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Interview   

Cradle Of Filth, un gros poisson dans une petite mare


Vous qui m’écoutez assidûment dans le Journal du Hard (comment ça, non ?) avez forcément entendu votre serviteur se moquer de tous ces communiqués de groupes décrivant leur nouvel album comme le plus extrême, le plus violent, le plus brutal, le plus vésicule biliaire de leur carrière. Bref, le plus quoi. Radio Metal, premier sur les premiers, ne l’oubliez pas ! Dark, Darkly Venus Aversa, le nouveau Cradle était l’un d’entre eux. Mais en l’occurrence, le disque est bon et contient effectivement des titres intenses et des riffs agressifs.

Il y a quelques temps, Cradle Of Filth quittait Roadrunner pour rejoindre Peaceville Records, préférant être « un gros poisson dans une petite mare », qu’un « petit poisson dans une grande mare ». Manque d’ambition ou bon calcul pour valoriser son travail ? Étant donné l’efficace promotion qui est faite de ce nouvel album, on penchera donc largement pour la seconde option. Alors, Benzema doit-il faire de même et quitter le Real Madrid pour signer chez Arles-Avignon ?

Nous sommes également revenus avec Paul Allender, le timide et honnête guitariste, sur les problèmes de stabilité du line-up qu’ont rencontré les Anglais. Problèmes qui n’en sont pas vraiment, puisque le groupe a toujours su se retourner. Quoi qu’il en soit, Paul avoue que l’intensité du rythme de travail de Cradle génère une pression que peu sont capables d’endurer sur le long terme. En conclusion, l’entretien a dévié pour finir en conversation chiffons et maquillage inévitable entre deux fashion victims.

Dark, Darkly Venus Aversa est sorti le 1er novembre dernier, une tournée est à venir et, comme nous l’annonce Paul, Cradle Of Filth espère « écumer tous les festivals de l’été ». Peut-être que l’annonce, vendredi prochain, de la seconde salve de noms de groupes confirmés pour le Hellfest 2011 nous confirmera que c’est en bonne voie…

« Lorsque nous avons commencé à travailler avec Roadrunner, c’était génial. Ils nous ont vraiment aidés. Mais à la fin, ils semblaient s’intéresser davantage à leurs gros groupes qu’à nous.[…] (Peaceville) est une petite maison de disques, mais cette fois, nous sommes un gros poisson dans une petite mare. Nous avons la priorité, ce qui nous permet de faire des choses auxquelles nous n’avions jamais eu droit chez Roadrunner. »

Radio Metal : Pour la promotion de ce nouvel album, vous avez travaillé avec Nuclear Blast et Peaceville, mais également avec votre propre structure, Abracadaver. Tout ça est un peu confus ! Pour ceux qui ne sont pas familiers avec le monde de la musique, peux-tu nous expliquer comment ces partenariats fonctionnent ?

Paul Allender (guitare) : Nous avons décidé d’éditer l’album chez Snapper, et il se trouve que Snapper a également racheté Peaceville. Quand nous avons décidé de travailler avec eux, tout s’est plus ou moins mis en place tout seul. Avoir notre propre maison de disques et sortir le nouvel album via Peaceville/Snapper/Abracadaver nous a permis d’avoir un meilleur contrôle sur les choses. Avec notre précédent label, Roadrunner, nous contrôlions certaines choses mais d’autres nous échappaient un peu. Avoir notre propre maison de disques nous a permis de tout maîtriser davantage.

Dani a déclaré que vous vouliez vous éloigner des restrictions artistiques imposées par les grandes maisons de disques. Les pontes de Roadrunner Records ont-ils déjà soulevé des objections quant au contenu musical des précédents albums ?

Non, pas du tout. Je ne range pas Roadrunner dans la catégorie « major ». En revanche, chez Sony, nous étions beaucoup plus contrôlés ; mais ils ne savaient pas vraiment quoi faire de nous, pour être franc. Avec Roadrunner, le groupe n’était qu’un petit poisson dans une grosse mare, car ils s’occupent également de groupes comme Slipknot. Lorsque nous avons commencé à travailler avec Roadrunner, c’était génial. Ils nous ont vraiment aidés. Mais à la fin, ils semblaient s’intéresser davantage à leurs gros groupes qu’à nous. Plutôt que de signer à nouveau chez eux pour quelques albums, nous avons alors décidé de changer pour Peaceville. C’est une petite maison de disques mais, cette fois, nous sommes un gros poisson dans une petite mare. Nous avons la priorité, ce qui nous permet de faire des choses auxquelles nous n’avions jamais eu droit chez Roadrunner. Par exemple, nos éditions spéciales sont incroyables. Nous allons sortir une version 3 CD avec un livre de 64 pages, des titres bonus et des vidéos. Il y a même un T-shirt pour aller avec, ainsi qu’un hologramme avec la pochette de l’album. Ces trucs géniaux ont été possibles grâce à Snapper, mais nous n’aurions jamais pu les avoir chez Roadrunner.

En termes de rythmique, Dark, Darkly, Venus Aversa est votre album le plus brutal et le plus rapide à ce jour. Qu’est-ce qui vous a motivés à vous engager sur cette voie ?

Très honnêtement, c’est une évolution par rapport à l’album précédent. Pour le titre d’ouverture, nous avons consciemment choisi d’avoir une chanson très rapide. Cette chanson se divise en trois parties ; c’est la première fois que je joue un titre avec plus de deux interludes ou parties au clavier. Ça, c’était un choix conscient. Mais tout le reste de l’album a simplement évolué à partir de là. C’est la raison pour laquelle le disque est plus symphonique : il y a de très bonnes harmonies et l’ensemble est très cohésif. L’album précédent, Godspeed On The Devil’s Thunder, était plus brutal et direct. Celui-ci a un côté plus calme mais il est également plus sombre et beaucoup plus rapide.

Sur ce nouvel album, toutes les caractéristiques et tous les signes particuliers de Cradle Of Filth sont poussés à l’extrême. Considères-tu cet album comme l’accomplissement de votre voyage musical ?

(rires) C’est drôle que tu dises ça parce que beaucoup de gens nous ont déjà fait cette remarque. Au cours des différentes interviews que j’ai faites pour l’album, on m’a souvent dit que le groupe semblait revenir à ses racines. Personnellement, je ne le vois pas comme ça et je pense qu’il serait idiot de vouloir revenir en arrière. Mais je suppose que c’est le cas. Près de là où je vis, beaucoup de fans ont affirmé que cet album comportait des éléments de Dusk And Her Embrace ou de Cruelty And The Beast, ce qui est une bonne chose, j’imagine. Mais nous avons simplement écrit un album qui nous plaisait et nous l’avons laissé évoluer au fur et à mesure de l’écriture. Voilà comment ça s’est passé. Mais si les gens pensent comme toi, c’est aussi bien.

Il semblerait qu’il y ait eu un gros travail sur les riffs – et ils sont d’ailleurs très bons. Était-ce un but que vous vous êtiez fixé lorsque vous avez commencé à composer ? Pour rappeler à l’auditeur que Cradle, ce n’est pas seulement une question d’orchestrations et d’atmosphères mais également une question de metal pur et dur ?

Hola ! (rires) Nous n’avons jamais eu d’objectif à proprement parler, nous avons simplement commencé à composer ! Quand j’écris, je ne me contente pas des riffs de guitare, je compose également des ambiances, si tu vois ce que je veux dire. J’écris une ligne, ou un riff, et je commence immédiatement à penser aux autres instruments. Je réfléchis à la façon dont les claviers et les orchestrations vont venir s’organiser autour des riffs et de la batterie. Quand j’ai reçu tous les éléments des autres membres du groupe, je me pose et j’arrange tout ça jusqu’à obtenir une structure. Mais évidemment, les riffs doivent ressortir. C’est pourquoi, quand on entre en studio, on retire généralement pas mal de choses. Au final, nous faisons du metal : si les guitares ne sont pas suffisamment fortes, il faut faire des arrangements.

« Nous espérons également écumer tous les festivals l’été prochain. »

J’imagine que, pour toi, cet album sera un peu plus agréable que les précédents à jouer sur scène, précisément en raison des riffs de guitare ?

Je suppose, oui, même si j’aime jouer n’importe quel titre de Cradle sur scène. Mais cette fois, il y a effectivement beaucoup plus de guitares dans les lignes mélodiques et les harmonies et j’ai hâte de me lancer. Notre dernier concert remonte à près d’un an, c’était au Bloodstock Festival, en Angleterre. Pour la prochaine tournée, nous avons prévu quatre setlists différentes ; comme ça, si les fans viennent nous voir dans des villes proches les unes des autres, ils auront droit à une nouvelle setlist. Nous l’avons fait consciemment. Différents titres du dernier album seront joués à différentes dates ; le public pourra ainsi découvrir un bel assortiment de chansons.

Justement, puisque vous êtes si impatients, qu’en est-il de la tournée ? Pour l’instant, votre page MySpace ne révèle que quelques dates en Amérique du Sud…

Pour l’instant, rien n’a vraiment été confirmé, excepté l’Amérique du Sud en décembre. Après le 1er février, nous serons en Amérique du Nord, et en avril, nous serons en Europe. Nous espérons également écumer tous les festivals l’été prochain. La raison pour laquelle rien n’est indiqué en ligne est que nous n’avons encore aucune confirmation. Mais nous serons en Europe aux environs du mois d’avril.

Savez-vous déjà quels groupes assureront les premières parties ?

Non, pas encore. Behemoth devait nous accompagner sur la tournée européenne, mais malheureusement, en raison de l’état de santé de leur chanteur, ça ne pourra pas se faire. Nous allons devoir attendre que des groupes se manifestent et nous sélectionnerons ceux qui nous accompagneront.

Des idées ?

Non ! (rires) J’ai tendance à ne pas penser à ce genre de choses, je m’inquiète davantage à propos de la musique.

Selon toi, quels groupes pourraient remplir cette fonction ?

Même si cela ne se fera pas, nous avons discuté de la possibilité d’avoir Dimmu Borgir avec nous. Mais ce ne sera évidemment pas possible car ils sont en tournée en ce moment-même. À part ça, je ne sais pas trop. Si Behemoth avait pu nous rejoindre, nous nous serions retrouvés avec un autre groupe de black metal, mais je n’en sais pas plus.

Dani Filth a publié plusieurs messages donnant quelques détails sur le thème que vous avez souhaité aborder dans ce nouvel album : Lilith, la première femme d’Adam. Qu’est-ce qui a motivé ce choix ?

C’est un sujet que nous avons toujours souhaité traiter. J’imagine que la façon dont nous avons composé les chansons et dont je les ai arrangées a fini par donner un album dans le style de Cruelty And The Beast. Il semblait évident de parler de Lilith. Mais je n’en sais pas vraiment plus car le sujet a toujours été plutôt fermé. Dani s’est contenté de m’appeler et a dit qu’il voulait faire « ça, ça et ça ». Nous en avons discuté, et je l’ai laissé faire car il ne sert à rien de remettre un concept en question alors qu’il est tellement bon dans ce domaine.

Les concept-albums de Crade Of Filth s’inscrivent systématiquement dans le passé. Ne penses-tu pas qu’il soit possible d’écrire une sorte de conte moderne dans cette atmosphère romantique et vampirique ? Est-ce un état d’esprit que l’on ne peut trouver que dans le passé ?

Effectivement. Pour être honnête, je ne pense pas que la modernité pourrait fonctionner. L’ambiance moderne ne collerait pas avec la façon dont nous écrivons nos chansons et arrangeons le côté orchestral de la musique. Notre musique correspond davantage aux thèmes du passé, historiques et mythologiques, comme Lilith et Gilles de Rais, par exemple. Si nous abordions une atmosphère plus actuelle, je ne sais pas sur quoi nous pourrions écrire ou projeter notre musique.

« Quand nous sommes en plein travail, j’en demande énormément aux personnes impliquées et certaines n’ont pas la même éthique que Dani ou moi ; par conséquent, ils ne peuvent pas suivre. […] Ce que j’ai fait de mieux a été produit sous la pression et en état de stress. « 

Penses-tu que le line-up de Cradle Of Filth finira par se stabiliser ?

Je ne vois pas pourquoi ce ne serait pas le cas, à moins que quelqu’un d’autre ne décide de partir ! (rires) Évidemment, nous n’apprécions pas voir les gens partir. Le problème est que nous avons tellement de travail – surtout Dani et moi qui gérons tout le contrôle qualité. Et malheureusement, certaines personnes ne sont pas capables de gérer la pression. C’est la raison pour laquelle ces gens s’en vont ; ce n’est pas de notre faute. Quand nous sommes en plein travail, j’en demande énormément aux personnes impliquées et certaines n’ont pas la même éthique que Dani ou moi ; par conséquent, ils ne peuvent pas suivre.

Es-tu en train de dire que les musiciens quittent le groupe à cause de la pression ?

En gros, oui.

Comment cela se fait-il ?

Je ne sais pas ; tout le monde est différent. Je gère très bien la pression et le stress et c’est dans ces conditions que je travaille le mieux. En réalité, ce que j’ai fait de mieux a été produit sous la pression et en état de stress. D’autres en sont incapables. Aujourd’hui, l’importance du groupe exige de nous de travailler plus dur. Si nous ne le faisons pas, nous ne pourrons pas maintenir le groupe à ce niveau.

N’était-ce pas simplement parce qu’ils n’avaient pas eu le temps de se faire à la pression et sont partis trop tôt ?

Peut-être bien. Mais parmi les membres du groupe qui nous ont quittés, l’un a préféré finir ses études universitaires et un autre est devenu professeur de piano. Ils avaient d’autres boulots à côté et ils ont préféré se consacrer à ça.

Vous n’en avez pas assez de chercher de nouveaux membres ?

Non, pas vraiment. Quand quelqu’un s’en va, il est généralement remplacé par un ancien membre du groupe. Nous savons déjà que ces gens peuvent jouer, ce ne sont pas vraiment de nouveaux membres.

« La légende de Dimmu contre Cradle a été montée par la presse, c’est tout. Il n’y a aucun problème entre nous. Je possède des albums de Dimmu et je les trouve très bons, même si ce n’est pas exactement mon style de musique. Je sais également que les gars de Dimmu ont nos albums, ils nous l’ont dit ! »

Le dernier album de Dimmu Borgir est sorti pratiquement au même moment que celui de Cradle Of Filth. Dans la mesure où vous représentez les deux groupes de black metal symphonique les plus populaires, y a-t-il une certaine compétition entre vous ?

Non, il n’y a aucune compétition. En ce qui me concerne, je pense qu’ils sont complètement différents de nous. Il n’y a absolument aucune compétition entre les deux groupes. La légende de Dimmu contre Cradle a été montée par la presse, c’est tout. Il n’y a aucun problème entre nous. Je possède des albums de Dimmu et je les trouve très bons, même si ce n’est pas exactement mon style de musique. Je sais également que les gars de Dimmu ont nos albums, ils nous l’ont dit !

La question stupide de l’interview : sur le mini-site de l’album, on peut voir une vidéo du groupe parlant de l’album. Franchement, vous avez vraiment besoin de porter votre maquillage pour ça ?

En fait, nous étions au milieu d’une séance photos. Nous n’avons pas mis le maquillage pour l’interview. L’interview et la séance photos ont été organisées le même jour par le label, pour pouvoir les faire simultanément. Le maquillage et les vêtements étaient là pour la séance photos et pas pour l’interview.

Est-ce que tu retires ton maquillage pour aller au supermarché ?

Bien sûr ! Je ne porte de maquillage que pour le travail, c’est-à-dire pour les séances photos professionnelles pour les albums, ce genre de choses. En ce moment, je suis assis dans ma chambre d’hôtel avec un pantalon noir, un T-shirt Friction et pas de maquillage ! (rires) Même pendant les interviews pour la presse, nous ne portons pas de maquillage. Le maquillage n’est là que pour les concerts, les vidéos et les séances photos pour les albums ou le merchandising.

Plus sérieusement, quand on regarde cette vidéo, ainsi que d’autres réalisées par le groupe, on dirait que vous n’êtes pas très à l’aise en interview…

Non, pas vraiment. Les interviews filmées sont particulièrement difficiles, je ne suis jamais à l’aise. Je ne m’y suis jamais vraiment habitué. Les interviews en face à face ne me dérangent pas mais dès que je suis face à une caméra, c’est beaucoup plus difficile. Je n’ai pas de problème avec les clips vidéos parce que je suis avec le reste du groupe mais individuellement, je n’aime pas ça.

Pourtant, tu as joué devant des milliers de personnes…

Ça ne me dérange pas du tout parce que je suis avec le reste du groupe. Nous sommes tous ensemble, nous sommes très soudés. On sait parfaitement ce que font les autres et le public n’est pas fixé sur une personne en particulier mais sur tout le groupe.

Donc si tu devais jouer seul sur scène…

Ce serait un vrai cauchemar ! (rires)

Interview réalisée en octobre 2010 par phoner.

Traduction : Izzy & Saff’
Myspace Cradle Of Filth : www.myspace.com/cradleoffilth



  • Imminence + Ne Obliviscaris @ Salle Pleyel
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