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Metalanalyse   

Checkmate place ses pions


Il est des œuvres qui dès la première écoute, dévoilent un potentiel et une personnalité. Pour les aficionados du metal façon « french touch », Immanence sera sans doute l’une d’entre elles. Premier album du combo Checkmate, cet opus labellisé Klonosphere/Season of Mist a clairement pour ambition de faire décoller la carrière du clan parisien. Si par le passé les deux précédents efforts du groupe, à savoir la démo « L’Exercice De L’Apocalypse » et l’E.P « D’Or Et D’Acier », avaient déjà retenu l’attention, ce nouveau LP, lui, a tous les atouts pour la focaliser entièrement.

Catalogué comme metalcore à ses débuts, il est évident que la formation a franchi ces frontières sans se poser de question et délivre désormais une musique libérée de tout code ou convention. Les inspirations sont multiples et s’entremêlent à présent pour un résultat tantôt brutal, tantôt aérien et toujours méticuleusement composé. Lamb Of God, Meshuggah ou encore Killswitch Engage, les influences se ressentent par petites touches, sans jamais détourner le combo de sa personnalité propre qu’il développe ici. Accompagné de Guyom Pavesi au mixage et à l’enregistrement, les musiciens ont d’ailleurs opté pour un son particulier, certes très métalliques, mais non dépourvu de certaines touches plus « naturelles », adaptées à une approche énergique mais aussi faite de subtilités. Opéré par Alan Douches, qui a déjà officié pour Mastodon ou Whitechapel, le mastering offre quant à lui une certaine vitalité et une chaleur.

Cette appétence pour la puissance mais aussi une certaine forme de sobriété et qui en fait un metal à la fois viscéral et cérébral, voici ce qui fait désormais rentrer Checkmate dans cette dénomination « french touch » qui traverse, depuis peu, les frontières et se voit reconnaître, notamment outre atlantique, comme un label de qualité. Il n’y a donc rien d’étonnant dans le fait de les retrouver aujourd’hui dans la Klonosphere, vivier toujours plus reconnu et portant fièrement la bannière de ce metal moderne à la française.

A l’instar d’un Klone ou d’un Hacride, le souci du détail et de la cohérence est très présent chez cette formation, qui s’applique à écrire une pièce logique et à la doter d’une identité. L’effort artistique investi ne fait aucun doute. L’esprit de l’album est forgé au fil des dix morceaux qui le composent et sculpté sur des critères qui ne laissent rien à la facilité ou à des excès inutiles. Les textes révèlent une profondeur où des thématiques telles que la mélancolie, la fuite du temps et la remise en question sont abordées avec finesse. Sensible à toute forme d’expression, le quintet emprunte même à William Henley les vers d’Invictus, poème largement repris dans la culture littéraire et populaire anglo-saxonne.

Si le groupe n’avait pas mis en boîte cet album il y a déjà deux ans, il aurait pu être dit que les nombreuses scènes écumées ont façonné son caractère et son aspect abouti. Mais le fait est, comme le groupe nous l’a avoué en entretien, qu’il voulait se construire un CV avant de mettre son œuvre sur le marché pour lui donner toutes ses chances. C’est ainsi que les Parisiens se sont engagés entre temps dans une série de concerts dans l’Hexagone, mais également sur le plan international avec des shows en Europe et jusqu’à la côte Est américaine, le tout sans le soutien d’un label.

Ceci démontre une vraie vision qui se retrouve dans l’œuvre elle même. Une volonté également : cette formation ne lâchera pas son os avant d’avoir tout donné. Checkmate semble déterminé à tracer sa route, à marquer de sa jeune empreinte la scène metal, française mais pas seulement. Interviewé par Metalsickness en 2009, le groupe déclarait « Nous avons dans un premier temps pour objectif de nous extirper de la masse underground et pourquoi pas faire un jour partie des grosses écuries. Ce sera à vous d’en juger. » Aujourd’hui, une bonne partie du chemin semble avoir été parcourue, et même si la distance à escalader reste encore notable, il est probable que Checkmate saura trouver son public, prouver ce qu’il a dans les tripes et extraire les ressources pour aller au bout de ses ambitions. « By Any Means Necessary », le dernier titre de l’album, retrace tout à fait cette rage d’être entendu et reconnu, cet esprit conquérant qui n’est pas sans rappeler un certain Gojira. Et probablement que c’est, en définitive, sa prochaine réalisation qui bénéficiera, plus concrètement, en plus des acquis de ce premier méfait, des effets des deux années passées à fouler les planches.

Album Immanence, sortie le 7 juin 2013 chez Klonosphere/Season Of Mist.



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  • Imminence + Ne Obliviscaris @ Salle Pleyel
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