Toulouse. Le 30 janvier 2025. L’association Noiser a encore frappé fort. Très fort. En effet, quelques semaines à peine après l’organisation aux petits oignons du concert de Dark Funeral avec Fleshgod Apocalypse et Ex Deo, la structure toulousaine remet le couvert avec une affiche des plus alléchantes. Ainsi, les Britanniques de Carcass, les Américains de Brujeria et les Finlandais de Rotten Sound ont été invités à se produire dans l’enceinte du Bikini dans le cadre de leur tournée Europa Rigor Mortis Part I. Voilà donc la promesse d’une soirée décapante, placée sous le signe de la fureur sonore et du metal extrême !
La formation de Bill Steer et Jeff Walker n’avait pas reposé ses amplis dans la ville rose depuis sa tournée avec Arch Enemy et Behemoth en 2022. Du côté de Rotten Sound, le groupe était passé dans la petite salle du Metronum en 2020 dans le cadre du Campaign For Musical Destruction Tour avec Napalm Death, après huit ans d’absence. Quant à Brujeria, c’est la première fois que le gang vient s’y produire et les décès récents de deux de ses membres donnent à ce passage une tonalité très particulière. Le public toulousain ne s’est pas fait prier pour répondre à l’appel de Noiser en ce jeudi soir, puisqu’il y a déjà beaucoup de monde qui se presse devant les portes du Bikini en attendant l’ouverture des portes. L’excitation est d’ores et déjà palpable et chacun sait qu’il aura les oreilles en vrac et les cervicales brisées… Le secret d’une soirée réussie ?
Artiste : Carcass – Brujeria – Rotten Sound
Date : 30 janvier 2025
Salle : Le Bikini
Ville : Toulouse [31]
Cela fait déjà trente-deux ans que Rotten Sound délivre son grindcore rageur sur toutes les scènes du monde et trente-deux ans que Keijo Niinimaa, le chanteur, porte bien haut l’étendard d’une musique qui oscille entre le grind, le punk et le crust. Parmi les spectateurs les plus anciens du Bikini, ceux qui avaient été frappés par le premier passage de la formation à Labège – une petite bourgade à quelques encablures de Toulouse – en 2012 sont impatients de (re)découvrir le Rotten Sound mouture 2025. Au fil des minutes la pression monte…
Il est 19h40 quand le groupe grimpe sur scène sous des lumières froides et blafardes. Pas d’introduction superflue. Pas de discours inutile. Après avoir fait signe aux spectateurs de se rapprocher, Rotten Sound entre dans le vif du sujet avec un « Self » et un « Power » qui percutent le public de plein fouet. Avec ces deux titres issus de l’album Cursed (2011), le quatuor fait une entrée fracassante et pose les bases de ce que sera le reste du set : une véritable déflagration sonore !
Actuellement en pleine promotion de son huitième et dernier album en date, Apocalypse, sorti en 2023 chez Season Of Mist, le groupe en propose un avant-goût en live au travers de pas moins de sept titres redoutables d’intensité (« Pacify », « Equality », « Renewables », « Nothingness », « Ownership », « Suburban Bliss » et « Sharing »). On en prend plein les oreilles ! Cependant, derrière cette déferlante grindcore qui écrase tout sur son passage, on s’aperçoit que les compositions de Rotten Sound sont plus « fines » qu’il n’y paraît puisque le groupe varie ses tempi et distille ici et là des passages de D-beat à la façon de Discharge (« Suburban Bliss »), ce qui amène pas mal de relief aux morceaux.
Qui plus est, le combo n’hésite pas à piocher de nombreux autres brûlots de sa discographie sur la période 2002 – 2016 en mettant en avant notamment des titres comme « Inhumane Treatment », « Thrashmonger » ou « Lazy Asses » issus d’Abuse To Suffer (2016), « Slay » et « Western Cancer » d’Exit (2005) ou bien « Insects » de Murderworks (2002). Ce large choix de setlist permet à Rotten Sound d’alterner les blast beats et les plans plus lourds de façon à éviter la redondance. Un tour de force quand on évolue dans le grindcore !
Sur les planches, le vocaliste Keijo Niinimaa focalise toutes les attentions grâce à une interprétation à l’intensité brute (« Targets », « Void », « Koiranoksennus »…). Visiblement content de jouer ce soir – même en première partie devant un public plus restreint qu’à l’accoutumée –, l’homme n’hésite pas à s’adresser au public entre les morceaux avec pas mal d’humour pour remercier les fans de se donner à fond dans les pogos, les slams et même les circle pits…
Mais petit à petit, la fin du set se dessine. Rotten Sound délivre un final destructeur avec « Sell Your Soul », « Salvation », « Trashmonger » et « Blind » qui laissent le pit en lambeaux. En l’espace d’une demi-heure et pas moins de vingt et un titres (!), Rotten Sound a prouvé une fois de plus qu’il était l’un des solides piliers du grindcore européen. Avec son set sans fioriture et brutal, la formation scandinave a parfaitement réussi son coup et lancé la soirée sous les meilleurs auspices !
Setlist :
Self
Power
Pacify
Equality
Koiranoksennus
Suburban Bliss
Renewables
Lazy Asses
Inhumane Treatment
Targets
Void
Insects
Ownership
Sharing
Nothingness
Slay
Western Cancer
Sell Your Soul
Salvation
Trashmonger
Blind
Suite au décès brutal de deux des trois chanteurs et figures emblématiques du groupe, Pinche Peach et Juan Brujo en juillet et septembre 2024, on ne donnait pas cher de la peau de Brujeria tant ces disparitions laissaient un vide immense dans le groupe. Or, contre toute attente, les Américains ont décidé de poursuivre l’aventure avec le seul chanteur El Sangrón aux commandes. Autant dire que ce set de Brujeria était attendu de pied ferme par le public toulousain, curieux de voir ce que pouvait donner le gang latino dans une configuration différente de celle de d’habitude.
Dès la mise en place sur la batterie avant l’arrivée du groupe de la veste et du bandana de Juan Brujo et de la tête coupée qu’arborait Pinche Peach, on comprend que cette tournée avec Carcass va prendre la forme d’un véritable hommage aux deux musiciens disparus, comme l’avait annoncé la formation il y a quelques semaines.
Dès son arrivée fracassante sur le classique « Brujerizmo », le Bikini est plongé dans un chaos instantané : cette nouvelle configuration du groupe resserrée autour d’El Sangrón et du guitariste El Criminal s’impose en un clin d’œil au travers d’une énergie brute. En effet, avec le chant hurlé de l’unique vocaliste, les morceaux prennent une dimension un peu plus rentre-dedans qu’à l’accoutumée (« El Desmadre », « Colas De Rata »…). Le frontman ne semble pas avoir de mal à (re)prendre l’intégralité du chant, et force est de constater qu’il en impose. Même s’il ne bouge pas tellement sur scène, il apporte énormément d’intensité aux compositions et communique beaucoup avec le public en espagnol ou en anglais.
Avec un set basé sur ses titres les plus emblématiques (« Cristo De La Roca », « Raza Odiada (Pito Wilson) », « Colas de Rata », « Consejos Narcos », etc.), Brujeria fait un tour exhaustif de sa carrière discographique en rendant souvent hommage à Juan et Pinche (« Vayan Sin Miedo »). Mais loin de se complaire dans une émotion pataude, le quatuor délivre une prestation incendiaire qui se traduit dans un pit chauffé à blanc ! Les fans se donnent à fond sur le devant de la scène, à la plus grande joie d’El Sangrón.
Derrière le frontman, la machine Brujeria tourne à plein régime notamment grâce à la solide rythmique d’El Sativo (c’est le fils de feu Juan Branco) et du bassiste Zangano qui ne sont jamais pris en défaut. De son côté, El Criminal délivre des riffs assez basiques mais efficaces qui amènent à l’ensemble un côté death cru qui flirte parfois avec le hardcore / metal, à l’image de « Hechando Chingasos (Greñudos Locos II) » ou du costaud « Matando Güeros » qui clôturera ce set ô combien intense.
Au final, Brujeria a offert bien plus qu’un simple show : c’était un vibrant et sincère hommage à Juan Brujo et Pinche Peach. Une manière de rappeler que leur esprit n’est pas près de s’éteindre. La démonstration implacable d’El Sangrón et des siens sur les planches prouve que Brujeria continue d’imposer sa loi sur la scène metal malgré les coups durs. Espérons que le groupe continue sur sa lancée à la fin de cette tournée avec Carcass et se mette vite au travail pour un nouvel album !
Setlist :
Brujerizmo
El Desmadre
Hechando Chingasos (Greñudos Locos II)
Vayan Sin Miedo
La Migra
Chingo De Mecos
Cristo De La Roca
Desperado
Colas De Rata
La Ley De Plomo
Revolución
Consejos Narcos
Raza Odiada (Pito Wilson)
Matando Güeros
Mine de rien, Europa Rigor Mortis Part I est la première tournée de Carcass en Europe en tête d’affiche depuis dix ans. L’attente a été longue. Autant dire que le public du Bikini trépigne d’impatience pendant le changement de plateau. Tout le monde se presse donc vers le devant de la scène, prêt à en découdre avec le groupe de Liverpool. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que cette attente en valait la peine ! En effet, dès l’opener « Buried Dreams », Carcass se rappelle à notre bon souvenir avec un morceau brutal et rentre-dedans qui démontre que le quatuor n’est pas là pour tergiverser. N’ayant pas sorti de nouvel album depuis Torn Arterie (2021), Bill Steer (guitare) et Jeff Walker (chant, basse), fidèles au poste depuis 1985, vont en profiter pour proposer une setlist variée en piochant allègrement de Reek Of Putrefaction (1988) jusqu’au dernier méfait en date.
De fait, il y a à boire et à manger dans ce concert de Carcass qui ratisse large, mais les fans ne s’en plaignent pas et réagissent comme un seul homme sur des classiques comme « Buried Dreams », « Incarnated Solvent Abuse » ou « Genital Grinder ». Du côté des morceaux plus récents (« Dance Of Ixtab (Psychopomp & Circumstance March No. 1 in B) », « Kelly’s Meat Emporium »), même si le public les a déjà découverts en live dans le cadre de la tournée des Britanniques avec Arch Enemy en 2022, il faut bien avouer qu’ils font toujours mouche et qu’ils ne dépareillent pas aux côtés des titres d’antan comme « Corporal Jigsore Quandary » ou « No Love Lost ».
Qui plus est, le groupe distille ici et là des medleys comme « Ruptured in Purulence » / « Heartwork » et « Tomorrow Belongs To Nobody » / « Death Certificate » qui peuvent sembler assez déconcertants dans un premier temps, mais qui permettent à Carcass de faire plaisir à tout le monde. Dans l’enceinte du Bikini, le pit bouge pas mal à chaque titre envoyé façon parpaing ! L’audience se donne à fond et les plus fervents hurlent même à gorge déployée les paroles des hymnes que sont « Buried Dreams » ou « Genital Grinder ».
Sur les planches, visiblement conscients des excellents sets de Rotten Sound et Brujeria, le quatuor joue sans aucun temps mort et enchaîne les brûlots (« Pyosisified (Rotten to the Gore) », « Exhume to Consume », etc.). Même si le poids des années est une réalité pour Bill Steer et Jeff Walker (les cheveux rasés de ce dernier accentuent l’effet de temps qui passe), les deux hommes maîtrisent leur sujet. À leurs côtés, le guitariste James « Nip » Blackford apporte pas mal à l’ensemble grâce à des soli incisifs qui complètent bien les riffs. Derrière les fûts, l’excellent Daniel Wilding n’est jamais pris en défaut et fait montre d’un indéniable savoir-faire. La section rythmique basse / batterie est solide et ô combien redoutable !
Après environ une heure quinze de temps de jeu, le groupe attaque les massifs « Corporeal Jigsore Quandary » et « This Mortal Coil » avant de se diriger « tranquillement » vers le rappel sous les acclamation du Bikini. Et quel rappel ! La triplette « 316L Grade Surgical Steel », « Ruptured In Purulence » et « Heartwork » est mise à l’honneur histoire d’achever le parterre suintant et de clôturer de la plus belle des manières la soirée. Quelle gifle !
En définitive, quarante ans après sa création, Carcass est toujours bel et bien présent sur la scène du metal extrême internationale et force est de constater que le concert de ce soir a mis tout le monde d’accord. Les p’tits gars de Liverpool ont toujours le feu sacré ! Bill Steer et Jeff Walker restent cohérents dans leur démarche artistique et tiennent toujours le haut du pavé depuis leurs débuts. Carcass n’est pas près de raccrocher ses guitares et nul doute que cette tournée triomphante relance le groupe pour quelques années encore.
Setlist :
Buried Dreams
Kelly’s Meat Emporium
Incarnated Solvent Abuse
No Love Lost
Tomorrow Belongs to Nobody / Death Certificate
Dance of Ixtab (Psychopomp & Circumstance March No. 1 in B)
Black Star / Keep On Rotting in the Free World
Genital Grinder
Pyosisified (Rotten to the Gore)
Exhume to Consume
Corporeal Jigsore Quandary
This Mortal Coil
Rappel
316L Grade Surgical Steel
Ruptured in Purulence
Heartwork





































