La résilience coule dans le sang bouillant de Bukowski. Confronté au décès de son membre fondateur, bassiste et parolier Julien Dottel, le groupe aurait pu légitiment choisir d’en rester là. Il a souhaité poursuivre son aventure, autant pour lui que pour faire vivre l’héritage de son frère d’armes. En résulte Cold Lava, un brûlot rock’n’roll qui va à l’essentiel et aligne onze pépites aux refrains imparables. Une reconnexion à ses racines que Bukowski a voulu totale en s’enfermant de nouveau au studio Sainte-Marthe de Francis Caste, producteur historique du groupe ayant officié sur les albums Amazing Grace, The Midnight Sons et Strangers.
Si Cold Lava s’inscrit de fait dans une certaine forme de « tradition » du son Bukowski, il symbolise autant le renouveau que la sérénité. Le groupe y apparaît plus soudé et complice que jamais, comme en témoignent les propos de Mathieu Dottel et Romain Sauvageon dans l’entretien qui suit. Les musiciens évoquent à cette occasion l’équilibre et les méthodes de travail qu’ils ont tous eu à trouver pour envisager l’après, la contribution essentielle de leur nouveau bassiste Max Müller ainsi que l’optimisme qui leur semble désormais nécessaire de trouver au quotidien.
« La douleur nous permet également d’être créatif. C’est ce que Julien aurait voulu. Ça devient de plus en plus positif, c’est maintenant qu’il faut commencer à grimper. Nous sommes là pour ça. »
Radio Metal : Vous avez fait le choix d’intituler votre nouvel album Cold Lava. Le titre est assez énigmatique et peut d’une certaine façon laisser libre cours à différentes interprétations. Pour le groupe, « Cold Lava évoque la persistance des blessures et des souvenirs, même quand on croit les avoir enfouis ». A sa sortie, le disque éponyme avait été considéré comme l’album du deuil suite au décès de Julien (basse et backing vocals), bien qu’il ait été enregistré avant sa disparition. Peut-on considérer que Cold Lava est davantage un disque « thérapeutique » pour Bukowski, une étape qui permet de confirmer que le groupe est vivant et capable de poursuivre son histoire ?
Mathieu Dottel (chant et guitare) : Complètement. Que dire de plus ? C’est parfaitement analysé. Il s’agit du premier disque sans Julien, c’est un peu un nouveau départ, un « Buko 2.0 ». Nous avons toujours la niaque et il faut malheureusement qu’une page se tourne. Ce nouvel album en commence l’écriture.
Romain Sauvageon (batterie) : L’album éponyme a été le disque du deuil, même s’il avait été enregistré en amont. Il ne l’était pas pour ce qu’il dégageait, mais parce qu’il est arrivé après ce qu’il s’est passé. Cold Lava est un album que nous avons écrit en ayant connaissance du décès de Julien, après avoir porté le deuil. Finalement, en ce qui concerne l’écriture et l’ambiance, c’est peut-être quelque chose que l’on peut davantage ressentir sur Cold Lava que sur l’éponyme. Mais comme le précisait Mathieu, c’est également un nouveau départ. C’est un album qui présente une certaine ambivalence. Il représente autant le deuil que le renouveau, deux facettes opposées qui se rassemblent.
L’image de la lave froide peut également évoquer une certaine forme de sérénité. La tempête est en partie passée, mais le cœur reste bouillant sous la surface. Avez-vous trouvé une certaine forme d’apaisement avec l’écriture de ce disque ?
Mathieu : Absolument. Nous avons eu l’occasion de nous retrouver ensemble pour composer. L’écriture a été démocratique. Il y a toujours au fond une joie de vivre bien présente qui nous permet d’avancer.
Romain : Je suis à cent pour cent d’accord avec ça. Nous en parlions récemment, mais nous avons senti que nous passions une étape. C’est différent pour Mathieu, car Julien est son frangin, mais je pense que nous avons tous passé un cap, ou du moins que nous vivons les choses différemment. Même si la douleur sera toujours présente, j’ai l’impression, du moins pour ma part, que nous commençons à apprendre à vivre avec. Lorsque nous sommes remontés les premières fois sur scène et que nous avions la voix de Julien dans les oreilles parce que nous continuons à utiliser des samples, c’était dur. Ça l’est toujours d’une certaine façon, mais je trouve une forme de plaisir à l’entendre aujourd’hui quand nous jouons. Je suis content, j’entends qu’il est là. Cette douleur se transforme petit à petit en quelque chose de plus positif.
Mathieu : Elle nous permet également d’être créatifs. C’est ce qu’il aurait voulu. Ça devient de plus en plus positif, c’est maintenant qu’il faut commencer à grimper. Nous sommes là pour ça.
Il y a également une fragilité sous-jacente derrière l’image du volcan. Il peut être un lieu de calme et de beauté, mais n’est jamais éteint et peut exploser à tout moment. Ces contrastes se retrouvent pleinement sur ce disque, qui se montre extrêmement dynamique et déroule en parallèle de belles mélodies mélancoliques. Est-ce que vous considérez qu’un groupe de rock évolue en permanence sur un fil tendu, que c’est un moteur essentiel à la créativité ?
En ce qui me concerne, oui. Je pense que tout le monde sera d’accord avec moi, il y a un côté très écorché vif dans la musique de Bukowski, de très nerveux. C’est le côté positif et pêchu de notre son. Nous saupoudrons l’ensemble de mélancolie. Nous avons poussé ces deux facettes au maximum.
Romain : Nous sommes tous les quatre des gars très sensibles, chacun à notre manière. Nous ressentons beaucoup et nous prenons toutes les émotions en pleine gueule. Nous le retranscrivons différemment les uns des autres. C’est quelque chose qui n’a pas forcément été verbalisé ou réfléchi, mais qui s’est fait naturellement. Nous sommes des êtres doués de sensibilité, un peu comme tout le monde. C’est peut-être ce qui se ressent sur ce disque.
« Certains moments m’ont galvanisé pendant l’enregistrement, ça m’a poussé. Je suis allé chercher au fond de moi-même en pensant à Julien, à ce qu’il pourrait me dire, ce qu’il validerait. »
Julien écrivait une grande partie des paroles de Bukowski. Mathieu, est-ce que tu as préféré aborder cet exercice seul, ou as-tu laissé tes compagnons intervenir au niveau des idées ?
Mathieu : J’ai beaucoup travaillé avec Max [Müller], le bassiste qui a remplacé Julien. Il a également pris sa succession au niveau des textes et m’a énormément aidé. Il maîtrise très bien la langue de Shakespeare. Son travail m’a permis de ne pas trébucher, parce que j’étais un peu angoissé à l’idée de gérer l’écriture seul. Je peux le remercier mille fois. Max a pris d’une certaine façon le rôle de Julien pour cet album. Je pense que nous allons continuer à fonctionner ainsi pour la suite.
Avais-tu déjà en tête les thématiques à aborder, ou est-ce que Max a également contribué à définir les sujets ?
A la base, j’avais des idées globales, mais Max a réussi à y mettre sa patte. Nous avons travaillé à cinquante-cinquante en ce qui concerne les thématiques des morceaux. Il a bien bossé.
Max n’avait jamais eu l’occasion d’intervenir à la basse avant de rejoindre Bukowski, il était guitariste au sein de Full Throttle Baby, le side-project de Julien. Son recrutement était autant une évidence qu’un hommage, puisqu’il évoluait pratiquement dans votre cercle familial. On aurait cependant pu se questionner sur son souhait de rester définitivement sur un poste de bassiste. Qu’est-ce qui a fait qu’il a rapidement trouvé sa place et qu’il poursuit l’aventure avec vous ?
Les choses se sont faites toutes seules. C’est vrai qu’il n’avait pas remis les gants depuis un petit bout de temps, et qu’il pensait peut-être que la musique était derrière lui. J’ai également souhaité lui proposer de nous rejoindre parce qu’il est gaucher et que ça donnait une seconde vie au matériel et aux basses de Julien. Il joue d’ailleurs toujours dessus. Je lui ai un peu forcé la main, parce qu’il me semblait évident que ce soit lui. Je lui avais dit : « La guitare, la basse, c’est kif-kif, tu vas te démerder ! » Nous l’avons un peu poussé et il s’est senti investi d’une mission qu’il a abordée à fond, à bras ouverts. C’était une belle façon de faire perdurer le matériel et les magnifiques basses de Julien. Nous avons tenté le coup, il aurait pu dire non et nous l’aurions accepté, mais il s’est vraiment investi à six cents pour cent dans le projet.
Romain : Finalement, qui de mieux que quelqu’un qui jouait avec Julien, qui le connaissait, qui avait partagé la scène avec lui ? Qui de mieux que lui pour nous rejoindre ? Pour le coup, c’était la volonté de Mathieu de rester dans le cercle familial, comme tu le disais. Quand nous avons pris la décision de poursuivre le groupe, nous avions commencé à réfléchir à des musiciens, mais il n’y avait personne avec qui nous étions vraiment partants pour jouer. Lorsque Mathieu a suggéré Max, ça nous semblait logique. C’était le seul gars sur lequel nous étions tous d’accord et avec qui ça fonctionne.
La particularité de ce line-up est également de compter trois guitaristes de formation dans ses rangs. Est-ce que vous parvenez à vous accorder naturellement en ce qui concerne la composition des parties de guitare ?
Mathieu : Max est dans l’immédiat focalisé sur la basse, c’est déjà un travail important. Pour le prochain album, nous pourrions en effet réfléchir à trois à l’écriture des guitares. Clément [Rateau, second guitariste] est dans une démarche de saupoudrage. J’arrive avec le béton, il met la peinture dessus. Il va se charger des arrangements, et j’apporte la bûche. C’est comme ça que nous avons travaillé pour cet album et pour les précédents depuis que Clément est dans le groupe. Chacun apporte sa pierre à l’édifice.
Le rock infusait de la personnalité de Julien. C’était sa vie, sa philosophie. Il semble évident de penser que vous avez à cœur de poursuivre et d’écrire une musique dont il aurait pu être fier. Est-ce que vous avez été amenés, à certains moments de la composition, à vous dire « Julien aurait aimé que nous partions dans cette direction, ou n’aurait pas apprécié tel ou tel passage » ?
En ce qui me concerne, complètement. C’était des émotions positives. Lorsque nous avons enregistré l’album chez Francis (Caste, le producteur historique de Bukowski, NDLR), je pensais souvent à lui en train de me dire : « Bravo frangin, tu as bien bossé. » Certains moments m’ont galvanisé pendant l’enregistrement, ça m’a poussé. Je suis allé chercher au fond de moi-même en pensant à lui, à ce qu’il pourrait me dire, ce qu’il validerait. Je n’ai pas vraiment de souvenirs d’idées qui partaient un peu de travers. Je pense que nous étions tous d’accord sur la direction, sans penser au fait que nous prenions ou non un chemin que Julien aurait aimé.
Romain : Je ne me rappelle pas spécialement un moment où nous aurions pu avoir cette réflexion. Dans tous les cas, la direction artistique adoptée dès le début était claire et commune à tout le monde. S’il avait été là, il aurait été dans la même mouvance. La question ne s’est pas posée. C’était fluide. C’est une fluidité que tu peux trouver uniquement si tu n’es pas trop dans la réflexion, à te demander : « Attends, c’est étrange ce truc-là, qu’est-ce qu’on fait ? » Il n’y a pas eu trop de questionnements.
« Nous voulions vraiment faire plaisir à notre public, revenir à des morceaux fédérateurs. […] Je préfère composer un album comme Cold Lava plutôt que comme l’éponyme, ça me procure plus de plaisir. »
Au cours de la promotion des albums Strangers et Bukowski, vous avez évoqué à plusieurs reprises aborder l’écriture comme un renouveau, vous positionner comme un groupe qui compose son premier album. Pour Cold Lava, vous avez exprimé le souhait d’un retour aux sources. Est-ce que vous aviez besoin d’une orientation artistique rassurante ?
Je ne sais pas si nous avions besoin de nous rassurer. Ce qui est clair, c’est qu’il s’agissait d’une volonté dès le départ. Nous parlions plus tôt du nom de l’album. « Cold Lava » est le premier morceau sur lequel nous avons travaillé. Mathieu a eu très rapidement cette idée de titre. C’est resté et devenu la pierre angulaire de l’album, autant le morceau que le nom.
Mathieu : Nous voulions vraiment faire plaisir à notre public, revenir à des morceaux fédérateurs. Nous avons envie de nous éclater plutôt que de proposer des expérimentations sonores comme nous avons pu le faire avec les deux derniers albums. Nous voulions des refrains que les gens puissent chanter avec nous, passer ensemble des moments simples et efficaces. Nous avons été à l’essentiel en revenant à ce qui a fait l’essence de Bukowski à la base : « Refrain, couplet, refrain, boum, on y va. » Nous avons essayé de mixer cette approche avec une touche moderne.
Est-ce que vous considérez que certains essais relatifs à vos précédents disques ne s’inscrivaient pas dans l’ADN Bukowski, que vous avez pu vous perdre ? Vous aviez notamment expérimenté un passage plus teinté hip-hop avec le morceau « Arcus »…
C’est possible. Ce sont des morceaux composés pendant le Covid-19, chez moi. Ils virent presque au progressif, ils durent longtemps et présentent de nombreux passages différents. Le public ne s’est pas vraiment reconnu dans cette musique. Elle aurait pu être écrite pour un autre projet que Bukowski, ça allait peut-être trop loin. Nous sommes fiers des morceaux, mais l’album éponyme était un peu conceptuel. C’était la période Covid-19, j’étais chez moi et j’ai expérimenté. Je ne m’arrêtais plus, je ne regardais pas le timing et je me suis retrouvé avec des titres de sept minutes. Sur le coup, tu en viens à te dire : « Ce n’est pas grave, on ne peut rien retirer ». L’envie de revenir à l’essentiel passait aussi par là, car nous avons en effet pu perdre certaines personnes.
Penses-tu que ces morceaux auraient été abordés différemment hors confinement Covid-19, si vous aviez eu l’occasion de les travailler en groupe ?
Je ne sais pas. Quand je les écoute, je les trouve vraiment fluides dans l’ensemble, mais sûrement qu’avec quelques répétitions, ils auraient été plus concis. Nous arions peut-être été à l’essentiel. Mais c’était aussi une première pour moi. Je venais d’acheter du matériel et je m’entraînais à enregistrer chez moi. Je me suis totalement lâché. Cet album, c’est un peu moi qui pète un plomb !
Romain : Pour ma part, je venais d’arriver dans Bukowski. J’étais là depuis quelques mois et je n’avais pas l’expérience de l’enregistrement d’un album avec le groupe. Je n’avais pas de point de repère et ce n’était pas évident. En plus, nous n’étions pas en studio, c’est une galère de composer à distance. Je ne sais pas si c’était assumé et verbalisé, mais il y avait la volonté de ne pas se mettre de barrière, d’aller chercher loin et de tester autre chose. Je pense que la période y était pour beaucoup. Le groupe souhaitait ouvrir le champ des possibles et se donner de nouvelles perspectives, notamment parce que nous étions enfermés et bloqués chez nous. C’était sûrement une façon de se sortir de chez soi. C’était particulier. Je préfère composer un album comme Cold Lava plutôt que comme l’éponyme, ça me procure plus de plaisir.
« Criminals », le premier extrait du disque, est « un cri contre les violences faites aux femmes ». C’est un sujet de longue date, qui revient malheureusement trop souvent dans l’actualité. Est-ce que vous considérez que les mentalités n’évoluent pas assez vite voire pire, que cette problématique de société s’aggrave encore davantage ces dernières années ?
Mathieu : Nous venons une nouvelle fois de prendre connaissance d’un truc affreux, une femme qui a été violée dans le RER à Choisy-le-Roi. Le mec s’est heureusement fait chopper, mais on est sur un lâcher-prise global. Quand on constate ce qui peut arriver dans le milieu du spectacle et du rock, il nous semblait judicieux d’évoquer le sujet, de dénoncer. Les femmes se battent pour ça, mais ça nous a semblé nécessaire que quatre mecs le disent aussi. C’est aussi une manière de montrer que les mecs ne sont pas tous des pourris, qu’il y a de bonnes personnes.
« Le constat global sur notre monde est dramatique. Rien ne va, mais bizarrement j’ai une certaine joie de vivre qui me porte. Là où j’aurais pu être plus défaitiste auparavant, je me dis aujourd’hui qu’il faut se créer une bulle. »
Est-ce que vous avez été amenés à constater des dérives sexistes voire pire au cours de votre carrière ?
Il y a eu des histoires dernièrement. Nous avons entendu des choses et il y a sûrement des dossiers qui dorment encore, qui vont possiblement ressortir plus tard. C’est partout autour de nous, dans le milieu du rock mais également dans le monde de façon plus générale.
Mathieu, tu évoquais notamment lors de ton dernier entretien avec Radio Metal ton incompréhension face au monde actuel. Tu parlais notamment du fait qu’il évoluait rapidement et dans des directions inquiétantes. Le communiqué de presse qui accompagnait l’annonce de Cold Lava insiste pourtant sur la subsistance d’une lueur d’espoir. Elle est certes essentielle, mais avez-vous le sentiment avec les années qu’elle vacille ou qu’elle s’affaiblit ?
Ce qui m’est arrivé dernièrement me motive à vraiment… Comme je peux le dire souvent, il est plus facile d’être triste que d’être heureux. Il est important d’essayer de trouver du bon un peu partout, dans la moindre petite chose, parce qu’effectivement ce monde est actuellement pire que tout. En ce qui me concerne, le constat global sur notre monde est dramatique. Rien ne va, mais bizarrement j’ai une certaine joie de vivre qui me porte. Là où j’aurais pu être plus défaitiste auparavant, je me dis aujourd’hui qu’il faut se créer une bulle. Quoi qu’il arrive, il faut essayer d’être heureux parce que la vie est courte. Il ne faut pas se faire bouffer et réduire son espérance de vie. C’est paradoxal, mais même si le monde va très mal, je suis plutôt heureux en ce moment. Ça ne veut pas dire que je ne pense qu’à ma gueule, c’est juste ma manière de tenir le coup.
Avez-vous eu le sentiment par le passé, en tant que groupe et personnes, que ce que vous faisiez n’avait pas d’importance ou de répercussion ?
Oui, bien sûr. Dans la musique, ce qui me tient est que je sais qu’elle accompagne certaines personnes qui traversent des moments difficiles, qu’elle peut les aider à affronter le quotidien. Nous continuons pour offrir des émotions aux gens. Il y a bien évidemment des choses plus concrètes, mais la musique est une part de ma vie depuis que je suis petit et j’espère pouvoir lui donner la même importance pour d’autres personnes. Ce n’est pas si futile, mais on peut être amené à se poser ce genre de questions, même si un peu moins maintenant pour ma part.
Vous avez une nouvelle fois enregistré aux côtés de Francis Caste, un producteur vers lequel vous semblez inévitablement revenir. Est-ce que vous trouvez chez Francis une résonance parfaite en tant qu’artistes, une compréhension particulière de votre musique ?
Romain : Pour ma part, c’est la première fois que je bosse avec lui. Les deux premiers albums ainsi que Strangers ont été enregistrés avec lui. A mon avis, les albums qui affichent le plus l’identité Bukowski ont été faits avec Francis. Le reste de la discographie, c’est un « autre Bukowski ». C’était une proposition différente. C’est lui qui maîtrise le mieux le son de Buko. Quand nous avons commencé à enregistrer, j’ai compris tout de suite. En quelques secondes, il comprend la direction du morceau, là où il faut aller. Il fait des propositions qui vont dans ton sens et s’inscrivent dans la direction artistique de l’album. C’est un plaisir de bosser avec lui.
Mathieu : Il y a un côté très analogique dans son travail qui nous ressemble totalement. C’est un peu cliché de le dire, mais Francis intervient comme le cinquième membre du groupe. Il s’est investi à fond. Avec Francis, les enregistrements se passent de manière flamboyante, et plus particulièrement pour cet album. Nous en sommes ressortis très heureux. Il est également très fier du disque. Je pense que nous allons arrêter de nous questionner et travailler avec lui.
Il va définitivement devenir le producteur attitré du groupe…
Romain : C’est logique. En plus, Francis est débile dans le bon sens du terme ! Tu mets un pied dans le studio et tu es déjà à moitié mort de rire parce qu’il a la bonne vanne, le bon mot. Tu te dis : « OK, c’est cool, ça va être une bonne journée. » Francis a un groupe qui s’appelle Belleville et dont le batteur est Sébastien Benoit, le patron de Batteur Magazine. J’étais avec lui dernièrement et il m’a dit un truc très juste au sujet de Francis. Il m’a expliqué qu’auparavant il n’avait connu que des sessions studio stressantes pendant lesquelles les mecs te mettent la pression pour que ce soit nickel du premier coup, ce qui fait que tu ne passes pas un bon moment. Avec Francis, c’est tout l’inverse. Il s’est rendu compte qu’il était possible de faire du travail et de la musique de qualité tout en étant dans une bonne ambiance. Je trouve que ça résume parfaitement l’approche de Francis, qui est parallèlement très sérieuse. Avec lui, on est là pour bosser, sans perdre de temps, mais tu peux passer un chouette moment et ressortir content de ta journée parce que tu as bien travaillé et rigolé avec tes potes. Que demander de plus ?
Mathieu : Il te donne immédiatement envie de revenir le lendemain.
« Nous avions vu Lofo ensemble avec Julien en 1990, à l’Hôpital Éphémère. Nous étions minots et c’était l’un de nos premiers concerts. Avoir Reuno sur cet album, c’est une vraie fierté. »
Cette cohésion vient sans doute par ailleurs du line-up, qui semble s’être stabilisé. Clément et Romain sont désormais bien installés, et Max semble également s’être intégré au projet avec brio. Cette complicité vous aide certainement à définir une ligne directrice, une mouvance commune ?
Exactement. Je pense que nous avons tous envie de remettre le couvert de la même manière pour un prochain album, avec Francis.
Est-ce que vous avez composé des titres qui ne sont pas sur l’album ou qui n’ont pas été finalisés ?
Nous avons des titres qui pourraient sortir par la suite. Au cours de la dernière répétition, nous avons même commencé la composition de morceaux pour le prochain disque. Il y a plein de choses sur le feu !
Reuno de Lofofora intervient en français sur la chanson « Communication In Silence ». Vous avez toujours apprécié le fait de laisser des artistes extérieurs se greffer à vos chansons. Comment s’est construit ce morceau ?
Nous avons joué avec Lofofora, ce qui nous a incités à lui proposer ce titre alors que nous n’avions pas forcément réfléchi à une collaboration initialement. Nous lui avons envoyé la maquette et il l’a trouvé mortelle. Il est arrivé avec une feuille A4 sur laquelle il avait écrit ses fameuses cinq phrases. Il a enregistré le chant en vingt minutes et deux prises, et c’était parfait. Nous n’avions rien à dire, les textes étaient excellents. Nous avons eu l’occasion de passer le reste de la journée ensemble, d’apprendre à mieux nous connaître, en dehors du cadre des concerts. Nous avons été au resto, et nous avons eu le temps de discuter et de rigoler. C’était vraiment un moment formidable. Je pense une nouvelle fois à Julien, qui aurait été très fier. Nous avions vu Lofo ensemble en 1990, à l’Hôpital Éphémère (projet associatif installé dans une friche urbaine du dix-huitième arrondissement de Paris, fondé en 1990 et disparu en 1995, NDLR). Nous étions minots et c’était l’un de nos premiers concerts. Avoir Reuno sur cet album, c’est une vraie fierté. Francis n’avait jamais enregistré avec lui, il était également ravi. Il avait mixé du Lofofora, mais n’avait jamais travaillé avec Reuno en studio. C’était une journée pleine d’émotions.
Pour terminer sur une note légère, le disque intègre un court interlude autour d’un « a cappella » du refrain de la chanson « Magnolias For Ever » de Claude François. D’où vient ce délire ?
Romain : Ce n’est ni Claude François ni Poelvoorde. C’est Julien ! Il avait posté ça il y a quelques années lorsqu’il enregistrait avec Full Throttle Baby. Nous l’avons avec nous sur scène, dans les samples, mais le fait de placer ça sur le disque, en intro du morceau, était une manière pour qu’il soit là. C’est drôle et léger. Nous parlions du fait que le deuil évolue et se transforme en quelque chose de positif, et c’est l’idée. Nous voulions transmettre cette image positive que nous avons de Julien, du fait que l’on rigole avec lui. Nous avons demandé à Full Throttle Baby et ils étaient bien évidemment partants pour que nous utilisions cet enregistrement.
Interview réalisée en visio le 28 octobre 2025 par Benoît Disdier.
Retranscription : Benoît Disdier.
Photos : François Duffour.
Facebook officiel de Bukoswki : www.facebook.com/Bukowskitheband.
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