Doug Aldrich, guitariste du groupe The Dead Daisies, a fêté en février dernier ses soixante ans. Au cours de ses quarante ans de carrière, le musicien a joué d’innombrables concerts, avec des formations telles que Bad Moon Rising, Dio, Whitesnake, Revolution Saints, etc., et côtoyé sur la route, en backstage et sur scène des centaines de musiciens aussi chevronnés qu’iconiques tels que Randy Rhoads, Gary Moore, Ronnie James Dio, Glenn Hughes et David Coverdale.
A l’occasion de la sortie du Best Of de The Dead Daisies et du passage du groupe dans l’Hexagone cet automne, nous nous sommes entretenus avec Doug Aldrich pour en savoir plus sur le rapport qu’il entretient à la scène et la vie en tournée. Un angle spécifique on ne peut plus logique, The Dead Daisies étant un sacré groupe live et Doug un guitar hero et showman hors pair ! Des premiers concerts qui l’ont marqué lorsqu’il était ado à son analyse, entre autres, des différences entre les publics de The Dead Daisies selon les continents, l’entretien suivant avec Doug Aldrich brasse large.
« Après toutes ces années, j’éprouve toujours autant de plaisir à être sur scène. C’est une bénédiction. L’argent que je gagne, je ne le gagne pas pour jouer. Je jouerais gratuitement si je pouvais. »
Radio Metal : Lorsque tu étais jeune, tu avais le rêve d’être musicien mais lorsque tu imaginais l’être, te voyais-tu avant tout en live ou en studio ?
Doug Aldrich (guitare) : Cela a toujours démarré avant tout avec l’idée du live en tête. Tu sais, lorsque tu es un jeune musicien, tu n’as même pas en tête ce qu’est un studio de musique. Pour moi, la musique c’était juste jouer avec mes amis dans une cave. Donc c’est vraiment toujours l’idée du live, et le rapport au live, qui a prédominé.
Avais-tu l’habitude d’aller voir des groupes en live lorsque tu étais jeune, peut-être avec tes parents, et si oui quels groupes t’avaient marqué ?
Oui, carrément ! Je ne suis jamais allé voir de concerts avec mes parents, en revanche. C’est même bizarre maintenant que tu m’y fais penser ! En fait, je ne sais même pas s’ils sont allés voir des concerts. Je sais qu’ils venaient à mes concerts, ça c’est certain, mais à des concerts en règle générale, je ne sais pas. Mon père était un homme d’affaires et ma mère était femme au foyer. C’était une famille assez traditionnelle et la musique est venue dans ma vie avec ma sœur. C’est grâce à elle que je suis rentré dans la musique. Le tout premier concert que j’ai fait était d’ailleurs avec elle, il s’agissait de The Beach Boys. C’était autour de 1976, quelque chose comme ça, et c’était très intéressant. A cette époque, j’avais douze ans, donc je n’appréciais pas autant leur musique que maintenant. Plus tard, en étant adulte, je me suis véritablement plongé dans leur discographie et j’ai notamment été impressionné par le travail qu’ils faisaient en studio. Pour le live, je me souviens d’avoir vu le groupe d’assez loin et je ne connaissais pas toutes les chansons. Ce qui m’a marqué avec The Beach Boys, c’est le travail incroyable qui est fait sur les voix. Deux ans après, donc en 1978, je voyais Aerosmith en live et c’était incroyable, époustouflant. Suite à cela, je me suis mis à aller voir des concerts très régulièrement avec mes amis. A partir du moment où une date était annoncée, nous y allions. Peu importe qui était annoncé. Je ne connaissais pas du tout Van Halen et je les ai ainsi découverts en live de cette manière. Voir Eddie Van Halen vers 1979 a été une expérience de dingue et je n’avais jamais vu quelque chose comme ça. Après avoir vu ce genre de prestations live et expérimenté ce qu’est un concert, tu es happé par l’atmosphère.
En tant que musicien, le live t’a finalement toujours accompagné.
Oui. C’était le processus naturel. A cette époque, il n’y avait pas la possibilité d’enregistrer de chez soi, donc le processus naturel était de se réunir, de jouer de la musique live ensemble, de trouver un chanteur, etc. C’est ce que tous les musiciens de mon âge ont vécu. Sur un plan personnel, j’ai commencé par jouer de la guitare rythmique. C’est vers dix-sept ou dix-huit ans que j’ai commencé à jouer des solos, etc. mais je suis très heureux d’avoir commencé par jouer de la guitare rythmique, car il y a plein d’incroyables guitaristes, mais certains, tu ne les entends pas vraiment jouer en rythmique, or je crois que c’est quelque chose d’important. En tant que guitariste rythmique, jouer avec un batteur, c’est spécial. Ce n’est pas comme jouer avec une machine programmée parce qu’un batteur te donne la possibilité de swinguer à deux. En fait, j’ai découvert le studio autour de la vingtaine quand j’ai vraiment commencé à enregistrer des disques pour les groupes dont je faisais partie.
As-tu une préférence entre le fait de te produire live ou d’enregistrer un disque ?
Je mets les deux au même niveau. J’aime les deux, mais il s’agit d’expériences qui sont très différentes. En studio, tu ne cherches pas à « performer » mais tu essayes d’être profondément ancré dans la musique, de la ressentir. Alors que live, tu es complètement dans le moment présent et il n’y a pas de retours possibles, donc tu dois vraiment apprécier ça, ce moment, parce que c’est très spécial. Tu ne peux pas réessayer un truc comme en studio, tu dois être dans l’instant présent. Les deux expériences sont drastiquement différentes mais j’apprécie les deux. Le studio, c’est de la création et le live, c’est de l’expression, de la réalité. Les deux sont très différents mais tout aussi importants.
« Je me balade toujours avec une guitare sur moi. Dieu me force à pratiquer mon instrument car si je ne le fais pas, après deux semaines, je perds mes cornes sur les doigts, ma force, mon toucher. »
Tu as toujours pris plaisir à te produire en live ?
Le live a toujours été quelque chose d’excitant pour moi. Ouah, mec… Tu me fais repenser à tout ça et ça me fait quelque chose ! C’est trop cool ! Au tout début, lorsque tu es jeune, tu es toujours excité à l’idée de jouer quelque part. Ma mère m’emmenait aux concerts ou chez mes amis pour jouer et j’avais ma guitare et mon ampli avec moi. Me brancher à l’ampli et commencer à jouer, c’était quelque chose qui provoquait beaucoup d’excitation. Si des gens venaient nous voir, nous étions forcément heureux et excités de jouer pour eux. Il n’y avait pas d’histoire de compétitions ou quoi. Il s’agissait juste de jeunes qui se réunissaient pour passer un bon moment, sur des chansons qu’ils aiment. Je me souviens de ces moments où, n’ayant pas le permis de conduire, je prenais le train pour aller dans le centre de Philadelphie pour jouer. Mon premier concert a eu lieu dans une église. Je me souviens que beaucoup d’amis étaient venus et m’avaient dit que le concert était cool. Certains me disaient qu’il faudrait que nous jammions ensemble. Je ne me souviens pas si j’étais nerveux ou pas. Plus tard, quand je suis venu à Los Angeles, je me souviens avoir été aussi très excité quand des concerts se calaient. Genre deux mois en avance, tu te disais : « Oh oui, on a un concert ! On a un concert ! » Et plus la date du concert arrivait, plus tu répétais et tu essayais de faire en sorte que les choses soient aussi parfaites que possible. Le jour J arrive et tu as des potes qui sont là pour t’aider en tant que road crew. Tu dois louer ton camion, charger ton matos. Ton soundcheck a lieu à dix-sept heures, mais tu es là à treize heures pour décharger ton camion. C’était de l’excitation pure, mec, et c’était génial. Quand tu montais sur scène, il n’y avait pas vraiment de la nervosité pour moi mais plus ce genre de papillons dans le ventre. Après, c’est comme n’importe quelle activité : lorsque tu pratiques beaucoup, tu es prêt. Tu vas faire ce que tu fais, ce que tu sais faire. Si quelque chose se passe mal sur scène, tu es dégoûté : « Oh, mon câble s’est débranché ! », etc. Mais ces choses arrivent et de toute façon tu auras un autre concert et ça se passera différemment. A Los Angeles, j’avais un concert toutes les deux semaines et parfois chaque semaine, car il y avait énormément de salles pour jouer, donc l’excitation était constante.
As-tu toujours ces papillons dans le ventre aujourd’hui ou l’adrénaline est-elle différente ?
Je les ai toujours, oui. L’excitation est toujours présente. La différence est que, maintenant, avec l’âge adulte, j’ai vraiment envie que les gens passent un vrai bon moment. C’est la priorité. Je veux voir les gens sourire. Bien sûr, je veux bien jouer, et que les gens aiment ce que je fais, mais le plus important est que les fans passent une excellente soirée. C’est vraiment la priorité pour moi aujourd’hui. Tout est une histoire de préparation. Si le show démarre à vingt et une heures, à dix-neuf heures, je serai dans la salle pour manger un bout mais pas trop. Je vais me faire à la scène, voir comment elle est, pour me préparer à toutes les situations possibles, pour anticiper aussi toutes les situations avec mon équipement, faire mes ajustements, etc. Je me mets dans ma routine. J’essaye de penser aux erreurs que j’ai pu faire sur scène pour ne pas les reproduire. Mais oui, après toutes ces années – et ça fait un paquet d’années maintenant ! – j’éprouve toujours autant de plaisir à être sur scène. C’est une bénédiction. L’argent que je gagne, je ne le gagne pas pour jouer. Je jouerais gratuitement si je pouvais. L’argent que je gagne, c’est pour voyager. Ce sont des choses que beaucoup de musiciens disent.
Tu es le genre de musicien qui aime avoir les mêmes rituels au quotidien en tournée ?
J’ai une routine qui me permet de me préparer mentalement. Tu sais que, lorsque tu écoutes certains morceaux qui passent dans les enceintes avant le show ou que les musiciens des premières parties jouent, à un moment donné, ça va être ton tour dans cinq minutes. Maintenant, c’est à toi de monter sur scène. Une autre chose intéressante est qu’en Europe – c’est le cas partout dans le monde mais particulièrement en Europe –, il y a d’incroyables festivals. Quand on joue dans des festivals européens, on appelle ça « run and gun », c’est-à-dire que tu montes sur scène et il n’y a pas de préparation. Ça, c’est vraiment excitant parce que tu n’as pas la possibilité de trop réfléchir. Tu connais ton show, tu sais ce que tu dois faire et tu vas faire de ton mieux. Même si le son n’est pas le même qu’en salle, tu t’en fiches et tu y vas pour prendre du plaisir. Pour ça, l’expérience en festival est fantastique. Tu vois tes potes en backstage et tu profites d’une super atmosphère. Après, tu vas sur scène et tu kiffes. L’année dernière, nous n’avons pas pu être présents au Hellfest, alors que nous devions y jouer, parce que nous avons eu un cas de Covid-19. C’est dommage parce que nous adorons y jouer, l’ambiance est incroyable là-bas.
Tu nous disais par le passé que votre but avec The Dead Daisies était aussi en festival de pouvoir séduire le public avec des riffs simples et plein d’accroches.
Oui. Tu dois faire du mieux possible en voyant les choses en grand pour être en phase avec le lieu où tu te produis. Pour attirer l’attention, un riff plus simple est plus facile à capter pour le public. Si tu joues de la musique complexe, parfois c’est compliqué de toucher le public, même si les chansons peuvent sonner très bien. Il n’y a rien de mieux qu’un gros riff simple dans un stade ou en festival pour entraîner les gens. Idem pour un groove de batterie. Tout cela peut être très efficace.
« Nous allons en backstage et là, mon pote frappe à la porte des loges. On nous indique que c’est réservé aux artistes et que nous devons partir. Puis Randy apparaît et il dit : ‘Laissez ces gars rentrer, ce sont mes amis !’ J’étais en état de choc, j’avais rencontré Randy Rhoads ! »
Tu continues encore aujourd’hui de jouer tous les jours de ton instrument ?
Oui, car j’aime le faire ! J’aime jouer et essayer d’apprendre de nouveaux trucs. J’ai tendance à oublier les choses que je joue. Je te donne un exemple : je vais apprendre une chanson pour le plaisir, je vais la jouer avec des amis pour nous amuser, et deux mois plus tard, je vais vouloir la rejouer mais j’aurai oublié les accords. Il faut donc que je pratique pour essayer de me souvenir des accords en question ou les réapprendre. Pareil pour certains accords que je vais jouer en live durant un jam. J’essaye de me souvenir de tout ça au moment où je m’y remets. De temps à autre, je vais aussi juste jouer des accords que j’aime. Maintenant, depuis quelques années, il y a cette pédale loop qui te permet de jouer par-dessus tes propres accords. Il y a une dizaine d’années, je faisais une démo pour TC Electronic et je leur ai demandé il y a quelques mois de m’envoyer cette pédale. C’est vraiment très fun de jouer dessus. Tu peux t’accompagner toi-même et c’est vraiment cool à utiliser. Je me balade toujours avec une guitare sur moi. Dieu me force à pratiquer mon instrument car si je ne le fais pas, après deux semaines, je perds mes cornes sur les doigts, ma force, mon toucher. Jouer n’est pas une obligation mais j’aime profondément ça.
Tu aimes la vie en tournée ou est-ce toujours un peu difficile de fermer la porte de chez toi quand tu pars sur la route ?
J’aime vraiment partir en tournée. C’est une opportunité de dingue de voyager. C’est fou de penser au nombre d’endroits où je suis allé. J’apprécie d’autant plus maintenant le fait de visiter les villes. Dans le groupe, ils sont souvent là à dire : « Qui veut aller en ville ? » Parfois, ils veulent prendre des photos des centres-villes pour les réseaux sociaux. Tout ça me fait sortir et apprécier encore plus la beauté des villes par lesquelles nous passons, leurs histoires. Chaque ville a quelque chose. Même les petites ont quelque chose à partager. Les gens en sont fiers et c’est toujours sympa de discuter avec les gens du coin. Le fait est que lorsque je jouais avec Dio et surtout Whitesnake, je sortais rarement, mis à part quelque fois pour dîner. Les tournées étaient fatigantes et lorsque tu es crevé, tu préfères généralement te reposer. Je voulais aussi pratiquer mon instrument tous les jours. Quand je tournais avec Whitesnake, je me levais, je faisais ma routine, je jouais et j’allais faire un peu d’exercice pour rester en bonne santé. Je ne visitais pas les villes comme je le fais maintenant. Je suis allé dans tellement d’endroits cool ! Manger local est aussi quelque chose que j’apprécie.
J’imagine que tu dois aussi pouvoir nous décrire les différences entre les publics selon les continents ou les pays ?
Il est compliqué de comparer parce que tous les publics sont différents. Ils sont cool pour différentes raisons. Un public plutôt calme va se focaliser sur la musique. Parfois tu peux même être intimidé parce que le public est très calme et va limiter ses interactions avec le groupe, mais cela peut aussi être lié à son caractère. Lorsque je suis allé au Japon dans les années 80 pour l’un de mes premiers groupes, ils étaient très polis et respectueux. Ils ne voulaient pas rater une note et ils ne parlaient pas. Même à la fin des morceaux, ils n’applaudissaient pas. Ce silence était un peu étrange. A Los Angeles, les gens parlent et crient fort. Si tu vas en Espagne ou en Amérique du Sud, le public est participatif et démonstratif. Ils aiment chanter les mélodies des guitares. En Argentine, au Chili, au Mexique : ces publics aiment la musique live et faire la fête. Ils montrent leur amour d’une manière très chaude. En Allemagne, ou parfois en Angleterre, les gens sont calmes.
Quels sont les musiciens qui t’ont vraiment marqué en live ?
Il y en a tellement. Tous ces souvenirs sont dans mon cœur et dans ma tête. Quand j’étais jeune, voir ces guitar hero que j’adore… c’était quelque chose ! Ma plus grande excitation, à l’époque, était de voir Van Halen. J’étais très proche de la scène. La place n’était vraiment pas chère et lorsque tu es jeune, tu cours pour être le plus proche de la scène – peut-être que c’est toujours le cas aujourd’hui. A cette époque, je les avais vus trois ou quatre fois. J’ai des bribes de souvenirs : le grand rideau qui cachait la scène, les accords d’Eddie Van Halen joués avant que le concert ne démarre… Je n’oublierai jamais tout ceci. Il jouait et courait en même temps, en sautant sur ses amplis. J’avais d’ailleurs peur que ces derniers tombent ! Black Sabbath, Ted Nugent, Kansas, Heart… Après, à Los Angeles, j’ai vu Gary Moore, Jeff Beck. J’ai même eu l’opportunité de rencontrer certains d’entre eux et c’était dingue. J’ai d’ailleurs tourné avec Gary Moore lorsque je jouais dans Whitesnake. C’était lors du Monsters Of Rock Tour en Angleterre en 2003. Il s’agissait d’une dizaine de dates et c’était incroyable. S’asseoir en backstage et jouer ensemble, c’était une expérience folle. Je l’avais vu jouer dans des clubs à Los Angeles vingt ans plus tôt et il était en feu lors de ces prestations, belles et intenses à la fois.
« Généralement, les gens qui sont très talentueux ont les pieds sur terre et sont assez sympas. »
Quel était le caractère d’un musicien comme Gary Moore ?
C’était quelqu’un qui avait la tête sur les épaules. C’est intéressant que tu en parles car, lorsque je l’ai rencontré pour la première fois, j’étais forcément intimidé et excité, et évidemment cela se voyait. Au début, il ne savait pas trop quoi me dire et je pensais que c’était quelqu’un de timide qui parlait avec sa musique. Il aimait ce qu’il faisait et il est très clair que la guitare était une partie de lui. Sur la question du caractère, il y a aussi une personnalité qui m’a marqué et que j’ai rencontrée sur la route : c’est Randy Rhoads, le guitariste d’Ozzy Osbourne. Je l’avais vu en live quand j’étais petit et je l’ai croisé ensuite. J’étais époustouflé par lui et la manière dont il jouait. Après avoir vu sa prestation, je ne pouvais même pas parler tellement il m’avait subjugué. Après le concert, j’ai des potes qui me disaient : « Hey, si tu veux rencontrer Randy, tu peux trainer autour du bus et peut-être que tu pourras le croiser. » Ce genre de choses ne m’avait même pas traversé l’esprit, courir après un musicien quand il va chercher un sandwich ou quoi… Moi, c’était plus : je paie ma place, je vais voir un concert, et après je rentre chez moi pour pratiquer ! Mais quand je suis venu à Los Angeles, j’ai rencontré un ami qui me dit un jour : « Randy passe, il joue avec Kevin DuBrow de Quiet Riot, ça te dit d’aller le voir jouer ? » Je ne savais pas qui étaient Kevin DuBrow et Quiet Riot, donc je lui dis : « Randy ? Mais Randy qui ? Le mec d’Ozzy tu veux dire ? » Je pensais que Randy Rhoads était anglais alors que pas du tout. En fait, mon pote prenait des cours de guitare avec Randy, je n’en croyais pas mes oreilles ! Du coup, nous allons le voir jouer. Nous allons en backstage et là, mon pote frappe à la porte des loges. On nous indique que c’est réservé aux artistes et que nous devons partir. Puis Randy apparaît et il dit : « Laissez ces gars rentrer, ce sont mes amis ! » Oh mon Dieu ! Ça représentait vraiment quelque chose de le voir en vrai. Donc je me présente et nous échangeons de manière fort sympathique. Je me souviens de tout cela comme si c’était hier. J’étais en état de choc, j’avais rencontré Randy Rhoads. Je me souviens bien de cette période où c’était très dur de payer les factures. Ma ligne téléphonique allait même être coupée et, juste avant que ça arrive, mon pote – toujours le même – m’appelle pour me dire que Randy va jouer au Whisky A Go Go. Nous y allons et, au moment où nous arrivons, Randy se tient dos à la porte du Whisky et il me dit : « Hey Doug ! Comment tu vas ? » Je me disais : « Mince, il n’a pas oublié mon nom ! » Je ne pouvais pas le croire. Voilà le genre de gars que c’était. Un gars très cool. J’ai aussi rencontré Eddie Van Halen qui était très sympa, très gentil. Un gars normal qui te dit : « Hey mec, comment tu vas ? » Quoi comment je vais ? Tu es Eddie haha ! Je baragouinais je ne sais pas quoi…
On a affaire à des gens qui sont authentiques et sympas. Leur humilité me rappelle aussi celle de Lemmy de Motörhead.
Généralement, les gens qui sont très talentueux ont les pieds sur terre et sont assez sympas. Je pense que c’est plutôt sain lorsque tu sors de scène de rester tranquille. Cela est aussi lié au fait d’être ensemble dans un groupe. Tu veux être positif et partager un sentiment de lumière. Tu ne veux pas être négatif et te plaindre car ce genre de personnes ont tendance à user les autres rapidement. Donc tu essaies de te focaliser sur le don que tu as et de rester positif. Le fait d’avoir cette vibration positive permet aussi de s’inscrire dans la durée. Quand tu tournes avec d’autres musiciens, c’est une aventure humaine. Sur la route, vous êtes proches les uns des autres en permanence. Il faut se respecter. Très tôt j’ai appris à être ponctuel pour les rendez-vous avec les collègues devant la salle, les hôtels, etc. Il faut toujours garder à l’esprit qu’on a une chance incroyable de pouvoir tourner et jouer en live, donc il faut respecter ça.
Si tu avais un conseil à donner aux jeunes musiciens, que dirais-tu ?
Je pense qu’il faut se souvenir de pourquoi on joue de la musique. Il ne faut pas se dévaloriser. Les musiciens ont beaucoup tendance à se dévaloriser. Evidemment, on peut toujours s’améliorer et toujours mieux jouer, mais sur le moment, il faut accepter les choses. On doit se servir de l’erreur pour travailler encore plus dur. C’est valable dans tous les secteurs d’activité, pas seulement en musique. L’échec est une opportunité pour apprendre quelque chose. Il est de mon point de vue important de se remémorer que la musique est fun et que ce n’est pas une compétition. Il faut chaque jour essayer d’être le meilleur possible. Il faut prendre du plaisir. Si je dois prendre mon exemple personnel, j’ai commencé à jouer de la guitare à onze ans et j’aime toujours autant le faire. Bien sûr, le fait d’avoir une famille et les obligations qui vont avec, les enfants et tout, ça complique un peu les choses, mais le fait de discuter avec toi me rappelle la chance que j’ai de faire ce métier.
Interview réalisée en visio le 2 octobre 2023 par Amaury Blanc.
Retranscription & traduction : Amaury Blanc.
Photos : The Dead Daisies (1), Nicolas Gricourt.
Site officiel de The Dead Daisies : thedeaddaisies.com.

































