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Interview   

Bumblefoot repart à l’aventure


En 1995, un jeune guitariste un peu dingo du nom de Ron Thal sortait chez Shrapnel Records The Adventures Of Bumblefoot, un album instrumental dont les morceaux sont nommés d’après des pathologies animales… Trente ans plus tard, ce même guitariste, plus tout jeune, s’est fait une belle carrière en solo mais aussi avec un passage remarqué chez Guns N’ Roses, au sein de groupes tels qu’Art Of Anarchy, Sons Of Apollo et maintenant Whom Gods Destroy, en accompagnant sur scène Lita Ford en 2009 ou en devenant brièvement le frontman d’Asia. Tout ceci en plus d’activités d’enseignant et de producteur, rien que ça !

Et trente ans après ce premier disque, celui qu’on surnomme désormais Bumblefoot, boucle la boucle avec… Returns! (à prononcer en imitant un écho). Quatorze titres instrumentaux qui nous font voyager dans l’univers multidirectionnel du plus français des guitaristes américains, accompagné pour l’occasion de pointures telles que Steve Vai, Guthrie Govan ou Brian May. Quatorze titres inspirés par divers moments de sa vie, allant d’un chat qui part à l’aventure en vaisseau spatial au triste décompte durant la pandémie… Nous avons longuement discuté de tout ceci et plus encore avec Ron Thal, dont la gentillesse et la sagesse n’ont d’égal que son talent musical.

« Si l’univers pouvait se replier sur lui-même dans un temps non linéaire, s’observer et me dire ce que Steve Vai a fait, je serais très heureux. Mais tant que ça ne pourra pas arriver, je n’aurai aucune idée de ce que ce taré a réellement fait ! Il vient vraiment d’une autre planète. »

Radio Metal : En avril 2020, tu as sorti la chanson « Planetary Lockdown » : dans quelle mesure était-ce le point de départ de ce nouvel album instrumental ? Ou avais-tu déjà commencé à y songer avant ?

Ron Thal (guitare) : C’est assurément la pandémie qui a permis à l’album de se faire. Avant ça, j’étais constamment en train de tourner et occupé sur divers trucs, et de temps en temps, les gens demandaient : « Feras-tu un jour un autre album instrumental ? », « Feras-tu un jour un autre EP acoustique ? », etc. Quand la pandémie a frappé, tout d’un coup, j’avais énormément de temps à ma disposition pour faire toutes ces choses. Cette chanson, « Planetary Lockdown », était un riff que j’avais datant de la période où j’étais en train de composer le second album de Sons Of Apollo, c’était l’une des idées pour une chanson. Mon instinct me disait : « Garde-le pour toi. » Nous ne l’avons donc pas utilisé pour Sons Of Apollo. Donc, alors que je n’étais plus en tournée et que je passais dix heures par jour dans mon studio parce que j’avais du temps, la toute première chose que j’ai faite était de finir cette chanson. Je l’ai sortie en numérique sous la forme d’un single instrumental en la nommant « Planetary Lockdown » – je n’ai pas eu de mal à lui trouver un titre.

Ce n’était pas encore le point de départ de l’album, mais, musicalement, ça m’a mis en mode instrumental. J’ai pensé à toutes les fois où les gens demandaient si je prévoyais de faire ci ou ça, et où je répondais : « Oui, peut-être un jour, si j’ai du temps. » Donc, ce que j’ai fait ensuite, c’est deux EP acoustiques que j’ai sortis sur ma page Bandcamp. Puis je me suis dit que j’avais déjà « Planetary Lockdown » et un autre morceau datant de 2019 intitulé « Cintaku » – c’est un mot indonésien signifiant « mon chéri », c’est un mot d’affection. Je trouvais qu’avec ça, j’avais déjà un début. C’est là que j’ai dit que j’allais faire un album. La première chose que j’ai faite avec cette intention est de prendre un riff datant de 1989. Il était resté dans un coin de ma tête pendant des décennies sans que j’en fasse quoi que ce soit. Je l’ai donc dépoussiéré, j’ai pris cette idée pour construire dessus, j’ai rajouté de la batterie, de la basse, une mélodie et tout un arrangement. Il s’agit du morceau « Anveshana ».

En 1989, c’est là que j’ai eu ma première critique dans un véritable magazine de guitare. C’était là que tout devenait légitime et concret. Grâce à ce magazine, quelqu’un, un guitariste anglais, m’a écrit une lettre à la main disant : « J’adorerais entendre ta démo ! Voilà un exemplaire de la mienne. Je m’appelle Guthrie Govan. » Nous étions adolescents et nous sommes devenus correspondants et nous nous envoyons des lettres accompagnées de cassettes de nos démos, avec de petites transcriptions manuelles de nos parties de guitares. Du coup, quand j’ai créé cette chanson, elle avait un grand espace propice à une improvisation au milieu et je me suis dit : « Pourquoi ne pas faire appel à mon ami de 1989 pour qu’il me rejoigne sur ce morceau et qu’on fasse des échanges ? » J’ai joué sur son morceau « Rhode Island Shred », donc il me devait ça [rires]. Je lui ai donc demandé : « Ça te dirait de jouer sur ma chanson ? » Il a répondu : « Absolument, j’adorerais ! » C’est donc la première chanson que j’ai faite pour l’album.

C’était d’ailleurs le seul invité que je songeais à avoir pour l’album. Je ne voulais pas plein d’invités, je ne voulais pas que ce soit cette espèce de cirque avec un tas de gens différents. Ce n’était pas l’idée. Mais pour un certain nombre de morceaux, au moment où ils étaient terminés, je me suis rendu compte que la pièce finale du puzzle n’était pas moi, qu’il fallait que ce soit quelque chose que je ne pouvais pas faire, quelque chose que je ne pouvais pas leur offrir, un esprit que je n’avais pas, que je pouvais imiter mais ce ne serait qu’une imitation alors que je voulais le vrai truc. J’ai alors contacté les personnes dont je pourrais canaliser et capter l’énergie. J’ai demandé à Brian May, à Steve Vai, et je suis reconnaissant qu’ils aient accepté ! Il est clair que ça a apporté quelque chose à ces morceaux que je ne pouvais pas leur apporter. Si j’avais moi-même joué les parties, je les aurais juste imités et ça n’aurait pas été pareil.

C’est génial que tu puisses en toute simplicité appeler Brian May et Steve Vai pour qu’ils se retrouvent sur ton album…

Quand ça fait des décennies que tu es dans ce milieu, le cercle de gens que tu connais ne fait que s’agrandir. C’est une leçon pour tout le monde : tenez bon, continuez à grandir, continuez à faire ce que vous faites et votre monde ne cessera de s’agrandir. Le monde à la fois se rétrécit et s’agrandit, étrangement. En l’occurrence, avec Steve Vai, nous faisons partie d’un fil de discussion par e-mail que nous appelons simplement « The Thread ». Il a été initié par Jeff Watson, le génial guitariste connu pour avoir fait partie du groupe Night Ranger ; un guitariste incroyable et un type merveilleux. Il a lancé ce fil de discussion avec tous ses amis. Ça fait environ dix ans que nous sommes un petit paquet de guitaristes et amis, et que nous discutons de tout et n’importe quoi, généralement même pas de guitare, juste de la vie, de plaisanteries amusantes, etc. Je suis sur ce fil de discussion, tout comme Steve Vai. Je lui ai donc juste envoyé un e-mail en lui demandant : « Tu voudrais jouer sur ce morceau ? » Il s’agit de « Monstruoso » et il fallait qu’il donne l’impression que ça vienne d’une autre planète, que ça sonne extraterrestre, or Steve est la meilleure personne au monde pour faire ça. C’est la meilleure personne au monde pour donner l’impression qu’il ne vient pas de ce monde. Je lui ai donc demandé s’il pouvait enregistrer le solo de guitare introductif et il l’a fait !

« La musique doit créer dans la tête des gens le même visuel que celui que tu avais toi-même en tête. C’est ce que j’essaye de faire : créer la version sonore de ce que je vois. »

Concernant Brian, nous sommes en contact depuis quinze ans. Nous nous envoyons des e-mails de temps en temps. Plus récemment, nous avons été sur scène ensemble lors de festivals. Je lui ai montré la chanson et je lui ai demandé s’il serait partant et il l’a fait. Et puis Derek Sherinian, mon collège de Whom Gods Destroy et Sons Of Apollo, a entendu ce même morceau, « Once In Forever », et a dit : « Il te faut un véritable Orgue Hammond B3 là-dessus, pas ce plugin VST ringard. » Il a donc aussi balancé de jolis grognements au clavier. On retrouve aussi dessus mon ami Jerry Gaskill, le batteur des incroyables King’s X. Il a un groove vraiment cool à la John Bonham et j’ai pensé qu’il serait parfait pour ce morceau. C’était avant que Brian ne soit dessus. A chaque fois que Jerry et moi dînions ensemble, nous disions toujours : « On devrait faire quelque chose ensemble » – il se trouve d’ailleurs que nous avons dîné ensemble il y a tout juste deux jours !

Toutes les autres parties de batterie, c’est l’incroyable Kyle Hughes, un batteur que j’ai rencontré il y a dix ans à Newcastle, au Royaume-Uni. Il avait seulement seize ans. J’avais un concert solo à l’O2 de Newcastle et son groupe était en première partie. Il a proposé que celui-ci apprenne toutes mes chansons et soit mon groupe pour ce concert. J’ai accepté et ils étaient super. Kyle s’est vraiment démarqué. C’était un grand showman, il a assuré sur toutes les chansons, il a fait les chœurs, il était très professionnel, même ses parents étaient merveilleux [rires]. C’était juste un chouette type. A ce moment-là, je me suis dit que ce gars devait être mon batteur pour le reste de ma vie ! Il joue donc toutes les parties batterie sur cet album, à l’exception de ce morceau sur lequel Jerry joue. Kyle Hughes a aussi joué pendant des années avec Marc Mendoza ainsi que Graham Bonnet et Richie Kotzen, et maintenant, il a un groupe avec Evan Stanley, le fil de Paul Stanley de Kiss, qui s’appelle Amber Wild. Il fait donc de supers trucs !

Il y a aussi « Funeral March » : j’ai originellement écrit ça pour une pièce uniquement au piano, mais après avoir construit le morceau et rajouté une orchestration, je me suis rendu compte qu’il lui fallait un violon qui pleurait. Je me suis donc tourné vers mon groupe préféré : Thank You Scientist. J’ai demandé au violoniste Ben [Karas] s’il voudrait jouer dessus. Il l’a fait et il a vraiment fait pleurer son violon, c’est magnifique. Tous ceux qui sont sur cet album ont apporté quelque chose, plus que je n’aurais pu le faire, et ont amélioré la musique. Je suis tellement reconnaissant envers eux.

J’ai lu que tu avais eu du mal à comprendre ce que Steve Vai a fait sur « Monstruoso »… Est-ce que tu as fini par saisir ?

En ce moment, je suis en train de travailler avec les transcripteurs de Sheet Happens Publishing – c’est la société qui sortira le livre de transcription de cet album, avec chaque placement de doigt, chaque coup de médiator, toutes les partitions, tout pour chaque note qui est jouée, chaque piste, chaque harmonie de guitare, etc. J’ai passé des semaines à essayer de comprendre ce que Steve a fait et je pense être à peu près bon maintenant, mais en fait, personne ne sait vraiment. Seul l’univers sait. Si l’univers pouvait se replier sur lui-même dans un temps non linéaire, s’observer et me dire ce que Steve a fait, je serais très heureux. Mais tant que ça ne pourra pas arriver, je n’aurai aucune idée de ce que ce taré a réellement fait ! Il vient vraiment d’une autre planète, donc peut-être que quelqu’un dans une autre galaxie pourra entendre cette partie et dire : « Ah oui, il a juste utilisé cette pédale et joué ce riff ! » Mais c’est précisément ce que j’ai demandé : que quelqu’un joue quelque chose qui n’est pas de ce monde !

Pour revenir sur « Planetary Lockdown », ce que tu as fait avec cette chanson est assez intéressant, puisque tu as mis en ligne sa backing track en disant à tout le monde de la télécharger et d’y mettre leurs propres parties par-dessus. Environ cinq cents personnes se sont prêtées au jeu, toutes sortes de musiciens. Est-ce la preuve pour toi que la musique connecte les gens et les rapproche ?

A cent pour cent ! Absolument ! C’était un tel plaisir de voir les gens se connecter à une période où on était tous isolés. Dino Jelusić, le chanteur de Whom Gods Destroy, avant que le groupe n’existe, a écrit des paroles et en a fait une version avec son chant. Il y a eu des bassistes, des batteurs, des guitaristes, des claviéristes, des joueurs cuivre, des violonistes, des flûtistes et ainsi de suite qui se sont prêtés au jeu. Et tout monde écoutait ce que les autres avaient fait avec leur propre version du morceau. C’était merveilleux de voir tout le monde être à ce point en lien, connectés et focalisés sur quelque chose de positif. Il faudrait que je le refasse avec une autre chanson de cet album.

« Nous sommes constitués de particules de l’univers. Notre corps ne fait la taille que d’un morceau de sucre ; tout le reste n’est que du vide. Et qu’est-ce qui remplit ce vide ? Notre conscience, l’amour, la musique, toutes sortes de choses. Tout ça fait partie de l’univers. »

Tu as déclaré que « en composant durant la pandémie, ces chansons sont devenues la BO de [ta] vie ». D’un autre côté, il y a longtemps, tu nous avais dit que « si tu veux faire de la musique intéressante, tu dois vivre une vie intéressante ». Vu à quel point cet album part dans tous les sens, musicalement parlant, on dirait que la vie a été sacrément intéressante pour toi durant le confinement !

Très ! Absolument. Mais la vie l’est toujours. La vie de tout le monde est intéressante, tant qu’on voit tout ce qui s’y trouve. Souvent, on ignore et ne réalise pas la quantité d’inspiration qui nous entoure constamment. Pour moi, chaque album est le scrapbook de ce que j’ai fait de tel instant à tel autre instant. Il y a tout ce que j’ai ressenti, tout ce que j’ai vécu, partout où je suis allé, tout ce qui s’est passé, avec qui j’ai fait des choses, etc. C’est comme un album photo d’une période. Chaque album, chaque chanson est ça. Et quand on écoute de la musique, c’est aussi ce que c’est pour nous. Quand j’écoute – au hasard, sans réfléchir – Abacab de Genesis, la chanson « No Reply At All » : ça me rappelle quand j’avais douze ans, que je buvais ma première bière avec mon ami Bob et deux filles, derrière l’école primaire où j’allais, et que je n’aimais pas le goût que ça avait, mais je ne voulais pas qu’ils pensent que je n’étais pas cool, donc je faisais semblant de siroter la bière avec mes lèvres bien fermées. J’ai l’impression d’y être à nouveau ! C’est ce que la musique provoque chez nous : elle nous transporte à une autre époque de notre vie, on se souvient des odeurs, de tout. C’est merveilleux quand la musique réussit à faire ça. Ce n’est donc pas seulement une BO pour ceux qui créent la musique, c’est une BO aussi pour tous ceux qui l’écoutent.

En conséquence, chaque chanson de l’album renvoie à des moments distincts. C’est, à chaque fois, une chose aléatoire qui s’est produite à ce moment-là et qui a été capturée. On pourrait passer en revue chaque morceau, mais prenons l’exemple du premier, « Simon In Space ». J’étais en train de composer des chansons pour Whom Gods Destroy et j’avais ce truc chromatique, grave, comme des grognements, à la fretless qui est devenu le riff d’ouverture de ce morceau. J’ai continué à le développer et ça m’a mené à différentes dynamiques, avec des mélodies ouvertes, des atmosphères, etc.

Mes deux amours ont toujours été la musique et l’espace, l’astrophysique, l’univers. Cette chanson revient à cette essence. Quand je suis en train de créer des instrumentaux, je visualise toujours des images dans ma tête. La plupart du temps où j’ai fait de la musique instrumentale, c’était pour des émissions de télé, des films d’horreur, des jeux vidéo, et il y avait toujours quelque chose de visuel auquel la rattacher, et le but est que les gens imaginent ce visuel, même s’ils ne le voient pas réellement ; la musique doit créer dans la tête des gens le même visuel que celui que tu avais toi-même en tête. C’est ce que j’essaye de faire : créer la version sonore de ce que je vois. Donc, pour revenir à « Simon In Space », pendant que j’étais en train de créer ce morceau, ça me donnait le sentiment d’une aventure spatiale, comme si tu te réveillais sur un astéroïde et que tu te retrouvais à esquiver un million de trucs qui te foncent dessus, puis ça se calme, et lors des refrains, où il y a la mélodie, tu vois les nuages colorés d’une nébuleuse et plein de belles choses, puis ça recommence à te foncer dessus…

En parallèle, à cette période, nous avons eu un nouveau chat qui s’appelle Simon. C’est mon meilleur pote au monde ! Il s’asseyait dans son petit lit rond pour chat, près de la fenêtre, à regarder dehors, tout énervé parce qu’il y avait un écureuil, un oiseau ou je ne sais quelle créature indésirable sur la terrasse. Il avait l’air d’être dans son petit vaisseau spatial. Pour blaguer et pour m’amuser, j’ai créé un compte Instagram baptisé Simon In Space où il n’y a que des photos de mon chat dans son lit rond dans l’espace. J’étais donc un train de finaliser ce morceau qui sonnait comme une aventure spatiale et je me suis dit : « Tu sais quoi ? Je devrais le baptiser ‘Simon In Space’ ! »

D’où le visuel de l’album…

Oui, j’ai commencé à avoir des idées pour l’artwork et le clip. Je me suis dit qu’il aurait toutes sortes de choses qui intéressent mon chat Simon : des poissons, souris et oiseaux extraterrestres, des astéroïdes faits de fromage, etc. Simon est même en train de piloter le vaisseau, c’est vraiment lui ! A partir de là, j’ai fait le vinyle, le CD et même des cassettes ! Et je voulais qu’il y ait une tonne de visuels. Ce qu’on aime tous avec les vinyles, c’est que c’est une grande œuvre d’art, donc je voulais y aller à fond. Même la cassette, quand tu l’ouvres, ça fait une longue bande pleine d’images. Je ne voulais pas simplement mettre cet album sur Spotify. Je voulais faire quelque chose de spécial : vinyle, CD, cassette, streaming, téléchargement… Même si Apple a merdé et n’a pas sorti l’album quand il était censé le faire – ils ont malencontreusement oublié de le faire.

« Peut-être que si je n’avais pas entendu l’album Kiss Alive! quand j’avais cinq ans, je serais aujourd’hui en train de faire quelque chose dans la science. Enfin, je ne sais pas, car à chaque année qui passe, je deviens plus stupide, donc je me demande si j’aurais l’intelligence suffisante pour ça [rires]. »

J’ai voulu faire tout ce qui est possible pour cet album. Il y a le clip animé sur YouTube qui a pris un an à se faire. Il y a aussi un jeu vidéo gratuit auquel les gens peuvent jouer et qui s’appelle Simon In Space. Si vous allez sur bumblefoot.com, il y a des liens pour y accéder. C’est une autre manière amusante de profiter de la musique : tu joues au jeu et le morceau tourne en musique de fond. Tous les presets pour le son de guitare que j’ai utilisé pour tous ces morceaux sont disponibles sur line6.com. Les transcriptions de l’album complet seront disponibles chez Sheet Happens Publishing. Je vais faire une nouvelle sauce piquante – car j’ai une entreprise de sauces piquantes – nommée d’après le morceau « Moonshine Hootenanny », qui a le goût d’une sauce piquante louisianaise avec du moonshine bouilli dedans ! J’ai Deko Records et Carco Records au Royaume-Uni, et avec un peu de chance je trouverais un label français pour distribuer l’album. Deko Records est impliqué dans le monde des bandes dessinées, donc nous allons faire une BD Bumblefoot. Je vais probablement contacter mon vieil ami Julien Hugonnard, qui a fait d’extraordinaires visuels pour DC Comics et Marvel, c’est un incroyable artiste, et accessoirement, il est très français. Il y a donc plein de choses de prévues pour cet album, pour que ce soit amusant, et pour aller plus loin que simplement le balancer sur un Spotify merdique.

Comme je l’ai dit, c’est un album très polyvalent stylistiquement. Certains pourraient le qualifier d’incohérent, mais on a tous de nombreuses facettes dans notre personnalité et notre vie. Dirais-tu que c’est la représentation la plus complète qu’on puisse avoir de toi ?

La seule chose qui pourrait le rendre encore plus complet est si j’avais chanté dessus. C’est tout ce que je n’y ai pas mis. Mais oui. J’aime n’avoir aucune règle quand je fais un album solo. Je veux montrer toutes mes facettes et ne pas dire : « Il faut que je maintienne la musique dans telle ou telle direction. » Non, putain ! Absolument pas. Chaque aspect caractérisant une personne devrait être exhibé dans sa musique. Quand on fait partie d’un groupe, on n’est qu’un pourcentage de ce groupe, on n’est pas tout, donc une part de soi va dedans et c’est généralement la même part à laquelle chacun contribue pour former le son de ce groupe. Mais quand je fais un album solo, je suis comme un chien dans le jardin qui a la liberté totale de courir dans toutes les directions et faire tout ce qu’il veut. Je veux que tout le monde puisse découvrir chaque facette de ma personnalité et de ce que j’ai à offrir. Je veux transmettre toutes les facettes de ce que j’ai à offrir. Je ne veux rien contenir en disant que ce doit être tel ou tel genre d’album. Il faut que ça donne l’impression de voyager avec la personne qui a réalisé l’album. Il faut que ce soit des montagnes russes, il faut que ce soit un cirque, ça doit monter et descendre et aller dans tous les sens. C’est ainsi que la vie devrait être. Je veux donc emmener les gens dans les mêmes montagnes russes de la vie que moi, et je ne me freinerai pas, et je ne limiterai pas l’amplitude de ces montagnes russes.

Tu nous avais déjà dit la dernière fois que ta première passion quand tu étais gamin était l’astronomie, la cosmologie et l’univers. Vois-tu des liens entre ces domaines et la musique ? La musique serait-elle une autre façon d’explorer l’univers ?

Oui, car ça nous fait sortir de notre corps. Et la musique, en soi, ce sont des ondes, pas des particules. L’univers est fait de toutes ces choses. Nous sommes faits de l’univers, donc la musique est faite de l’univers. Nous sommes constitués de particules de l’univers. Notre corps ne fait la taille que d’un morceau de sucre ; tout le reste n’est que du vide. Et qu’est-ce qui remplit ce vide ? Notre conscience, l’amour, la musique, toutes sortes de choses. Tout ça fait partie de l’univers. Chaque chose que l’on vit, tout ce que l’on est, l’idée du présent, du passé, du futur, tout cela n’est que de petits fragments de l’univers qui se sont rassemblés lorsque quelques protéines et quelques minéraux se sont écrasés sur un orbe bouillonnant qui tournait autour d’une grosse boule en fusion. La musique est l’univers. Et elle fait partie de nous. Et on en fait partie.

Comment se fait-il que ton parcours t’ait mené vers la guitare plutôt que vers une carrière d’astronome ?

Parce que j’ai entendu l’album Kiss Alive! quand j’avais cinq ans et ça m’a donné envie d’être un musicien, d’être sur scène, de faire partie d’un groupe, de faire tout ce que j’ai fait toute ma vie. Tout vient de là. Autrement, oui, peut-être que je serais en train de faire quelque chose dans la science. Enfin, je ne sais pas, car à chaque année qui passe, je deviens plus stupide, donc je me demande si j’aurais l’intelligence suffisante pour ça [rires].

« Même les mauvaises choses sont bonnes. Oui, il y a des pertes, de la douleur, mais globalement, ça mène à une vie bien vécue qui doit avoir autant de hauts que de bas, car les deux sont des opportunités pour devenir de meilleurs contributeurs à ce monde. »

Brian May a un doctorat en astrophysique depuis 2007. Ça ne t’a pas inspiré de reprendre des études dans ce domaine ?

Oui, mais j’ai toujours été occupé avec tous ces groupes et je n’ai pratiquement pas de temps libre pour faire plus que seulement lire quelques trucs et apprendre ce que je peux. Peut-être un jour. Si une autre pandémie survenait, c’est ce que je ferais. Je ne ferais pas un autre album instrumental, je retournerais à l’école pour voir si j’ai ce qu’il faut pour suivre cette voie.

As-tu d’ailleurs eu l’occasion de discuter d’astrophysique et d’astronomie avec lui ?

Non, pas avec lui, mais j’ai pu en discuter avec plein d’astrophysiciens, car il existe un festival baptisé Starmus. Il y en a un qui se tiendra à Washington DC, au Kennedy Center. Je vais y jouer le 1er avril avec Derek au clavier, le bassiste fretless Tony Franklin et Vinny Appice à la batterie. Après ça, nous allons nous rendre aux îles Canaries où Dino Jelusić et Glenn Hughes nous rejoindront pour jouer de la musique. L’un des organisateurs de ce festival, Starmus, est Brian May et ça fait quelques années que j’y joue. Il combine l’astrophysique et la musique. Durant la journée, il y a des conférences avec les plus grands cerveaux du monde, et le soir, les groupes jouent de la musique. Du coup, après le concert, généralement, je traîne au bar sur le toit de l’hôtel avec les astrophysiciens et nous parlons de toutes sortes de choses, j’en apprends tellement sur les avancées et les études ! Tu vois la missions DART ? C’est quand ils ont envoyé un missile pour dévier la trajectoire d’un astéroïde pour voir si ça pourrait marcher pour protéger la terre. Le missile a explosé contre l’astéroïde et ça a effectivement légèrement modifié sa direction. Tout récemment, ils ont envoyé une nouvelle mission pour étudier les résultats, pour voir exactement ce qui s’est passé. J’ai eu l’opportunité de voir la toute dernière image, qui ne s’est pas complètement téléchargée parce que ça a explosé – la personne me l’a montrée sur son ordinateur portable. C’est incroyable de voir cette ultime petite transmission qui a été renvoyée sur Terre ! J’ai aussi dîné avec Kip Thorne ! J’ai aussi pu traîner tous les soirs avec David Eicher, qui gère Astronomy Magazine depuis plus de quarante ans ! Des gens merveilleux. Je me suis fait de supers amis. Je pourrais t’en citer encore plein d’autres, mais ça te prendrait encore une heure [petits rires].

Honnêtement, ce que je ressens, c’est qu’en jouant à ce festival, j’ai trouvé la réponse à la question pourquoi je suis devenu musicien. Il y a tant de fois où je me suis demandé si j’ai bien fait d’être devenu musicien, d’avoir fait ça de ma vie. Et c’est bien, on devrait toujours se remettre en question et questionner les choses, et trouver les réponses. Je me suis donc toujours posé la question si c’était la bonne chose à faire, si c’était une erreur, si je n’aurais pas pu mieux servir l’humanité qu’en faisant de la musique. Mais en allant à ce festival, avec cette combinaison d’astrophysique et de musique, étrangement, à titre personnel, j’ai l’impression que oui, c’était la bonne chose à faire. Je n’ai pas l’impression d’avoir gâché ma vie, d’avoir fait le mauvais choix, d’avoir fait des sacrifices pour rien ; je n’ai plus l’impression que c’était un sacrifice. Si je mourais demain, je ne me dirais pas que je suis passé à côté de ma vie, mais que c’était une vie bien vécue. C’est ce qu’on recherche, une bonne… En fait, même pas forcément une bonne vie, car « bon » est un mot idiot qu’on rattache aux mauvaises choses, mais une vie bien vécue. Car même les mauvaises choses sont bonnes, pour la façon dont elles nous renforcent, pour les bonnes choses auxquelles elles mènent, pour ce que l’on apprend, pour la façon dont ces expériences nous permettent d’aider d’autres gens. Il n’y a pas de mauvaises choses, il y a juste nous qui essayons de tout contrôler et une chose qui se produit que l’on ne peut pas contrôler – c’est ça qu’on appelle « une mauvaise chose », mais c’en est pas forcément une. Oui, il y a des pertes, de la douleur, mais globalement, ça mène à une vie bien vécue qui doit avoir autant de hauts que de bas, car les deux sont des opportunités pour devenir de meilleurs contributeurs à ce monde.

Dans cet album, on retrouve plusieurs chansons faisant référence à d’autres cultures, comme « Cintaku », « Andalousia » ou « Anveshana ». Sont-ce les tournées qui t’ont fait découvrir d’autres cultures ou ça vient simplement du fait que tu aimes en apprendre plus sur celles-ci ?

Les deux ! Grâce aux tournées, tu as l’occasion de découvrir différents lieux et je dis toujours que le voyage est l’une des meilleures formations. On apprend comment à quel point nos esprits sont tous les mêmes, qu’on n’est pas si différents. C’est triste à voir quand les gens sont aussi divisés sur des choses extérieures et séparés culturellement, politiquement, religieusement, etc., car en voyageant, on apprend à quel point on ne fait qu’un, à quel point on est tous pareils. Et la nourriture est géniale ! J’adore les plats épicés indonésiens ! J’adore le steak tartare en France ! C’est ce que je préfère dans les voyages : la nourriture. Et les gens aussi. J’ai d’ailleurs passé beaucoup de temps en Indonésie, donc la chanson qui véhiculait un sentiment de bonheur et de satisfaction, je l’ai baptisée « Cintaku » – mon chéri, mon amour. Avec Guthrie, nous avons toujours tous les deux cherché, exploré, appris, grandi en tant que guitaristes et vu l’atmosphère de la chanson sur laquelle il joue, avec les percussions indiennes, je voulais un titre qui représente ça. Donc « Anveshana » signifie « rechercher » et ça fait généralement référence à l’illumination. Concernant « Andalusia », je suis un horrible guitariste de flamenco, mais c’était ma mauvaise tentative de jouer du flamenco, or l’Andalousie est l’endroit où le flamenco prospère. Je peux aussi poursuivre en expliquant l’inspiration derrière le reste des morceaux si tu veux…

« Je sais que j’ai l’air d’un petit enfant quand je parle de cet album, mais je m’en fiche ! On devrait accepter l’innocence qu’on a en soi. Tout le monde a différentes facettes et on ne devrait pas étouffer son côté guerrier, mais on ne devrait pas non plus étouffer son innocence. »

D’accord, vas-y ! [Rires]

« Monstruoso » : j’ai pensé aux vieux films de monstre des années 60 et 70, les Godzilla, Rodan, Mothrea, que je regardais quand j’étais gosse. Je trouvais que les sonorités de synthé dubstep sonnaient comme un monstre et qu’il fallait le nom d’un personnage monstrueux, donc je l’ai appelé comme ça. Le morceau qui suit, « Monstruoso II – Departure », c’était des parties que je n’ai pas utilisées dedans mais qui fonctionnaient en guise de fondu, comme si Godzilla marchait, disparaissant lentement dans l’océan pendant deux minutes, à mesure que la musique s’effondre. « Griggstown Crossing » : Griggstown est une ville qui a été fondée par les Néerlandais dans les années 1600 ou peut-être 1700, tout près de mon studio. Ce morceau me rappelle quand j’étais assis dans le tour bus, en train de regarder par la fenêtre pendant des heures les prairies et les arbres qui défilaient, en ayant l’impression de n’avoir aucune racine, me laissant porter de lieu en lieu jusqu’à mon prochain domicile temporaire. Dès que j’ai traversé Griggstown, je ne suis plus chez moi, je ne suis plus dans mon studio, je suis sur la route, voilà pourquoi je l’ai appelé comme ça.

« The Thread » fait référence à ce fil de discussion par e-mail dont je parlais tout à l’heure. J’avais une mélodie pour un morceau différent, avec d’autres accords. Je savais que je l’avais volé quelque part, mais je n’arrivais pas à savoir où, ça m’était très familier. J’ai fini par embêter les copains sur le fil de discussion en leur demandant : « C’est quoi ça ? » Je leur ai fait écouter ce morceau de musique et ils ont tous dit : « Ça sonne très familier, mais je ne suis pas sûr de ce que c’est. » Puis une des personnes a dit : « Je sais ce que c’est, parce que je l’ai joué une centaine de fois avec Gary Moore. C’est ‘Parisienne Walkways’. » J’étais là : « Bon sang ! » Je me suis remis dessus, j’ai refait la chanson, j’ai fait de nouveaux accords, une nouvelle mélodie, etc. et je leur ai fait réécouter en disant : « Ok, je pense maintenant tenir quelque chose d’original. » Et ils ont dit : « Oui, clairement, c’est à toi. » Puis l’un des gars a dit : « Peut-être que tu enchaînes trop rapidement sur la partie un peu barrée, peut-être que sur le premier break tu devrais faire quelque chose de plus étalé. » J’étais là : « Oui, tu as raison. » Ce morceau n’aurait pas été ce qu’il est sans mes frangins du fil de discussion. Je l’ai donc nommé « The Thread », car ils m’ont guidé pour le faire ; c’est l’hommage que je leur rends.

« Liftoff » est une sorte de berceuse spatiale pour Simon quand, à la fin d’une longue journée, il est installé sur mes genoux, complètement tranquille. Simon a terminé ses aventures… Je sais que j’ai l’air d’un petit enfant quand je parle de cet album, mais je m’en fiche ! On devrait accepter l’innocence qu’on a en soi. Tout le monde a différentes facettes et on ne devrait pas étouffer son côté guerrier, mais on ne devrait pas non plus étouffer son innocence. Bref, voilà ce que ça me rappelait : il a fini toutes ses aventures et maintenant, il se met à dormir dans le lit cryogénique de son vaisseau spatial qui s’envole vers sa prochaine destination, allant d’une galaxie à l’autre. Cette chanson est un petit « bonne nuit ».

« Funeral March » renvoie à toutes les morts qui nous ont entourés durant la pandémie. On ne pouvait pas y échapper. C’était constamment là, on nous le rappelait constamment, avec des gens qu’on connaissait, des amis, la famille, des amis d’amis, des amis de la famille, etc. Il y avait forcément quelqu’un qui était affecté ou qu’on perdait. Il y avait ce nuage permanent au-dessus nous qu’on ne pouvait pas ignorer. On avait l’impression de revenir de la guerre, en comptant nos pertes, avec un stress post-traumatique, une dissociation alors que nous marchions sur cette route graveleuse comme des zombies à cause de tout ce que nous avions vécu et qui nous avait vraiment botté le cul. C’est ça que me rappelle ce morceau, avec la cloche funéraire et les timbales.

« Chopin Waltz Op64 No2 » est un autre morceau de Chopin. La toute première chose que j’ai eue sur un véritable CD commercial était « Chopins Fantasie Impromptu » sur Shrapnel Records, je crois que c’était en 1991. Il y avait un jeu vidéo en Pologne, dans le style de Guitar Hero, sorti en 2010. C’était pour célébrer les deux cents ans de la naissance de Chopin. Pour ce jeu vidéo, ils m’ont demandé de faire une version rock d’un morceau de Chopin. J’avais donc enregistré ça, avec de la batterie en MIDI. C’était correct, mais l’accord que j’avais avec eux était que j’inclue ça un jour sur un de mes albums. C’était donc un autre morceau que j’avais déjà et que je pouvais mettre dessus. J’ai donc demandé à Kyle de jouer de la vraie batterie dessus – il fallait le voir jouer ce rythme de dingue ! Et j’ai rajouté plus d’orchestrations au milieu.

« Ma femme est vétérinaire. Quand elle était en train d’étudier les diverses maladies animales, j’ai découvert la pododermatite ulcéreuse, aussi connue sous le nom de bumblefoot. J’ai été inspiré par l’absurdité du nom. »

« Moonshine Hootenanny » vient du fait que j’étais en train de regarder un documentaire sur de vieux musiciens de blues. J’ai vu Lonnie Johnson jouer un rythme typé bluegrass et ça m’a fait sourire. Ça m’a enthousiasmé, j’ai attrapé ma guitare et ce riff d’ouverture, avec ces voix à la guitare [chante], est immédiatement sorti de moi. Et j’en ai fait tout un morceau. En parallèle, j’étais encore en train de composer pour Whom Gods Destroy, donc le milieu sonne comme un de ces rythmes bizarres qu’on retrouve dans le groupe.

Il y a deux autres morceaux que j’ai enregistrés mais retirés de l’album. L’un est très jazz-fusion et comprend Mohini Dey, une incroyable bassiste. L’autre est venu quand j’étais dans l’avion pour aller à Hawaï et je regardais un documentaire sur Rainbow Bridge, le film dont Jimi Hendrix a été amené à écrire la musique et pour lequel il a fait concert à Maui – c’est là-bas que je me rendais. On était au beau milieu de la nuit, à trois heures du matin, je volais au-dessus de l’océan Pacifique et je regardais ce documentaire sur ce film de dingue que des hippies avaient fait, qui n’avait pas d’histoire, rien. Durant les dernières minutes du générique de fin, il jouait une chanson dont le riff m’a inspiré et j’ai fait ce morceau qui est vraiment dans une veine hendrixienne. J’ai retiré ces deux morceaux de l’album parce que je trouvais qu’il s’enchaînait bien sans, que s’ils avaient été là, il aurait été un petit peu trop long, il aurait un peu trop traîné en longueur. J’ai pensé qu’un jour je ferais peut-être une édition bonus de cet album, où il y aurait d’autres invités et où je pourrais faire des versions vocales des morceaux, et je pourrais les rajouter.

Ceci est seulement ton deuxième album entièrement instrumental. Le premier était The Adventures Of Bumblefoot on Shrapnel Records il y a trente ans. Qu’est-ce qui te vient en tête lorsque tu repenses l’époque où tu as fait ce premier disque ?

Je pense à quel point le monde de la musique a évolué, avec la technologie, la capacité d’enregistrer soi-même sa propre musique de manière qualitative et la possibilité de sortir instantanément de la musique dans le monde entier. On ne faisait que rêver de streaming et de toutes ces choses permettant de sortir si rapidement sa propre musique, facilitant la création de l’artwork, etc. C’est une merveilleuse évolution. Quand j’ai signé chez Shrapnel Records, ils m’ont dit qu’ils allaient sortir de la musique avec du chant, car c’est ce que j’avais prévu de faire, je voulais chanter sur mes morceaux, je ne voulais pas être un artiste instrumental. Mais une fois que j’ai signé le contrat, ils ont dit : « On aimerait que tu fasses un album instrumental pour te présenter aux fans du label. » C’est donc ce que j’ai fait. Et juste après ça, il y a eu l’album Hermit sur le même label, mais que Roadrunner Records a sorti en France sous licence. C’est là que tout a commencé quand ces derniers m’ont amené en France pour faire des cliniques et des concerts en 1997. La France a toujours été une seconde patrie musicale pour moi. Maintenant, j’ai l’impression d’avoir complètement refait ce premier album avec trente ans d’expérience en plus. Les choses ne me semblent pas si différentes. C’est juste que maintenant, la technologie et les outils à notre disposition sont bien meilleurs. Soit dit en passant, j’ai continué à faire de la musique instrumentale sur mes albums, mais comme l’a fait Van Halen, c’est-à-dire que j’avais quelques morceaux au milieu de ceux qui étaient chantés.

Tu es évidemment un guitariste très doué, mais avais-tu le sentiment que ce n’était pas suffisant ?

J’ai toujours voulu faire partie d’un groupe, comme Kiss ou les Beatles, où les gens connaissent les prénoms des musiciens, John, Paul, George, Ringo, et où on contribuerait tous de façon égale à rendre ce groupe spécial. Je ne voulais pas être un artiste solo, mais la vie t’emmène où elle t’emmène. Tu ne peux pas ralentir, tu dois prendre la balle et courir avec si personne d’autre ne te la prend ; si tu ne veux pas que quelqu’un te rattrape, tu ne peux pas courir plus lentement. C’est comme ça que ça marche, autrement nous ne serions pas là en train de discuter. J’ai donc essayé d’avoir des groupes au fil des années et de toutes façons, la plupart du temps, ils me laissaient tout faire. Je me donnais donc à cent pour cent, je composais autant que possible, je chantais, je gérais tout le business, etc. J’espérais qu’ils contribueraient autant que moi, mais ça n’a pas été le cas. Ils vivaient tous leur vie, en faisant d’autres choses, pendant que je continuais. Et voilà où j’en suis. Mais j’ai eu le plaisir de jouer dans plein de groupes pour satisfaire cette part de ce que j’ai toujours voulu, comme avec Sons Of Apollo qui a été bâti de zéro avec ses membres fondateurs, avec qui j’ai composé, enregistré, tourné et fait tout ce qu’un groupe fait.

« Avec Vigier, nous avons fini par faire la guitare à double manche afin que je n’aie pas à faire juste de la guitare frettée ou de la guitare fretless, mais que je puisse changer de manche et jouer des deux ensemble. Ma philosophie est toujours ‘ci et ça’ et non pas ‘ci ou ça’. »

Le surnom Bumblefoot t’est resté depuis ce premier album, mais pourquoi Bumblefoot ? D’où c’est venu au départ ?

Ma femme est vétérinaire. Quand elle était en train d’étudier les diverses maladies animales, j’ai découvert la pododermatite ulcéreuse, aussi connue sous le nom de bumblefoot. J’ai donc composé un morceau intitulé « Bumblefoot », j’ai été inspiré par l’absurdité du nom. Puis j’ai nommé le premier album The Adventures Of Bumblefoot, en baptisant chaque chanson d’après une maladie animale. Puis j’ai nommé le groupe Bumblefoot ; c’était de la musique étrange, donc il lui fallait un nom étrange. Etant le frontman du groupe, celui qui chantait, jouait de la guitare et composait tout, c’est devenu un surnom !

Tu es l’un des rares guitaristes à utiliser de la guitare fretless, qui est bien représentée dans cet album. Quel a été le premier moment où tu t’es intéressé à cet instrument ? Car c’est assez peu banal chez les guitaristes…

Je suppose que c’est parce que ce n’est pas courant d’en trouver certaines suspendues dans un magasin de guitares. J’ai toujours eu pour habitude de déconstruire mes guitares et d’expérimenter à fabriquer toutes sortes de guitares bizarres, à réfléchir aux modifications que je pouvais leur apporter pour trouver une nouvelle manière de jouer – quand j’étais adolescent, j’en ai fait une à double manche, une autre qui était presque fretless, etc. Mais j’étais très mauvais là-dedans : ces guitares que je construisais étaient horribles ! Si vous allez sur mon site web, bumblefoot.com, il y a une section sur le matériel. Si vous regardez les guitares, vous verrez la pire et la plus moche des guitares jamais construites – je ne devrais même pas dire « construite » mais « détruite ». J’ai fait des choses tellement épouvantables à ces guitares… La dernière que j’ai modifiée était la Swiss Cheese. C’était une vieille Ibanez Roadstar que j’ai payée peut-être cent quatre-vingt dollars. J’avais économisé de l’argent pour me la payer en peignant des albums d’Iron Maiden sur le dos de vestes en jean, pour vingt dollars chacune. Elle avait un vibrato dessus, donc je pouvais faire des trucs à la Van Halen et Randy Rhoads. J’ai retiré la peinture, j’ai fait des trous dedans, je l’ai peinte en jaune, j’ai mis des micros DiMarzio et c’est devenu la guitare Swiss Cheese, qui était celle que j’ai utilisée principalement pendant environ treize ans.

Je l’ai emmenée en France pour faire une tournée de cliniques. Il y avait un représentant de Vigier qui est venu à l’une d’entre elles et m’a demandé d’essayer les guitares de la marque. A l’époque, je ne voulais pas d’endorsement, j’étais content de construire mes propres monstruosités, mais il a insisté, donc j’ai joué dessus et c’était magique. Elle se jouait tellement bien ! C’était la guitare la plus confortable qui soit dans mes mains, elle sonnait bien, tout était cent fois mieux que tout ce que je pouvais construire – ou détruire – avec une guitare. Je me suis dit que je serais vraiment idiot et entêté de continuer à dire « non, je ne veux pas être endorsé, je veux construire mes propres guitares qui sont complètement nulles », alors qu’ils m’offraient de supers instruments. J’ai donc rencontré Patrice Vigier, un type formidable. Ma première pensée était : « Voilà quelqu’un que j’aimerais avoir dans ma vie. C’est une belle personne et il fait des guitares extraordinaires. » J’ai donc commencé à jouer sur des Vigier en 1997 et je suis resté chez eux, et je resterai chez eux. Nous sommes allés au premier NAMM – la grande convention musicale – ensemble, et j’ai vu les guitares fretless, avec les manches en metal, qu’il avait accroché sur le stand. Ça m’a vraiment excité car j’adore les guitares étranges ! Je lui ai dit, tout excité : « Pourquoi ne m’as-tu pas dit que tu fabriquais ça ? C’est génial ! » Il a levé la tête au ciel, a lâché un grand soupir et m’a dit : « En dix-huit ans d’existence de cette entreprise, je n’en ai vendu qu’une seule. Personne n’en veut. » J’ai dit : « Moi, j’en veux. Donne-m’en une à emporter à la maison. Je ferai de la musique avec pour le restant ma vie. » J’ai immédiatement commencé à écrire des chansons avec, ça m’a donné plein de nouvelles idées. C’était comme apprendre une nouvelle langue, apprendre à parler autrement. C’était merveilleux ! Du coup, à partir de ce moment-là, j’ai joué de la guitare fretless, et c’est devenu une part aussi importante de mon jeu que la guitare frettée.

A un moment donné, j’en jouais tellement qu’il fallait que je choisisse entre jouer de la frettée et de la fretless. Nous avons donc fini par faire la guitare à double manche afin que je n’aie pas à faire juste l’une ou l’autre, mais que je puisse changer de manche et jouer des deux ensemble. Ma philosophie est toujours « ci et ça » et non pas « ci ou ça ». Patrice a décidé d’arrêter de faire des guitares. Vigier ne fabrique plus de guitare pour le public. Les usines sont encore ouvertes pour faire des réparations et s’occuper des guitares existantes, mais nous en avons parlé et il a dit qu’il continuerait à me construire des doubles manches. Donc plutôt que d’aller voir une autre marque, je reste avec Patrice et mes guitares françaises qui sont parfaites. J’en jouerai aussi longtemps que je jouerai de la guitare.

« C’est presque comme abandonner le contrôle quand je fais un album solo. Rien n’est contrôlé. C’est de la pure liberté. Je laisse la musique aller là où elle veut aller, presque comme si tu lançais un objet dans une rivière pour voir où il atterrit quand il touche terre à nouveau. »

Ces dix dernières années, tu t’es principalement concentré sur des groupes : Art Of Anarchy, Sons Of Apollo, Asia et Whom Gods Destroy. Je suppose que faire un album solo implique intrinsèquement plus de liberté et de contrôle. Est-ce un soulagement, en quelque sorte, de ne pas avoir à faire de compromis avec d’autres personnes, ou est-ce que tu as aussi le sentiment que, dans ce contexte, les interactions et les échanges créatifs que tu as au sein d’un groupe te manquent ?

C’est intéressant que tu utilises le mot « contrôle » avec le mot « liberté ». Je trouve que c’est presque comme abandonner le contrôle quand je fais un album solo. Rien n’est contrôlé. C’est de la pure liberté. Je laisse la musique aller là où elle veut aller, presque comme si tu lançais un objet dans une rivière pour voir où il atterrit quand il touche terre à nouveau. Cela dit, je comprends ce que tu veux dire : je suis responsable du business, je décide de l’artwork, de l’ordre des chansons, j’aime pouvoir mixer et masteriser l’album, faire toute la production, etc. C’est ce que j’aime faire plus que tout : produire et mixer. Je l’ai aussi fait avec Whom Gods Destroy, mais avec un groupe, le fait d’avoir ce niveau de contrôle ne me manque pas, parce que tu ne veux pas lui imposer l’idéologie que tu mets dans un album solo. L’idée d’un groupe est que tu recherches la collaboration, tu veux les idées des autres, parce qu’ils apportent quelque chose à la musique à quoi tu n’aurais jamais pensé, ils rendent ça unique d’une manière que tu ne peux pas seul.

Je vois toujours la chose ainsi : s’il y a cinq personnes dans le groupe, quatre de mes idées sur cinq devraient être retoquées et ne devraient pas passer. Seule une de mes idées sur cinq devrait passer. Si j’obtiens plus que ça, il se peut que je prive quelqu’un de quelque chose, et ce n’est pas bien, car tout le monde mérite que sa voix, son âme se retrouve dans la musique. Si tu prives quelqu’un de sa contribution, tu prives aussi la musique de devenir ce qu’elle pourrait être. Pour moi, à chaque fois que quelqu’un d’autre obtient ce qu’il veut et qu’on dit non à l’une de mes idées, voici ce que je considère : « Bien, tu as mis ton idée là-dedans et ça va rendre l’ensemble plus équilibré. » S’il se trouve que davantage de mes idées sont en phase avec celles des autres, je vois ça comme un cadeau, un bonus, mais ce n’est pas ce qui doit être attendu. Je participe à de nombreux Rock n Roll Fantasy Camp en tant que conseiller, et c’est aussi ce que je dis aux groupes là-bas. Si certains membres du groupe commencent à avoir le sentiment de ne pas obtenir ce qu’ils veulent, je leur rappelle cette philosophie : vous devriez être content, de manière désintéressée, quand un autre membre du groupe obtient ce qu’il veut, car vous savez comme ça fait plaisir quand vous obtenez ce que vous voulez. Tout le monde mérite ça, et devrait connaître ça. Donc ne pensez pas à vous, pensez au groupe dans son ensemble. Tout ne tourne pas autour de vous. C’est tout le monde ensemble. C’est ainsi qu’un groupe devrait fonctionner et c’est ainsi que j’aborde les choses quand j’intègre un groupe. Je n’essaye pas de prendre le contrôle. Je n’essaye pas de m’imposer complètement. Mes albums solos sont faits pour ça.

Par exemple, quand j’ai joué avec Asia : je n’ai pas cherché à faire qu’Asia sonne comme moi. Non, la première chose que j’ai faite est que j’ai commencé à regarder toutes leurs tournées depuis leur toute première jusqu’à la toute fin, ce qu’ils ont fait avec les chansons, comment ils sonnaient en live, j’ai cherché sur internet l’équipement que Steve Howe a utilisé pour essayer de faire quelque chose de similaire sur mon pédalier Helix, etc. Quand j’ai commencé à chanter les chansons, je me suis rendu compte que je sonnais trop comme Bruce Dickinson ! Ma voix est naturellement plus dans cette veine, celle d’un chanteur de metal aigu avec un gros vibrato, alors que celle de John Wetton vient plus de la poitrine, avec beaucoup de souffle, sans vibrato, avec un autre type de résonance. J’ai donc passé huit heures par jour pendant deux mois à réapprendre à chanter de façon à sonner davantage comme John Wetton. En me coordonnant avec mon pied droit, j’appuyais sur des pédales pour obtenir des harmonies et effets de réverb pour le chant, tandis qu’avec mon pied gauche je contrôlais les sons de guitare. Je me suis entraîné jusqu’à être tellement prêt et coordonné que lorsque le public arriverait et que des milliers de personnes regarderaient tous les soirs, elles pourraient fermer les yeux et se rappeler ce qu’elles ont ressenti la première fois qu’elles ont entendu cette musique. Il fallait que je sois presque invisible. Ce n’est pas moi qui importe ; ce qui importe c’est ces chansons et que je fasse en sorte de retranscrire le plus possible leur feeling originel. C’était donc mon approche avec Asia : rendre le meilleur hommage possible à leur héritage. Si j’avais fait du shred ou chanté des notes aiguës, ça aurait tout gâché. C’aurait été un échec égoïste total.

Avec Sons Of Apollo, Derek m’envoyait une idée pour une chanson, par exemple un riff, je lui renvoyais une idée, et nous nous échangions nos dix secondes suivantes que nous rajoutions à nos idées mutuelles. Nous construisions des chansons de cette manière, avec des allers-retours en nous soumettant des idées. Avec Whom Gods Destroy, c’était pareil, mais Dino intervenait également en disant : « Mettez ceci en six et pas en cinq, c’est trop bizarre ! » Nous collaborions tous. J’aime les résultats que nous obtenons ainsi. Pour résumez : ne faites pas d’un groupe un projet solo, car c’est injuste et destructeur. C’est une collaboration. C’est une équipe. C’est ce qu’il faut que ce soit. Si vous vous sentez réprimés, allez faire un album solo. C’est tout ! Alors vous pourrez faire absolument tout ce que vous voulez.

« Enseigner et produire, c’est-à-dire quand je suis coach et que j’aide d’autres gens à entrer sur le terrain, est ce que je préfère. J’aime encore plus ça que d’être moi-même sur le terrain. »

La dernière fois que nous nous sommes parlé, tu nous as dit que ta personnalité est telle que tu fais passer les autres avant toi et qu’au lieu de dire à un groupe : « Non, vous devez attendre un an, le temps que je sorte mon prochain album solo », tu fais attendre ta musique une année pour aider le groupe. Penses-tu que ça changera à l’avenir ? Comptes-tu te concentrer un peu plus, à nouveau, sur ta carrière solo ?

Je crois, oui. Cet album solo, Returns – Returns, Returns… je fais toujours un effet d’écho quand je prononce le nom de l’album [rires] –, a été terminé en juin 2023. Il était mixé, masterisé, prêt, j’aurais pu le balancer sur Spotify et il aurait été disponible fin juin 2023, mais je voulais faire plus pour sa sortie et ça allait prendre beaucoup de temps et d’énergie. Pendant ce temps, Art Of Anarchy était en train de finir et mixer son album, nous étions en train d’arranger les choses avec une maison de disques, faire des clips, établir des plans pour sa sortie. Pile au même moment, Whom Gods Destroy était en train de finir l’écriture, le mixage, le mastering de son album, et nous travaillions avec Inside Out – un label fantastique – pour faire toutes les préparations en vue de sa sortie. Et il y a ce merveilleux groupe baptisé The Dodies, un duo de garage rock qui sonne comme un mélange de Nirvana et de Radiohead, dont j’ai produit les albums. Leur troisième disque Dreamism est sur le point de sortir très bientôt, il est phénoménal – allez voir le clip de la chanson « Falsetto », ils sont géniaux. Le batteur joue sur son kit avec seulement un bras et joue de la basse avec sa main gauche sur un clavier tout en chantant des chœurs. Le chanteur a une voix super dynamique, avec une grande amplitude. Certains disent qu’il sonne comme le chanteur de The Darkness. C’est très mélodique, intéressant et fun. J’étais donc en train de les enregistrer et de les mixer aussi à l’époque. J’avais donc dix personnes et trois maisons de disques qui m’attendaient. Donc soit j’allais tous les envoyer se faire foutre, soit j’allais mettre un frein à la sortie de mon album pour m’occuper de tout le reste. Ma nature veut que je mette plutôt mon album en suspens.

Tu joues de la musique, tu écris de la musique, tu produis de la musique, tu enseignes la musique… Parmi tous ces domaines, qu’est-ce qui te procure le plus de plaisir ?

Enseigner et produire, c’est-à-dire quand je suis coach et que j’aide d’autres gens à entrer sur le terrain. J’aime encore plus ça que d’être moi-même sur le terrain. Je prends plus de plaisir à aider The Dodies à enregistrer leur album qu’à faire un concert. Etrangement, j’éprouve une plus grande satisfaction quand quelqu’un apprend quelque chose, qu’il l’utilise et qu’il continue de faire des choses avec, que dans mes propres réalisations. C’est ma nature. Je ne m’attends pas à ce que les autres soient comme ça. C’est juste ainsi que j’ai toujours été et que, je suppose, je serai toujours. Je pourrais lutter contre, mais j’ai du mal à lutter contre ma propre nature. Quoi qu’il arrive, ça finit comme ça. Donc ce que j’aime le plus, c’est produire et enseigner. Me produire en concert est ce que j’aime le moins. Ce n’est pas que je déteste ça, c’est juste que j’aime beaucoup plus tout le reste. Si je devais abandonner une chose, ce ne serait pas la production, ni l’enseignement, ce serait les concerts. Mais je n’ai pas prévu d’arrêter d’en faire ; avec un peu de chance, je n’y serai pas contraint.

A ce sujet, as-tu prévu de tourner pour cet album solo ?

Pas le genre de tournée où j’irais de ville en ville tous les jours, à produire à chaque fois le même spectacle avec le groupe. Il n’y aura pas de tournée. Tout au plus, ce sera des apparitions isolées en festival, ce genre de chose. Cette année, principalement, je fais beaucoup de Rock n Roll Fantasy Camp, où je conseille des groupes de gens, nous jouons ensemble, nous apprenons des chansons, etc. Mais on verra ce qui se passera. Tout peut arriver. On établit des plans et Dieu en rit. Donc si je dis que je ne prévois pas de tourner, il se pourrait que je me retrouve tout d’un coup à tourner.

Durant cette interview, tu as mentionné un certain nombre de Français qui t’ont aidé au fil des années. On pourrait aussi mentionner Axel Bauer qui a dit des choses sympas à ton sujet et avec qui tu as joué lors d’Autour De La Guitare…

Oui, il est super ! Et Paul Personne aussi !

Comment se fait-il que tu aies gardé une telle proximité avec la France ?

C’est là que j’ai commencé. La première fois que je suis sorti des Etats-Unis, la première vraie tournée que j’ai faite était en France, quand l’album Hermit est sorti en 1997. Je n’exagérais pas quand je disais que la France était ma seconde patrie musicale. Après Shrapnel Records, j’ai fondé ma propre maison de disques et j’ai eu un merveilleux distributeur français, un chouette type qui s’appelait Rémy – qu’il repose en paix, il nous a malheureusement quittés. J’ai donc continué ma vie musicale en France grâce à lui. Mes guitares sont françaises, mes premières tournées sont françaises… Je pourrais encore balancer un tas de noms : Jean-Michel Legusti, évidemment les gars de Plug-In, Mobo et Fanalo… Fanalo vient d’ailleurs de sortir un merveilleux nouvel album, sur lequel j’ai posé un solo. Je me suis fait tant d’amis en France. Ça a toujours été chez moi !

Pourquoi n’as-tu pas déménagé ici ?

Parce que je ne sais toujours pas parler français ! [Rires] Je rendrais les gens fous ! [En français] « Excusez-moi, où est le toilette s’il vous plaît ? Mon Dieu… » Il y a aussi que ma femme, ma maison, ma famille, tout est aux US. Le mieux que je puisse faire, c’est de venir vous rendre visite dès que possible.

Interview réalisée en visio le 4 février 2025 par Nicolas Gricourt.
Retranscription & traduction : Nicolas Gricourt.
Photos : Hristo Shindov (1, 7) Nicolas Gricourt (2, 4, 6, 8, 10, 11) & Catherine Asanov (9).

Site officiel de Ron Thal : bumblefoot.com

Acheter l’album …Returns!.



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  • Je l’ai vu en 1997 en BZH. Il y est revenu il y a quelques années pour jouer avec Pat O May à nouveau et j’y étais aussi.
    Un homme qui semble abordable, sans égo démesuré malgré une carrière énorme.

  • Imminence + Ne Obliviscaris @ Salle Pleyel
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