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Interview   

Brainstorm retrouve son cœur ardent


Le retour aux sources est un concept récurrent dans l’industrie musicale, et en particulier sur la scène metal. Est-ce que ça permet vraiment aux groupes de se recentrer et de reconquérir ses fans ou bien est-ce une illusion, une pratique désespérée ? En tout cas, dans le cas de Brainstorm et de son nouvel album Firesoul, c’est quelque chose qui est semble-t-il venu naturellement du propre désir des musiciens qui se sont rendus compte qu’« il n’y avait aucun plaisir à jouer [les nouvelles chansons] en live. » Et force est de reconnaître que depuis Downburst, qui c’était fait remarqué pour sa forme plus moderne, voire depuis Liquid Monster, qui revêtait encore une parure de Brainstorm classique, le groupe s’est progressivement fait quelque peu oublier. Alors est-ce que Firesoul changera la donne et remettra les Allemands sur le devant de la scène ? A voir.

Nous revenons dans l’entretien qui suit sur l’album sorti il y a de ça quelques mois avec le chanteur du groupe Andy B. Frank. L’occasion aussi de revenir sur la séparation de Symphorce, son autre groupe, pour lequel un retour n’est pas totalement exclu.

« J’estime qu’il était très important de revenir au stade où nous pouvons montrer tout particulièrement ce qu’est Brainstorm en 2014. »

Radio Metal : Il semblerait qu’avec Firesoul vous revenez un petit peu en arrière dans la manière de faire vos albums. Du coup comment avez-vous procédé cette fois ci ? Et quelle différence peut-il y avoir avec vos deux ou trois précédents disques.

Andy B. Frank (chant) : La différence, et notamment sur les trois derniers albums, c’est que nous nous sommes souvent retrouvés dans le studio avec des chansons incomplètes. En gros soixante-dix pour cent des chansons étaient écrites et abouties, et nous les avons apportées dans le studio puis nous les avons complétées. Mais nous nous sommes rendus compte après coup que cela ne nous satisfaisait pas parce que dès lors que tu es dans un studio et que tu commences à enregistrer et à produire tout le bordel, tout sonne de manière incroyable, tout sonne bien à l’oreille. Mais je pense que la chose qui nous a quelque peu manqué durant ces dernières années c’est ce côté live. A vrai dire quand nous jouons en concert de vieilles chansons, nous voyions la différence entre nos nouveaux titres et les plus anciens. C’est pourquoi nous sommes revenus à notre manière de faire d’il y a dix ans. Nous sommes donc retournés dans notre salle de répétition pour écrire ensemble, faire des séances d’improvisation et s’entraîner de manière répétée. Et ce qu’il en a résulté ce sont douze chansons complètement directes et dans ta face, comme on dit « elles déboîtent » parce que c’est ce que nous avons pu ressentir dans la salle de répétition. C’est cela la principale différence : à notre arrivée dans le studio, les chansons étaient 100% prêtes à être enregistrées. C’est en cela que Firesoul est différent et c’est aussi une des raisons pour lesquelles je pense qu’il est de loin l’un des meilleurs albums que nous ayons enregistré et sorti.

L’album Downburst paraissait très important pour Brainstorm au vu de son approche moderne et variée. Ca sonnait comme un album que Symphorce aurait pu composer d’ailleurs. Comment se fait-il que le groupe n’ait pas continué sur cette lancée et exploré davantage cette diversité ?

Je dirais que c’est devenu encore plus diversifié lorsque nous avons publié Memorial Roots. Je trouve que Memorial Roots comprend pas mal de titres comme « The Conjunction Of 7 Planets » entre autres. C’étaient des titres que nous n’avions jamais encore composés avant. Mais ce ne sont pas les chansons typiques que les fans attendent d’un album de Brainstorm. Cela a toujours été un problème de choisir, parmi les titres d’un album, ceux que nous voulions jouer. Je pense que Downburst est encore un album important pour nous et il propose pleins de supers chansons comme « Fire Walk With Me » et « Falling Spiral Down ». Celles-ci resteront pour toujours dans notre setlist. Je pense que les albums subséquents que sont Memorial Roots et surtout On The Spur Of The Moment s’éloignaient un peu de ce qui nous a rendus populaire. Il était donc vraiment capital pour nous de revenir aux bases sur lesquelles nous avons débuté. Comme la sensation que nous avions ressentie quand nous avions publié Metus Mortis ou Soul Temptation par exemple. C’est ce qui nous satisfait le plus. L’album donne le sentiment d’être du pure Brainstorm à 100%. Je sais que certains des derniers albums proposaient des chansons et des parties très intéressantes. Mais en fin de compte il n’y avait aucun plaisir à les jouer en live. Quand tu enregistres un album et que tu t’aperçois tout de suite que « ça sera fun de jouer ces chansons en live », ça prend tout son sens lorsque tu es dans le studio [Rires].

Tu as déclaré à propos de ce nouvel album, que « Firesoul a la même âme que celle que Soul Temptation et Metus Mortis possèdaient ». Etait-ce un effort volontaire de votre part d’essayer de recréer l’esprit de ces albums ?

Ce n’était pas vraiment intentionnel. C’était le sentiment que nous avions ressenti lorsque nous étions en tournée et même avant ça, au moment où nous devions choisir les chansons que nous voulions jouer en live. C’est un sentiment étrange quand tu as publié un nouvel album et que tu discutes des chansons à jouer en concert et qu’au final tu te rends compte qu’au maximum tu souhaites n’en jouer que quatre… Par exemple lorsque nous avons publié Soul Temptation et Liquid Monster, on se tenait là et on se disait « oh on pourrait jouer l’album au complet et caser toutes ces chansons dans notre setlist ». Et maintenant nous ressentons à nouveau cette sensation, et c’est une bonne sensation. Personne n’a jamais dit « Oh il faut à tout prix ressentir cette sensation-là », c’est venu naturellement. Donc je pense qu’il était très important de publier des albums comme Downburst, Memorial Roots et On The Spur Of The Moment. J’estime qu’il était très important de revenir au stade où nous pouvons montrer tout particulièrement ce qu’est Brainstorm en 2014. C’est l’esprit qui nous animait lorsque nous avons publié Metus Mortis et Soul Temptation mais avec le son et le savoir d’un groupe existant depuis plus de 20 ans maintenant. Donc, je pense que c’est vraiment important et on peut d’ailleurs s’en rendre compte à l’écoute.

« Ne jamais se rendre au studio pour enregistrer un album simplement parce qu’il [doit] être enregistré et envoyé dans les bacs. »

L’illustration fait vraiment penser à celles utilisées pour Soul Temptation et Metus Mortis. De plus le mot « Soul » est aussi présent dans le titre de l’album. Y a-t-il une sorte de lien entre ces albums d’un point de vue des paroles ?

Non ! [Rires] Tout le monde pense ça mais il n’en en rien. Nous n’avions jamais pensé à cela mais ouais, on dirait que la fille gothique tend sa main vers le spectateur et tout, mais cela n’a rien à avoir avec Metus Mortis ou Soul Temptation. Ça ramène à cette époque bien sûr mais c’est ce qu’il en est ressorti quand j’ai exposé mes idées à Felipe Machado, l’illustrateur qui a fait la pochette de l’album pour la première fois. Je lui ai dit que la personne au milieu pouvait être une fille, un politicien, un prédicateur, n’importe qui, car cette personne représente la société et ce que la société fait de nous, la race humaine, tu sais les humains sont les squelettes et eux nous réduisent en cendre. Ils font ce qu’ils veulent de nous et nous jettent dans le feu. C’est ce qui en est ressorti quand je lui en ai parlé et c’est qu’il a peint [Rires]. Le titre « Firesoul » est tout simple : quand nous commencions à composer les chansons de l’album, j’ai vraiment pensé que nous pouvions ressentir le feu qui alimente encore nos âmes, il était donc simple d’intituler l’album « Firesoul ».

On peut voir des sortes d’anges sur ces illustrations. Pourquoi cette métaphore revient-elle une fois de plus ?

Aucune idée en toute honnêteté. Je pense que c’est vraiment beau et que cela colle parfaitement au titre et va plutôt bien avec notre type de musique. Il n’y aucun rapport avec le fantastique et les trucs du genre. En fait je n’écris rien de la sorte qui parle de chevaliers ou de gladiateurs et tout. Cela colle parfaitement et c’est beau, c’est tout.

Quand tu as annoncé la fin de Symphorce, tu as mentionné le manque d’inspiration comme raison. Ce qui est étrange puisque Unrestricted était un album très inspiré pour lequel tu étais très enthousiaste à sa sortie. Tu parlais de Unrestricted comme le meilleur album de Symphorce et dit que la pause que le groupe s’était offerte entre 2007 et 2010 s’était avérée être une bonne chose pour le groupe. Alors qu’est ce qui a soudainement détruit la passion et l’inspiration du groupe ?

Quand tu veux sortir un album, il ne suffit pas d’avoir une, deux ou trois idées. En fait tu dois au moins te rendre au studio avec une vingtaine ou une trentaine d’idées pour enregistrer dix ou quinze chansons. Après que nous ayons sorti le dernier album nous étions un peu comme cela « Ok, tout compte fait il n’y a pas assez de matière pour un autre enregistrement » parce que nous avions nos autres groupes respectifs à gérer. Marcus est très absorbé avec ses groupes, Cédric fait partie de plusieurs groupes et a différents boulots en Suisse. Dennis et Steffen ont aussi leur propre groupe. Et donc nous sommes tous très occupés avec nos groupes respectifs. Mon objectif était simple, c’était d’enregistrer uniquement des albums prêts à 100%, ne jamais se rendre au studio pour enregistrer un album simplement parce qu’il devait être enregistré et envoyé dans les bacs. Aujourd’hui je dois dire qu’il n’y a pas vraiment beaucoup d’idées pour un nouvel album mais la maison de disque et deux autres membres de Symphorce m’ont aussi demandé ce que j’en pensais… Donc peut-être que dans le futur, je ne sais pas exactement quand et comment, nous enregistrerons et sortirons un autre album. Mais cela se produira à condition qu’il y ait dix chansons dans l’album et que nous soyons à 100% en phase avec ce que nous pensons être Symphorce. A cette époque, quand j’ai écrit ça, j’étais putain de vidé et je me disais « d’accord il n’y a rien d’autre à ajouter ». Tout le monde se souvient de nous comme un bon groupe de power prog metal, ou quelque chose dans le genre, et nous rappelle que c’est vraiment quelque chose que l’on doit garder, ne pas gâcher, car c’est très important. En effet, je trouve que nous avons vraiment réalisé du bon boulot sur ces sept albums.

A un moment on entendait parler d’un projet qui t’incluait ainsi que Manni Schmidt. Qu’en est-il aujourd’hui ?

Il y a quelques années lorsque Manni avait quitté Grave Digger, il m’avait demandé de faire partie de son nouveau groupe pour ce nouveau projet. Mais je lui ai répondu que je ne pouvais être un acteur principal dans son groupe. Je peux m’occuper des chœurs et probablement aider pour les paroles mais que je ne peux être responsable des chansons et du reste. Du coup, il a lui-même composé quelques-unes des chansons et pour être honnête elles sonnaient extraordinairement bien. Mais ensuite il m’a demandé de composer quelques chansons et je lui ai dit « Non je ne peux pas faire ça, je n’ai pas le temps pour ça maintenant ». Si effectivement je composais une chanson, cela sonnerait probablement comme une chanson de Symphorce [rire] et cela n’aurait aucun sens. Il a alors fallu arrêter ça et Manni a dû rechercher un autre chanteur. Je lui ai dit bien sûr qu’à l’occasion d’un projet j’adorerais jouer en live avec le groupe mais cela ne serait qu’occasionnel, ce qui, ceci dit, n’était pas son intention. C’était triste mais c’est comme ça.

Interview téléphonique réalisée le 24 février 2014 par Metal’O Phil.
Retranscription : Emmanuelle Cappa.
Traduction : Thibaut Saumade.
Fiche de questions et introduction : Spaceman.

Site Internet de Brainstorm : www.brainstorm-web.net



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