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Live Report   

Dark Funeral, Fleshgod Apocalypse, Ex Deo : théâtre de l’apocalypse


Depuis plusieurs années maintenant, les amateurs de death et black metal n’ont plus forcément besoin de regarder les tournées américaines pour saliver. Les tournées européennes avec plusieurs groupes dignes d’être tête d’affiche commencent à se multiplier. En 2023, Dark Funeral était déjà en tournée pour défendre We Are The Apocalypse en accompagnant Cannibal Corpse. Les vétérans du swedish black metal reviennent aujourd’hui en tête d’affiche d’une tournée, là encore en très bonne compagnie. Ce sont en effet deux groupes majeurs du death metal symphonique, Fleshgod Apocalypse et Ex Deo, qui prépareront le terrain. Avec des formations d’une telle envergure pour son ouverture, Dark Funeral pourrait même craindre de se faire voler la vedette…

Rassurons ceux qui pourraient déplorer qu’une telle tournée ne profite seulement qu’à des groupes déjà confirmés, la découverte et les jeunes pousses ont aussi leur place. La première partie est en effet assurée par un groupe émergeant, Kami No Ikari. Et cocorico, il s’agit d’une formation française ! Un plateau qui s’annonçait donc théâtral, violent, avec une touche symphonique. Retour sur la date lyonnaise.

Artistes : Dark FuneralFleshgod ApocalypseEx DeoKami No Ikari
Date : 14 janvier 2025
Salle : CCO La Rayonne
Ville : Villeurbanne [69]

Le problème d’une belle tournée à quatre groupes en début de semaine, c’est que cela implique de respecter certains horaires. Les Parisiens de Kami No Ikari ont donc la lourde de tâche de chauffer les spectateurs lyonnais qui sortent tout juste du boulot. Démarrage des hostilités à 18h30 et, heureusement pour eux, une petite masse de chevelus est déjà là pour les accueillir. Kami No Ikari évolue dans un style melodic deathcore. Rapidement, les amateurs de la scène moderne trouveront des gimmicks assez communs avec les groupes en vogue. Ainsi, des Lorna Shore, Fit For An Autopsy ou Shadow Of Intent viendront facilement à l’esprit à l’écoute des premiers titres.

Kami No Ikari évolue donc certes sur un terrain commun, mais il assure pleinement son rôle d’échauffer la salle. Invitant le public encore un peu dispersé à se rapprocher et à « venir faire la fête », la formation se donne pleinement et montre qu’elle a la dalle. Bien que musicalement assez différente des groupes qui suivront, elle se montrera surtout convaincante pour la frange la plus jeune du public. Quoi qu’il en soit, la formation encore méconnue gagnera forcément des points après ces quelques dates européennes !

Il est à peine 19h15 que ce sont déjà des monstres sacrés du death metal qui foulent les planches. En effet, rappelons tout de même qu’à l’origine d’Ex Deo, on retrouve les membres fondateurs et actuels de Kataklysm. Ex Deo est en quelque sorte le projet récréatif et conceptuel de Kataklysm, prenant un peu plus d’ampleur grâce à l’engouement du public pour cette proposition. Cependant, la promesse d’Ex Deo est surtout de proposer un concept romain live théâtral, comme nous le confiait Maurizio Iacono en 2021. La formation se produit donc avec un décor à l’effigie de la Rome antique, les musiciens étant ornés de leurs plus beaux costumes pour y ajouter un peu plus de crédibilité.

Maurizio est tout à fait dans son rôle, prenant des postures incarnées et martiales, dans son interprétation. Les gestes du leader sont mesurés, précis, cadrés au riff près. Le son est impeccablement calibré, ne nécessitant quasiment pas de bouchons. Également professionnel du son, le guitariste Jean-François Dagenais sortira quelques secondes de son rôle de Romain pour reprendre celui de musicien death metal en nous grimaçant gentiment au visage. Toujours aussi sympathique, le Québécois d’origine Maurizio s’adressera à ses cousins « gaulois » comme il dit pour les faire remuer un peu. Le public sera progressivement réceptif à la prestation du groupe et reprendra en chœur les mouvements des musiciens, comme une armée disciplinée.

La discipline et la rigueur martiale résument finalement assez bien la prestation d’Ex Deo. En cela, la performance est plutôt réussie car l’intention théâtrale du groupe est respectée. Toutefois, comme une pièce qui est très bien répétée, elle ne déborde pas d’un poil. La performance manque donc, peut-être, un peu de spontanéité. Voilà plus de trente ans que les musiciens foulent les planches, leur approche est donc véritablement professionnelle. Seules les petites interventions de Maurizio montreront davantage le visage des musiciens derrière les comédiens. Après sept ans d’absence, Ex Deo promet de revenir très prochainement. Avec un set un peu plus long, qui sait ?

Les occasions ne manquent pas pour voir Fleshgod Apocalypse sur scène. Depuis quelques années, la formation italienne tourne énormément. Si nos calculs sont bons, le groupe se produit d’ailleurs pour la sixième fois dans les environs de Lyon. Autant dire qu’on a pu voir le groupe évoluer d’album en album, musicalement ou en termes de line-up. La différence est que cette fois-ci Fleshgod Apocalypse vient défendre Opera, qui curieusement semble avoir moins fait de bruit que ses prédécesseurs. Il a pourtant bien des atouts – en plus de la charge émotionnelle qu’il revêt, due à son contexte et à son concept que le leader avait longuement évoqué avec nous –, la performance du soir en étant une bonne démonstration.

Le concert démarre avec « Ode To Art (De’ Sepolcri) », introduction d’Opera, porté par le chant lyrique de Veronica Bordacchini qui porte le drapeau tricolore italien. Une fois l’atmosphère solennelle posée, l’Apocalypse peut démarrer avec « I Can Never Die » qui suit logiquement. Le son est massif, étouffant parfois les parties de piano et de chant clair. La musique chargée du groupe a toujours semblé difficile à sonoriser lors de ses performances. Cela étant, Fleshgod Apocalypse a largement corrigé le tir au fil des années et propose aujourd’hui un bon son. Preuve en est, la sauce prend très rapidement dans le public qui va rapidement s’animer. Si l’audience a pu se montrer timide sur les précédents groupes, Fleshgod Apocalypse a brillamment réveillé la fureur intérieure de ses spectateurs.

Sur scène, chaque musicien a un rôle à jouer. Même lorsque le pianiste Francesco Ferrini joue moins, il se déplace pour remuer la foule. Veronica, centrale dans le jeu scénique, porte aussi dans sa gestuelle et ses mimiques toute la théâtralité inhérente à la musique des Italiens. Même Eugene Ryabchenko ne tiendra pas en place derrière sa batterie, venant régulièrement au-devant de la scène pour provoquer les animaux sauvages du pit. Là encore, le groupe a véritablement franchi un cap en termes d’aisance scénique, loin de se contenter de se reposer derrière ses instruments.

La performance se déroule donc presque sans encombre, avec seulement un petit moment de flottement, relatif au climat quelque peu tendu du moment. Francesco jouera en effet quelques notes de La Marseillaise au piano, provoquant des chants relativement timides chez les spectateurs, mais aussi les réactions d’une spectatrice qui s’agacera, semble-t-il, du symbole derrière l’hymne national. Une réaction en engendrant une autre, d’autres voix s’élèveront contre elle. En réalité, plus que la portée symbolique de l’hymne national, il fallait sans doute y voir un hommage de musiciens d’un pays ami de la France.

Plus encore, cette courte instrumentale de la Marseillaise au piano était aussi une façon d’introduire une petite surprise, un musicien invité. Vous connaissez sans doute une personne qui est invitée à toutes les soirées, quel que soit le groupe d’amis que vous côtoyez. A Lyon, cette personne, c’est Julien Truchan. Francesco Paoli, leader de Fleshgod Apocalypse, revendique même cette petite tradition de faire chanter le frontman de Benighted sur « The Fool ». L’occasion est ainsi trop belle pour provoquer un wall of death et encore faire monter la température du set qui ne redescendra pas jusqu’à « The Violation » qui conclura le set.

Difficile de passer après le champ de bataille laissé par Fleshgod Apocalypse. Bien que Dark Funeral ne fasse pas non plus dans la musique de salon, l’énergie n’est pas tout à fait la même. Le décor de théâtre classique italien laisse donc place au satanisme édulcoré. Arrivant dans le noir, presque dans le silence, les musiciens en corpse paint seront tour à tour éclairés par un spectre lumineux. La déferlante de riffs mélodiques suédois démarre avec « Nosferatu » et le cri stridant d’Heljarmadr. Et si nous parlions d’ôter nos protections auditives pour Ex Deo, celles-ci seront hautement recommandées pour Dark Funeral qui a décidé de jouer fort.

Qui a vu Dark Funeral il y a dix ans ne se verra pas véritablement renverser par le changement du Dark Funeral de 2025. Les Suédois font dans le traditionnel : la musique viscérale parle d’elle-même. S’il s’équipe de quelques artifices et jets de fumée, Dark Funeral n’en fait pas des caisses. Juste assez pour immerger son public dans sa funeste cérémonie et se laisser porter par les riffs de Lord Ahriman. Le public sera forcément plus statique, mais pas moins réceptif aux mélodies pénétrantes de la formation qui ont fait sa renommée. D’ailleurs, petit rappel historique pour le spectateur qui crie à la gloire de Caligula entre les morceaux : le chanteur Emperor Magus Caligula a pris sa retraite de Dark Funeral, il y a maintenant quinze ans de cela.

Côté jeu de lumière, Dark Funeral reste fidèle à ses couleurs. La majorité des morceaux seront teintés d’un bleu froid, couleur chère à Necrolord qui a réalisé plusieurs artworks emblématiques du black metal. Bien que virant parfois au rouge, Dark Funeral proposera ici un jeu de lumières relativement monochrome. Là encore, il s’agit simplement de souligner les atmosphères glaciales et de laisser le côté tempétueux dans la musique des Suédois. Cependant, on peut aussi parler de théâtralité chez Dark Funeral, ne serait-ce que dans le comportement du groupe. Cette démarche mortifère, avec les mouvements lancinants du chanteur Heljardmar, dessinent un certain flegmatisme par rapport à une musique pourtant chargée symboliquement.

Lors d’un court interlude, le frontman vient avec un petit quelque chose caché, comme une nouvelle surprise pour le public. Il tend alors un drapeau tricolore, déclenchant une nouvelle Marseillaise de la part du public, certains spectateurs semblant presque frustrés de ne pas avoir pu terminer la première. Niveau interaction, Heljardmar se contente de présenter certains titres, toujours dans l’idée d’ouvrir nos cœurs au grand cornu. La setlist laissera d’ailleurs majoritairement place aux deux derniers albums, bien que le groupe se laisse ponctuellement le plaisir de jouer des titres beaucoup plus anciens.

En observant les musiciens, il est intéressant de constater aussi comment des titres de Where Shadows Forever Reign semblent beaucoup plus exigeants en termes de concentration et de technique que les plus vieux morceaux. C’est d’ailleurs ces titres qui sembleront le plus toucher le public, notamment les hymnes « Unchain My Soul » redoutablement efficaces. Côté classique, « Open The Gates » rencontre toujours un certain succès auprès des plus anciens fans. Par ailleurs, Dark Funeral a étrangement choisi d’écarter « My Funeral », régulièrement interprétée sur scène depuis 2010.

Après une heure quinze de jeu, les musiciens quittent la scène sur « Where Shadows Forever Reign », preuve que l’album du même nom a marqué une certaine renaissance pour le projet. Plus appréciables dans une salle obscure que sur une scène de festival, le cadre plus « intimiste » s’adaptant davantage à l’œuvre de Dark Funeral, les concerts des Suédois restent relativement constants. L’esthétisme créé depuis trente ans est respecté, s’affranchissant de trop de folklore qui dénaturerait sa musique.

Mais alors, qui était véritablement la tête d’affiche du soir ? En termes d’ambiance et de jeu de scène, Fleshgod Apocalypse a été redoutable et a fait forte impression. Néanmoins, peut-on réellement comparer la démarche des Italiens avec celle des Suédois ? En vérité, pas réellement. Même si les deux groupes évoluent dans une scène extrême, assez dense, et font preuve d’un certain sens de l’acting sur les planches, le ressenti désiré du spectateur n’est pas toujours le même. Cela se traduit évidemment par le comportement des groupes respectifs sur scène. Dark Funeral cherche avant tout une certaine transcendance malsaine dans ses riffs, là ou Fleshgod Apocalypse est volontiers plus un défouloir pour le public. On pourrait presque parler de « deux salles, deux ambiances » au cours de cette soirée. En somme, que le spectateur soit venu pour se déchaîner sur son voisin ou se laisser froidement transporter, il aura quoi qu’il advienne été rassasié.

Source photos : pages Facebook de Fleshgod Apocalypse et Dark Funeral.



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