Chaque label de musiques extrêmes, nous le savons, possède au sein de son catalogue son lot de surprises. Pour célébrer en bonne et due forme 2025, Napalm Records a décidé de prendre sous son aile le projet solitaire de Chris Harms, chanteur et leader du groupe de metal gothique allemand Lord Of The Lost – rien de très surprenant jusqu’ici. La particularité de 1980 est qu’il s’agit d’un album de synth-pop eighties, sans guitares ni le moindre instrument organique. De quoi réveiller un sentiment de nostalgie chez certains, sans pour autant réinventer un genre déjà très populaire.
C’est presque jour pour jour un an après notre dernier entretien avec Chris « The Lord » Harms, que nous l’avons retrouvé entre deux fêtes de fin d’année, arborant son plus beau t-shirt « Latex Boys » issu de la dernière collection de merchandising de Lord Of The Lost. Nous avons eu affaire à un artiste très souriant, partagé entre la joie et l’émotion que lui procure cet album « hobby », comme il le qualifie, nous glissant également quelques informations concernant la sortie – visiblement importante – à venir de son groupe principal, dont il semble tout aussi fier.
« Mon projet parallèle est plus un hobby. Lord Of The Lost est mon job, je l’aime mais j’ai un peu perdu mon hobby, donc je voulais refaire de la musique en tant que tel. »
Radio Metal : Comment vas-tu ?
Chris Harms (chant & claviers) : Tout va bien ! Je suis content d’être parvenu à faire tout ce que je voulais cette année, même s’il reste encore un peu de boulot pour tout finir. Actuellement, nous sommes en plein enregistrement du nouvel album de Lord Of The Lost. Il faut que nous ayons terminé vers fin février, début mars. Maintenant, promotion de mon album solo. C’est d’ailleurs très drôle de le sortir sur Napalm Records alors que ce n’est pas du tout metal ou rock. Il n’y a pas un seul instrument organique, c’est à fond de la synth-pop électronique des années 80. Toutes les interviews que j’ai données jusqu’à présent ont été faites avec des médias metal, là maintenant c’est pour Radio Metal… Il n’y a que la presse metal et tout le monde s’y intéresse. C’est évident que c’est à cause du label et de ce que je fais – c’est le domaine dans lequel je travaille, après tout –, mais c’est très drôle de voir tout le monde s’intéresser à quelque chose qui n’est pas du metal. C’est peut-être le premier album de Napalm Records à ne pas contenir de guitare [rires].
Tu viens de me donner une superbe introduction : 1980 n’est effectivement pas du tout un album de metal. Comment ont-ils réagi chez Napalm Records lorsque tu leur as présenté le projet ?
Le fait est que je suis légalement obligé de montrer à Napalm tout ce que je fais en premier. C’est ce que font la plupart des groupes ; quand tu es sur un label avec ton groupe principal et que tu fais un projet parallèle, le contrat stipule que tu dois le montrer au label pour qu’il te fasse la première offre. Tu n’es pas obligé de l’accepter, mais ils veulent avoir la possibilité de te faire la première offre. Je voulais travailler avec Napalm dès le départ. Mon projet parallèle est plus un hobby. Lord Of The Lost est mon job, je l’aime mais j’ai un peu perdu mon hobby, donc je voulais refaire de la musique en tant que tel. Je ne voulais pas aller sur un autre label qui serait en concurrence avec mon autre groupe. Ce ne serait pas sain : il y aurait deux labels en compétition l’un contre l’autre et je me retrouverais au milieu. J’ai pensé que c’était mieux de rester dans la même écurie, où tout le monde a le même intérêt. Je n’étais pas sûr que ça leur plairait, car c’est un label de musique alternative, certes, mais principalement axé sur le rock et le metal. La loi m’oblige à leur montrer le projet en premier, mais j’étais presque sûr qu’ils diraient : « Ouais, Chris, c’est bien que tu fasses ça, mais tu devrais le faire avec quelqu’un d’autre ou le sortir toi-même » [rires]. Finalement, ils ont été très intéressés. Ils ont beaucoup aimé et ont dit : « C’est très intéressant de faire quelque chose de si différent, essayons ! » J’étais très content, parce que, comme je l’ai dit, c’est le plus facile et je ne veux pas être en compétition avec moi-même. Je veux faire ça par plaisir, parce que c’est relaxant pour moi de faire autre chose, sans avoir plus de pression que je n’en ai déjà en tant qu’artiste freelance. Oui, nous avons du succès avec Lord Of The Lost, mais quand même, être freelance – tous les artistes peuvent te le dire, même à un plus grand niveau – n’est pas facile tout le temps.
La dernière fois, tu nous avais dit que tout avait été planifié sur cinq ans pour Lord Of The Lost ; tu as également dit sur les réseaux sociaux que tu n’avais pris la décision de sortir 1980 que cet été. En fin de compte, qu’est-ce qui t’a décidé à sortir cet album solo maintenant ? Qu’est-ce qui t’a fait penser que c’était le « bon moment » ?
Je voulais le faire depuis environ dix ans. J’attendais toujours le moment idéal, mais il ne s’est jamais présenté. C’est un peu comme décider d’avoir des enfants. Certaines personnes se disent : « Attendons le moment parfait » mais il n’arrive jamais, il y a toujours quelque chose d’autre ! Soit tu veux des enfants, soit tu n’en veux pas, mais tu le fais de toute façon [petits rires]. Avec Lord Of The Lost, les projets que nous avons jusqu’en 2029 sont tellement planifiés que j’ai réalisé qu’il n’y aurait pas de place pour sortir un album solo avant 2028. C’est encore une fois une question de concurrence. Si je l’avais fait plus tôt, il serait en quelque sorte entré en concurrence avec les sorties de Lord Of The Lost. Il n’y avait donc pas vraiment de bon moment. Je me suis rendu compte que je n’avais qu’une seule occasion : le faire tout de suite et le sortir début 2025, avant que tout ce qui concerne Lord Of The Lost ne se déchaîne. Avec Lord Of The Lost, nous produisons actuellement trente-trois chansons et nous prévoyons d’en faire une grosse sortie – tu verras, nous sommes encore en train de le planifier. J’ai réalisé que je devais le faire tout de suite et que si je voulais le sortir en janvier, je devais l’avoir terminé à la mi-septembre. A ce moment-là, nous étions mi-juin et je me suis dit : « Ok, j’ai trois mois, environ douze semaines. Je peux écrire et produire dix, onze ou douze chansons en trois mois. Faisons-le, commençons. » Alors j’ai commencé, et j’ai réussi ! [Rires] Aucune chanson n’était écrite, rien ! La première chose que j’ai faite pour cet album a été un shooting photo [rires] ; j’ai commencé par les photos et la pochette, puis je me suis mis à écrire des chansons, et tout a été fait en trois mois.
« Pour moi, tout ça est un jeu. J’aime jouer avec la sexualité, la fluidité des genres, etc. J’aime aussi prétendre que je suis sauvage et rock n’ roll, alors que je ne l’ai jamais été. »
1980 est l’année de ta naissance. Je suppose que tu étais trop jeune pour vivre pleinement les années 80, mais penses-tu que le fait d’être né au début de cette décennie t’a façonné d’une manière ou d’une autre ?
Tu as raison, toute la culture des années 80, que ce soit au niveau de la musique ou de la mode, ne m’a pas vraiment touché parce que j’étais enfant. Quand j’étais dans les années 80, j’écoutais la musique que mes parents écoutaient, soit leur collection de vinyles qui était plus orientée vers les années 60 et 70 : les Beatles, les Rolling Stones, Emerson Lake And Palmer, ce genre de groupes. Quand j’ai commencé à trouver ma propre musique, c’était des groupes comme Roxette, Guns N’ Roses, Nirvana, et tout ce qu’il y avait dans les années 90. Il m’a donc fallu un certain temps pour m’intéresser à la musique des années 80 ; ça ne s’est pas produit avant que j’aie environ trente ans. C’est à ce moment-là que j’ai commencé à regarder en arrière et à réaliser à quel point des groupes comme Depeche Mode, Erasure ou Pet Shop Boys sont géniaux. Il m’a vraiment fallu du temps pour redécouvrir les années 80. Alors, oui, il se peut que j’aie entendu toutes ces chansons à la radio quand j’étais enfant, mais je ne m’étais pas rendu compte que c’était si bien. En tant qu’ingénieur du son et producteur de musique, les années 80 sont très intéressantes du point de vue de la production, car beaucoup de choses ont changé rapidement avec l’électronique, les boîtes à rythmes et les synthétiseurs. Evidemment, ceux-ci existaient déjà dans les années 60 et 70, mais ils n’étaient pas utilisés à outrance comme dans les années 80. C’était vraiment une révolution sonore avec la musique électronique. J’ai pris conscience de tout ça plus tard. Oui, 1980 est l’année de ma naissance, ce qui donne une note personnelle, et je pense que lorsque tu vois l’artwork et que tu lis « 1980 », il est super évident de savoir de quel genre de musique il s’agit. Cet album est de la synth-pop très influencée par les années 80. Je n’essaie pas de réinventer le genre ou de rivaliser avec les artistes de cette époque, mais je veux ramener ce sentiment parce que je l’aime.
Les années 80 symbolisent – à tort ou à raison – une époque de frivolité, d’insouciance et même d’excès à bien des égards (couleurs, sons, sexe, drogues, comportement des gens, etc.). Aujourd’hui, tout semble plus sérieux, on parle de cancel culture, etc. Regrettes-tu que les choses aient évolué ainsi et qu’on ait perdu cette insouciance ?
Tout d’abord, lorsque tu parles d’insouciance, je pense que ça dépend de la génération à laquelle tu t’adresses. De nombreuses personnes ont dit la même chose à propos des années 70, des années 60, des années 50, des années 20, des années 30… même à propos de l’époque de la Renaissance. Ça dépend vraiment de la personne à qui l’on s’adresse. Aujourd’hui, il y a tellement de scènes musicales et de genres musicaux qui sont très liés aux drogues ; ce n’est peut-être plus de la musique avec de la guitare, mais c’est toujours là. Je ne le regrette pas du tout, car je n’en ai jamais vraiment fait partie. Pour moi, tout ça est un jeu. J’aime jouer avec la sexualité, la fluidité des genres, etc. J’aime aussi prétendre que je suis sauvage et rock n’ roll, alors que je ne l’ai jamais été. Pour moi, le rock n’ roll n’a jamais été qu’une excuse. Quand les gens font des conneries, ils disent : « Yeaaaah, c’est rock n’ roll ! » Moi, je dis : « Oui, tu viens de tout foutre en l’air. » Pour moi, le rock n’ roll, c’est être dans une salle de répétition à sept heures du matin parce que tu veux offrir un bon spectacle à ton public. Je ne le regrette donc pas vraiment. Même si j’avais vécu dans les années 80… Si je regarde un biopic, comme celui sur Mötley Crüe, ou si je lis les biographies de Lemmy ou de David Bowie, c’est intéressant à regarder et à lire, bien sûr, mais je pense que, même à l’époque, je n’aurais pas été comme ça. J’ai eu ma part de drogues quand j’avais vingt ans ; j’ai eu une très courte et très intense histoire avec la drogue, parce que je pensais que c’était quelque chose que je devais essayer. Je me suis réveillé trois fois à l’hôpital parce que j’étais mort et qu’ils m’avaient réanimé. Après la troisième fois, j’ai décidé que c’était fini. C’était il y a longtemps. Tu sais, je ne bois même pas d’alcool. Si les gens disent : « Chris Harms n’est pas rock n’ roll ou true metal parce qu’il ne fait pas partie de cette tradition sexe, drogue et rock n’ roll », ça me va, je m’en fiche [rires]. Je suis sûr que certains le pensent ! Ma carrière musicale m’a appris quelque chose sur les humains : il y a toujours quelqu’un qui pense ce que tu penses être impensable.
En parlant d’influences, tu as décrit l’album de la façon suivante : « Depeche Mode, Modern Talking et Sandra avec la voix de Chris Harms, mais avec moins de permanente et de coupe mulet ». Comment ton personnage s’intègre-t-il dans ce mélange ?
[Rires] Je ne sais pas, parce que je n’ai pas l’impression d’avoir un personnage. Je suis soit moi, soit un millier de petits personnages différents qui m’entourent, comme des satellites. Si tu regardes ma carrière avec Lord Of The Lost ou d’autres projets, j’ai toujours l’air un peu différent, j’aime toujours jouer avec ça. Il n’y a donc pas un seul personnage Chris Harms. Ce n’est pas comme Gene Simmons. Quand tu parles de Gene Simmons, tout le monde sait de quel personnage il s’agit. Quand tu regardes Slipknot, tu vois leurs masques : ils ont changé avec le temps, chaque album représente une période, mais le clown reste le clown, ce sont des personnages fixes. Ce n’est pas mon cas. J’ai toujours été très polyvalent musicalement et je n’essaie même pas de faire en sorte que ça corresponde à un quelconque personnage. Tout ça, c’est moi ! J’aime tellement de choses différentes que je peux en faire autant. Certaines personnes ne l’acceptent pas parce qu’elles pensent qu’il faut rester fidèle à une seule chose, alors que je pense que tout le monde devrait rester fidèle à lui-même. J’ai toujours été un millier de choses. J’en suis un millier de plus chaque jour et j’aime ça.
« Quand les gens font des conneries, ils disent : ‘Yeaaaah, c’est rock n’ roll !’ Moi, je dis : ‘Oui, tu viens de tout foutre en l’air.’ Pour moi, le rock n’ roll, c’est être dans une salle de répétition à sept heures du matin parce que tu veux offrir un bon spectacle à ton public. »
En parlant de Depeche Mode : sais-tu comment ils ont trouvé le nom de leur groupe ? Depeche Mode, c’est français, n’est-ce pas ? Ils avaient un autre nom au début. Je ne sais pas si c’est une légende ou si c’est vrai, mais je l’ai lu quelque part, dans une biographie ou sur Wikipedia, qu’ils étaient chez leur label et que celui-ci a dit : « Votre nom de groupe n’est pas bon. » Ils attendaient dans une pièce et il y avait un magazine qui traînait. Il s’agissait en fait d’un vieux magazine de mode français baptisé Dépêche Mode, qui n’existe plus aujourd’hui. Ils l’ont regardé et se sont dit : « Oh, ça sonne bien ! » Le magazine de mode est mort, le groupe a survécu. Peut-être que quand les gens liront ça, ils iront sur Google et se rendront compte que je raconte une fausse histoire, mais c’est ce que j’ai entendu [rires]. Je l’aime beaucoup !
Le communiqué de presse mentionne que tu es un caméléon musical et que cet album te permet d’explorer un son unique qui n’a pas encore été exploré avec Lord Of The Lost. Le fait est que Lord Of The Lost a pris différentes formes musicales et semble assez libre dans son expression, mais penses-tu qu’un album comme celui-ci, sans guitares, serait au-delà de la limite de ce que tu peux faire avec le groupe ?
Oui, absolument, pour une raison : la musique est à cent pour cent électronique, il n’y a pas de guitare, pas de basse, pas de batterie organique, il n’y a que des boîtes à rythmes, donc si nous faisions ça avec Lord Of The Lost, tout ce qui resterait serait moi et Gared Dirge, notre claviériste. Evidemment, ce n’est pas possible. Si, pour satisfaire mon ego, je proposais : « Je veux faire ça, les gars, faisons-le s’il vous plaît » et que je le sortais sous le nom de Lord Of The Lost, tout le monde dirait : « C’est peut-être un peu trop éloigné de ce à quoi je m’attendais. » Je ne voudrais pas que ça arrive. C’est ce qu’il y a de bien avec les projets secondaires : on peut faire ce que l’on veut sans gâcher son projet principal. Il y a déjà beaucoup de musique des années 80 dans Lord Of The Lost, mais si j’essayais de le faire de force, ça détruirait totalement l’identité du groupe.
En fait, c’était intéressant de faire quelque chose comme ça et de ne jamais penser à ce qu’est Lord Of The Lost, ce que je ne peux pas vraiment décrire, c’est une sorte de sentiment. C’est comme aller dans une autre maison ou un autre pays ; quand je fais du Lord Of The Lost, je suis sur une île qui a de nombreuses sortes de natures, elles ont toutes l’air différentes mais ça reste l’île de Lord Of The Lost. Là, c’était des vacances sur une autre île. C’était génial. Aucune des chansons n’a été écrite pour Lord Of The Lost alors que je me disais : « Humm, peut-être que ce n’est pas assez bon, je vais en faire mon projet solo. » Elles ont toutes été écrites spécifiquement pour l’album 1980. Il n’y a pas de mélange du tout, le seul mélange c’est moi et ma voix qui est en quelque sorte le lien. Je ne suis peut-être pas le meilleur chanteur, mais je sais que je ne sonne pas vraiment comme d’autres gens, donc on se rend clairement compte que c’est moi, mais c’est le seul lien entre les deux projets. Les autres membres du groupe auraient pu être d’accord, mais ça n’aurait pas eu de sens, nous n’aurions pas pu jouer les chansons en concert sans les « reprendre » en tant que groupe de rock. Nous aurions dû faire des reprises rock ou metal de nos propres chansons. Ça n’avait pas de sens.
À propos du premier single, tu as dit qu’« I Love You » était l’une des chansons les plus tristes que tu aies jamais écrites et tu l’as décrite comme « la mélancolie aux couleurs du néon ». Tu nous en diras peut-être plus sur le sujet de la chanson, mais penses-tu que l’amour est voué à la mélancolie ?
Non, absolument pas. L’amour a tellement de facettes et je pense que c’est différent pour chacun. Malheureusement, certaines personnes n’en font jamais l’expérience, tandis que d’autres n’en ont jamais assez. Il y a tellement de formes d’amour, ce qui est très beau, mais ça peut aussi être très triste. L’amour a un côté très triste. Le fait est qu’avec la musique et les paroles, j’ai la possibilité de travailler sur des choses qui me dérangent, dont je n’arrive pas à me remettre, et peut-être que ma musique aide d’autres personnes à se remettre de ces choses aussi. Tout le monde n’est pas capable de créer ce que nous faisons. Nous, les musiciens, sommes des créateurs et c’est comme une thérapie pour beaucoup d’entre nous. Les gens qui ne peuvent pas le faire peuvent consommer notre musique et peut-être que ça les aide aussi. De toute évidence, dans cette chanson, j’ai dû laisser sortir quelque chose qui m’a longtemps dérangé ou qui me dérange peut-être encore, d’ailleurs. Si tu oublies la musique et que tu lis les paroles, c’est une chanson vraiment très triste. Peut-être qu’un jour j’en parlerai, mais pas maintenant. Pour l’instant, la chanson doit… Peut-être qu’elle en a déjà trop dit.
« Certaines personnes pensent qu’il faut rester fidèle à une seule chose, alors que je pense que tout le monde devrait rester fidèle à lui-même. J’ai toujours été un millier de choses. J’en suis un millier de plus chaque jour et j’aime ça. »
A ce jour, tu as fait deux albums très colorés, Blood & Glitter et cet album solo. La dernière fois que nous nous sommes parlé, tu as dit que, par réaction, le prochain album de Lord Of The Lost serait très sombre, peut-être le plus sombre que tu aies jamais fait. Maintenant que tu es en plein milieu, peux-tu le confirmer ? Que peux-tu nous dire sur ce prochain album ?
Ce sera très sombre, mais pas toutes les chansons. Nous sommes en train de produire trente-trois chansons et quand tu as autant de chansons, tu as besoin d’une certaine variété, donc certaines d’entre elles sont peut-être un peu plus pleines d’espoir et pas si sinistres que ça. La majeure partie des chansons et leur thématique sont très sombres. Blood & Glitter parlait beaucoup de notre environnement, du monde extérieur, avec un langage très direct, très urbain, de la rue, d’une certaine manière. C’était important parce qu’après la Covid-19, nous voulions parler au monde, nous voulions établir une connexion. Pour cet album, nous retournons en introspection ; il s’agit davantage de nous adresser à notre moi intérieur. Des paroles comme celles de la chanson « I Love You » pourraient parfaitement figurer sur le prochain album de Lord Of The Lost. On y retrouve ce niveau de noirceur et de désespoir. Certaines personnes du monde du metal me tueraient pour avoir dit ça, mais ici et là, nous jouons un peu avec des harmonies black metal et ce genre de chose – ce n’en est pas pour autant du black metal, nous n’essayons pas d’être black metal, mais cette touche de black metal, cette froide obscurité que l’on peut parfois ressentir dans ces chansons, nous l’avons aussi à certains moments. Nous en avons besoin. Le titre de l’album est assez sombre ; il est d’ailleurs en français, mais je n’en dirai pas plus ! [Rires] C’est trop tôt !
Merci d’avoir choisi notre langue !
Le français est une belle langue, que ce soit pour les poèmes ou d’autres choses. J’ai d’ailleurs étudié le français à l’école toute ma vie et je comprends presque tout, mais je refuse de le parler parce que parler et écouter, comprendre, sont des choses différentes. Je n’ai jamais perdu ma compréhension, sauf quand je vais à Paris et qu’il y a tous ces gens de la banlieue qui parlent un autre type de français, là ce n’est pas compréhensible pour moi.
Oh, je peux te dire une chose ! Il y a une chanson en français sur l’album. J’étais en vacances en Grèce et je voulais lire Les Fleurs Du Mal de Charles Baudelaire dans sa langue originale parce que je ne l’avais lu qu’en allemand il y a une vingtaine d’années. Comme je disais, je comprends très bien le français, à environ soixante-quinze pour cent, ce qui est suffisant pour comprendre l’essentiel. Il y avait ce poème qui est l’un de mes préférés, Spleen IV, et quand je l’ai lu, le rythme m’a fait entendre de la musique. Il y avait un touriste qui passait sur la plage en Grèce et qui portait un de ces t-shirts touristiques disant « la vie est belle » – tu connais ces t-shirts, je les déteste, putain ! J’ai vu cet habit et, soudain, mon cerveau s’est mis à faire : « La vie est hell. » J’étais en train de lire Baudelaire, j’ai vu ce touriste et m’est apparu « la vie est hell ». J’ai instantanément vu toute cette ligne de produits dérivés de Lord Of The Lost avec des t-shirts arborant cette phrase. J’ai pensé que ce serait formidable de prendre des parties du poème et d’en faire les couplets d’une chanson, puis de créer un refrain en anglais qui, à la fin, dit en boucle « la vie est hell, la vie est hell ». C’était tellement fort et du coup je l’ai fait !
Je me suis réuni avec un de mes amis, Hannes [Braun] de Kissin’ Dynamite. Il est aussi très bon en français, donc lui et moi nous sommes retrouvés et nous avons écrit la chanson « La Vie Est Hell » qui sera sur le prochain album de Lord Of The Lost. Elle contient des parties de Les Fleurs Du Mal de Charles Baudelaire. C’était intéressant parce que j’ai enregistré la démo et je n’étais pas très sûr de la façon dont je chantais en français, alors je l’ai montrée à des Français qui n’étaient pas musiciens et qui m’ont dit que ça sonnait bien, mais je voulais l’entendre de la bouche d’un chanteur. J’ai alors demandé à Ambre [Vourvahis] de Xandria, elle est française, et je lui ai envoyé la démo de la chanson en lui demandant de la chanter une fois et de m’envoyer une piste. Personne ne l’entendra jamais, sauf moi, parce que c’était juste pour que je l’écoute chanter en français. Ainsi, quand je chantais en studio, je pouvais toujours l’écouter, me réécouter, puis l’écouter à nouveau, pour essayer de me rapprocher le plus possible de sa version et la rendre moins gênante à écouter pour les Français.
Quelles sont tes ambitions pour ce projet solo ? S’agit-il d’un album unique ou y en a-t-il d’autres à venir ? Serais-tu même prêt à partir en tournée pour cet album ?
Je veux en faire un deuxième, je ne suis pas sûr au sujet d’un troisième, mais j’ai pris tellement de plaisir à faire ce premier album que j’ai réalisé que ce n’était pas encore fini. Quand j’ai signé le contrat avec Napalm Records, nous avons signé pour deux albums parce que j’avais déjà envie d’en faire deux. Je n’ai pas d’ambitions de tournée pour autant. Je suis déjà trop sur la route, c’est déjà trop pour moi, si ça ne dépendait que de moi, j’en ferais beaucoup moins. Je ferai un concert au M’era Luna Festival l’année prochaine, ce sera le premier et peut-être le dernier, je ne sais pas. Je vais probablement jouer live ici et là, peut-être une fois par an pour une occasion spéciale, mais je n’ai pas l’intention de partir en tournée avec 1980. Je veux faire un deuxième album, mais le plus important pour moi, c’est que je voulais que la musique redevienne un hobby. Tout ce que je ferai avec ce projet solo sera juste pour le plaisir. Je veux que ça reste ainsi. Si je peux gagner de l’argent avec ça parce que la musique est mon travail, je m’en réjouis bien sûr, c’est mieux que de perdre de l’argent avec son hobby, mais je n’ai pas l’intention de prendre de décision avec pour des raisons commerciales. Ça doit rester mon hobby et tant que j’en suis satisfait, tout va bien.
Interview réalisée en visio le 30 décembre 2024 par Mathilde Beylacq.
Retranscription & traduction : Mathilde Beylacq.
Photos : Lennard Schmitt.
Facebook officiel de Chris Harms : www.facebook.com/chrisharmsofficiallordofthelost
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