Dogstar, groupe formé au tout début des années 1990 en Californie avec des gars qui sont toujours là, se sont interrompus, reviennent, ont trois albums studio, dont Somewhere Between The Power Lines And Palm Trees sorti en octobre 2023, pas trop de concerts à leur actif. Avant cette tournée. Ils ont ouvert pour Bon Jovi et David Bowie. Sacrés faits d’armes. Et ils ont un certain Keanu Reeves qui officie à la basse. Oui, oui, le Néo de Matrix, le gars de Speed qui sauve Sandra Bullock et Johnny Utah qui traque Patrick Swayze parmi les surfeurs. Ce ne sera pas le premier acteur à la jouer rocker. Ici, le nom de star se fond dans le groupe. C’est l’ambition. Pas simple au vu de la notoriété de l’acteur. Le style de Dogstar ? Un rock tranquille qui caresse les tympans avec douceur.
En ouverture, le Lyonnais Léman, seul sur scène. Comme le lac. Ce qu’il n’aura de cesse de marteler ce soir. Marketing efficace. Voyons sa musique, comme il ouvre le bal de cette soirée à guichets fermés.
Artistes : Dogstar – Léman
Date : 2 juin 2024
Salle : La Cigale
Ville : Paris [75]
20h00, Léman démarre par « On Est Plein ». Quand on ne connaît pas, plusieurs choses frappent en ce début de soirée. Déjà, mettre quelqu’un seul, avec ses bandes, sa guitare, n’est pas forcément un grand défi pour la tête d’affiche. Soit. Ensuite, on est surpris parce que le public connaît manifestement l’artiste et réagit sans tour de chauffe. Enfin, on trouve quand même un style télécrochet actuel dans la proposition. Effectivement, Léman est passé par The Voice. Narquois, plein de préjugés, de quoi pousser à partir au bar… Mais l’artiste accroche son auditoire, répète son nom comme le lac, défend sa chance crânement et avec réussite. Et il a une sacrée voix !
Un tantinet démago avec ses paroles ? Effectivement, « Petit Garçon » aborde les thèmes de notre société de manière assez frontale. « Je pourrais faire les lois et être au-dessus à la fois », « Petit garçon né blanc, avantages à la naissance ». Il reprendra « Vivre Ou Survivre » de Daniel Balavoine, chanteur qui, d’après Léman, aurait des choses à dire aujourd’hui. L’engagement de Balavoine est effectivement connu. Il sait rebondir commercialement. En effet, un spectateur demande un autre titre de Balavoine. Léman lui répond que pour cela, il faudra venir à La Maroquinerie le 28 novembre. Il teinte sa prestation d’humour (« je sais que vous n’êtes pas là pour moi », dira-t-il) et se montre humain quand il raconte qu’il a écrit le titre « Adieu Musique » après un rendez-vous professionnel désastreux. En trente minutes, le Lyonnais aura mine de rien mis la salle sur de très bons rails.
Le public est mixte en sexe, son adolescence est assez loin désormais, trentenaires et plus. Fin de l’étude sociodémographique de cette audience qui patiente au son de The Cure (retenez le nom) ou de Bowie, et lève quelques bras quand le photographe officiel prend des photos depuis la scène. Les Américains arrivent sans effusion superflue. Trois hommes en noir qui lancent « Blonde », faisant preuve d’une douceur chaloupée avec cette voix un peu haut perchée. Agréable démarrage tranquille au moyen ce joli titre issu du dernier album. « Lust » continue dans l’exploration de Somewhere Between The Power Lines And Palm Trees. Sont-ils bien américains ? Leur musique transpire quand même une certaine influence anglaise.
Dans l’immédiat, la prestation reste discrète, laissant place à la musique. Il faut attendre la fin du troisième morceau pour que Bret Domrose, chant et guitare, adresse un bienvenue et un bonsoir au public qui salue la prestation. Cette prestation qui possède un atout imparable : la qualité du son ! On n’aura rarement entendu si clair, tous les instruments sont audibles. On pourrait rétorquer que « oui, mais ils ne sont que trois, c’est plus facile », « oui, ils ne jouent pas du metal potard à fond ». En attendant, de la basse de Keanu à la voix de Bret ou à la batterie de Robert Mailhouse, les oreilles profitent pleinement de tout. Le petit couac au démarrage de « Everything Turns Around » ne dérange personne, fait sourire les musiciens et casserait presque cette posture très réservée. Un nouveau titre, « Out Of », continue de nous plonger dans une torpeur agréable. Le doux « Glimmer » continue dans cette ambiance tranquille, calme, reposante, sereine.
Certains batteurs chantent, Robert joue de l’harmonica, sur « Dillon Street ». Titre qui donnera l’occasion à Bret de présenter Robert qui présentera le chanteur en retour, lequel chanteur présente Keanu. Vous avez suivi ? Tous sont salués. Certes, Keanu un peu plus que les autres mais sans hystérie non plus. Bret échangera avec le public, même s’il reste mesuré dans son animation scénique. « Are you good ? Sweat together et have fun ! » dira-t-il avec un certain humour.
De nouveaux titres arrivent à temps pour sortir le concert d’une certaine routine. On est passé d’une prestation tranquille et animée à, depuis quelques titres, quelque chose de moins percutant. Mais « Runway » ou « Marmalade », les nouveaux morceaux, réveillent l’ambiance avec un côté plus rock et enlevé. Keanu change de côté enfin. Bret joue ses solos au plus près des fans. Ça y est, l’attitude est plus conquérante et la réaction des fans est enthousiaste ! Ils saluent avec ferveur cette belle énergie qui relance le concert. « Breach » maintient le rythme et, un peu avant 22h, amène une Cigale qui jubile vers les rappels. Sur ce titre très QOTSA, Robert participe au chant. Les quelques notes « solos » de basse de Keanu déclenchent quelques cris mais finalement pas plus que les solos de Bret.
Les spectateurs restent mobilisés et font beaucoup de bruit pendant la courte pause à laquelle le groupe met fin avec « Just Like Heaven » de The Cure (le nom qu’il fallait retenir). « Yes, we love The Cure », confiera Bret. D’où cette teinte anglaise dans leur musique ? Le concert se termine vers 22h10 sur des titres enlevés. Très bonne idée !
A retenir, une prestation agréable qui a démarré tranquillement avec de jolis titres et a montré finalement une belle énergie malgré un passage à vide. Toutefois, difficile d’occulter le statut de Keanu Reeves. Il a beau être humble, au même niveau que ses camarades, au service du groupe, il est quand même LA star. Du coup, on ressentirait presque comme une gêne, comme si cette star empêchait le groupe de s’exprimer complètement, ou quelque chose de cet ordre. A noter que le public a aussi respecté le groupe, sans hystérie déplacée par rapport à l’acteur mondialement connu. Peut-être lui aussi s’est-il bridé ? En tous les cas, la soirée, même ainsi, a été belle. Keanu Reeves a indéniablement une classe naturelle et la basse lui va très bien.
Un dernier mot : nous nous excusons du mauvais jeu de mots du titre de ce compte rendu. Le rédacteur a eu un gage : regarder d’une seule traite tous les John Wick !
Setlist (source setlist.fm) :
Blonde
Lust
How The Story Ends
Everything Turns Around
Out Of
Glimmer
Dillon Street
Math
Shards Of Rain
Overhang
Sleep
Runway
Marmalade
Breach
Rappels :
Just Like Heaven (reprise de Cure)
Shallow Easy
Lava Lamp
Jackbox

































