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De Pankraker Festival : le pari du cœur et des tripes


Alors que l’été s’annonce brûlant et que la saison des (gros) festivals bat son plein, besoin d’un changement d’échelle ? Rien de mieux que l’underground pour fuir la foule, le soleil, ou tout simplement assouvir ses envies d’obscurité. En Belgique, De Pankraker, qui tient son nom d’une vieille chanson de Lugubrum, les pionniers locaux du black metal, et à qui on doit une émission de radio, un zine, et depuis peu un label, le prouve avec la deuxième édition de son festival, organisée les 4 et 5 juillet à Gand.

En 2023, la première, plus modeste (une seule soirée), avait donné le ton avec son mélange de groupes du coin prometteurs (Ordigort, Witchfukker) et de pionniers (Baxaxaxa) : cette fois encore, le festival nous promet à la fois des groupes émergents et des musiciens confirmés qui ont déjà laissé leur trace dans le petit monde du black metal, de BLOED à Bloody Vengeance, de Faceless Entity à Gnaw Their Tongues, en passant par Slutet et Goat Semen. Nous sommes allés prendre la température lors de la première soirée du festival.

Evénement : De Pankraker Festival
Date : 4 juillet 2025
Salle : Club Cuba
Ville : Gand [Belgique]

La canicule a beau avoir relâché son emprise, le soleil donne dans la salle du Cuba – un bar, où la scène est singulièrement placée à côté de l’entrée – lorsque le premier groupe, Palæolitikum, monte sur scène. C’est le premier concert hors de leur pays de ces mystérieux Danois : on ne sait pas grand-chose d’eux (leur présence en ligne est à peu près inexistante) mais dans la salle qui se remplit petit à petit, le public est au rendez-vous, enthousiaste et chaleureux. Leur black/death agressif, mené tambour battant et avec une attitude presque punk, se révèle être une mise en bouche idéale pour la soirée, qui continue dans la même direction mais en montant un cran en intensité avec BLOED. Crâne rasé, cartouchières, lunettes de soleil à l’intérieur, corpse paint à la Nocturnal Grave Desecrator And Black Winds : BLOED a tous les attributs d’un groupe de war metal, et c’est exactement ce qu’il fait. Avec seulement un EP derrière lui, ce quatuor d’Amsterdam enchaîne les morceaux brefs et hargneux, quelque part entre Blasphemy et Sarcófago – un déluge de violence plutôt jouissif que les festivaliers reçoivent en agitant le poing dans la joie et la bonne humeur.

Changement d’ambiance avec Funeral Vulva qui, comme son nom ne le laisse pas du tout présager, monte sur scène en habits de moine. Entité polonaise appartenant au collectif Morbid Chants et se revendiquant de la glossolalie – le fait de parler en langues –, le groupe joue sur la poignée de splits qu’il a sortis un black raw et occulte qui en live prend une dimension atemporelle, presque classique. Même si le soleil filtre encore à l’intérieur en ce début de soirée, il parvient à créer une atmosphère dense et ténébreuse grâce à des riffs entêtants (notamment sur le deuxième morceau) et une basse tellurique. À la suite, Apovrasma propose un black metal plus moderne, volontiers ambient, dont les longs morceaux déroulent des atmosphères variées tissées de tremolo picking, parfois teintées de claviers et de psychédélisme, même si ce set live met l’accent sur la facette la plus black du projet. Mené par le seul Scum, impliqué aussi dans Ordigort et Bacht’n De Vulle Moane (à l’affiche le lendemain), sur scène, il prend vie avec les renforts de musiciens d’Alkerdeel et de Matavitatau : le temps d’un concert, c’est donc toute une scène belge qui se retrouve et prouve sa fertilité. Avec ses grands candélabres, Faceless Entity emprunte quant à lui à la veine cérémonielle de quoi rehausser un black ici aussi assez raw. Ce duo néerlandais mené par les prolifiques K.v.H. et R.v.R., tous deux au chant, expressifs et parfois glaçants, parvient rapidement à capturer l’attention d’un public qui attendait à l’évidence la performance, et se montre très réceptif à son atmosphère à la fois brute et hantée.

Avec Evil Warriors, on retourne du côté le plus agressif et fuligineux du style. Leur nom ressemble à une parodie, mais les Allemands ne prêtent pas à rire, au contraire : c’est un déluge de riffs et de blast beat qui s’abat sur la salle pendant leur set. Il faut dire qu’ils ont de l’expérience, avec une bonne quinzaine d’années d’existence et deux albums derrière eux. Purement noire, leur musique fait feu de tout bois, du pilonnage à la Marduk aux solos crissants et chaotiques façon Slayer, et est délivrée avec une conviction contagieuse. On pense parfois à la scène islandaise qui a fait couler pas mal d’encre il y a quelques années, en plus primal et rugueux. Un mélange en tout cas ultra-efficace en live, et prometteur pour la suite. Il commence à se faire tard, mais pas question de faiblir avec Prehistoric War Cult : sans grande surprise au vu de ce nom et du titre du premier album sorti l’année dernière, Barbaric Metal, c’est un war metal bien primitif qu’il propose. Venant d’Allemagne eux aussi, les musiciens enchaînent les morceaux brefs, sauvages et corrosifs, ponctués des aboiements rocailleux du guitariste et du batteur. Que ce soit sur des mid-tempos plombants ou des accélérations brutales, la violence, le sens de l’accroche et la générosité du groupe qui donne manifestement tout sont contagieux, et malgré l’exiguïté de la salle, les moshpits s’enchaînent – une poignée de personnes s’essaie même (avec succès !) au crowd surfing. Le trio conclut son set en remerciant Peter Cousaert, l’organisateur du festival, remerciements repris en chœur par le public : la première journée n’est pas encore terminée que l’événement a déjà tout du succès.

Mais il reste encore la tête d’affiche, Slutet, un choix paradoxal mais particulièrement pertinent – et pas seulement parce que Slutet signifie « la fin » – pour conclure cette journée qui a vu défiler un panorama de ce que le black metal offre actuellement de plus authentique et de plus fidèle à ses fondamentaux. Les Suédois ne cachent en effet pas leur relation d’amour-haine avec ce style dont ils partagent pourtant les riffs, le mélange de sincérité et d’amateurisme revendiqué, le fanatisme quasi religieux, et le jeu avec les limites en général et le bord du gouffre en particulier. Le projet s’était autodétruit après dix ans d’activité en 2022 mais s’est reformé récemment pour quelques concerts, leurs premiers ; celui-ci est le troisième au total. Le quatuor est donc attendu au tournant, surtout que tout au long de la soirée, le retard s’est accumulé : c’est deux heures plus tard que prévu qu’il monte sur scène, en short, keffieh et taché de pigment bleu. Si ses chansons sont longues et méandreuses, le set passe vite ; la fébrilité qu’on perçoit et les quelques couacs servent l’urgence, le côté viscéral du propos. Comme sur disque, une grâce unique émerge de tout ça – des hurlements à peine humains de la chanteuse-pythonisse, des trépidations de la batterie, de la fin incandescente d’« Uppsala » –, quelque chose de frais, de vrai, et d’autant plus vivifiant qu’il s’inscrit dans une scène parfois étouffée par son histoire et ses ambitions.

À une époque où certains semblent penser que le black metal sera revigoré à coups de gimmicks, le groupe comme le festival font le pari du cœur et des tripes. Aucune provocation ou ironie lorsque Slutet intitule son seul album Love & Beauty : c’est sans provocation ni ironie non plus qu’on pourrait utiliser les deux mêmes mots pour résumer la soirée au vu du petit miracle que peuvent produire une nuit d’été l’investissement, le dévouement et l’amour sincère pour le genre de quelques dizaines de personnes, que ce soit à l’organisation, sur scène ou dans le public. En offrant un échantillon de ce qui se passe sous la surface du petit monde du black à l’instant T, cette seconde édition du De Pankraker Festival prouve que pour le metal comme pour le reste, c’est à n’en pas douter de la base qu’émergera le futur…



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