La dernière fois que nous avions parlé avec A.K. de Decline Of The I – à propos d’un autre de ses projets, Neo Inferno 262 –, Wilhelm était en pleine gestation. Deuxième volet d’une trilogie inspirée par les concepts du philosophe danois Søren Kierkegaard, il évoque les questions du choix, du renoncement, de la maturité – du stade éthique – sur fond de black metal tourmenté, troublé par des boîtes à rythmes, des samples et des passages électro. Sous le signe de la cadence et non plus de la décadence comme c’était le cas de son prédécesseur, Johannes, pour reprendre les termes du musicien, il n’en demeure pas moins foisonnant, protéiforme, et riche des expériences de son auteur, qu’elles soient musicales ou existentielles – puisqu’on vous parle de maturité.
Autant dire qu’il y avait matière à discuter avec le toujours disert A.K., qui, quelques mois après sa sortie, se replonge avec nous dans les circonstances, les réflexions et les coïncidences qui ont émaillé la genèse de ce cinquième album. De Kierkegaard, donc, à La Maison des feuilles, des chemins balisés de Compostelle aux voies plus tortueuses du black metal, de l’angoisse aux moyens de la déjouer en passant par des accouchements littéraux ou figurés ainsi que des projets parallèles (notamment Eros Necropsique), dans cet entretien-fleuve, le musicien retrace de nombreuses pistes, et en ouvre de nouvelles…
« La version idéale [d’un album] n’est pas figée, c’est une sorte de volute plutôt qu’un monolithe que j’essaierai de faire passer de l’idée à l’objet. »
Radio Metal : Wilhelm est sorti le 14 février. Avec ces quelques mois de recul, où en es-tu par rapport à cet album ? Est-ce qu’il te semble loin ? Est-ce que ce que tu en penses a changé ?
A.K. (chant, guitare, claviers) : Effectivement, comme souvent, entre le moment où l’album a été enregistré ou composé et celui où il sort, il se passe pas mal de temps. Là, les dernières notes ont été composées un an et demi avant la sortie du disque : je l’avais fini en automne 2023, donc ça date. Ensuite, toutes les étapes, l’enregistrement, puis le mix, la sortie et la promo, font qu’il y a des retours, des choses qui rappellent à soi, avec une relation à l’album qui change à chaque fois. La période de composition est dans mon cas très solitaire car Decline Of The I est essentiellement un projet perso.
Après, il y a l’étape de l’enregistrement où nous fonctionnons plus en équipe et où je me retrouve un peu plus chef de projet. Heureusement, Francis Caste a beaucoup aidé : ce n’est pas qu’un pousseur de boutons, il est ingénieur du son mais aussi un peu un producteur et c’est en plus un très bon gestionnaire d’équipe. Une qualité essentielle chez les ingés son qui doivent gérer les frustrations des uns et des autres, sentir quand quelqu’un arrive à son max et dire : « OK, là, on va faire une pause », ou à l’inverse : « On va la refaire », ou « On verra plus tard »… C’est donc une étape un peu plus collective. C’est l’un des moments les plus difficiles même si c’est assez excitant parce que c’est le moment où tout ce qui restait au stade idéal prend corps, prend chair, et forcément, il y a toujours un décalage entre l’idée et l’incarnation – c’est quasi platonicien. En même temps, c’est là aussi qu’il y a des surprises : des choses qui n’étaient pas prévues, cette incursion du réel et du tangible qui, au moins, remue – ce sont des moments qui remuent toujours beaucoup.
Ensuite, après quarante-neuf mille mixes, il faut dire : « Stop, celle-ci, c’est la bonne », et ça, c’est dur aussi. C’est une sorte de premier au revoir : ça y est, c’est fixe, et dans vingt ans, si je suis toujours là et que je réécoute ce truc, il sera tel qu’à ce moment où nous nous sommes dit : « C’est fini. » Après, il y a la période toujours très floue entre le moment où nous remettons le master au label et celui où l’album sort – je ne parle même pas du moment où le label donne une date de sortie parce qu’il en donne mais elle n’est jamais respectée pour cent milliards de raisons qui vont du label lui-même à l’usine, etc. L’album devait a priori sortir en 2024 mais finalement, pas du tout, ça a été repoussé puis repoussé à nouveau.
Il se réinvite une quasi dernière fois au moment de la sortie, qui est finalement moins stressante que l’enregistrement car ce n’est plus entre mes mains. Il y a un côté assez libérateur. Moi, je suis d’une certaine façon déjà un peu passé à autre chose ; j’ai déjà commencé à composer une partie du suivant, ou tout du moins j’ai pas mal d’idées concrètes… Ça fait évidemment quelque chose d’avoir l’objet entre ses mains, mais comme je n’ai pas un rapport très puissant aux objets en général, passé le moment où je me dis : « Ah oui, il rend bien le vinyle »… Je ne passe pas mon temps à l’ouvrir et le contempler. Quoi qu’il en soit, l’album devient public ; il y a toujours un petit stress quand on se demande comment il sera reçu, mais maintenant, je suis habitué, je sais lâcher sur ce plan-là. Ça a été très positif, les retours ont été très bons. C’est assez cool parce que c’est le cinquième album et qu’à chaque fois, le label me dit que l’album se vend plus que le précédent – il y a toujours de l’ego dans ces trucs-là, je ne vais pas le nier. Cela dit, ça reste une niche : quand ils disent qu’il vend bien, ce n’est pas des mille et des cents, mais je pense que depuis l’album précédent, nous avons arrêté d’être déficitaires, par exemple – enfin, le label, moi je le suis toujours, mais bref [petit rire]. Les chroniques sont très bonnes. Comme ce n’est pas un projet hyper connu, il continue de gagner du public à chaque album et il y a souvent des gens qui disent : « Comment j’ai pu ne pas découvrir ce groupe plus tôt ? » – c’est le genre de trucs qui font plaisir. Il y a toujours des retours intéressants, nouveaux…
Je suis aussi toujours content de suivre les gens avec qui j’ai déjà fait plusieurs entretiens comme nous sommes en train de le faire maintenant. Comme j’implique beaucoup ma vie perso dans ce projet, c’est aussi une façon de faire un point sur ma vie – j’en ai aussi fait quelques-uns pour Les Éternels avec Philippe, nous nous étions parlé il y a trois ans… J’aime bien ces moments-là qui continuent à faire vivre l’album. C’est intéressant aussi de voir comment les autres en parlent ; c’est un moment assez doux qui évidemment, là, s’étiole un peu parce que nous ne sommes plus dans l’actualité. Les albums ont des temps de vie assez courts, mais je vois qu’il y a des choses qui continuent à sortir : j’ai lu une ou deux chroniques récemment, par exemple. J’ai aussi vu une vidéo d’un mec qui fait de l’unpacking de cassette : il ouvre juste la cassette et dit : « Ah tiens, c’est beau, ça se déplie » sans parler de l’album derrière. J’ai découvert ça la semaine dernière, j’ai trouvé ça super [rires].
« Ça va être un peu étrange de dire plus tard à mon fils que l’album que j’ai fait pour sa naissance est l’album le plus triste que j’aie fait… On verra comment il le prendra [rires]. »
J’oubliais une étape essentielle : maintenant, nous jouons des morceaux de l’album en concert. Nous n’en faisons pas énormément – en l’occurrence, là, nous n’en avons fait qu’un – mais nous en avons trois de prévus à la rentrée et peut-être d’autres en préparation, donc nous allons nous replonger dans l’album pour jouer les morceaux. Nous allons devoir les réarranger parce que nous ne sommes pas un groupe qui joue exactement ce qu’il y a sur l’album – ce serait impossible de toute façon. Nous retravaillons les arrangements en fonction du set, qui est vraiment une pièce dans son ensemble et pas seulement un enchaînement de morceaux : nous refaisons une seule piste avec des morceaux qui parfois ne sont même pas en entier si ça ne s’insère pas bien dans la dynamique globale… En plus, là, le groupe est formé à moitié d’une nouvelle équipe. De mon côté, j’ai déjà pas mal commencé le prochain album. C’est encore assez flou, j’ai beaucoup d’idées, j’en jette la moitié et puis après je me dis : « En fait c’était pas si mal »… Là, il y a eu quatre ans entre les deux albums : je vais essayer de réduire à trois, même si j’ai une petite excuse qui est que j’ai eu un enfant entre-temps [rires]. Je n’ai absolument pas prévu d’en faire un autre, donc ça devrait être un peu plus rapide…
Est-ce qu’en général, il y a une grande distance entre la version « idéal platonicien » que tu as en tête pour un album et le résultat final ? Est-ce que cette distance a fluctué au fil du temps – je pense par exemple au fait que les autres membres sont un peu plus impliqués qu’au début du projet, je crois ?
Bonne question… La version idéale n’est pas figée, c’est une sorte de volute plutôt qu’un monolithe que j’essaierai de faire passer de l’idée à l’objet. C’est quelque chose que je n’arrive pas à saisir moi-même, donc il y aura nécessairement une espèce d’indétermination quantique qui va faire qu’au moment où on regarde, ça choisit un état. Néanmoins, je vois quand même vraiment une différence entre certains albums où je me dis : « OK, là, on a touché quelque chose » lorsque je les écoute, et d’autres où je me dis : « Ah, on est un peu passés à côté. » Ce qui ne m’arrive pratiquement plus avec l’expérience. J’ai appris à ne plus lâcher sur certaines choses parce que ça m’est arrivé trop souvent sur des albums de jeunesse d’avoir un peu de doutes sur quelque chose dans le mix mais de finir par me dire : « Bon, ça passe », alors qu’ensuite je dois entendre ça toute ma vie [rires]. Maintenant, quand il y a un détail sur lequel je bloque, je me dis : « Est-ce que je serais prêt à entendre ça toute ma vie ? », et j’ai donc plus tendance à dire : « Bon, on va peut-être le refaire. » Le fait d’être dans un processus un peu moins solitaire m’aide aussi parce que si quelqu’un d’autre entend aussi ce qui me gêne, je vais plus facilement prendre la décision de le refaire. J’ai beaucoup de problématiques dans ma vie autour des choses qui se terminent, et ça, ça permet d’être plus proche de quelque chose qui est vraiment fini.
Je pense que Wilhelm est assez proche d’une bonne version de ce monde des idées, notamment grâce à cette expérience après quelques désillusions par le passé, mais aussi grâce à l’équipe. Il y a cette histoire de production qui est toujours quelque chose de compliqué pour moi. J’ai besoin d’être entouré par des ingés son qui ont une vision parce qu’on peut dire certains mots, mais l’interprétation va varier selon chacun : « Je veux un mix abrasif », ça veut dire quoi en fait ? Là, par exemple, je ne pensais pas nécessairement qu’il serait comme ça à la fin, mais ce sont les compos aussi qui veulent ça, ce n’est pas que la prod évidemment : il est assez vénère, assez bourrin. Mine de rien, il y a beaucoup de blast, et de toute façon Caste est fort sur le gros son sans pour autant être dans quelque chose de super moderne. Selon moi, il est bon sur tous les aspects, mais sur la batterie, c’est vraiment le roi, surtout sur une batterie complexe à mixer, avec des variations de vélocité énormes entre du blast beat où la caisse claire n’est pas tambourinée et tout d’un coup des passages plus lents… Sa direction artistique a été super pour notre batteur, il nous a dit que c’était sa meilleure expérience de studio, qu’il s’était vraiment senti tiré vers le haut, que ça a donné – pour employer une expression de réseaux sociaux – la meilleure version de lui-même.
Tu avais déjà travaillé avec Francis Caste pour le dernier Merrimack, non ? C’est pour cette raison que tu l’as choisi ?
Je l’avais déjà dans mes petits papiers depuis longtemps, mais ce n’était pas possible, notamment pour des raisons financières. Il y a aussi le fait qu’ayant maintenant un enfant en bas âge, je pouvais moins me barrer à droite à gauche, donc c’était plus simple d’avoir un gars sur Paris. J’aime bien aussi les moments coupés du monde cela dit, c’est pour ça que l’expérience au Drudenhaus avait été super : pendant huit-dix jours de mix, j’étais juste la tête là-dedans. Je le referai peut-être à l’avenir, mais là, tout s’alignait pour Francis Caste : Agonia m’avait donné plus de budget, et l’expérience avec Merrimack m’avait confirmé que bosser avec lui était vraiment top.
« De Johannes à Wilhelm, on passe de la décadence à la cadence. »
Lorsque nous avions parlé pour la sortie du dernier Neo Inferno 262, tu disais qu’en gros, ton enfant aurait pu être ce nouvel album, que les deux sont des projets qui vont dans le même sens : celui de la responsabilité, de la maturité. Je suppose que tu ne savais pas nécessairement en commençant cette trilogie que tu aurais un enfant pile au moment d’aborder ce sujet. Est-ce que tu peux redevenir là-dessus plus en détail ?
Alors, j’ai commencé à trouer les préservatifs… Non, je rigole [rires]. Je ne me suis pas forcé à faire un enfant parce qu’il fallait que ça tombe sur le stade éthique. C’est un hasard – encore que hasard, ça veut tout et rien dire. Quand j’ai eu l’idée de la trilogie, je venais d’avoir quarante piges. Je ne me suis absolument jamais consciemment dit que ça tomberait peut-être à un moment où je deviendrais père parce que ça n’a jamais été hyper clair que je le devienne – je ne m’étais pas dit que je ne voulais pas d’enfants, mais je ne voulais pas absolument en avoir non plus. Ça s’est présenté par choix, pas par accident, ni même par un heureux accident ; nous nous sommes dit que c’était maintenant, et il se trouve que ça tombait pendant cette période-là.
Appeler mon fils Sören a aussi été un hasard, même si c’est le prénom de Kierkegaard dont parle la trilogie. Je bossais déjà dessus, je pense, lorsque nous en avons parlé, mais ma copine n’était pas enceinte, donc je ne mettais pas la charrue avant les bœufs et n’étais pas du tout dans cette histoire de prénoms. Nous glandions sur la plage l’été d’avant, ma copine regardait des listes de prénoms scandinaves, et elle m’a dit : « Ah, Sören, c’est pas mal ! » Elle ne l’avait jamais entendu, mais moi, j’y avais déjà pensé – à certains stades de sa vie, quand on s’amuse à penser à des prénoms en se disant : « Tiens, j’aimerais bien que mes enfants s’appellent pareil », je m’étais dit que Sören serait dans mon top trois, mais je l’avais oublié. Du coup, les tergiversations ont duré cinq secondes. Pour la petite histoire, elle, avec son sixième sens féminin très développé, a dit : « De toute façon, ce sera une fille, donc on peut choisir ça mais peu importe », mais en fin de compte, ça a bien été un garçon [rires], donc ça s’est imposé. Beaucoup de choses ont convergé pour que l’album imbrique les épisodes de ma vie et les concepts, au point que contrairement à d’autres périodes, notamment pour la première trilogie sur Laborit et pour Johannes où j’avais relu Kierkegaard pour vraiment m’en imprégner, je ne me suis pas du tout replongé dans Kierkegaard cette fois-ci. C’est plus focus sur ma vie, et j’ai un peu tiré les concepts kierkegaardiens d’éthique vers moi, parce que lui, en l’occurrence, parle du mariage comme acte d’engagement, du choix. Il se trouve que je n’ai pas trop de velléités du côté du mariage et que c’était quand même un sacré choix de responsabilité d’avoir un enfant, donc je me suis dit que ça collait bien sans avoir à me retaper les « ou bien… ou bien ». Je pourrais employer des termes à la mode comme « synchronicité », mais je ne crois vraiment à rien qui nous dépasse – je ne pense pas qu’il y ait eu une guidance suprême qui a fait converger tout ça, mais j’aime bien noter les heureuses contingences après coup et en faire sens a posteriori.
J’ai encore plus insisté là-dessus en ayant un morceau intitulé « Eros N » : pour ceux qui ne l’ont pas capté, ce qui est normal car je me fais des auto-private jokes, c’est une référence à Eros Necropsique, mais c’est aussi l’anagramme de Sören, et elle contient des samples de ses premiers cris – il avait un quart d’heure et le premier truc auquel j’ai pensé pendant que sa mère se faisait recoudre à côté parce qu’il y a eu une césarienne d’urgence, ça a été : « Je vais faire des samples de mon fils » [rires]. De la même façon que j’avais enregistré sa mère en train de hurler quelques heures plutôt car nous – enfin, je dis « nous », mais moi je n’ai pas fait grand-chose – étions partis sur un accouchement le plus naturel possible, pas médicalisé, dans une structure qui s’appelle « Comme à la maison », qui est liée à un hôpital quand même mais qui est comme une chambre d’hôtel, donc sans péridurale… Long story short, ça ne s’est pas passé comme prévu, ce qui est assez classique pour les premiers, et ça s’est terminé médicalisé, mais j’avais quand même gardé en tête que je voulais immortaliser ce moment d’une façon ou d’une autre pour continuer les convergences. On ne reconnaît pas les sons, j’ai beaucoup trafiqué les samples, mais il y a un peu tout qui est réuni sur cet album et particulièrement sur ce morceau-là.
Est-ce que c’est la première fois que ce genre de coïncidences entre ta vie et ton œuvre se produisent, que tes expériences ne t’inspirent pas seulement après coup, mais que tout se passe en même temps ?
À ce point-là, oui. Évidemment, comme tu dis, il y a toujours quelque chose, mais c’est moins littéral. Là, ça l’est vraiment : les paroles ne sont pas un rapport clinique, mais elles parlent d’un accouchement. Après, des auto-private jokes, j’en ai plusieurs : je m’amuse parfois à reprendre un titre d’un groupe à un autre, Decline Of The I à la base c’était un morceau du dernier album de mon projet perso précédent, Loves Lie Bleeding, et c’est une traduction/anagramme de mes nom et prénom… Il y a toujours ce genre de trucs en filigrane. Mais des choses aussi précises, aussi concrètes, je n’en avais jamais eu. J’ai déjà dû parler de bad trips sous drogue, mais ce n’était pas à ce point-là. Je verrai pour la suite s’il y en a d’autres, mais le stade religieux, je ne sais pas… Tout peut arriver [rires], mais a priori je ne vais pas tourner catho tradi-messe en latin comme il était à la mode de le faire il y a quelques années dans le black metal. Je ne suis à l’abri de rien, mais pour l’instant ça ne va pas dans cette direction, même si je le déplore un peu [petit rire].
« Je suis au carrefour de plein de contradictions : les choses que j’ai envie de faire, les procédés que j’ai envie d’utiliser, parce que j’ai une nouvelle banque de sons qui m’intéresse beaucoup, par exemple, mais qui ne sert pas forcément le propos, mon goût du moment, le monde qui va l’entendre… »
C’est ce que j’allais justement te demander. La foi est une question qui te travaille, nous en avions déjà parlé il y a presque une dizaine d’années et tu m’avais dit : « J’aimerais bien terminer vieux catho un peu kierkegaardien, je me verrais bien comme ça. » Est-ce que tu utilises délibérément ta musique comme un moyen d’avancer sur certains points ou de déclencher des expériences, en l’occurrence ici par rapport à la foi ?
Oui, je ne l’avais pas vu comme ça mais c’est intéressant… Ça me mettra de toute façon dans un état particulier, peut-être celui de Cioran qui a éperdument essayé de devenir mystique et qui quand il pensait enfin étreindre l’extase s’endormait – peu importe. Le chemin est intéressant. Pour le coup, je pense que je me replongerai dans Crainte et Tremblement de Kierkegaard qui m’avait beaucoup marqué à l’époque, il y a vingt-cinq ans maintenant. Après, ce qui en découlera, je n’en sais rien. Il y a plein de nuances entre être tout d’un coup frappé par la foi et avoir un peu plus de commerce avec les mystiques ou ceux qui y croient. Justement, comme autour de moi il y en a plusieurs qui ont passé le pas, je peux avoir des discussions avec des croyants intéressants. Je ne désespère pas d’avoir un peu plus de temps maintenant que mon fils grandit pour pouvoir partir plus longtemps et repartir sur les chemins de Compostelle, ce genre de chose qui me baigne dans ce souffle. Nous verrons bien, mais c’est vrai que finalement, ça pourrait repartir là-dessus : j’avais eu l’idée de la trilogie la dernière fois ou l’avant-dernière fois que je marchais sur Compostelle, alors peut-être que je clôturerai la composition ou les paroles ou quelque chose en rapport avec la fin de la trilogie la prochaine fois que je remarcherai – ça, c’est bien vu, il y a peut-être quelque chose qui augure de ce côté-là.
Cette nouvelle trilogie me semble plus black metal, voire tout simplement plus metal que la précédente. Est-ce que c’est volontaire ? Tu parlais du fait que la fanbase du groupe grandit : ces derniers albums sont peut-être plus faciles à appréhender pour des fans de black…
Oui, je m’en rends compte après coup. Ce n’est pas du tout délibéré, il y a même une partie de moi qui le déplore dans un sens parce que moi, je me fantasme à complètement sortir du metal et devenir un groupe pur… pur je ne sais même pas quoi, en fait [rires]. C’est une idée qui est là mais dont je ne trouve pas l’incarnation, donc je m’en éloigne presque… Mais oui, je me retrouve à mettre beaucoup de guitare. Et je suis d’accord – il n’y a pas longtemps, je me suis réécouté la première trilogie et c’est vrai qu’il y avait un côté moins riffy peut-être, avec plus de passages atmo, plus sombre aussi. Je ne m’en étais pas rendu compte mais on me l’a fait remarquer : les premiers sont vraiment plus torturés, plus dissonants, effectivement. Les pochettes l’étaient aussi, c’était quelque chose de très gris, très saturé, et c’est moins le cas maintenant. On m’a aussi beaucoup dit, même de la part des membres du groupe, que Wilhelm est très triste, très plombant. Je ne m’en étais pas rendu compte non plus. Comme je le disais, ça va être un peu étrange de dire plus tard à mon fils que l’album que j’ai fait pour sa naissance est l’album le plus triste que j’aie fait… On verra comment il le prendra [rires].
Je suis assez content de ces mouvements : on a l’impression de contrôler plein de trucs, mais en réalité il y a plein de choses qui se passent plus ou moins involontairement et qui font de l’album quelque chose d’assez unifié alors que moi, j’ai toujours l’impression d’être éparpillé, dans tous les sens. Il y a un côté un peu éparpillé dans Decline, ça part dans pas mal de styles, mais finalement il y a des formes de cohésion qui dépassent la somme des parties mais qui ne m’apparaissent pas sur le moment, généralement. Sur le moment, elles m’apparaissent différemment de comme elles sont perçues, et de comme en fin de compte avec du recul je les perçois. Maintenant, je comprends beaucoup plus ce qu’on me dit sur ce côté triste et mélancolique.
Il y a peut-être aussi des sonorités qui reviennent à ce que je faisais il y a vraiment longtemps, des passages un peu black sympho… Finalement, ça reste mes premières amours, et je n’ai plus à rougir de mettre du bon gros violon sur un blast à la Emperor si ça me fait du bien et si je trouve que c’est juste à ce moment-là. Je pense quand même que j’aimerais avoir une forme un peu moins metal pour le suivant ; on verra dans les faits, peut-être que ce sera finalement du grindcore – bon, sans doute pas [rires]. En tout cas, je sais qu’il y aura quelque chose de plus éthéré, plus de nappes… C’est la couleur que m’évoquent les développements conceptuels qui vont avec l’album. Mais je verrai bien : je ferai avant tout ce qui me semblera sonner juste sur le moment plutôt que de trop y penser. On verra si ce sera toujours aussi metal.
« Jouer dans Merrimack, c’est un peu comme jouer dans un groupe de blues quand on fait du rock : ça ne se veut pas expérimental ni ne prétend réinventer complètement de nouvelles formes, en revanche il y a toujours ce lien avec la tradition qui m’importe. »
L’album a un côté synthèse, je trouve, avec en effet ces passages black très mélodiques, un peu sympho comme à tes débuts, et puis les boîtes à rythmes un peu trip hop de la première trilogie…
C’est vrai… Ça, c’est l’un des rares trucs conceptualisés à l’avance : j’avais fait exprès d’évacuer toutes les boucles de Johannes, pour qu’elles puissent revenir – les boucles, les samples (même s’il y en avait toujours), les boîtes à rythmes, les passages électro, etc. – sur Wilhelm. Mon idée de l’éthique et de la figure du juge [chez Kierkegaard], c’était aussi la cadence. Comme je l’ai déjà dit ailleurs, de Johannes à Wilhelm, on passe de la décadence à la cadence, et la boîte à rythmes me semblait un bon outil métaphorique pour évoquer ce passage-là. Pour le prochain, le côté vaporeux évoquera quelque chose de plus spirituel… J’aime bien avoir ce genre de petites contraintes. Comme je suis dans un style qui n’est pas très défini, à chaque fois que je commence à composer, il y a tellement de façons de traiter un riff, une mélodie, un arrangement, que parfois ça m’aide de pouvoir me dire : « N’oublie pas que ce serait pas mal qu’à un moment, il y ait de la boîte à rythmes ou qu’il y ait des nappes. » Ça me permet de me recentrer et de moins partir dans tous les sens car à côté de ça, des contraintes, je n’en ai pas beaucoup.
Dans le même style, je n’avais pas fait exprès mais je me rends compte qu’il y a cinq morceaux dans les deux premiers albums de cette trilogie, donc je pense que je vais essayer – même si ce n’est pas obligé – de faire une structure un peu similaire, avec quelque chose que je fais à chaque fois : un morceau super long à la fin, une sorte de morceau-monde. Comme là, il s’agira en plus de conclure la trilogie, il y a peu de chances que ce soit quelque chose de court. Mais on ne sait jamais, j’ai aussi vaguement l’idée de faire une reprise… Je verrai. Là, en tout cas, ça s’est articulé comme ça.
Pourquoi ce choix de la trilogie ? C’est la bonne quantité ou la bonne longueur de cycle, quelque chose comme ça ?
Ouais, un peu pour les mêmes raisons : ça permet de se mettre dans un cadre et de ne pas avoir à repartir de zéro à chaque album. Il y a quelque chose d’un peu rassurant là-dedans pour un gros anxieux comme moi. Comme je suis très anxieux justement, j’ai du mal à tout lâcher quand je compose, j’ai dû mal à me dire : « De toute façon, on s’en fout, je fais ce que je veux. » Je suis au carrefour de plein de contradictions : les choses que j’ai envie de faire, les procédés que j’ai envie d’utiliser, parce que j’ai une nouvelle banque de sons qui m’intéresse beaucoup, par exemple, mais qui ne sert pas forcément le propos, mon goût du moment, le monde qui va l’entendre… Être dans l’espace d’une trilogie me permet de prendre plus de place, d’en accorder à tous ces moments qui me remuent. Je peux me dire que si je n’ai pas pu placer quelque chose dans cet album-là, je pourrai le faire dans le prochain.
Je ne sais pas si je repartirai encore sur une trilogie après, je ne suis même pas sûr à cent pour cent de continuer Decline – à la fin de la première trilogie, je m’étais même dit que c’était fini, et puis ça s’était imposé à moi. Pour la prochaine, je me reposerai sûrement la question, mais là, je suis quand même plutôt confiant de continuer. La question, ce sera plutôt si je me relance dans une trilogie ou si, pour être tranquille, je pars sur une œuvre en dix parties, comme ça je sais que je bosse jusqu’à ma mort sur le projet – faudrait voir si le label aime bien l’idée aussi, cela dit [rires]. Je n’ai jamais remis en cause le fait de bosser avec Agonia, et ce n’est pas forcément que j’aie tant de griefs contre eux car les conditions n’ont fait que de s’améliorer – nous partions de pas grand-chose, en même temps [rires] – mais… Pour cette nouvelle trilogie, c’est beaucoup plus confortable, donc ça dépendra aussi de ça. On a toujours l’impression que l’herbe est plus verte ailleurs, mais là en plus nous avons pas mal discuté parce qu’il y a eu des petits problèmes de communication pour l’album d’avant, donc nous repartons sur de bonnes bases. Tout est au clair et ça se présente bien pour la suite, donc je verrai. C’est peut-être ce point-là qui sera à reconsidérer, et encore.
Comment ça se passe avec les chanteurs dans Decline ? Il y en a eu plusieurs, ils ne sont pas toujours très clairement identifiés : comment travailles-tu avec cette matière-là, qui n’est pas inerte comme celle des samples par exemple ? C’est toi qui écris les paroles, c’est ça ?
Maintenant oui, mais il y a eu plusieurs époques. Sur la première trilogie, je n’en ai pas écrit. Le premier chanteur était celui de Vorkreist à l’époque, groupe dans lequel je jouais. Je me suis dit : « Ah bah tiens, voilà, j’ai un chanteur sous la main ! » [Rires] Il se trouve qu’il m’a fait défaut au milieu de l’album : il n’avait pas été du tout prévu que je me mette au chant, mais comme il avait un peu disparu et qu’il manquait du chant dans l’album, je m’y suis collé – avec plus ou moins de réussite. Un troisième, Georges d’Eibon, a aussi participé, et c’est comme ça qu’est restée l’idée d’avoir de multiples chanteurs. Je me suis dit que c’était pas mal, ça fait moins monocorde, on peut faire plus de propositions. Pour le deuxième et le troisième album, je jouais avec Marc [Vestal] de Merrimack, donc tiens, je me suis dit qu’il pourrait s’en charger, et là, c’était lui qui écrivait les paroles. Il arrivait avec plein de bouts de textes, et nous piochions une phrase ou un morceau presque au moment de l’enregistrement, ou en tout cas au moment des maquettes, et ensuite je mettais un peu d’ordre… C’est vrai que j’en avais écrit quelques-uns aussi, mais sur le premier, pas du tout. Et puis il y avait aussi toujours Georges avec sa voix plus gutturale. Sur le troisième, je me suis mis au chant clair parce que je devais avoir un guest de Mat [McNerney] de Hexvessel avec qui j’étais en contact et avec qui nous étions un peu potes, mais il m’a fait faux bond. Encore une fois, je me suis dit que c’était dommage parce que je voyais vraiment du chant clair sur ce morceau-là, donc je m’y suis mis, et c’est resté. Du coup je me suis dit : « Bah tiens, je m’y crois », et maintenant, je mets du chant clair partout [rires].
« L’angoisse est un concept central chez Kierkegaard, et je pense que c’est un concept central dans ma vie aussi [rires]. […] Tout part de l’angoisse : comme je n’arrive pas à résoudre ce problème dans ma vie, peut-être que j’essaie de le résoudre un peu dans la musique. »
Ensuite, lorsque nous avons commencé à faire des concerts, c’est Marc qui devait les assurer, mais finalement, il n’a pas pu pour des raisons perso, donc nous avons tout simplement auditionné à l’ancienne et nous avons choisi S.I., que nous connaissions. C’était un pote et nous sommes devenus très bons amis. Il s’est vraiment plus impliqué dans le projet que les membres précédents, pas nécessairement à l’écriture des paroles mais il les retravaille, travaille les placements, arrive avec plein d’idées… À un moment, c’était aussi lui qui gérait le merch, par exemple : nous sommes plus devenus un groupe, et là, c’est devenu évident que c’était lui qui allait continuer. Ce n’était plus : « Je fais chanter mon chanteur du moment dans mon projet solo », là il avait vraiment sa place en tant que chanteur de Decline. C’est presque l’inverse, maintenant : il chante aussi ailleurs, notamment dans Hell Militia. Je continue à rajouter mes voix, il y a Louise à la basse qui écrit aussi… Il se trouve qu’elle n’est désormais plus dans le groupe, donc nous verrons pour la suite, mais voilà. J’ai voulu garder quoi qu’il arrive ce mélange de différents types de chants parce que j’ai tendance à déplorer que certains albums de black soient trop monocordes (c’est peut-être juste moi qui ai un peu trop l’habitude, cela dit). J’aime bien jouer avec ces différentes approches, ces différentes voix.
Il y a un sample de Bukowski dans « Eros N » où il dit que l’art, c’est faire des choses dangereuses avec style. Ça m’a fait penser au black metal en général, où il y a cette idée qu’on doit réellement mettre quelque chose en jeu, prendre des risques. Quel est ton rapport au black, justement, après des années à en jouer dans plein de groupes différents ? Dans Decline Of The I, j’ai l’impression qu’il y a une volonté de dépassement, de pousser les choses plus loin : de la même manière, qu’est-ce que tu penses de ce qualificatif de « post- » parfois utilisé pour parler de ce projet ?
C’est une bonne question. Justement, je me réinterroge à peu près tous les cinq-dix ans à propos de mon rapport au black metal, un peu comme on recouche avec une vieille maîtresse en se demandant si on en a toujours envie : j’en ai toujours envie, à la fois d’en écouter et d’en faire. Pour moi, jouer dans Merrimack, c’est un peu comme jouer dans un groupe de blues quand on fait du rock : ça ne se veut pas expérimental ni ne prétend réinventer complètement de nouvelles formes, en revanche il y a toujours ce lien avec la tradition qui m’importe. Par contre, dans ce que j’écoute, j’avoue qu’un énième clone de je ne sais pas qui, ça m’intéresse moins. Pour moi, l’un des plus beaux albums de ces dernières années, c’est Polar Veil de Hexvessel, justement. Techniquement, il n’a pas de voix black, mais je suppose que Mat doit avoir le même genre de rapport au style, une sorte de cycle où il y a à la fois une fidélité immuable et une volonté de ne pas exactement refaire toujours la même chose, tout en travaillant vraiment le son et les compos pour que ce soit plus qu’un hommage, que ce soit vraiment du black metal. Ce qui est intéressant là-dedans, c’est qu’il ne s’agit pas juste de cloner du Darkthrone ou du Burzum, il s’agit d’en faire quelque chose d’autre, d’où la voix claire par exemple. Le nouveau [Nocturne] sonne pareil mais il remet un peu de voix black et je trouve que ça fait du bien aussi… Bref, je reste attaché à ce style, je ne suis pas là que par habitude. Bien sûr, j’écoute plein d’autres choses et j’aime bien un peu de fraîcheur, mais il y a quand même ce truc inaltérable.
Pour la question du post-, j’y réfléchissais justement il n’y a pas longtemps par rapport à ces déclinaisons sans fin de « black metal quelque chose », jusqu’à des trucs un peu discutables comme le « marin black metal ». Je n’ai rien contre Houle personnellement, mais ça pose question : est-ce que ça reste black metal de mettre une marinière ? Et finalement, je me suis dit que tout ça, c’était l’héritage de la façon dont est vraiment né le black metal, en tout cas la seconde vague norvégienne – j’enfonce une porte ouverte, mais je ne me l’étais pas formulé comme ça : dès le début, il y avait déjà plein de déclinaisons, parfois pratiquement la même année. Dernièrement, je bossais du Ved Bues Ende à la guitare, et c’est fou comme ça sortait déjà des clichés. Ce n’est pas du Darkthrone ni du Mayhem ni quoi que ce soit ; dès le début, il y a eu quelque chose qui allait au-delà de ça. Je sais que ça a déjà été dit plein de fois, mais je m’en rends plus compte maintenant avec du recul. Ce n’est pas que de la musique, et finalement des choses très différentes musicalement peuvent garder cette dénomination car les musiciens en pensent quelque chose et en quelque sorte, le black metal va contaminer une autre forme plutôt que l’autre forme va contaminer le black metal. Après, il y a débat : d’autres vont dire qu’au contraire, c’est la forme extérieure qui va contaminer le black et que ça n’a pas sa place, que seul le true black metal a un sens. Et pourquoi pas, d’ailleurs, mais je ne suis pas d’accord avec ça – je ne dis pas que j’ai raison, mais je ne le vois pas comme ça, même si je comprends les autres avis. En fait, cette question du post- a moins de sens maintenant que j’ai réfléchi à tout ça. Je considère, même si d’autres ne le font pas, que ça reste du black metal. Est-ce que ça veut dire « après » dans le sens chronologique ? Je le prends plutôt dans le sens de post-moderne, c’est-à-dire qu’effectivement, il n’y a plus de réinvention de forme ex nihilo, de formes véritablement nouvelles, mais on mélange des formes existantes pour faire des alliages un peu nouveaux. C’est le cas du black metal et de beaucoup d’autres styles de musique : ça fait très longtemps qu’il n’y a pas eu de nouvelles formes, mais nous arrivons à avoir des agencements intéressants qui nous font nous dire qu’on écoute quelque chose de nouveau. Ce ne sont que de nouvelles rencontres, mais c’est beau, aussi, les rencontres, donc ce n’est pas un problème pour moi.
« Dans la terminologie musicologique, on parle de résolution après une tension ; d’une certaine façon, la musique c’est tout simplement être créatif dans les tensions, et puis retomber à la maison, comme on dit. »
« Post-black metal », ça permet aussi d’y voir un peu plus clair : ce n’est pas un black metal qui parle de satanisme ou de forêts norvégiennes, par exemple. On va dire que c’est ça, mais ça reste des continuums. C’est pour ça que j’aimais bien qualifier Decline non pas de post-black metal mais de troubled black metal, pour retrouver cette idée de quelque chose qui se trouble… Je ne me l’étais pas formulé comme ça, mais ça revient à dire que c’est les autres choses qui sont troublées par le black metal plutôt que l’inverse – j’avais tendance à dire l’inverse, mais je pense que peu importe : quelqu’un qui va entendre des samples de Deleuze ou de musique classique ne va pas se dire que c’est de la musique classique avec du metal, il va se dire : « C’est du metal, ton truc. » Je pense que c’est trop puissant pour que ça passe au second plan de toute façon. Voilà où j’en suis, mais je continue à réfléchir à ce que je fais et à ce que j’écoute.
Tu disais plus tôt que les gens ont perçu Wilhelm comme triste. Moi, il m’a paru très angoissé, très anxieux – j’ai même l’impression que l’angoisse, c’est son thème, celui de l’album et peut-être même celui de ce projet. Il y a ce sample sur « Diapsalmata » où on entend une femme qui parle de son angoisse de manière très belle et poignante avec un beat en fond qui fait penser à « Mother And Whore » du premier album… Je ne suis pas une grande spécialiste de Kierkegaard, mais il me semble que ça colle avec le thème, cette idée que tu es tourmenté par le choix jusqu’à ce que tu le fasses et que tu lâches quelque chose, ce qui peut en effet sembler triste – le dernier morceau s’appelle « The Renouncer », d’ailleurs…
Oui, pour moi, d’un point de vue conscient, c’est clairement ça, en effet. L’angoisse est un concept central chez Kierkegaard, et je pense que c’est un concept central dans ma vie aussi [rires]. C’est clairement quelque chose qui jalonne tout, avec cette question de savoir quel est l’intérêt d’en remettre une couche alors que je suis déjà anxieux. Est-ce qu’on exorcise ? Je ne sais pas. Il y a en tout cas des moments de résolution, c’est ce que permet la musique. Dans la terminologie musicologique, on parle de résolution après une tension ; d’une certaine façon, la musique c’est tout simplement être créatif dans les tensions, et puis retomber à la maison, comme on dit. C’est pour ça que ça m’intéresse d’avoir ces moments que moi, je trouve assez lumineux, mais qui en fait ne le sont peut-être pas tant que ça [rires], où, en tout cas, on se retrouve un peu plus chez soi. Je suis en train de lire La Maison des feuilles, donc un chez-soi un peu particulier, mais on y a toujours sa chambre [rires].
Un chez-soi un peu anxiogène aussi, donc [rires].
C’est sûr [rires]. J’ai tendance à toujours fantasmer la plaine : tout est escarpé, anguleux et torturé, mais à un moment on rejoint des plaines… pour voir qu’il y a des dénivelés juste après – mais enfin il y a ces moments-là, quand même, et j’essaie de parsemer ma musique de ça, même si c’est parcimonieux. Tout part de l’angoisse : comme je n’arrive pas à résoudre ce problème dans ma vie, peut-être que j’essaie de le résoudre un peu dans la musique avec ces moments de respiration, où on arrive quelque part et où on peut souffler un peu. Je ne pourrais jamais faire de musique comme les albums de Deathspell Omega (hors Paracletus) – je pense à eux parce que ce sont les maîtres, je trouve, dans l’art de faire des albums entiers où on ne respire jamais, où on n’arrive vraiment jamais à la maison. Ça, je ne sais pas faire, j’ai besoin quand même d’y arriver. J’aime bien jouer avec les dissonances mais je ne perds pas de vue la mélodie non plus. J’ai envie qu’on me comprenne un peu, je ne suis pas intéressé (même si ça m’intéresse conceptuellement) par les musiques concrètes, les musiques atonales et tout ça ; j’ai besoin quand même qu’il y ait un vocabulaire qui puisse être transmis, et pas seulement de façon élitiste en se disant : « Super, c’est atonal, personne ne va comprendre » [rires]…
« J’ai tendance à toujours fantasmer la plaine : tout est escarpé, anguleux et torturé, mais à un moment on rejoint des plaines… pour voir qu’il y a des dénivelés juste après. »
J’aime bien transmettre, et je pense aussi que la musique ne transmet pas que des émotions négatives. Ça éveille aussi la curiosité, notamment à propos des concepts ; des gens qui écoutent Decline se sont mis à lire Laborit ou se renseignent sur Kierkegaard et je suis content de faire passer ces trucs-là. Peut-être que bientôt, des gens vont faire des enfants grâce à moi [rires] – ou pas, ils vont renoncer en se disant : « Bof, en fait » [rires]. En tout cas, je peux dire quand même que malgré l’angoisse totale la nuit de la naissance de mon fils – ça a été la pire nuit de ma vie je pense, je me suis dit qu’en faisant ce choix, j’avais fait la pire erreur de ma vie, je me suis dit que j’étais coincé, c’était horrible –, ensuite les choses se sont ouvertes, assez vite, d’ailleurs. Et là, je suis content de caresser des choses peut-être pas triviales, mais en tout cas pas originales pour un sou, et je suis vraiment content de me baigner dans ce nouvel amour, tout simplement parce qu’à la fin, c’est pas mal, l’amour. Avoir découvert ce nouveau lien fait naître d’autres angoisses mais les contrebalance largement : j’avais un peu l’impression d’avoir transmis ça dans l’album… Bon [rires]. Mais je les vois, ces moments-là ; c’est important aussi. Et c’est peut-être ça que je dirai à Sören : « Regarde, là, ce n’est pas si triste, ce n’est pas si anxiogène, il y a un truc un peu lumineux ! »
Après, je ne me refais pas, et j’aurais énormément de mal à faire de la musique qui ne soit pas anxiogène, justement. C’est pour ça que j’aime bien prendre des commandes : ma copine est comédienne et je travaille sur la musique de la première pièce qu’elle est en train d’écrire, par exemple. Bon, le sujet, c’est la dépression post-partum [rires], mais ça ne se veut pas plombant. Il y a des moments angoissants, mais il y a aussi des moments où je suis à contre-emploi et ça me fait du bien de faire des choses très différentes de ce que je fais d’habitude.
La façon dont tu parles de ton processus de composition rejoint la façon dont tu parles de la naissance de ton fils… Tu arrives à la même idée qu’avoir des contraintes permet de canaliser l’angoisse et qu’avoir un cadre, ça ne fait pas de mal…
C’est vrai, c’est juste, mais ce n’est presque pas assez. Je m’étais dit : « Je vais avoir un enfant, donc plein de trucs qui me travaillent en ce moment vont me paraître dérisoires parce que ça va tout balayer. Ma vie, mon œuvre, on va s’en foutre maintenant : comme le dit un pote, je bosserai pour cet enfant », mais ça n’a pas trop fait ça. Ça s’est rajouté des deux côtés : quelque chose de super et d’autres trucs un peu chiants. Vers la quarantaine, je m’étais dit que j’allais arrêter d’avoir quarante mille groupes, et là, de fait, c’est mathématique : je ne peux plus avoir quarante mille groupes, je n’ai pas le temps. Sa mère est comédienne et souvent partie – beaucoup plus que moi d’ailleurs – en tournée, donc ce serait ingérable. C’est déjà compliqué, nous nous sommes déjà retrouvés à partir tous les deux en tournée à la fois, à devoir gérer les grands-mères, bref… Ça comprime les choses et ça permet aussi de tailler dans le gras : je ne vais pas dire que je ne fais que des choses essentielles, mais il y en a pas mal que j’ai dû passer par-dessus bord car je n’ai plus le temps et j’ai moins l’énergie. Ce sont des bonnes contraintes de ce point de vue-là, ça m’a été utile pour ça.
Je trouve que l’album est une réussite de ce point de vue-là parce que si on s’immerge vraiment dedans, on est forcé de se confronter à ces choses qu’on vit tous : faire des choix, des renoncements, prendre ses responsabilités… Où on en est dans sa vie par rapport à ces questions-là va ensuite sans doute teinter notre perception de l’album.
Exactement, et c’est ça que j’adore : les lectures extérieures. J’avais cette conversation avec Olivier [Déhenne] d’Eros Necropsique à qui ça donne des ulcères que les gens ne comprennent pas où il veut en venir. Je lui ai dit : « Mec, qu’est-ce que tu crois ! [Rires] Bien sûr qu’il y a des gens qui vont disséquer tous tes textes façon première L, mais regarde comment les gens consomment la musique : les gars vont juste entendre un mot par-ci par-là et puis c’est tout, ils ne vont pas capter de quoi tu parles. Ils vont se dire : ‘Ah oui, c’est très sombre’, et puis c’est tout. » Moi, je suis au contraire hyper intéressé par ce que les gens me remontent. Ça me rappelle Deleuze qui disait dans l’Abécédaire que lorsqu’il avait sorti un livre sur le pli, des surfeurs et l’amicale de l’origami lui avaient écrit pour lui dire qu’ils s’étaient retrouvés dedans, même si à la base, c’est un livre sur Leibniz. Je trouve ça super, et puis ça ne veut pas dire être incompris : c’est juste être reçu d’une intimité à une autre, et pas simplement transcrire des messages. Les faire passer par le prisme de l’autre et voir comment ça réagit, c’est passionnant. C’est l’une des vies les plus passionnantes de l’album.
« J’aime bien jouer avec les dissonances mais je ne perds pas de vue la mélodie non plus. J’ai envie qu’on me comprenne un peu, […] j’ai besoin quand même qu’il y ait un vocabulaire qui puisse être transmis. »
Justement, est-ce que tu pourrais parler de ton rôle dans Eros Necropsique, qui a sorti un album auquel tu as participé, Dépression, il y a peu de temps ?
J’ai découvert Eros Necropsique adolescent dans Metallian, comme pas mal de monde à l’époque ; j’avais adoré. Comme je l’ai raconté à Olivier, ma première copine n’écoutait pas du tout de metal, et je me demande si la première fois que nous avons baisé, ce n’était pas sur du Eros Necropsique, dans la maison familiale et tout ça [rires]. Je les ai vus sur scène et j’ai été transformé. J’ai relu mes vieux cahiers – j’avais dix-neuf ans à l’époque et j’étais en philo, donc j’étais très grandiloquent –, j’y avais écrit : « L’art n’est pas mort, l’espoir non plus ! » en rentrant à six heures du matin d’avoir vu Olivier se faire pisser dessus en concert, en gros [rires]. Mais je m’étais vraiment pris une claque.
En parallèle, je commençais Love Lies Bleeding, mon premier projet black metal sympho, et je cherchais une chanteuse. En première partie de ce concert d’Eros Necropsique, il y avait un groupe qui s’appelait Tragos Adein, un groupe acoustique avec une chanteuse [Jeanne François] – et, pour la petite histoire, le premier guitariste qui a fondé Antaeus ; techniquement Antaeus était le side-project du mec de Tragos Adein – sur laquelle j’avais complètement flashé. J’avais trouvé sa voix magnifique. Par hasard, un jour où j’allais chercher ma copine en fac de lettres – tout va boucler, t’inquiète [rires] –, j’ai vu que dans sa classe, il y avait justement cette meuf de Tragos Adein. Je lui demande de lui demander son contact, je l’appelle, à l’époque il n’y avait pas de portable, donc je tombe sur quelqu’un, et il se trouve que c’était le mec d’Eros Necropsique. Là, je comprends qu’ils sont ensemble, il me la passe, je lui dis : « Ma copine a dû te parler de moi, je cherche une chanteuse », et il se trouve qu’elle dit non [rires]. Mais quelques mois plus tard, lors d’une soirée gothique sur une péniche où allaient tous les metalleux à l’époque, j’ai aperçu Olivier et Jeanne. Je suis allé voir Jeanne en lui disant : « C’est moi qui t’avais appelé », et nous avons fini par sympathiser tous les trois, au point de me retrouver à sept heures du matin à tourner au Ricard chez eux. Ça, c’était en 1998 ou 1999.
Nous sympathisons plus profondément, nous commençons à nous voir régulièrement, Jeanne finit par chanter sur les albums suivants de Love Lies Bleeding et Olivier fait même son premier guest sur le troisième. Comme souvent, Eros était en hiatus à ce moment-là, mais il avait déjà composé ce qui deviendrait le quatrième album [Plénitude Ephémère]. Il m’avait fait écouter les maquettes en 1998 et m’avait dit : « Si je refais des concerts et si ça te branche, tu es dans le groupe. » Ce qui arrive début 2004, si je ne dis pas de bêtises, où nous jouons à la Loco pour un festival ; long story short, ensuite, nous avons joué au Festival d’Avignon, une super expérience dans un théâtre, nous avons fait quelques concerts, et en 2006, nous avions commencé à enregistrer un album, le quatrième, nous sommes arrivés jusqu’aux trois quarts et il s’est passé… Il ne s’est pas passé tant de choses, en réalité, mais Olivier est quelqu’un qui ne va pas très bien, donc il peut avoir des moments où il reste vraiment coupé du monde. À côté de ça, comme l’ingé son qui était pratiquement le quatrième membre d’Eros Necropsique était toujours à droite à gauche, ça n’avançait pas sur l’album, donc c’en est resté là. Nous avons refait un concert en 2014 et après, plus rien.
Je continuais à voir Olivier régulièrement, Jeanne et Olivier ont d’ailleurs fait un guest sur le deuxième Decline [Rebellion] sur la reprise de Françoise Hardy [« On Est Bien Peu De Chose »], et à un moment, c’est venu un peu par hasard… Nous avons reparlé de composer un album, notamment – c’était un vieux rêve de gosse – avec Alex [Iskandar Hasnaou] d’Elend. Nous nous sommes vus tous les trois à un moment et je me souviens m’être dit dans ce bar que je buvais un verre avec mes idoles d’adolescence ; c’était assez cool, même si ensuite ça ne l’a pas fait pour des histoires de calendrier, de dynamique… Après ça, nous avions fait une maquette pour un morceau ensemble avec Olivier qui n’avait rien donné non plus, mais fin 2019, il y a eu une conjonction de trucs qui ont fait que nous nous y sommes remis. Il a réécrit des textes pour la première fois depuis vingt ans et nous avons fait ce qui allait devenir le cinquième album, Dépression. Nous avons tout composé en un mois, c’est allé très vite. Ensuite, comme d’habitude, ça a été plus long à enregistrer et puis à sortir ; entre-temps, le Covid-19 est arrivé, et Olivier s’est dit que ce serait peut-être bien d’essayer de terminer le quatrième disque, du coup. J’ai enregistré la basse pour cet album, il a enregistré la voix… C’est pour ça que les deux albums ont été terminés à peu près en même temps, même si l’un d’entre eux avait été composé fin des années 1990-début des années 2000, et l’autre en 2019-2020.
« Là, je suis content de caresser des choses peut-être pas triviales, mais en tout cas pas originales pour un sou, et je suis vraiment content de me baigner dans ce nouvel amour, tout simplement parce qu’à la fin, c’est pas mal, l’amour. »
La différence entre les deux, c’est qu’avant, Olivier composait tout. Pour le quatrième, il m’a envoyé les parties de basse et je les ai faites, mais le cinquième a vraiment été une collaboration où j’ai composé quatre-vingts ou quatre-vingt-dix pour cent de l’album, mais sous sa direction. Je parlais de contraintes plus tôt : ça a été super intéressant d’être sous sa direction, d’avoir ses retours, s’il y avait des trucs que je n’aimais pas, il n’y avait pas de problème pour les mettre à la poubelle… Il y a aussi eu plein de moments de grâce où il écrivait un texte le soir et le lendemain, il y avait la musique, nous avions le morceau en vingt-quatre heures. Il y a eu des moments comme ça vraiment magiques. Eros a une identité assez claire, c’était comme avoir un cahier des charges, mais en même temps, j’ai pu y mettre ma patte. Dépression, c’est une vraie rencontre entre deux façons de faire, et c’est pour cette raison que j’en suis vraiment fier. Je trouve que c’est vraiment un super album et je suis très content que cette rencontre amicale, puis musicale mais avec moi plutôt dans un rôle d’exécutant, ait mené à cette rencontre au niveau de la création. Malheureusement, Olivier n’étant pas en très bon état, nous ne pouvons pas faire de concerts. Ça a failli se faire, mais là, ce n’est pas d’actualité. Voilà en gros l’historique.
L’album m’a vraiment plu – j’ai envoyé la chronique la semaine dernière. Comme d’habitude, j’étais à la bourre…
Ça m’est arrivé plusieurs fois que des chroniqueurs me disent ça mais en fait, j’ai presque envie de dire merci parce que finalement, ce n’est pas mal d’avoir des choses un peu asynchrones. Quand il y a quarante chroniques qui sortent la même semaine, je pense que tout le monde se bouffe les uns sur les autres, mais là, ça permet d’avoir des trucs un peu plus digérés. Même d’un point de vue strictement commercial, ça recrée de l’intérêt – maintenant, la durée de vie d’un album, c’est trois semaines, du coup ce n’est pas une mauvaise chose d’avoir des petits soubresauts plus tard… Je le vois maintenant sur les graphs Spotify qui te mettent bien dans la gueule que ton album a eu son moment : tu as choppé quelques auditeurs qui reviennent, mais globalement, il y beaucoup de gens qui ont vu le truc puis sont passés à autre chose. Des fois, ça peut créer des petits pics, du coup, c’est super. Le premier Neo Inferno [Hacking The Holy Code] par exemple a vécu hyper longtemps comme ça, avec des chroniques qui arrivaient dix ans après : j’ai trouvé ça vraiment cool. Donc non, c’est très bien, et ça devrait même être le concept d’un webzine : s’interdire de chroniquer les disques avant, disons, un an après. Parce que parfois, le groupe est hype, du coup on a des œillères ou inversement, de gros shitstorms font qu’on n’aime pas alors qu’après coup, on se dit que finalement, c’était un bon album…
Je suis complètement d’accord. Ça veut aussi dire que tu dois écouter l’album et te faire ton opinion vite, mais en réalité ce n’est pas comme ça que j’écoute de la musique… Un an plus tard, tu as du recul, au moins.
Oui, combien de fois je me suis dit : « Cet album est ouf » pour en fait ne plus l’écouter deux semaines plus tard, et après je comprends pourquoi, ou inversement. Ou alors il faudrait qu’il y ait un article à deux vitesses avec deux chroniqueurs différents, un qui le fait à la sortie et l’autre un peu plus tard.
Ou même refaire la chronique : si je refaisais des chroniques d’il y a deux ans, je suis sûre que j’écrirais autre chose…
Oui, ce serait super intéressant. J’ai vu qu’il y avait beaucoup ça dans le jeu vidéo : des gens qui font des tests du genre : « Est-ce que ça a du sens de jouer à tel jeu en telle année »… Ce n’est pas con !
Pour terminer sur Decline, tu bosses donc sur le prochain album…
Oui, pour 2028 a priori je dirais.
Et vous avez quelques dates de prévues, c’est ça ?
Oui, nous jouons le 4 septembre au Backstage avec le chanteur de Rotting Christ, Sakis Tolis, en solo. Nous jouons aussi vers Lyon fin septembre avec Hegemon et Les Chants De Nihil, et nous jouons à Conflans en tête d’affiche avec Écrasons L’infâme, dans une sorte de MJC qui est dans un château, ce que nous avons trouvé marrant… Il y a d’autres trucs en discussion mais nous n’avons pas de bol parce que j’ai pas mal d’actus dans Merrimack et les autres aussi avec Hell Militia, donc il y a des dates qui nous sont passées sous le nez parce que nous n’étions pas disponibles. Nous espérons que d’autres choses se présentent, mais pour le moment, c’est ce que nous avons.
Interview réalisée en visio le 10 juillet 2025 par Chloé Perrin.
Retranscription : Chloé Perrin.
Photos : William Lacalmontie.
Facebook officiel de Decline Of The I : www.facebook.com/declineofthei
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