini le son de Brainstorm. […] Nous sommes un groupe de metal allemand, mais nous ne sonnons comme aucun autre groupe de metal allemand. »

Andy, tu as aussi déclaré : « Je pense que nous avons quelque chose que beaucoup de groupes ont perdu ces derniers temps : l’indépendance. » Que veux-tu dire par là ?

Andy : Le truc, c’est que nous avons tous un boulot à côté du groupe, donc nous pouvons jouer la musique que nous voulons. Nous avons décidé il y a vingt ans de ne pas signer sur un gros management, tourner partout dans le monde et devenir les esclaves d’une scène musicale. Nous sommes donc indépendants à bien des égards, nous pouvons décider dans quels festivals nous voulons jouer, quels concerts nous voulons faire, quelles tournées nous voulons organiser, etc. ; nous conservons le côté amusant, et donc ne perdons pas la raison pour laquelle nous faisons de la musique. Je connais plein de groupes qui sont obligés de jouer, d’écrire des chansons, de changer leur style et de sonner comme ce qui est tendance aujourd’hui. Nous, nous pouvons faire ce que nous voulons. Le plus important est que, durant toutes ces années, tout ce que nous avons sorti, peu importe ce que c’est, que ce soit un album merdique comme Scary Creatures ou un super album comme Soul Temptation, Midnight Ghost ou Plague Of Rats, ça sonne toujours comme Brainstorm. Peu importe ce que nous enregistrons, c’est systématiquement du Brainstorm. Nous n’avons pas à nous soucier des modes, des styles, de la hype, etc. Tant qu’il y a pas mal de gens qui nous suivent, c’est super. Nous avons plein de fans qui nous suivent depuis tant d’années. Je me souviens de moments où j’en ai rencontré pour la première fois quand ils étaient jeunes et maintenant, ils sont pères et mères et ils emmènent leurs enfants à nos concerts ! C’est quelque chose que j’ai toujours voulu avoir. Comme je l’ai dit, je connais plein de musiciens qui ne sont pas satisfaits de la situation, mais ils sont obligés de jouer la musique que les gens veulent entendre. Ce n’est pas notre cas. Nous pouvons prendre nos propres décisions. C’est très important, car nous ne sommes pas trop focalisés sur le nombre de clics que nous avons ici et là. Nous en sommes plutôt fiers !

Brainstorm est, en effet, de ces groupes qui ont leur propre son et style, mais d’après vous, qu’est-ce qui rend votre musique si reconnaissable ?

Torsten : Je ne sais pas exactement, mais je pense qu’au fil des années, nous avons trouvé la formule typique de Brainstorm. Même si nous sommes un groupe de power metal européen, nous ne sonnons pas tant que ça européens. Nous avons été beaucoup influencés – surtout au début – par le power metal américain, qui est un petit peu plus sombre que les mélodies happy/speed qu’utilise typiquement le power metal européen. Je pense que ce mélange définit le son de Brainstorm. Pour nous tout est une question de chanson et de riff, et bien sûr une bonne ligne mélodique vocale, mais sans que ce soit trop joyeux. Peut-être que c’est ce qui démarque Brainstorm.

Andy : Je crois que c’est le mélange entre le puissant côté heavy et les mélodies, pas seulement les lignes vocales mais sur les guitares également. C’est ce style qui nous rend uniques. Je suis presque certain qu’on peut reconnaître en quelques secondes quelle chanson est de Brainstorm et laquelle ne l’est pas. Peut-être que c’est plus compliqué de deviner si c’est une nouvelle ou une ancienne… Mais Torsten a raison, nous sommes un groupe de metal allemand, mais nous ne sonnons comme aucun autre groupe de metal allemand. Nous sonnons plus comme un groupe américain ou international, et c’est cool ! Dès que nous jouons en dehors d’Allemagne, il y a tant de nouveaux fans qui viennent nous voir en demandant d’où nous venons. Nous répondons que nous venons d’Allemagne. Ils sont là : « Non ? Vous déconnez ! Vous sonnez comme un groupe américain, anglais, suédois, peu importe… » « Non, nous sommes bien allemands. » Je pense que c’est parce que nous avons grandi avec des groupes de metal britanniques, mais aussi des groupes de metal typiquement américains. Je pense que c’est ce qu’on retrouve dans notre musique – il y a même un peu de thrash metal dedans.

Après six albums chez AFM Records, Plague Of Rats sort désormais sur un autre label : Reigning Phoenix Music. A ce propos, Andy, tu as dit que « confier la musique à un nouveau label est l’une des décisions les plus importantes qui soient ». Qu’est-ce qui vous a attirés chez RPM ? Que pouvaient-ils offrir que AFM ne pouvait plus offrir ?

Torsten : Je suis sûr que beaucoup de gens sont au courant que de grands changements sont en cours chez AFM Records et pas mal d’autres labels. Nous connaissons personnellement les gens de Reigning Phoenix Music depuis longtemps. Il y a même certaines personnes qui travaillaient avant chez AFM et qui travaillent maintenant pour Reigning Phoenix ! Pour nous, c’était important de confier notre musique à des gens que nous connaissons. Nous avons passé quinze très bonnes années chez AFM et nous nous sommes séparés de manière très amicale, il n’y a aucune animosité à ce sujet, mais en changeant de label, il faut pouvoir faire confiance et c’est donc beaucoup plus facile de s’en remettre à des gens en qui, justement, on a confiance depuis des années. Chez Reigning Phoenix, ce sont des metalleux qui travaillent pour un label de metal et pour des groupes de metal comme Brainstorm. Ça semblait donc être la combinaison parfaite, et jusqu’ici tout se passe très bien, donc c’était a priori la bonne décision.

Interview réalisée en visio les 18 février et 1er avril 2025 par Nicolas Gricourt.
Retranscription & traduction : Nicolas Gricourt.
Photos : Alex Kuehr.

Site officiel de Brainstorm : www.brainstorm-web.net

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  • Je rectifie des choses dans aucune ecole de musique on va t apprendre la
    musique indienne(gammes exotiques) personne va me demander à faire de la muique d inde sauf si tu apprends avec des instrument traditionnels indiens.Alors peut etre il joue de la sitar indienne.Un guitariste a bien d’autre chose a apprendre deja dans la musique occidentale.En plus la decoupe est pas la meme à jouer en Orient 12 notes en occident 24 en Orient..Si je joue une modale Indienne ou Orientale sur ma guitare ce que je fais parfois cela fait pas de moi un expert en musique indienne.N’importe qui pourra trouver les modales sur le net et les appliquer.Cela va ressembler plus ou moins a une musique orientale ( qui va faire rire le musicien indien) mais cela sera pas de la musique indienne.Ah ces artistes…

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