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Interview   

Children Of Bodom : de la chute à l’héritage


2019 aura marqué le début de la descente aux enfers pour les fans de Children Of Bodom : quelques mois après la sortie du dixième album Hexed, le combo finlandais annonce sa séparation. Il y aura bien eu un petit sursaut d’espoir avec l’annonce de la formation du groupe Bodom After Midnight, supposé prendre la suite, mais le 4 janvier 2021, l’annonce du décès à quarante et un ans du leader-chanteur-guitariste-compositeur Alexi Laiho tombe comme un coup de massue. Les excès avec alcool auront eu raison de ce petit génie du metal qui aura vécu sa courte vie avec un peu trop d’intensité…

Presque trois ans plus tard, sort A Chapter Called Children Of Bodom, l’enregistrement du tout dernier concert de Children Of Bodom, comme une forme d’épilogue. L’héritage du groupe est désormais géré par les trois autres membres historiques, le batteur Jaska Raatikainen, le bassiste Henkka Seppälä et le claviériste Janne Wirman. C’est justement avec ce dernier que nous nous sommes entretenus afin de parler de cet ultime show de Bodom et du Wildchild, mais aussi pour revenir sur les débuts du groupe et sur ses dernières années, son arrêt et la disparition d’Alexi Laiho.

« Mes émotions sont encore à vif. Je me suis mis tout récemment à aller voir un thérapeute parce que je savais que le décès d’Alexi était quelque chose d’énorme dans ma vie. »

Radio Metal : C’est une grande année pour toi : tu as sorti il y a juste quelques mois le premier album de Warmen en neuf ans. Comment ça s’est passé ? Est-ce que les fans de Children Of Bodom t’ont suivi avec cet autre projet qui, je suppose, est devenu ton groupe principal ?

Janne Wirman (claviers) : Je ne sais pas vraiment, dans le sens où nous n’avons pour l’instant fait qu’un seul concert en Allemagne. La semaine prochaine, nous en ferons trois en Finlande. Bien sûr, j’espère que mon groupe attirera aussi les fans de Bodom, mais ça reste très différent, c’est à part. Il y aura toujours des fans de Bodom qui ne s’intéresseront pas à ce que je fais, quoi que ça soit, mais c’est sûr que j’aimerais qu’une grande partie d’entre eux sachent que je suis de retour aux affaires !

Vous sortez maintenant l’enregistrement du tout dernier concert de Children Of Bodom, qui s’est tenu au Helsinki Ice Hall en décembre 2019. Ce concert avait été annoncé comme le tout dernier et était intitulé A Chapter Called Children Of Bodom. Comment as-tu vécu ce concert particulier à l’épique, en sachant que ce serait le dernier ?

C’était dingue. Le groupe s’est séparé à cause des problèmes d’alcool et d’addiction aux opioïdes d’Alexi. A l’époque, ce n’était pas connu du public, nous n’en parlions dans aucune des interviews. Nous disions juste que c’était la fin et que ce concert serait le dernier. Bien sûr, c’était très émouvant. Nous avons assuré le show, je pense que c’était un bon concert, et heureusement, il a été annoncé suffisamment à l’avance pour que des fans internationaux puissent venir en Finlande. Ceci étant dit, ce n’était clairement pas le genre de fin que nous espérions pour un groupe aussi génial, mais avec ce qui se passait depuis 2018, nous avons été obligés de faire ainsi.

Quelle était l’atmosphère en interne ? Etiez-vous encore amis ?

Nous étions amis dans le sens où Alexi est arrivé pour la dernière tournée et le dernier concert dans un plutôt bon état. Je l’ai toujours remercié pour ça dans les interviews parce qu’il allait déjà très mal à ce moment-là et nous étions inquiets qu’il soit ivre et pas du tout en état de faire les derniers concerts, mais il était en bonne condition et tout s’est bien passé. A la fois, c’est aussi la toute dernière fois que je l’ai vu. Nous n’étions pas en très bons termes, j’étais furieux contre lui pour avoir détruit le groupe et ruiné sa propre santé avec ses problèmes sans accepter d’aide. C’était une situation très délicate, mais le concert était plutôt bon et je suis très content que nous puissions désormais le sortir. J’espère que ce sera une bonne conclusion pour les fans.

Vous étiez-vous préparés à cet événement, en tant que musicien et émotionnellement ?

Non. Nous nous sommes contentés de monter sur scène. L’ambiance dans les loges juste avant le concert était assez étrange, mais je suis monté sur scène comme pour n’importe quel concert. Je crois que j’ai embrassé Alexi juste avant le show et nous avons dit quelque chose du genre : « Ok, c’est la dernière fois. » Mais c’était surréaliste. C’était tellement bizarre d’être sur scène, de jouer ces chansons, en sachant que je ne les jouerais probablement plus jamais avec ces gars. C’était très émotionnel et difficile, mais ça s’est étonnamment bien passé.

« Alexi a juste décidé de laisser tomber toutes les règles et tout ce qui avait été convenu dans le groupe. C’est là qu’il m’a dit qu’il en avait marre que nous le contrôlions et qu’il allait boire jusqu’à ce qu’il meure. « 

Avez-vous abordé la setlist comme étant dans la continuité de la tournée de Hexed ou avez-vous délibérément cherché à en faire une sorte de best of, étant donné que tous les albums étaient représentés ?

Oui. C’est ce que nous avons voulu faire. Nous avons joué deux chansons de Hexed au début, parce que ça faisait quand même partie de la tournée de cet album, mais comme c’était le tout dernier concert, nous avons voulu jouer des chansons de chaque album. Je trouve que c’était une bonne idée et je suis content que ça ait fonctionné. Mais ce n’est jamais évident de choisir des chansons avec tous ces albums… A partir du moment où on a sorti au moins cinq albums, c’est toujours très difficile d’élaborer une setlist [rires].

L’album le plus présent dans la setlist est Hate Crew Deathroll. Qu’est-ce qu’il représente pour toi ? Estimes-tu qu’il a une place particulière dans l’histoire de Children Of Bodom ?

Oui. Je trouve que c’est un album vraiment spécial. Pour plusieurs raisons. C’était le premier album sur lequel nous avons totalement retiré les éléments néoclassiques de notre musique. Je sais que de nombreux fans adorent les trois premiers albums parce qu’ils avaient ces influences de la musique classique, et ils étaient bons, les compositions étaient géniales, mais à l’époque, nous avons eu le sentiment que nous devions nous débarrasser de cet aspect de notre musique. Je ne sais pas exactement pourquoi. Quand nous étions en train d’écrire les chansons de Hatebreeder et de Follow The Reaper, nous étions très confiants, c’était notre truc, mais quand est venu le moment de faire le quatrième album, je crois que collectivement, nous avons tous dit : « Ok, on arrête le néoclassique. » Et à cet égard, je trouve que Hate Crew Deathroll est un très bon album. Nous avons un petit peu changé notre direction musicale et je pense que c’était pour le meilleur. C’était aussi le premier album avec lequel nous avons tourné aux Etats-Unis. C’est un très gros marché et qu’un petit groupe finlandais soit capable de conquérir tout un nouveau continent et commencer une toute nouvelle carrière là-bas, ça a été très important pour nous.

Ce qui peut paraître surprenant est qu’il n’y a qu’une seule chanson de votre second album Hatebreeder, qui est considéré par les plus anciens fans de Children Of Bodom comme votre classique… Penses-tu qu’il y ait une déconnexion entre ce que les vieux fans et les jeunes fans aiment en matière de chansons, d’albums et d’époques ?

Oui, bien sûr. Il y a toujours cet écart, et on ne peut faire plaisir à tout le monde. Quand un groupe a une carrière aussi longue que celle que Children Of Bodom a connue, certains fans seront toujours fans des vieux morceaux, et je comprends parfaitement, mais quand le groupe continue de sortir des albums et qu’il en a déjà sorti dix, tu as aussi envie de jouer de nouveaux morceaux, car tu ne veux pas être ce groupe qui ne joue que des vieux trucs. Je pense que ça vaut pour tous les groupes qui existent depuis vingt ans et ont sorti dix albums. Mais maintenant que tu le dis, je trouve ça assez surprenant qu’il n’y ait eu qu’une seule chanson tirée de Hatebreeder, car nous aimons tous plein de chansons dans cet album. Je pense que c’était plus une question de timing qui a fait que nous ne pouvions pas en ajouter plus.

D’un autre côté, je crois que « Downfall » est votre chanson la plus jouée…

Exact ! Depuis que l’album Haterbreeder est sorti, je crois que nous avons joué « Downfall » à chaque concert. Donc oui, je pense que c’est celle que nous avons le plus jouée.

« Quelqu’un m’a demandé : ‘A ton avis, que va-t-il advenir d’Alexi ?’ J’ai dit : ‘Je pense qu’il vivra encore trois ans max.’ C’était mon intuition à l’époque. Puis, un an après le dernier concert, Henkka [Seppälä] m’a appelé et a dit : ‘Assieds-toi.’ J’ai su instantanément qu’Alexi était mort. »

Comment était-ce de revenir sur ces enregistrements live quatre ans après et de réentendre la voix d’Alexi ? Il n’y a pas quelque chose de « fantomatique » là-dedans ?

Ça a été mixé il y a déjà deux ans, environ, et j’étais impliqué dans le montage et le mixage de l’album. Ça va et ça vient. Parfois, je l’écoute et ça va. D’autres fois, j’entends la voix d’Alexi et ce qu’il dit entre les chansons, et là je deviens vraiment très triste. Mes émotions sont encore à vif. Je me suis mis tout récemment à aller voir un thérapeute parce que je savais que le décès d’Alexi était quelque chose d’énorme dans ma vie. Bodom a été une part extrêmement importante de ma vie et nous avons fait le groupe pendant vingt-deux ans. Nous avons voyagé dans le monde entier et nous nous sommes éclatés, mais malheureusement, Alexi est tombé malade et quelle que soit la putain de raison, il n’a pas voulu se faire aider et aller mieux. Tout ça fait que je deviens parfois très émotif en l’écoutant chanter. Tout est très réel. Je sais que j’étais sur scène avec lui pour sa dernière fois et je sais qu’il est mort maintenant. Il n’y a pas cette impression d’écouter un fantôme ou quoi. J’aurais aimé pouvoir encore lui parler ; en ce sens, son fantôme serait le bienvenu [petits rires].

Tu as déclaré que sa chute avait débuté en 2016 et qu’il t’avait dit qu’il boirait jusqu’à ce qu’il meure. Comment réagit-on quand quelqu’un nous dit ça ? T’es-tu senti impuissant ou as-tu quand même essayé de lui sortir cette idée de la tête ?

Oui, tu te sens totalement impuissant, car je savais qu’il était déterminé. Il a dit qu’il en avait marre que nous le contrôlions, mais ça n’avait aucun sens. Nous le contrôlions juste pour qu’il reste en vie. Nous avions mis en place des règles lors des tournées, comme le fait qu’il n’avait pas le droit de boire et ce genre de chose, et c’était seulement parce que nous savions qu’il était malade d’alcoolisme et que nous ne voulions pas qu’il meure. Je ne sais pas ce qui a commencé à se passer dans sa vie, mais il a juste décidé de laisser tomber toutes les règles et tout ce qui avait été convenu dans le groupe. C’est là qu’il m’a dit qu’il en avait marre que nous le contrôlions et qu’il allait boire jusqu’à ce qu’il meure. La première fois qu’il a dit ça, je ne savais pas quoi faire. C’est comme s’il avait lâché une bombe. C’était l’un de mes meilleurs amis. Avec le recul, je pense qu’il a dit ça pour s’assurer que je n’allais pas essayer de participer à l’envoyer en cure de désintox, car il ne voulait vraiment pas.

Comment était-ce de gérer ça au quotidien en tournée et en studio ? Est-ce que, selon toi, ça a affecté son travail ou est-il parvenu à conserver une attitude professionnelle ?

Oui, la plupart du temps, il y arrivait. Je trouve que les albums studio sont super. Je crois qu’il était presque totalement sobre lors des enregistrements de Hexed, donc je ne peux pas me plaindre, mais les concerts commençaient parfois à déraper. Pas énormément au début, mais en 2019, c’est devenu vraiment moche et les concerts partaient en sucette. C’est là que nous avons décidé qu’il fallait arrêter le groupe, qu’il n’y avait plus aucun intérêt de jouer avec lui, vu qu’il ne voulait pas rester en vie.

J’imagine donc que tu n’étais pas surpris en apprenant son décès…

Non, je n’étais pas surpris. Je savais que ça allait arriver. Une histoire dingue… Après le dernier concert, nous avons fait une afterparty. Alexi n’était pas du tout venu à la fête, même pas pour dire bonjour à qui que ce soit, il est juste parti. Moi, j’y étais et c’était très émouvant, il y avait plein d’amis du groupe, l’équipe, les familles, etc. Nous avons passé un agréable moment à repenser, de façon positive, à la carrière de Bodom. Puis, en partant pour rentrer chez moi, quelqu’un m’a demandé : « A ton avis, que va-t-il advenir d’Alexi ? » J’ai dit : « Je pense qu’il vivra encore trois ans max. » C’était mon intuition à l’époque. Puis, un an après le dernier concert, Henkka [Seppälä] m’a appelé et a dit : « Assieds-toi. » J’ai su instantanément qu’Alexi était mort.

« Alexi avait une sorte de fascination pour les modes de vie délirants et peut-être les vies qui ne sont pas les plus longues. Très jeune, il avait dit que ça ne l’intéressait pas de devenir vieux. »

La dernière fois que nous avions parlé avec Alexi, il nous avait dit : « Quand ça fait deux ans qu’on est sur la route, tout devient flou, c’est émotionnellement et physiquement éreintant, et on a de temps en temps l’impression que ça nous tue, mais à la fois, on adore ça, si bien qu’on ne peut arrêter ; tu sais toujours que tu vas y retourner. En tout cas en ce qui me concerne, je ne peux pas m’arrêter. Donc j’imagine que c’est une forme d’addiction. » C’était de toute évidence un homme très passionné. Penses-tu que malheureusement, ce genre de personne qui vit avec autant d’intensité est vouée à mourir jeune ?

Oui. Et il avait aussi une sorte de fascination pour les modes de vie délirants et peut-être les vies qui ne sont pas les plus longues. Maintenant que j’y repense, il ne s’était jamais imaginé vivre au-delà de cinquante ou soixante ans. Très jeune, il avait dit que ça ne l’intéressait pas de devenir vieux [rires]. Ça paraît fou et ça n’a aucun sens, bien sûr, pour une personne normale. Mais ce que tu viens de dire a du sens. Il était tellement extrême et quand il était jeune, il était tellement passionné par le metal et la guitare, puis dans sa vie plus tard, ça s’est malheureusement traduit en un tas de problèmes.

Henkka, Jaska et toi avez déposé le nom Children Of Bodom en 2019. Pourquoi ? Aviez-vous peur qu’Alexi continue le groupe sans vous ?

Non. Nous avons clarifié ceci dans un article en Finlande. Ce qui s’est passé est qu’Alexi était illégalement en train d’essayer de déposer le nom du groupe pour lui-même. Il faisait encore partie de notre entreprise commune et, bien sûr, c’est illégal de faire ça en Finlande, ça contrevient à la loi, car ça revient à voler sa propre entreprise. C’est pourquoi il a fallu que nous nous sécurisions le nom via l’entreprise. Ça montre à quel point il allait mal. Il ne comprenait pas qui étaient ses amis et ses ennemis à ce moment-là. Il a pris une décision vraiment stupide en essayant de déposer la marque à son nom, alors que c’était évidemment la propriété de notre entreprise. Henkka, Jaska et moi n’avons pas déposé la marque en notre nom, mais au nom de notre entreprise dont Alexi faisait encore partie. C’est l’exemple parfait qui montre, malheureusement, à quel point il allait déjà mal mentalement. Il ne comprenait pas que c’était illégal pour lui de s’approprier le nom du groupe.

Maintenant, si on remonte dans le temps, tu as rejoint le groupe en 1997, quels sont tes souvenirs d’Alexi quand tu l’as connu pour la première fois ? Il avait ton âge, donc quel genre d’adolescent était-il ?

C’était un chouette type. Comme je l’ai dit, après ça, nous sommes devenus les meilleurs amis pendant environ dix ans – longtemps en tout cas. Nous sommes devenus inséparables et nous nous éclations avec lui. Mais une chose que j’ai envie de dire maintenant, c’est que, même s’il était à fond dans le metal, passionné par sa musique extrême, très attaché à son image, etc., au fond c’était le mec le plus drôle qui soit, presque au niveau d’un comédien ! Dès ma première rencontre avec lui, je me suis rendu compte : « Oh mon Dieu, en fait c’est un gars vraiment marrant ! » Et dès la première fois que je l’ai entendu jouer et que j’ai entendu le genre de musique qu’il composait, je me suis rendu compte à quel point c’était un génie de la musique, avec sa façon de concevoir les harmonies, etc. J’avais un grand respect pour lui à cet égard. Il était plus vieux que moi de quelques semaines, il avait dix-huit ans, et il venait tout juste d’obtenir son permis de conduire, alors que je ne l’avais pas encore quand je suis allé à la première répétition, donc il est venu me chercher dans la Volvo de son père. Alexander [Kuoppala] était dans la voiture et ils étaient en train d’écouter Stratovarius. C’était la première fois que j’ai entendu Jens Johansson jouer un solo de clavier – c’était l’album Episode. J’étais sur la banquette arrière de sa voiture et j’ai dit : « Bon sang, c’était un solo de clavier ? » Ils étaient là : « Ouais, c’est Jens Johansson, il a joué avec Yngwie [Malmsteen]. » Je me suis dit : « Ouah, ça me plairait sans doute d’être un claviériste dans un groupe de metal, ça a l’air super ! » [Rires] Voilà comment tout a commencé.

« Alexi n’a jamais pris la peine de vérifier les parties avec moi. Il amenait les parties les plus dingues, les plus rapides et les plus techniques qui soient, et il s’attendait toujours à ce que je suive. »

Tu as rejoint le groupe pour l’enregistrement de Something Wild et juste avant que Inearthed ait été renommé en Children Of Bodom, mais tu as apporté l’élément final qui a créé le style caractéristique du groupe. Apparemment, c’était Alexi qui voulait utiliser les claviers plus efficacement. Avez-vous eu des discussions sur l’idée qu’il en avait et ce qu’il attendait de toi ?

Non. C’est drôle, car ça n’a jamais été discuté, mais lors de la toute première répétition, il m’a demandé d’improviser un solo sur la chanson « Lake Bodom ». J’ai joué un solo et tout de suite après, ils ont dit que j’étais embauché : « C’est bon, tu as le poste ! » [Rires]. C’est marrant à quel point les chansons étaient techniques et difficiles pour un clavier sur l’album Hatebreeder, et pourtant, il n’a jamais pris la peine de vérifier les parties avec moi – les doigtés à la guitare et au clavier étant évidemment différents. Il ne m’a jamais rien dit sur sa vision. Il n’y a jamais eu la moindre discussion. Il se contentait d’écrire ses chansons avec des parties ridiculement difficiles à jouer à l’unisson avec les guitares et il s’attendait juste à ce que je les joue [rires]. Il amenait les parties les plus dingues, les plus rapides et les plus techniques qui soient, et il s’attendait toujours à ce que je suive. Et je pense que c’est pour cela qu’il avait beaucoup de respect pour moi en tant que musicien, parce qu’il savait qu’il pouvait écrire ce qu’il voulait à la guitare et que, d’une certaine façon, je serais toujours capable de le reproduire au clavier.

Tu as été diplômé du Conservatoire Pop & Jazz d’Helsinki à l’âge de seize ans. Comment as-tu utilisé ce bagage jazz dans Children Of Bodom ?

Je ne l’ai pas énormément utilisé. Seulement pour les solos et les parties improvisées. Bien sûr, j’ai étudié toute la théorie musicale et Alexi avait lui-même étudié au Conservatoire Pop & Jazz d’Helsinki, donc faire de la musique ensemble était très facile, ça ne demandait aucun effort, car nous pouvions parler avec la bonne terminologie de la théorie musicale. Si Alexi avait été l’un de ces guitaristes hippies qui ne connaissent pas la notation musicale ou les vrais termes de la théorie musicale, en tant que claviériste je n’aurais probablement pas très bien réussi à m’entendre avec lui. Heureusement, lui aussi avait reçu cette formation en théorie musicale, et pouvoir communiquer avec les bons termes, pour moi, c’est très important.

Children Of Bodom était l’un des tout premiers groupes de metal extrême – si ce n’est le premier – à faire un usage aussi important du clavier en tant qu’instrument lead, et pas seulement de manière orchestrale. Fut un temps où les claviers dans le metal étaient un peu tabous. As-tu été beaucoup critiqué pour ça ou bien penses-tu qu’en 1997, les fans de metal étaient prêts à y adhérer ?

Je n’y ai jamais pensé et, en un sens, nous n’avons pas été confrontés aux critiques quand nous avons commencé parce qu’internet n’existait pas encore [rires]. Nous ne nous rendions pas compte des conneries qui pouvaient se dire, nous n’étions tout simplement pas au courant. Durant les premières années, tout allait tellement vite, nous étions tellement jeunes et nous étions tellement excités, donc nous ne nous sommes jamais posés non plus pour discuter de ça, en nous disant : « Oh mon Dieu, on aura beaucoup de clavier, qu’est-ce que les gens vont penser ? » Nous faisions juste ce que nous avions envie de faire, c’est tout.

Tu trouves que c’était mieux sans internet ?

Oui [rires]. Et Alexi détestait vraiment ça. Plus tard, quand les ventes d’albums physiques ont chuté et tout, il mettait toujours tout sur le dos d’internet [rires]. Il n’aimait vraiment pas comment c’était devenu. Il trouvait que les réseaux sociaux n’étaient qu’un ramassis de commentaires négatifs. Personnellement, je m’en fous un peu, je ne lis pas et tout va bien, mais Alexi détestait internet pour ça.

« Peut-être que certains fans pouvaient se reconnaître en nous, genre : ‘Ok, ces mecs sont des metalleux comme les autres. Ils n’essayent même pas d’être des rockstars.' »

Dans un communiqué où vous demandiez aux gens d’envoyer des photos d’eux à inclure dans le livret de l’album live, vous avez dit : « On aimerait que le Hate Crew fasse partie de l’album, car le Hate Criew a toujours été une partie essentielle du phénomène appelé Children Of Bodom. » Comment décrirais-tu les gens faisant partie du Hate Crew ?

Nous avons eu la communauté de fans la plus extraordinaire qui soit. C’est évidemment aussi l’une des raisons pour lesquelles nous étions si tristes que le groupe se termine de façon aussi soudaine et violente, car nous n’avons pas pu dire au revoir à tous les fans. Après, dans les faits, la pandémie est arrivée et, malheureusement, le groupe se serait quand même arrêté. Nous avons toujours adoré notre communauté de fans, Alexi y compris. Durant les premières années, nous étions très honorés que nos fans achètent nos albums et des places pour venir voir nos concerts. Nous avons pu jouer dans cinquante-huit pays différents, ce qui est incroyable pour un groupe de metal aussi bizarre [rires].

Est-ce que ce qui les rendait aussi passionnés par ce groupe n’était pas aussi que vous leur ressembliez ?

Oui, c’est une bonne remarque ! Quand nous avons commencé le groupe, sur les tournées des deux ou trois premiers albums, nous n’avions même pas de costumes de scène. Nous nous habillions comme au quotidien, donc nous montions sur scène avec les mêmes vêtements que nous portions toute la journée [rires]. Nous étions des gosses fans de metal, nous étions à fond, et en ce sens, peut-être que certains fans pouvaient se reconnaître en nous, genre : « Ok, ces mecs sont des metalleux comme les autres. Ils n’essayent même pas d’être des rockstars. »

D’après toi, qu’est-ce qu’il restera de l’héritage d’Alexi et de Children Of Bodom ?

C’est toujours difficile pour moi de jauger ce genre de chose, mais Alexi était un super compositeur, un guitariste génial et Bodom était un super groupe – je le comprends maintenant que j’ai un peu de recul. Henkka, Jaska et moi sommes super contents et honorés de désormais contrôler l’héritage. Nous sortons ce dernier album mais nous travaillons aussi sur un livre. Nous venons de tomber sur des centaines de bandes vidéo inédites. Nous voulons offrir tout ceci aux fans pour faire vivre l’héritage et pour que les gens se souviennent de la musique de Bodom, du jeu de guitare d’Alexi, etc. J’ai envie de dire que l’héritage est entre de bonnes mains. Nous essayons de faire de notre mieux pour apporter plus de choses à notre communauté de fans et tout ce que nous pourrons sortir, nous le sortirons.

Envisageriez vous un jour de faire une reformation live hommage, un peu comme Death To All ou ce que les gars de Vreid ont fait avec Windir ?

Je ne sais pas. Nous avons discuté de différentes idées et je pense que nous sommes ouverts à toutes sortes de choses. Le fait est que tout n’est pas simple et qu’il y a plein d’aspects à prendre en compte quand on veut organiser quelque chose. Mais nous sommes ouverts à faire des choses pour entretenir l’héritage.

Avec Jaska et Hannka, vous avez ouvert le Bodom Bar & Sauna. Quelle a été votre idée derrière ça ? Est-ce une autre manière d’entretenir l’esprit de Children Of Bodom pour vous ?

Oui, c’est certain, car c’est aussi une sorte de musée. Nous avons des instruments sur les murs et un tas de souvenirs de Bodom. Nous voulions en faire un quartier général pour que les fans internationaux viennent en Finlande voir le bar. Ça marche super bien. A chaque fois que je me rends au bar, je rencontre des fans en provenance de partout dans le monde. Le bar fait clairement partie de cette idée d’entretenir l’héritage.

« Nous sommes restés ensemble pendant vingt-deux ans, nous avons sorti dix albums et nous avons joué dans cinquante-huit pays. C’est quelque chose qui n’est vraiment pas facile à accomplir quand on est un groupe de metal extrême finlandais avec du putain de clavier [rires]. »

N’y a-t-il pas des gens qui ont trouvé paradoxal le fait d’ouvrir un bar quand l’alcool était ce qui a mis un terme au groupe ?

Oui, c’est quelque chose que disent les gens qui n’ont aucune idée de ce qu’est l’alcoolisme [rires]. Alexi lui-même ne se serait jamais opposé à ce que nous ouvrions un bar. Il aurait adoré en avoir un. Et même maintenant qu’il est mort, je suis sûr que, de là où il est, il adore cette idée d’un bar où les fans peuvent venir voir ses guitares et ce genre de chose. Nous avions d’ailleurs parlé à de nombreuses reprises de ce projet avec lui quand il était encore en vie. Les gens qui ont la chance de ne rien savoir sur l’alcoolisme ou qui n’ont jamais eu un parent ou un ami alcoolique pourraient trouver ça paradoxal, mais il n’y a qu’eux, personne d’autre ne pense qu’ouvrir un bar est une mauvaise idée.

Pour finir, questions rapides, réponses courtes : quel est ton meilleur souvenir d’Alexi ?

Oh, il y en a tellement ! Il n’y a pas de réponse courte… Mais disons toutes les premières années que nous avons passées avec lui, elles étaient tellement bonnes…

Quel est ton meilleur souvenir avec Children Of Bodom, en tant que groupe ?

La première fois que nous sommes allés au Japon.

Le pire souvenir ?

Cette tournée en Russie où les problèmes d’Alexi ont mis un terme au groupe.

De quoi es-tu le plus fier ?

Je suis très fier de toute notre carrière. Comme je l’ai dit, nous sommes restés ensemble pendant vingt-deux ans, nous avons sorti dix albums et nous avons joué dans cinquante-huit pays. C’est quelque chose qui n’est vraiment pas facile à accomplir quand on est un groupe de metal extrême finlandais avec du putain de clavier [rires].

Quel est ton album préféré de Children Of Bodom ?

Je les aime tous mais, maintenant que tu l’as mentionné, je trouve qu’Hate Crew Deathroll était un album très important.

Quelle est ta chanson préférée ?

Il y en a tant, mais parfois j’aime qu’on ait des chansons lentes au milieu d’un set frénétique, donc j’aime beaucoup jouer « Angels Don’t Kill ».

Quel est le solo de clavier dont tu es le plus fier ?

Celui de la chanson issue de Relentless Reckless Forever présente dans l’album live… « Shovel Knockout ». Ce solo de clavier est vraiment très bon !

Interview réalisée en visio le 10 novembre 2023 par Nicolas Gricourt.
Retranscription & traduction : Nicolas Gricourt.
Fiche de questions : Nicolas Gricourt & Jean-Florian Garel.

Site officiel de Children Of Bodom : www.cobhc.com



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  • J’up juste pour la reco de moonlight sorcery, c’est vrai que c’est vraiment bien !!!

  • Rail théâtre à Lyon en 1999, Children of bodom, dark tranquillity, in flames…ils étaient jeunes et fous et nous aussi.

    Children of bodom a eu le culot de surprendre tout le monde à la sortie du 1er album, du heavy/trash avec un clavier aussi heavy qu’une guitare, du coup certains n’osaient pas avouer qu’ils aimaient alors que si, trop violent pour les hardos et trop melodique pour les death/ black metalleux et pourtant ce groupe a réuni finalement tellement de monde.

  • Dypso, je viens de lancer l’album de Moonlight Sorcery.

    Merci pour le conseil ! ;)

  • Qu’est-ce que c’est triste, bon sang. Belle interview, très émouvante.

    RIP, Alexi, merci pour tout !

  • CoB a toujours été un mystère pour moi : je n’ai pas de CD à la maison, j’ai suivi le groupe de très loin, mais je suis quand même allé les voir en concert (à littéralement 3 minutes à pied de chez moi !), et j’ai été très touché par la mort d’Alexi. Peut-être aussi parce qu’il avait mon âge, à quelques mois près.
    Interview très intéressante et émouvante. Comme à chaque fois que je lis quelque chose sur CoB, je me dis que je vais acheter quelques albums, vais-je sauter le pas cette fois ?

  • Quel heritage laisseront t’il ?

    Il suffit d’écouter Moonlight Sorcery (finlande encore une fois), qui a sorti deux EP d’enfer en 2022 et un album de dingue cet année. Les parties neoclassiques, les solos,les claviers, la virtuosité, la vélocité, certes c’est beaucoup plus du black, mais Childreen of Bodom est l’influence évidente du groupe.

    Écoutez, c’est absolument dingue.

    Sinon je sais pas quel rapport avaient kalmah et childreen of bodom, mais jammah me semble etre me petit frère en plus bourrin encore, qui continue de sortir d’eccellents albums.

  • Imminence + Ne Obliviscaris @ Salle Pleyel
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