Passer d’un (petit) bain à une machine de moulin (rouge) en raison de la forte demande aura été judicieux : la date est complète ! Tant mieux ! Le death metal comme onguent sur le blues du dimanche soir ? Avec quatre groupes, il y a matière à prendre une dose qui pourrait même durer plusieurs dimanches !
Affiche gourmande, affiche cent pour cent états-unienne, tendance côte Est en dehors de la tête d’affiche californienne. Tête d’affiche qui lançait en mars sa tournée Terrasite Over Europe 2024, la date parisienne étant une des premières. Le programme est d’ailleurs impressionnant avec des dates de Suisse en Allemagne en passant par l’Angleterre mais aussi à l’Est et au Nord et en ne laissant que très peu de jours de relâche. Ah, la vie de bureau, retrouver son canapé après une bonne soirée qui, entre vomissements, coups de couteau et décapitation, promet d’être dénuée de toute délicatesse ! C’est parti ?
Artistes : Cattle Decapitation – Sings Of The Swarm – 200 Stab Wounds – Vomit Forth
Date : 3 mars 2024
Salle : La Machine du Moulin Rouge
Ville : Paris [75]
Vomit Forth lance les hostilités. C’est violent, intense, et court. Vingt minutes. C’est apprécié par la Machine qui n’est pas encore trop remplie et laisse place aux violents dancers dans la fosse. D’entrée de jeu Kane Gelaznik, le chanteur, harangue le public. Il maintiendra ce contact tout du long. L’entrée en matière sent le combat, le chanteur tourne comme un lion en cage prêt à en découdre. « How are doing ? » lance-t-il directement. « We are Vomit Forth » enchaîne-t-il après quelques secondes en incitant tout de suite la salle à bouger ! Très bonne entrée dans ce concert, très bonne entrée dans cette soirée. Tout en growls et éructations, avec un côté viscéral, physique. Fait amusant, alors que le chanteur incite la fosse à bouger et trouve peut-être des réactions trop timides, il demandera « Are you scared ? »
Point à noter sur l’organisation de cette soirée : les groupes enchaînent en respectant les horaires. Plutôt carré. C’est bien.
Avec 200 Stab Wounds, on reste dans le musicalement efficace, servi par un très bon son. Ce qui aura été le cas aussi pour Vomit Forth. D’ailleurs, à une exception près, cela aura été le cas toute la soirée. La Machine offre vraiment de très bonnes conditions d’accueil. Pour revenir sur scène, le groupe enchaîne ses titres, dans un schéma moins percutant que précédemment. En effet, les gars de Cleveland sont plus introvertis, statiques même s’ils headbanguent généreusement. Steve Buhl, chant et guitare, mettra du temps à s’adresser au public, et le fait très vite pour annoncer « Drilling Your Head ». Comme s’il était concentré sur ses solos. Il expliquera rapidement vers la fin, avant « Itty Bitty Pieces », qu’il s’agit de leur toute première tournée européenne et remerciera le public d’être venu.
Sans révolutionner le genre, 200 Stab Wounds a laissé parler sa musique ce soir pendant la trentaine de minutes qui lui était allouée, sans effusion superflue, efficace et de bonne facture. Le public, logiquement plus nombreux, plus compact à mesure que la soirée avance, a très bien accueilli la prestation. Pogos et circle pit n’en sont-ils pas la meilleure preuve ?
Avec Signs Of The Swarm, la percussion revient en force, visuelle et musicale ! Visuelle avec cet habillage lumineux en demi-teintes appuyé de lumières blanches comme des stroboscopes, venant essentiellement de l’arrière et laissant les membres du groupe dans l’ombre. Vous vouliez voir leur tête ? Une autre fois peut-être. Musicale avec ce deathcore qui déboule comme un marteau pilon laissant peu de respiration. Vocalement, growls et stridences alternent pour un voyage sonore dans les extrêmes. Parfois, éprouvant quelque part, mais pour le plus grand plaisir de la salle qui continue à montrer son enthousiasme pour ce que proposent les groupes.
David Simonich, chant et figure de proue, assure ses parties vocales, passe son temps sur la plateforme et n’a de cesse d’établir le contact avec la salle qu’il incite aux circle pits comme avant « Nameless » qu’il présente comme un titre rapide. Il invitera même les fans à monter sur scène dans une belle tradition hardcore. Curieusement, les spectateurs ne s’y précipitent pas. David glissera un taquin « You’re lazy ». En tous les cas, l’attitude du chanteur est franchement sympa ; il aide même les slammeurs à arriver sur scène. Un moment sympa du concert arrive avec « Shackles Like Talons » où David demande au public de tendre les téléphones et de les allumer. Carl Schulz l’aidera en haranguant la Machine à son tour. Le public suit, ça rend plutôt bien.
Setlist Signs Of The Swarm (source setlist.fm) :
Pernicious
Pray For Death
Nameless
Amongst The Low & Empty
Tower Of Torsos
Borrowed Time
Between Fire & Stone
Unbridled
Shackles Like Talons
Le public a été mis dans de bonnes dispositions pour la tête d’affiche avec des groupes qui ont offert chacun quelque chose, dans des univers, des prestations différentes. On assiste aux derniers réglages des instruments, les listes des morceaux sont placées. Le spectacle peut commencer.
Les Californiens entament leur concert avec trois titres du dernier album et resteront sur leurs dernières parutions pour cette date parisienne. Arrêtons-nous quand même un instant sur l’exception de cette soirée : le son de Cattle Decapitation n’est pas très bon et gâche quelque peu l’impact qui aurait pu être beaucoup plus fort – car malgré cet inconvénient, la prestation reste percutante, avec quelque chose d’hypnotique. Les yeux bleus du chanteur ? Ses airs parfois hallucinés ? Sa présence indéniable ? Travis Ryan est toujours très près du bord de la scène, un pied sur la plateforme, figure de proue diablement efficace, même sans une grosse communication : essentiellement des « Fuck you Paris » et quelques « Merci » en français dans le texte, manifestement suffisants, avec quelques interventions rapides, comme l’introduction de « Bring Back The Plague », ou quand Travis parlera d’une date parisienne en 2007, alors que la salle s’appelait La Locomotive, dont il ne garde pas un bon souvenir. « The show fuckin sucked, you guys hated us » dira-t-il à ce sujet. La donne a bien changé ; le chanteur qualifiera même cette date du 3 mars 2024 comme leur meilleur concert à Paris, utilisant un « No Shit » pour appuyer ses dires. De même, après la pause rappel, il lancera : « Fuck you Paris, we do one more for you. »
Mais le chanteur n’est pas le seul à bosser, ses comparses ont eux aussi une présence qui permet à Cattle Decapitation de se lancer efficacement à l’assaut de La Machine. L’habillage lumineux soutient aussi le propos. Même les gros rais de lumière jaune ? Oui, même les gros rais de lumière jaune. Même si l’éclairage de façade n’est pas de rigueur ? Oui, même si l’éclairage de façade n’est pas de rigueur. Côté public quelques slammeurs et quelques fans qui montent sur scène, assez peu, mais là où c’est impressionnant, c’est dans la fosse. Le mouvement perpétuel ! Pogos et wall of death laissent peu de répit.
Les Californiens terminent leur heure de concert sur « Kingdom Of Tyrants ». Une heure, c’est court mais c’était intense et au vu des réactions tant côté public que côté groupe, la soirée a été appréciée. Cela reste quand même essentiel. Et il y a eu un beau plateau qui a assurément permis aux spectateurs de chasser le blues du dimanche soir !
Setlist Cattle Decapitation (source setlist.fm) :
Terrasitic Adaptation
We Eat Our Young
Scourge Of The Offspring
Dead Set On Suicide
The Storm Upstairs
Bring Back the Plague
Finish Them
A Photic Doom
Mammals In Babylon
Time’s Cruel Curtain
Pacific Grim
Kingdom Of Tyrants

































