Que se passerait-il si les peuples de la Terre devaient quitter la planète demain ? Voilà une question que la science-fiction ne manque pas de traiter, souvent de manière très inspirée, à travers la littérature, le cinéma ou encore les jeux vidéo. Ce goût pour la SF, Æthĕrĭa Conscĭentĭa le revendique clairement à travers sa musique extrême et progressive. La jeune formation nantaise a en effet d’abord démarré comme un groupe de black metal aux ambiances spatiales, influencé, entre autres, par Mare Cognitum et Blut Aus Nord. Sur son troisième album The Blossoming, le groupe s’ouvre aux expérimentations et au psychédélisme que peuvent par exemple chercher des Oranssi Pazuzu ou encore Enslaved. Pour sa toile de fond thématique, Æthĕrĭa Conscĭentĭa imagine le destin de l’humanité après son exode forcé depuis la Terre…
Encore assez nichée dans les sphères de l’underground, la proposition musicale du groupe vaut la peine de s’y intéresser, surtout pour les amateurs de metal extrême infusé dans d’autres horizons musicaux très variés. Dans l’entretien qui suit, le chanteur Paul Breheret revient avec nous sur l’émergence du projet, né d’une certaine lassitude du thrash progressif, jusqu’à la sortie de ce nouveau disque. Celui-ci étant paru juste avant le début de l’été chez Frozen Records, son vocaliste en est par ailleurs le co-dirigeant. Nous profitons également de cette interview pour parler du label qui a soufflé cette année sa quatrième bougie.
« Nous faisons partie de ces gens qui ne sont pas capables de porter des t-shirts de leur propre groupe ou d’écouter leur propre musique, ça nous met un peu mal à l’aise. »
Radio Metal : Æthĕrĭa Conscĭentĭa s’est formé en 2016. A l’initiative de qui a été lancé ce projet et quels étaient les rôles de chacun au démarrage ?
Paul Breheret (chant) : En 2016, ce n’était pas le même line-up, il y a eu du changement entre-temps, mais des gens qui sont encore là aujourd’hui, ce sont les membres fondateurs. C’est Tristan [Brachi], P.A. [Cantat], Alexis [Pascal] et moi. Encore que la base de la base, c’était Trisant, P.A. et moi, si je ne dis pas de bêtise. Nous avions, d’un côté, un groupe de thrash-prog avec Tristant et P.A. et, d’un autre côté, un groupe de metal expérimental avec Alexis. Nous étions tous potes et nous en avions un peu marre du thrash et autre. Nous nous sommes dit que nous avions envie de faire du black metal atmo, très spatial, ambiance Mare Cognitum, Dark Space, etc. avec un côté un peu prog et sci-fi parce que nous avons toujours adoré ça. Nous avons donc arrêté nos autres groupes et nous nous sommes rassemblés autour de ce projet. A l’origine, nous avions une autre personne à la batterie qui est partie en Ecosse, donc pendant six mois je ne suis pas allé à la fac pour apprendre à fond cet instrument, puis nous avons vraiment monté le groupe et avec Tristan, P.A. et Alexis nous avons commencé à bosser tout ça. Un saxophoniste nous a rejoints après ; nous avons composé avec lui les deux premiers albums. Aujourd’hui, il n’est plus dans le groupe. J’ai changé de poste, je ne fais plus la batterie, mais le chant lead et des percussions. Nous avons un nouveau batteur, Valentin Henault.
Ça n’a pas été compliqué de changer complétement de poste ?
Je n’ai pas eu trop le choix car j’ai eu des petits soucis de santé qui ont fait que la batterie version metal extrême, ça commençait à être tendu. La batterie n’est pas mon instrument de base. J’ai fait de la basse et j’ai surtout fait beaucoup de chant. Quand nous avons changé de line-up, nous nous sommes demandé ce que nous allions faire et, surtout, quand nous avons fait le deuxième album, nous avions fait ça sur batterie programmée, donc il y avait deux batteries qui se répondaient, plus des lignes de percussion avec un côté un peu plus mécanique et spatial. Quand nous avons dû nous dire que nous allions rebosser pour faire du live, avec le nouvel album qui allait arriver derrière, nous avons décidé de prendre quelqu’un à la batterie, et que je repasse au chant lead pour remplacer le gars qui faisait le sax et chant lead. Aujourd’hui, je suis très content et je me sens bien plus à l’aise à ce poste-là qu’à la batterie. A la batterie, tu n’as pas du tout le droit à l’erreur, alors qu’au chant, tu peux un peu plus t’exprimer sans être ultra focus sur ce que tu fais à chaque instant. C’est plus détendu !
Tu as cité quelques noms, mais quelle était la feuille de route quand vous avez lancé ce groupe ?
Au tout début, c’était plus le côté black atmo proggy sci-fi, donc des sons à la Wolves In The Throne Room pour l’aspect très atmo, Mare Cognitum pour l’aspect espace et black atmo, des choses comme Blut Aus Bord mais plutôt les Memoria Vetusta que les trucs électroniques et industriels qu’il a faits à côté, ou le Shining norvégien – avant qu’ils ne se mettent à faire de la pop horrible, ils faisaient des trucs super cool de free jazz ou d’indus – nous a pas mal inspirés aussi. Nous écoutons énormément de choses, nous avons tous des goûts super différents, et avec le temps, nous sommes partis de l’orientation très black atmo pour aller vers quelque chose de plus psychédélique et progressif, avec de moins en moins de black metal et beaucoup plus d’influences qui viennent s’imprégner dans ce que nous faisons. Sur le dernier album, nous sommes plutôt sur Oranssi Pazuzu, Mastodon, Enslaved avec le côté un peu plus mélodique et très psychédélique.
Trois ans séparent chaque sortie : le premier Tales From Hydradh est sorti en 2018, Corrupted Pillars Of Vanity en 2021 et The Blossoming en 2024 donc. Comment perçois-tu l’évolution entre ces albums ?
Chose qui est assez naturelle pour quelqu’un qui a un groupe : je ne peux plus encadrer le premier [rires]. C’est normal, au début, tu te cherches, il faut bien commencer quelque part. Et encore, le résultat était cool ; je sais qu’il y a des gens qui l’écoutent encore pas mal. Nous, nous avons quand même du mal à remettre le nez dedans, ça nous rappelle beaucoup de vieux souvenirs, bons ou mauvais, une époque un peu lointaine. Même au niveau de la prod, ce n’est pas forcément ce que nous recherchions. Le deuxième album a maintenant trois ans et nous en sommes toujours super contents, que ce soit la démarche ou la façon dont il est construit. Avec le recul, forcément, on y voit des petits défauts, mais dans l’ensemble, c’est un album dont nous sommes assez fiers, qui est chouette et que nous réécoutons une fois de temps en temps, même si, de façon générale, nous avons du mal à réécouter notre musique. Nous faisons partie de ces gens qui ne sont pas capables de porter des t-shirts de leur propre groupe ou d’écouter leur propre musique, ça nous met un peu mal à l’aise. Nous sommes contents de la sortir pour les autres et de la jouer, mais nous avons du mal à l’écouter. Puis, concernant le dernier, nous sommes vraiment très contents du rendu.
« Nous avions envie d’un album qui donne envie de le relancer quand il est fini et d’un peu plus frontal, un peu plus terre à terre dans l’énergie, de moins spatial, moins aérien. »
Qui compose dans Æthĕrĭa Conscĭentĭa ? Comment se fait le processus ?
Il y a un peu de tout, mais c’est majoritairement en groupe que nous construisons les chansons. En général, c’est un processus un peu long. Un des gars à la guitare ou à la basse, donc soit Tristan, soit P.A., soit Alexis, qui arrive avec quelques riffs qui s’imbriquent et, parfois, plusieurs lignes écrites pour plusieurs instruments. La base, ça reste le bon vieux riff à la guitare et le côté un peu mélodique. Jusque-là, nous avons fait beaucoup de jams en répétition. Je me remettais derrière la batterie et nous testions des choses, nous faisons tourner des riffs pour essayer de trouver des variations, des choses qui peuvent en découler. A partir de ça, nous notions tout. Ensuite, vu que j’écrivais toutes les batteries, c’est pas mal moi à la maison qui liais les choses pour construire les morceaux avec. Après, nous refaisions un passage avec tout le monde qui venait affiner ses parties. En même temps que j’écrivais les batteries, j’écrivais aussi les percussions qui venaient s’intercaler. Une fois que tout ça était fait, nous posions le chant par-dessus, puis les guests, les arrangements et compagnie. Je ne sais pas comment nous ferons pour la suite, parce que maintenant, nous avons un nouveau batteur et que nous aimerions bien l’impliquer à fond dans le processus aussi. On verra ! Il y aura toujours ce côté collaboratif, parce qu’il n’y a pas une tête pensante dans le groupe. C’est vraiment chacun qui apporte ses idées. Chacun a un peu son pôle de prédilection aussi, mais c’est quand même toujours assez collaboratif.
The Blossoming est, selon les mots du communiqué de presse, volontairement « plus efficace, moins démonstratif et plus frontal ». D’une certaine manière, le vouliez-vous plus accessible ?
Plus accessible, je ne sais pas. Peut-être un peu. The Blossoming, ça veut dire « le bourgeonnement ». C’est un peu une sorte de nouveau départ, si on peut dire ça, parce que nouvelle façon de composer, nouveau line-up, nouveau poste chacun dans le groupe, nouveau son, nouveau monde au niveau thématique, nouvel artiste pour l’artwork… Nous avons pris notre concept, nous avons épuré et retiré plein de choses, et nous avons essayé de digérer des choses pour en faire un album peut-être un peu plus facile d’écoute, effectivement, avec des plages un peu moins longues. Il y a des parties où il se passe beaucoup de choses. Nous avions envie d’un album plus condensé, de faire le classique album de rock ou de metal de quarante-quatre minutes qui tient sur un vinyle, que tu vas manger assez vite sans avoir à retourner plusieurs fois le disque. Nous sommes très consommateurs de vinyle. Nous avions fait un double LP sur celui d’avant et c’est vrai que nous avions un LP blindé et un deuxième avec juste un morceau de quinze minutes sur une face. Nous avions envie d’un album qui donne envie de le relancer quand il est fini et d’un peu plus frontal, un peu plus terre à terre dans l’énergie, de moins spatial, moins aérien.
Ça se ressent dans le fait qu’on retrouve plus de points d’accroche, avec des passages ou des titres qu’il peut plus facilement retenir. J’imagine que c’est un exercice compliqué pour ce genre de projet un peu prog, psyché, expérimental…
Oui. Nous avons presque essayé de faire des refrains une fois de temps en temps. C’est vite dit, mais oui, il y a cette idée de répéter un riff au bon moment, avec juste assez de différence pour que ça reste intéressant, que ça ne fasse pas redite, mais que ça rappelle une partie d’avant. On retrouve ce côté un peu plus accrocheur même dans les guitares et la batterie, avec des choses qui donnent un peu plus envie de secouer la tête. Peut-être que ça nous a un peu frustrés de voir en concert les gens bras croisés, qui ne comprenaient pas forcément où ils devaient secouer la tête et étaient relativement dans l’expectative. En réalité, ça a été assez naturel. C’est au cours du processus que nous nous sommes dit que nous étions en train de faire quelque chose de plus simple et que c’était peut-être ce que nous voulions.
Diriez-vous que vous avez ouvert encore davantage le champ musical avec cet album, même si celui-ci était déjà large ? Je vois que vous revendiquez aussi vos inspirations du rock progressif…
Sûrement. Tu faisais remarquer qu’il y avait trois ans entre chaque album, et trois ans, dans une vie, ça peut être assez long, donc nos goûts ont évolué, surtout que nous sommes tous un peu boulimiques de musique et nous sommes tous partis dans des esthétiques relativement différentes. Il n’y a plus un seul d’entre nous dont le style de prédilection, qu’il écoutera tout le temps, est le black metal. Alors qu’à l’époque où nous avons commencé, nous n’écoutions pratiquement que ça. Nous en écoutons toujours, nous revenons toujours dessus, ça fera toujours partie de nous, mais nous avons tous évolué dans des directions différentes et chacun est venu apporter des choses qu’il a absorbées dans des nouveaux courants musicaux. En ce moment, je suis en pleine crise de la trentaine, je n’écoute que des trucs comme le dernier One Step Closer, du Koyo, même le dernier Turnstile que je détestais avant, et d’autres trucs emo-hardcore un peu pop, en mode « j’ai quatorze ans ». Ça, nous n’en mettons pas dans notre musique, mais nous avons tous nos petits trucs que nous allons chercher même relativement loin, parfois complètement hors des sphères metal ou rock. Ce sont des petites influences que nous allons absorber et forcément retranscrire dans ce que nous faisons. Comme c’est un projet assez libre musicalement parlant, nous ne nous mettons pas trop de limites. Nous avons mis des congas dans du black metal, par exemple. Je pense que nous absorbons assez vite des choses de l’extérieur pour les mettre dedans, et effectivement, le rock prog est une musique que nous avons toujours tous beaucoup écoutée. Le prog nous a toujours touchés par le côté un peu virtuose, mais il y a une différence entre le metal prog et le metal tech. Le tech, c’est une grosse démonstration de force brute et de technique, et ce n’est pas tant ça qui nous intéresse que le côté hyper planant et qui invite au voyage qu’on retrouve dans le prog. Parfois, c’est un peu à rallonge et ennuyeux, mais il y a plein de musiques qui sont trop cool. Depuis gamin, j’écoute Mastodon ; ça doit être mon groupe préféré. Pour moi, il n’y a pas un morceau mauvais de Mastodon, c’est toujours accrocheur et soit ça te donne envie de te battre, soit ça te donne envie de planer, soit ça te rend un peu triste. Il y a aussi Enslaved qui t’invite toujours dans une espèce de voyage dans leur délire viking, scandinave, etc.
« On retrouve ce côté un peu plus accrocheur même dans les guitares et la batterie, avec des choses qui donnent un peu plus envie de secouer la tête. Peut-être que ça nous a un peu frustrés de voir en concert les gens bras croisés, qui ne comprenaient pas forcément où ils devaient secouer la tête et étaient relativement dans l’expectative. »
Avez-vous dû couper certaines choses, tronquer certaines idées pour faire un album plus concis que les précédents ?
Du fait que nous nous sommes pas mal cherchés, avec le changement de line-up, changement de poste, etc. et que nous nous sommes mangé le Covid-19 pile à ce moment-là, nous n’avons pas du tout tourné sur l’album d’avant et nous nous sommes dit que nous allions directement partir sur la suite, écrire un autre album et revenir sur le « devant de la scène » avec le nouveau pour avoir un truc frais à défendre. Du coup, nous avons jeté peut-être trois fois ce que nous avons écrit. Nous avons assez vite eu les prémices d’un album qui, au final, ne nous satisfaisait pas du tout, que nous avons jeté. Nous avons fait ça une deuxième puis une troisième fois. C’est vraiment quand nous avons eu ces quarante-cinq minutes de musique qui nous ont convaincus à cent pour cent que nous nous sommes dit que nous avions l’album. Sur ce que nous avons gardé, nous avons dû enlever vingt secondes d’une intro parce que ça ne rentrait pas sinon, mais l’essentiel est là.
Le saxophone a une place assez prépondérante dans votre groupe, sans pour autant être écrasant vis-à-vis des autres instruments, il est presque là au même titre qu’une guitare. Quel rôle vouliez-vous lui donner sur cet album ?
Nous avons eu beaucoup de commentaires et de remarques sur le saxophone. Nous avons choisi de le mettre, donc tant mieux, mais nous nous sommes aussi dit que c’était bien de ne pas tout miser sur ce gimmick qui, selon nous, a tendance à devenir un peu éculé, car beaucoup de gens se sont mis à l’utiliser, en bien ou en mal. Nous avons donc voulu sortir de ça, en mettre un peu quand même pour ne pas trop perdre les gens. Surtout, nous avons bossé avec un mec qui ne vient absolument pas du metal. Il s’agit de Guru [Pope] qui vient de la dub, un courant musical que nous ne connaissons pas du tout, mais qui a l’avantage d’avoir une utilisation extrêmement poussée des pédales d’effets sur les instruments de type saxophone. Le sax est vraiment là par petites touches et il y a plein de choses qu’on entend dans l’album, on croit que ce sont des synthés… Il y en a, mais il y a aussi plein de parties de saxophone avec beaucoup d’effets pour apporter cet aspect assez organique qui vient t’accrocher l’oreille. Il y a quelques solos qui ressemblent vraiment à du saxophone, mais il y a beaucoup de passages où ce sont des leads un peu psychédéliques qui s’ajoutent aux guitares, par petites touches, pour moins miser dessus et laisser plus de place au reste. Nous nous donnons tous du mal pour faire plein de choses, donc autant qu’il y en ait un peu pour tout le monde !
Vous avez fait appel à Cyrille Gachet à la production. Comment souhaitiez-vous que ce nouvel album sonne et pourquoi le choix s’est-il porté sur lui ?
Pour l’album d’avant, nous avions choisi Fred Gervais du studio Henosis parce que nous avions cette vision d’un black atmo spatial et un peu froid. C’était cool car c’est vraiment dans cette optique qu’il bosse. Il a travaillé sur beaucoup de black sympho et de metal extrême, avec des productions relativement froides. Cette fois, nous voulions prendre le contrepied et bosser sur quelque chose de beaucoup plus organique, un peu plus « punk ». Nous ne connaissons pas cinquante mille ingés son. Cyrille a travaillé avec pas mal de gens que nous connaissons ou dont nous avons adoré les albums sur la scène française – genre Fange, Year Of No Light, Bagarre Générale, Chaos Echœs. Il arrive à donner un son de ouf à Fange – qui sont des copains – avec des machines, des boîtes à rythmes, etc., donc ça nous rassurait un peu pour la batterie programmée. Il y a aussi le côté très instrumental magistral de Year Of No Light avec lequel nous sentions une petite résonance. Je ne sais pas trop si les gens connaissent Bagarre Générale, c’est du doom psyché avec batterie, synthé et des gros tubas et peut-être du trombone. Le saxophone, c’est un bois car il y a une languette en bois, mais ça sonne un peu pareil, c’est un instrument à vent. Et Chaos Echœs pour le côté black qui part dans tous les sens, un peu dépravé, etc. Bref, c’est tout un tas de choses qui ont fait que nous sentions une résonance entre ce qu’il avait fait avant et ce que nous avions envie d’avoir. Nous lui avons proposé l’album, il a été chaud assez vite. Il nous a fait un premier mix qui était super, mais nous lui avons dit : « Ok, tu as tout compris. Maintenant, fais le même, mais en moins metal » et la version deux était mortelle. C’était super cool de bosser avec lui. Il est ultra efficace.
Vous avez deux chanteuses invitées : Cindy Sanchez (de Lisieux) et Dolorès Anapeste qui posent leur voix sur cet album. C’est la première fois que vous avez du chant féminin. Était-ce une façon d’ajouter une « couleur musicale » supplémentaire ?
Nous aimons bien le chant clair. Simplement, nous sommes nazes ! [Rires] Nous aimons aussi beaucoup les voix féminines. Et puis nous en avions un peu marre de faire ça entre mecs. Ce sont des amies proches et des meufs que nous respectons énormément, qui ont chacune un talent et un parcours artistique de dingue. Dans cet album, les moments où elles interviennent, c’est pour représenter les voix de la planète sur laquelle on est. Elles chantent donc dans une langue qui n’existe absolument pas, que nous avons inventé pour l’occasion. C’est la deuxième fois que nous le faisons ; nous l’avions déjà fait sur l’album d’avant mais pour la planète d’origine de l’histoire d’Æthĕrĭa Conscĭentĭa. Elles ont un peu râlé quand elles ont dû enregistrer ça, mais nous sommes super contents du résultat. Nous aimerions bien, un jour, à l’occasion, faire un live un peu ambitieux où nous ferions venir tous les invités et faire chanter les filles. Ce serait mortel ! Ça demanderait de faire une paire de résidences avant et beaucoup de matos sur scène, mais ce serait vraiment super cool. Nous aimons bien ce côté éthéré et psyché avec leur chant qui s’intercale et moi qui hurle comme un énorme débile !
« En ce moment, je suis en pleine crise de la trentaine, je n’écoute que des trucs comme le dernier One Step Closer, du Koyo, même le dernier Turnstile que je détestais avant, et d’autres trucs emo-hardcore un peu pop, en mode « j’ai quatorze ans ». »
Le communiqué précise : « Le groupe développe un univers de science-fiction, narrant le destin de l’humanité après son exode forcé depuis la Terre, suite à des siècles d’actions antiécologiques. » Peux-tu nous en dire un peu plus du coup sur « ce nouveau monde » dans lequel évolue l’humanité ?
Je fais un pitch rapide : sur les deux premiers albums, ça se déroulait sur Hydhradh, une planète qui sert de terre d’accueil à l’humanité après un exode forcé depuis la Terre – réchauffement climatique, catastrophe écologique, les humains qui polluent et détruisent la planète, etc. La planète n’était plus vivable, tout le monde dans un grand vaisseau qui part dans l’espace, ce dernier s’écrase sur un météore et une planète très artificielle commence à se créer. Sur le nouvel album, il y a des missionnaires qui partent de cette planète et se perdent dans l’espace. Ils atterrissent dans un nouveau monde, baptisé Haesperadh, qui est intégralement recouvert de végétation. Ça vient d’un vaisseau qui était également parti de la Terre, qui ne contenait pas des humains mais une grainothèque – c’est comme la réserve au Svalbard où il y a à peu près toutes les graines de toutes les espèces qui existent pour pouvoir éventuellement repeupler la Terre si jamais il y a une catastrophe. Ce vaisseau qui s’est crashé a, du coup, créé un monde intégralement végétal. Les humains commencent alors à tout terraformer, ratiboiser, et ils tombent face à une nature qui se défend, ce qui leur fera des surprises.
Justement, est-ce que l’humain apprend de ses erreurs sur cette nouvelle planète ?
Ça dépend. Il y a plusieurs personnages. La majorité non, mais il y en a un ou deux, un peu plus innocents, plus bienveillants, plus positifs, selon notre alignement, qui vont mieux savoir entrer en accord avec ce nouveau monde, sans arriver, tout cramer et refaire exactement les mêmes conneries alors qu’on leur donne une nouvelle chance. Bon, je ne vais pas non plus vous spoiler l’album. C’est un peu caché dans le sous-texte de l’album, même si on donne de petites infos dans la pochette, avec des petits schémas, des dessins, etc.
Qu’est-ce qui vous a inspiré cet imaginaire ? Est-ce que vous avez eu des références artistiques pour dessiner ce nouveau monde ?
Déjà, nous sommes tous très fans de SF et chacun a ses petites préférences, ça part vraiment dans tous les sens. Ce qui nous a pas mal inspirés pour le dernier, au niveau de l’esthétique des plantes – car il y a aussi des plantes humanoïdes, des gardiens, etc. –, c’est [Giuseppe] Arcimboldo qui fait des peintures avec des fruits et des légumes. Sinon, Tristan, qui a écrit une grosse partie des paroles, s’est beaucoup inspiré de Scavengers Reign, une série animée qui parle un peu de ce genre de choses. Après, sur le côté terraforming et retour sur un truc assez écologique… Il y a Wall-E [rires]. Mais on va tous chercher notre truc : Alexis c’est plutôt Alien et The Thing, P.A. sera plutôt fan de Blade Runner, Tristan c’est très Le Problème A Trois Corps. Moi, j’aime bien les trucs un peu tristes genre Fahrenheit 451, Le Meilleur Des Mondes ou, dans les jeux vidéo, BioShock ou Dishonored – c’est moins SF et un peu plus dystopique bizarre – avec des univers bien poussés, bien étranges, ce n’est pas tout noir, ni tout blanc, il y a toujours des nuances de gris, on ne sait pas trop qui est le gentil, qui est le méchant. Je trouve ça un peu plus intéressant.
C’est un album qu’on peut parfois trouver assez enjoué et lumineux, voire dansant. Est-ce que ça colle à l’esprit thématique ?
Je vois ce que tu veux dire sur le côté dansant. Nous aimons bien les rythmiques un peu sautillantes. Il y a effectivement une énergie, non pas joyeuse, mais enivrante : ils débarquent sur ce nouveau monde un peu féérique, c’est tout vert, c’est tout beau, il y a des fleurs et des plantes, alors qu’ils n’en ont jamais vu de leur vie. C’est là-dedans que nous avons placé l’aspect psychédélique. En parallèle, il y a des riffs assez dissonants et des choses relativement sombres. Au début, ça se passe dans l’espace, donc c’est assez rentre-dedans. Deuxième morceau, c’est un peu plus shoegaze, post-rock et sautillant, puis une partie funeral doom au milieu parce qu’il faut quand même mettre un peu de violence. Troisième morceau qui rentre un peu plus dedans avec une grosse partie très progressive et très psyché au milieu. Quatrième morceau qui plane un peu. Tout ça avance et plus tu vas vers la fin… La dernière partie du dernier morceau, c’est le chaos total. Pour nous, c’est une espèce de trip sous acide dans l’espace. Il y a toujours des sons assez enivrants et entraînants, avec, derrière, le côté pince-sans-rire et cru des paroles.
Il y a une sensibilité écologique assumée. Est-ce que parler et manipuler un univers de science-fiction est pratique pour parler de certains sujets de société ?
Pratique, je ne sais pas, car tu ne peux pas être super direct dans ton propos. Des fois, j’aimerais bien avoir un groupe de punk-hardcore complètement crétin juste pour crier ma haine ou mon dégoût de plein de choses. Au fur et à mesure, nous allons effectivement placer un sous-texte dans le fond, tu es obligé de le cacher sous une masse d’histoire pour que celle-ci tienne debout. Selon nous, l’art reste politique, tu as toujours quelque chose à dire. En général, ton art est une retranscription de ce que tu as à raconter. Nous nous sommes dit que, probablement, pour la suite, nous allions prendre un peu le contrepied de cet album et faire quelque chose de beaucoup plus frontal, dissonant, énervé, brut dans le propos pour être un peu plus rentre-dedans dans ce que nous avons envie de raconter. Mais oui, effectivement, sur celui-ci, il y a un propos écologique : tu donnes une deuxième chance à l’humanité de redécouvrir une sorte de jardin d’Eden et ils recommencent tout de suite à faire n’importe quoi, parce qu’ils sont toujours dans ce cycle de profits. Ça ne leur pose pas de souci de détruire les ressources et la planète juste pour gagner du pognon. Sauf que lorsqu’il n’y aura plus de planète, le pognon ne servira plus à grand-chose.
« Au fur et à mesure, nous allons effectivement placer un sous-texte dans le fond, tu es obligé de le cacher sous une masse d’histoire pour que celle-ci tienne debout. Selon nous, l’art reste politique, tu as toujours quelque chose à dire. »
Qu’est-ce que vous souhaitiez pour votre artwork ? Quelles consignes avez-vous données à Ëmgalaï ?
Ça représente une scène de l’atterrissage du vaisseau sur Haesperadh, avec la jungle, le vaisseau originel qui s’était écrasé et déborde de toutes ses plantes qui ont poussé. Nous voulions un paysage dans lequel on a envie de se balader, avec cette petite rivière, ces petits champignons, ces petites plantes, des choses assez colorées, mais quand tu regardes un peu entre les arbres, tu commences à voir qu’il y a quelques surprises qui t’attendent. Nous voulions un visuel qui invite au voyage. Nous avions fait ça aussi pour ceux d’avant, avec des pochettes assez imagées qui te mettent tout de suite une fenêtre sur le monde que nous essayons de dévoiler. Là, nous avons poussé le truc, car avec le label, sur les gros albums, nous faisons des éditions collectors avec des fourreaux vinyles. Cette fois, le fourreau vinyle est une vision intérieure du vaisseau. Il y a une découpe qui est un hublot et qui va amener sur le centre de la pochette. Donc si tu tiens le fourreau dans tes mains, tu es dans le vaisseau et tu vois par le hublot un bout de la pochette. Outre l’artwork qui est un paysage, Ëmgalaï nous a fait une illustration différente pour chaque chanson dans le layout. Nous avions déjà fait ça dans celui d’avant. Nous trouvons que ça va aider l’auditeur à un peu plus comprendre ce que nous racontons. C’est quand même un peu tiré par les cheveux et difficile de tout comprendre vu que ce sont des paroles d’album. Il n’y a pas un texte qui dit : « Là, il se passe ça. » Donc chaque chanson a son petit schéma ou dessin. Il y a du dessin technique et de la botanique, parce qu’il y a une évolution au fur et à mesure de l’album avec la technologie qui débarque sur cette planète complètement végétale et qui va se faire manger par celle-ci. Ça fait une sorte de carnet d’aventurier. Nous en sommes vraiment contents.
Quelles perspectives vous avez pour porter cet album en live ?
Comme je disais, nous avons sorti celui d’avant en plein Covid-19, nous n’avons pas fait un seul concert dessus. Nous n’avons pas fait un concert pendant cinq ans, mais l’idée sera d’en refaire. Maintenant que nous avons de nouveau un line-up où chacun est bien à sa place, nous avons bien les morceaux, nous avons vraiment envie de partager ça en live avec les gens. La musique en live, c’est quand même quelque chose de ouf. Quand tu partages ta musique avec deux cents, trois cents, cinq cents personnes qui sont là pour t’écouter crier dans un micro et taper sur des machins… On a des passions bizarres, mais c’est quand même cool !
Sur Corrupted Pillars Of Vanity, vous aviez deux invités, Dima Dudko au saxophone et Andrii chanteur de White Ward. Vous aviez joué avec eux en 2019 à Paris. Est-ce qu’une amitié est née de ce concert-là ou est-ce que vous vous connaissiez déjà ?
Nous ne nous connaissions pas tellement. Nous avons découvert White Ward quand nous avons sorti le premier album. Quelqu’un nous en avait parlé, nous avons écouté et nous avons trouvé ça super bien, avec ce côté très post-black, dark jazz, etc. Nous avons donc fait deux concerts avec eux à Paris et Courtrai en Belgique. Nous nous sommes bien entendus, mais après, nous n’avons pas eu trop de contact. Forcément, Nantes-Ukraine, ça fait loin. Quand nous avons fait le deuxième album, nous nous sommes dit que nous avions bien accroché et que ce serait cool de leur proposer d’être invités dessus. Ils étaient chauds, donc nous l’avons fait. Après ça, nous n’avons pas eu beaucoup de nouvelles, puis avec la guerre et tout, je pense qu’ils ont été bien occupés. Nous n’avons pas gardé contact de manière rapprochée, mais nous avons suivi si ça allait bien pour eux. J’espère que nous aurons l’occasion de nous recroiser, maintenant qu’ils ont le droit de ressortir d’Ukraine, mais ils doivent être quand même dans un mood un peu bizarre.
Tu codiriges également le label nantais Frozen Records, qui a célébré ses quatre ans lors de la nouvelle édition du Frozen Fest au Ferrailleur. Quelle était l’idée initiale lors du lancement du label ?
Frozen Records, c’est un magasin distro plus un label. Nous organisons aussi des concerts et nous avons un shop de tatouage, qui s’appelle Frozen Tattoo, dans le même local que nous. C’est mon associé Eddy [Vaudel] qui avait monté un tout petit magasin de disques à Nantes, pas très loin de la gare, il y a quatre ou cinq ans. En parallèle, j’avais aussi ma distro sur internet. Quand il a ouvert son truc, je suis allé voir, j’ai commencé à lui acheter des disques, nous sommes devenus potes et nous avons fini par nous mettre à bosser ensemble, parce que nous avons des goûts super différents, donc à deux nous ratissions très large sur la musique extrême. Au bout d’un moment, nous avons eu l’envie de lancer un label. Nous avons eu une belle occasion en passant une soirée assez légendaire avec ALT 236 – le mec de YouTube qui fait des vidéos trop cool. Comme nous avions beaucoup kiffé Leviathan, que nous avons écouté des milliards de fois, nous lui avons proposé de le sortir en vinyle. Il a été chaud et, forcément, comme c’est un mec avec une communauté de dingue derrière, ça a cartonné. Nous en sommes à quatre mille cinq cents copies en vinyles vendues. Ça aide à lancer un label, ça drive un peu tout le reste, et de fil en aiguille, nous avons développé tout ça. Pour notre premier anniversaire, nous nous sommes dit : « Allez, on fait un concert avec un groupe dans la rue du shop. » Pour un groupe, nous avions ramené deux cents personnes dans la rue, alors nous nous sommes dit que pour l’année suivante nous ferions un festival. Le festival s’est trop bien passé, donc depuis, chaque année nous le refaisons, toujours de plus en plus grand. Nous avons déjà de petites idées pour l’année prochaine.
« Ce que nous considérons comme musique extrême, c’est ce qui va tourner autour du rock, wave, goth, folk, toujours avec ce côté soit plein de haine, soit triste, une émotion un peu sombre et qui va parler à un public qui écoute du metal, un public un peu moderne, oserais-je dire hipster, peut-être. »
Votre catalogue est assez varié. Vous allez du black metal progressif avec Abduction, Epectase, ton groupe aussi évidemment, au black’n’roll de Gravekvlt, le post-black de Nature Morte… Mais vous avez Sang Froid qui fait dans la coldwave. Qu’est-ce qui réunit tous ces groupes selon toi ?
Effectivement, nous ne sommes pas fermés sur une esthétique. Nous ne sommes pas un label de black metal, nous ne sommes pas un label de death metal, nous ne sommes pas un label de post-punk… Nous sommes un label de ce qu’on appelle les musiques extrêmes, même s’il y a des trucs relativement doux – je pense à Lisieux qui fait dans le dark folk électronique, avec justement Cindy qui chante sur notre album, ou The Ascending, un super groupe nantais de post-rock, dark folk. Ce que nous considérons comme musique extrême, c’est ce qui va tourner autour du rock, wave, goth, folk, toujours avec ce côté soit plein de haine, soit triste, une émotion un peu sombre et qui va parler à un public qui écoute du metal, un public un peu moderne, oserais-je dire hipster, peut-être.
Comment nous choisissons nos groupes pour notre label ? A la base, nous sommes disquaires et nous écoutons beaucoup de choses, et comme nous avons des goûts très différents, si, quand on nous envoie quelque chose ou que nous découvrons un groupe, nous aimons bien tous les deux, c’est bon signe. Si, ensuite, nous accrochons bien humainement avec les artistes, c’est ultra primordial. Si c’est un groupe un peu ambitieux, qui a envie de tourner, qui a envie de faire de beaux objets, qui a un projet un peu pro, qui tient debout et qui a une belle originalité qui nous touche, et que ce ne sont ni des pointeurs ni des fachos, que nous nous entendons bien, que la musique défonce, c’est parti. Ça peut être des projets déjà installés ou montés de toutes pièces avec nous dans l’équation. Dans le cas de Gravekvlt – il y a P.A. qui joue dedans, d’ailleurs –, les gars sont arrivés avec des démos sur Guitar Pro, c’est moi qui leur avais écrit leur batterie dessus au tout début. Aujourd’hui, ils défoncent ! Ils jouent partout, c’est trop bien. Le deuxième album arrive bientôt, ce sera une bonne claque. Notre dernière sortie, c’est Trait D’Union. C’est un projet synth punk, new wave de Mathieu de Toulouse qui joue dans plein de groupes de punk et qui sort un truc en mode OI Boys, Rendez-Vous, les bons morceaux d’Indochine, chanté en français, avec que des tubes. C’est pareil, il est arrivé avec des démos, le projet n’existait pas avant, et là nous venons de le sortir, nous avons fait de jolies éditions avec un beau petit Obi strip sérigraphié. Il faut que ça continue de tomber dans les oreilles des gens, parce que l’album défonce ! Nous avons vraiment pris une claque énorme avec ça. Bref, c’est la musique qui nous touche et nous parle, que nous aimons tous les deux, et avec des humains chouettes derrière – ça c’est très important.
Comment souhaitez-vous faire évoluer le label ? Est-ce qu’il tend à devenir plus important ou est-ce que vous voulez garder un cadre familial et intimiste ?
Personnellement, je suis un peu mégalomane [rires], mais non, il y a toujours ce côté humain. C’est au cœur du label. Je ne prendrais pas plaisir et je ne me donnerais pas du mal à bosser pour des gens que je ne connais pas. C’est pour ça que, potentiellement, ça restera quelque chose de relativement francophone ou peut-être avec des Belges, des Allemands, des gens que nous avons une chance de croiser régulièrement au détour d’une tournée, d’un voyage. S’il y a un groupe japonais ou américain… Nous ne nous l’interdisons pas, peut-être que ça arrivera un jour, mais je l’imagine moins, dans le sens où tu n’as quasi aucune chance de voir les gens. Aujourd’hui, presque tous les artistes du label sont des amis voire plus. C’est ultra cliché de dire ça, mais c’est un peu une grande famille. A n’importe quelle heure du jour et de la nuit, n’importe lequel ou laquelle des artistes du label peut m’envoyer un message, si je suis réveillé, je réponds. Ils nous demandent à peu près n’importe quoi, nous serons là pour eux. Une fois que nous avons décidé de travailler ensemble et que nous devenons amis, ça dépasse le cadre professionnel et artistique.
Comme vous êtes à Nantes, on pense forcément à la cohabitation avec Les Acteurs De L’Ombre. Ça n’a pas posé de problème cette « concurrence » avec eux ?
Non, parce que nous ne sommes pas tant sur les mêmes esthétiques. Il n’y a pas vraiment de concurrence à avoir. Nous ne sommes pas là pour nous battre. Les Acteurs De L’Ombre, c’est uniquement black metal – enfin, cinquante nuances de black metal, mais black metal quand même. C’est une partie de ce que nous faisons, mais nous sommes sur beaucoup de choses. Nous avions fait jouer Houle au Frozen Fest l’année dernière, c’est un groupe de chez eux. C’est pour te dire à quel point on n’est pas là à faire la guéguerre. Chacun son esthétique et son truc. Nous avons récupéré Limbes, c’est une prochaine sortie du label, qui était chez Les Acteurs De L’Ombre avant, qui en est parti, il a atterri chez nous et nous sommes tous en bons termes. En tout cas, j’espère que c’est pareil de leur côté, mais du peu de contacts que nous avons, c’est relativement cool.
Interview réalisée en audio le 3 juin 2024 par Jean-Florian Garel.
Retranscription : Nicolas Gricourt.
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