Treize années que Mike Portnoy sera resté loin du groupe qu’il a fondé en 1985, sous le nom de Majesty, avec John Petrucci et John Myung, alors qu’ils étaient encore étudiants au prestigieux Berklee College Of Music. Treize douloureuses années pour lui, même s’il a su rebondir avec ses nombreux projets. Treize années mitigées pour les fans, entre ceux qui ont accueilli son successeur, Mike Mangini, à bras ouverts et ceux qui n’ont jamais pu oublier sa frappe, son groove et son jeu si caractéristique. Treize années qui appartiennent désormais à l’histoire, puisque son retour a été annoncé en grande pompe le 25 octobre 2023. Après de chaleureuses retrouvailles sur scène fin 2024 pour marquer quarante ans de carrière de Dream Theater, direction maintenant les bacs (ou services de streaming) pour découvrir Parasomnia.
Pour marquer le coup, ce n’est pas une mais deux interviews que nous proposons. La première, avec Mike Portnoy, justement, qui nous raconte comment ce retour a été possible, la conception de son premier album avec la formation depuis Black Clouds & Silver Linings (2009) et ce qui a changé – et n’a pas changé – au sein de celle-ci.
« Nous avons pansé nos plaies pendant des années avant que je ne revienne dans le groupe. Je crois que je n’aurais pas pu revenir si nous n’avions pas d’abord passé tout ce temps à reconstruire nos relations. »
Radio Metal : Vous avez récemment tourné pour célébrer les quarante ans de Dream Theater. C’était aussi l’occasion de célébrer ton retour et de préparer le terrain pour le nouvel album. Quel bilan en fais-tu ?
Mike Portnoy (batterie) : C’était génial ! Chaque date dans chaque ville a été remplie d’émotion et de passion. Chaque concert a été incroyable. Les gens ont été tellement accueillants avec le groupe. Les fans se sont montrés surexcités et tellement bienveillants. Chaque soir était mémorable ! La toute première date à l’O2 Arena de Londres était assurément stressante, surtout pour moi – alors que ce n’est pas mon genre de stresser avant un concert –, mais une fois que nous l’avions faite et que la tournée était lancée, le plus dur était fait et nous avons rapidement retrouvé nos aises. Mais à chaque concert, nous retrouvions cette même atmosphère électrique et excitée qu’à Londres.
Ton retour dans le groupe a pu paraître assez inattendu. Si on remonte à sa source, était-ce lorsque, en 2020, tu as enregistré la batterie pour l’album solo de John Petrucci que les premiers pas ont été faits ?
Oui, absolument. Il a fallu que nous fassions plein de petits pas d’abord. Ça n’a jamais forcément été l’objectif final ou la destination finale. Quand j’ai commencé à travailler avec les gars sur d’autres projets, comme l’album solo de John ou le troisième album de Liquid Tension Experiment, nous ne pensions pas à mon retour dans Dream Theater. Nous pensions juste à renouer des liens en tant qu’amis et en tant qu’anciens partenaires de musique qui voulaient retravailler ensemble. Le fait que je réintègre Dream Theater n’a jamais fait partie d’un grand plan, mais ces premiers pas sur les plans personnel et musical ont inévitablement joué un rôle très important. Nous avons pansé nos plaies pendant des années avant que je ne revienne dans le groupe. Je crois que je n’aurais pas pu revenir si nous n’avions pas d’abord passé tout ce temps à reconstruire nos relations. J’ai été beaucoup en contact avec John Petrucci et Jordan Rudess au fil des années. J’ai entretenu une très bonne relation avec ces gars. C’était donc juste une question de temps. Il a fallu une grande part de guérison en premier lieu avant que nous puissions ne serait-ce que songer à nous réunir.
Durant la tournée des quarante ans, vous avez joué « Barstool Warrior » et « This Is The Life », montrant votre volonté de ne pas effacer l’ère Mangini. Il se trouve que tu as repris les rênes des setlists pour les concerts : comment était-ce pour toi de plonger dans ces albums ?
J’ai apprécié que les autres me laissent une fois de plus autant de liberté avec la setlist. C’est quelque chose qui me tient à cœur. Je pense que c’est parce que je suis avant tout un fan et j’aborde la setlist de la même manière que, en tant que fan, j’imagine ma setlist de rêve pour certains des groupes que je vais voir en concert. Dès que je vais voir un concert, j’essaye de ne pas regarder les spoilers, je ne veux pas savoir quelles chansons seront jouées. Pour moi, la setlist est probablement l’aspect le plus important quand on va voir un concert ; en tant que fan, je trouve que c’est la partie la plus excitante. Inévitablement, c’est un domaine qui est important pour moi dans tous les groupes dont je fais partie, parce que, je suppose, je pense avant tout comme un fan. Ils m’ont donc pratiquement laissé faire ce que je voulais et ça incluait les albums auxquels je n’avais pas participé. J’ai donc écouté ces albums et j’y ai trouvé des chansons qui me plaisaient, qui me parlaient. C’était sympa qu’ils me donnent cette liberté pour que je puisse être à l’aise avec les chansons que je choisissais. Il fallait que je puisse me reconnaître en elles sur le plan musical. Ce n’était pas qu’une question de jeu de batterie ou de style, il fallait que ce soient des chansons avec lesquelles je ressente une connexion, et celles-ci sont celles qui m’ont parlé.
Tu as déclaré que « pendant ces treize années, [tu] regardais depuis la ligne de touche, en gardant un œil sur le groupe ». Est-ce que le fait de voir le groupe de l’extérieur t’a donné un autre regard sur celui-ci, que tu as peut-être apporté avec toi lorsque tu es revenu ?
Pour être honnête, je n’ai pas contemplé ces années quand je suis revenu, et ne les ai pas plus contemplées quand j’étais parti. C’était très blessant et douloureux pour moi de voir le groupe continuer sans moi. Je n’ai pas passé trop de temps à analyser ou à observer pendant mon absence. Et quand je suis revenu, je n’ai pas non plus voulu analyser parce que je ne voulais pas que ce soit forcé ; je voulais que tout ce que nous ferions soit naturel et organique, que ça vienne naturellement, sans trop y réfléchir.
Vous avez enregistré l’album entre février et juillet dernier : c’était important de concrétiser ton retour en studio avant de le faire en live ?
Nous n’y avons pas réfléchi. Honnêtement, quand j’ai réintégré le groupe, ils avaient déjà planifié de commencer à travailler sur un nouvel album au début de la nouvelle année 2024. C’était donc déjà prévu pour Dream Theater avant même mon retour. Une fois que nous avons décidé que je revenais, ça faisait partie du plan d’action. C’était dur d’avoir ces grandes retrouvailles et de devoir les faire en secret pendant la majeure partie de l’année, mais c’est juste ainsi que les choses se sont déroulées. Je suis content que nous ayons pu partir en tournée pendant plusieurs mois avant que l’album ne sorte, parce que ça nous a donné l’occasion de célébrer cette réunion avec les fans de manière nostalgique, avant de commencer à nous concentrer sur le nouvel album et de regarder vers l’avenir.
« Ça m’a rappelé les sessions d’Images And Words ou celles de Scenes From A Memory. Dans les deux cas, il y avait une énergie renouvelée en raison d’un changement de line-up. Là, c’était très similaire à cet égard. »
Parasomnia est ton premier album avec Dream Theater en seize ans. Comment s’est passé le processus de composition ? Avez-vous rapidement retrouvé vos marques ou y avait-il une part de redécouverte mutuelle ?
Nous n’avons pas eu besoin de nous redécouvrir ! Nous étions immédiatement de nouveau en phase, comme si le temps n’était pas passé. Nous avons joué ensemble pendant si longtemps, pendant tant d’années, que cette alchimie est incrustée en nous de manière permanente, à vie. Il n’y avait donc vraiment pas besoin de temps pour nous refamiliariser les uns avec les autres. C’était tout de suite confortable. Le processus en soi était le même qu’il a toujours été avec moi. Je ne sais pas comment c’était pour les albums qu’ils ont faits sans moi, mais pour celui-ci c’était pareil que pour chaque séance d’écriture que nous avons faite en remontant aux démos de Majesty jusqu’à Black Clouds & Silver Linings. Certes, je me suis retrouvé à être le « nouveau » dans le groupe, car celui-ci n’est plus géré de la même manière, mais ça concernait plus l’alchimie générale. Autrement, le processus d’écriture et artistique s’est déroulé comme il s’est toujours déroulé. Il a toujours été collaboratif, même lorsque je « menais » le groupe vers la fin de mon premier mandat. Ma tendance au contrôle concernait tous les autres aspects du groupe, au-delà de la composition musicale.
Vous jouez de la musique très émotionnelle à bien des égards. Ton retour dans le groupe est très émotionnel en soi : penses-tu que ça a joué lors des sessions ou même influé sur la musique ?
Nous étions absolument inspirés d’être de nouveau ensemble et ça nous a insufflé une véritable énergie, une vraie excitation. Je pense que ça a absolument joué sur l’inspiration. Ça m’a rappelé les sessions d’Images And Words ou celles de Scenes From A Memory. Dans les deux cas, il y avait une énergie renouvelée en raison d’un changement de line-up. Là, c’était très similaire à cet égard.
Jordan Rudess a dit que tu étais « très inhabituel » dans ta façon de penser et que tu avais « une sorte de mentalité de réalisateur de cinéma ». Il y a assurément une dimension cinématographique dans Parasomnia, mais comment cette mentalité s’exprime-t-elle sur un album comme celui-ci ?
Je savais qu’il fallait que nous créions quelque chose qui se déroule comme un film. Tous mes albums conceptuels préférés, que ce soit des albums auxquels j’ai pris part ou des albums d’autres artistes que j’aime en tant qu’auditeur et fan, ont une nature très cinématographique. Et ce n’est pas obligé que ce soit toujours un album conceptuel avec une histoire et des personnages, comme Scene From A Memory ou Operation: Mindcrime. Il y a d’autres types d’albums conceptuels qui sont thématiques, comme l’est Parasomnia. Dark Side Of The Moon de Pink Floyd a été conçu ainsi, pour donner envie de vivre une expérience complète, avec un début, une fin et un déroulé complet entre les deux. C’était quelque chose d’important pour moi, et sur lequel j’ai passé beaucoup de temps et me suis beaucoup concentré tout au long de la conception de l’album. L’idée de Parasomnia, en soi, est venue de John Petrucci, c’est lui qui a amené la thématique, mais l’idée de la traiter de manière conceptuelle ou cinématique, avec nombre d’effets sonores et de passages parlés, était ma suggestion. Je voulais que les chansons, les passages musicaux et les thèmes puissent se recouper tout au long de l’album.
John Petrucci a produit l’album. Comment se fait-il que tu n’aies pas coproduit comme tu l’avais fait depuis Scene From A Memory jusqu’à Black Clouds & Silver Linings ? Est-ce le signe que tu n’es plus le maniaque du contrôle que tu as été ?
Oh, c’est sûr, je ne suis plus le maniaque du contrôle que j’ai été ! J’ai assurément plus l’esprit d’équipe à ce stade de ma vie. Mais pour répondre à ta question, c’était quelque chose que John voulait faire. Lors d’une des toutes premières conversations que nous avons eues sur mon potentiel retour, il a exprimé le fait qu’il voulait garder ce mérite, que c’était important pour lui. Du coup, que puis-je dire là-dessus ? Je ne peux pas arriver et lui forcer la main ou forcer la main du groupe. Je débarque dans une situation déjà établie, qui a été ainsi pendant les treize dernières années où je n’étais pas là. Il fallait donc que je respecte leur volonté dans certains domaines, et là, c’était un domaine que John Petrucci voulait se réserver, donc je l’ai respecté.
Il y a eu des albums par le passé où vous avez cherché à partir dans une direction spécifique ou à expérimenter un petit peu, mais Parasomnia, c’est vraiment du Dream Theater classique, typique, dans lequel on retrouve même parfois des sortes d’échos à des chansons passées. Avez-vous délibérément cherché à revisiter tous les ingrédients que les fans ont aimés chez ce groupe, presque comme une rétrospective rassurante ou une manière de célébrer ?
Ce n’était pas intentionnel. Nous n’avons pas spécifiquement discuté d’une direction musicale. Nous avions la thématique de la parasomnie pour les paroles, mais pour ce qui est de la musique, c’est naturellement parti dans la direction que vous entendez dans l’album. Ce n’était pas une direction préconçue. Et comme papa l’a dit un jour : « Je suis ce que je suis ! » [Petits rires]. Nous sommes ce que nous sommes. Ceci est le son et le style qui ressortent lorsque l’on réunit ces cinq personnes dans une pièce. La raison pour laquelle certaines de ces idées, certains thèmes ou passages peuvent sembler familiers, c’est parce que ces cinq personnes ont créé ces chansons et ces albums du passé. C’est simplement notre manière de composer et le style qui en découle naturellement. Nous avons décidé de ne pas lutter contre. Si une partie nous venait et paraissait familière ou comme quelque chose provenant d’un ancien album de Dream Theater, nous l’adoptions. Nous voulions nourrir le fait que nous sommes ce que nous sommes, que nous écrivons d’une certaine manière et qu’il y a une certaine familiarité dans notre son. Donc plutôt que de lutter contre et de le nier, nous avons préféré l’accepter.
« Nous voulions nourrir le fait que nous sommes ce que nous sommes, que nous écrivons d’une certaine manière et qu’il y a une certaine familiarité dans notre son. Donc plutôt que de lutter contre et de le nier, nous avons préféré l’accepter. »
C’est intéressant de constater que la musique de Dream Theater paraît complète quand tu en fais partie ; il y a une touche particulière dans ton jeu, quelque chose qui fait Dream Theater et qui n’était pas complètement là avec Mike Mangini malgré l’incroyable batteur qu’il est. D’après toi, qu’est-ce que c’est ? Tu vas dire que tu es qui tu es, mais qu’est-ce qui rend ton jeu, ton son, ton énergie ou ta créativité si Dream Theater-esque ?
Je ne sais pas ! Ce n’est pas quelque chose que je peux personnellement expliquer, ce serait un peu trop vaniteux de ma part ou ce serait trop dur pour moi d’être objectif [petits rires]. Je peux te raconter une histoire marrante. Quand nous étions en train de finir l’album et que nous écoutions certains des mix, j’étais assis là avec John Petrucci et j’ai dit : « Bon sang, je n’arrive pas à mettre le doigt sur ce qui fait que cet album sonne autant comme du Dream Theater classique. » Et John vient me voir et me dit : « Je peux mettre le doigt dessus » et il a littéralement mis son doigt sur moi [rires]. Il a dit : « Là, je viens de mettre le doigt dessus ! » Ça ne répond pas vraiment à la question, mais de manière amusante ça y répond quand même un peu. Je pense que nous apportons tous au groupe ce que nous sommes. Chaque personne faisant partie d’un groupe apporte quelque chose à l’alchimie. Donc bien sûr, l’alchimie de ces cinq personnes sonnera comme ça, et si tu me retires de l’équation, ou n’importe lequel d’entre nous, tu y mets Mike Mangini, Kevin Moore, Charlie Dominici ou n’importe quel autre ancien membre à la place, ce sera différent. Ou tu peux regarder mes autres groupes, Flying Colors ou The Neal Morse Band, ce sont les gens et leur alchimie qui font le groupe, son identité, son son. Evidemment, le fait que je sois de retour dans Dream Theater fera que ça sonnera comme ces vieux classiques de Dream Theater dont j’ai fait partie, parce qu’il y a cette alchimie particulière.
D’un autre côté, la musique a souvent des couleurs un peu sombres et cauchemardesques qui collent assez bien à la thématique. A-t-elle été écrite avec ce thème en tête ?
Seulement la thématique générale de la parasomnie. Nous en avons discuté au préalable, nous savions que nous allions baser les textes dessus, mais ceux-ci ne sont arrivés que bien plus tard. Avec Dream Theater, la musique – en tout cas, de tout le temps où j’en ai fait partie – vient toujours en premier. Une fois que la musique est faite, nous faisons les mélodies de chant, et une fois que celles-ci sont faites, nous faisons les textes. Pour répondre à ta question, non, il n’y avait pas de paroles existantes pour guider le son de la musique. Nous savions juste que nous allions plus tard écrire sur ce sujet, donc peut-être que ça a été subliminalement implanté dans notre esprit, je ne sais pas. Mais je suis d’accord, les deux s’assortissent joliment. Tout l’album paraît très sombre, ce qui renvoie à la manière dont on perçoit le temps du sommeil, les rêves et ce qui se passe pendant qu’on dort la nuit.
L’album se termine sur un morceau épique de près de vingt minutes. Ce n’est pas nouveau chez Dream Thearer et c’est même très apprécié des fans. On entend souvent des musiciens dire que c’est plus dur de faire une chanson pop de trois minutes qu’un long morceau progressif, mais étant des maîtres du second type de composition, quelle est ton opinion sur le sujet ?
Pour nous, ça vient naturellement. Pour nous, un morceau épique de vingt minutes est le format le plus confortable pour la composition. Nous aimons pouvoir travailler sur des pièces musicales libres, que nous ne sommes pas obligés de boucler après trois refrains. Nous aimons avoir cette toile vierge, vide, libre qui peut prendre toutes les directions qu’elle veut. Si on repense aux débuts du groupe, évidemment, Images And Words était rempli de chansons qui ont été écrites comme ça ; « Metropolis Part I », « Learning To Live », « A Change Of Seasons », etc. sont toutes dans ce style de composition. Nous avons toujours eu de grands morceaux épiques sur tous nos albums, donc, honnêtement, ça nous vient facilement. Essayer d’écrire une chanson plus courte et concise, ça, ça a toujours été notre grand défi ! Je ne sais pas pourquoi. Je suppose que c’est parce que nous ne sommes tout simplement pas naturellement des compositeurs de pop. Nous venons du monde de Rush, d’Iron Maiden et de Metallica, or ce genre de groupe a toujours eu un style d’écriture plus épique, du moins à leurs débuts. Plus tard, tous ces groupes, en particulier Rush et Metallica, ont pu dégraisser un peu plus leurs compositions, mais pour nous, ça a toujours été un défi. Si tu regardes les morceaux les plus courts dans cet album, l’un d’entre eux est un interlude, un autre est une ouverture instrumentale. La chanson traditionnelle la plus courte est « Bend The Clock » et même celle-ci fait plus de sept minutes.
La parasomnie est un terme qui désigne les troubles du sommeil, notamment le somnambulisme, la paralysie du sommeil et les terreurs nocturnes. Y es-tu toi-même sujet ?
Pas moi personnellement. Je n’ai jamais vécu ce genre de chose, mais je connais plein de gens, y compris des membres de ma famille, qui y ont été sujets. Pour ma part, il a fallu que j’écrive de manière fictive pour mes textes. La chanson pour laquelle j’ai écrit les paroles est « Midnight Messiah » et c’est une histoire fictive que j’ai dû créer dans ma tête, ce qui est difficile pour moi, parce que la plupart de mes textes tout au long de la carrière de Dream Theater venaient d’expériences personnelles. Que ce soit « The Best Of Times », « A Change Of Seasons » ou « The Twelve Step Suite », ce sont tous des sujets issus de ma vraie vie. Il y a eu des situations par le passé où j’ai dû inventer une histoire, comme « War Inside My Head », « Strange Déjà Vu » ou « Home », mais pour moi, c’est un peu plus compliqué. Avec cet album, il a donc fallu que j’entre dans cet état d’esprit.
« Ce que j’ai adoré avec les deux premiers films de la série d’horreur Les Griffes De La Nuit est que tout peut arriver dans nos rêves. C’est pour ça que, lorsque nous avons trouvé le nom du groupe, Dream Theater, ça nous a plu d’avoir le mot ‘rêve’ dedans. Nous voulions un style de musique qui pouvait partir dans n’importe quelle direction. »
D’ailleurs, comment répartissez-vous les textes au sein du groupe ?
C’est une bonne question. Nous savions que six morceaux sur huit auraient des paroles, et il y en avait certains vers lesquels des gars gravitaient. En l’occurrence, John Petrucci voulait vraiment écrire les paroles de ce qui est devenu « Night Terror », ça lui parlait. Le grand morceau épique de vingt minutes lui parlait aussi. Il les a donc demandés dès le départ. John est celui qui m’a suggéré de m’attaquer à « Midnight Messiah », sûrement parce que par le passé, j’avais toujours fait certains des morceaux les plus heavy – comme « The Glass Prison », « The Test That Stumped Them All », « This Dying Soul », etc. Ensuite, nous avons dû regarder ce qui restait pour James [LaBrie] et nous avons discuté de l’idée que John Myung en prenne un aussi. Il a essayé d’en prendre un mais finalement, il n’était pas à l’aise avec, donc il l’a laissé à John Petrucci. Mais oui, c’est une question intéressante de savoir comment les textes sont répartis : nous regardons ce que nous avons et voyons qui ressent une attirance ou connexion personnelle avec certains morceaux.
Si on parle de sommeil, on parle forcément de rêves, ce qui est directement lié au nom du groupe – il y a d’ailleurs un interlude baptisé « Are We Dreaming ? ». Quelle est ta relation aux rêves ? Es-tu du genre à les oublier juste après ton réveil ou plutôt à t’en souvenir et à essayer de les analyser ?
Personnellement, je n’arrive jamais à me souvenir de mes rêves. J’aurais aimé être du genre à pouvoir les noter sur un papier lorsque je me réveille, parce que je les trouve tellement fascinants ! Ça me stupéfie la façon dont notre esprit et notre subconscient sont capables de créer ces rêves ! Souvent, je vais rêver de quelqu’un avec qui je suis allé à l’école élémentaire, en CE2 ; je n’ai pas pensé à lui en quarante-cinq ans et, je ne sais comment, il se retrouve dans mes rêves. Je trouve ça absolument fascinant de voir à quel point notre subconscient peut s’accrocher à certaines choses. J’ai pas mal fait mes devoirs et j’ai regardé plein de films qui traitaient de ce genre de sujets, ce qui m’a aidé pour l’inspiration. Le truc avec les rêves… Et c’est ce que j’ai adoré avec les deux premiers films de la série d’horreur Les Griffes De La Nuit : tout peut arriver dans nos rêves. C’est pour ça que, lorsque nous avons trouvé le nom du groupe, Dream Theater, ça nous a plu d’avoir le mot « rêve » dedans. Nous voulions un style de musique qui pouvait partir dans n’importe quelle direction, ce pouvait être de la pop, du prog, du metal, etc. Ayant le mot « rêve » dans le nom du groupe et, désormais, une thématique pour un album conceptuel… C’est cool d’avoir cette palette infinie qui peut aller n’importe où !
Sur un tout autre sujet, pour finir, l’ancien chanteur de Dream Theater, Charlie Dominici, est décédé il y a un peu plus d’un an. Il avait participé au tout premier album. Que ressens-tu en repensant à ces années et à ta collaboration avec lui ?
J’ai évidemment beaucoup de bons souvenirs de l’époque où Charlie était dans le groupe, parce que c’était le tout début. A chaque fois qu’un groupe en est à ses débuts, tout ce que vous faites est tellement excitant et stimulant. Il a fallu que nous bûchions vraiment pour tout à l’époque. Nous n’avions pas encore une audience qui nous soutenait. Nous faisions de la musique juste pour nous à cette époque. Donc je regarde ces années-là, qui sont les toutes premières de notre développement, avec beaucoup de nostalgie et de tendres souvenirs.
Interview réalisée en visio le 13 janvier 2025 par Nicolas Gricourt.
Retranscription & traduction : Nicolas Gricourt.
Photos : Mark Maryanovich (1, 2, 5) & Nicolas Gricourt (4).
Site officiel de Dream Theater : dreamtheater.net
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merci pour cette interview très riche et intéressante, et ce passage : « John vient me voir et me dit : « Je peux mettre le doigt dessus » » ….magique, merci. Pour ce qui est du thème de la parasomnie je vous conseille La série-documentaire « Les Ailleurs », en 6 épisodes, est diffusée gratuitement et en intégralité sur la chaîne Youtube Inexploré TV. Superbe et terriblement humain, passez le line à Mike svp 😎🤘🙏.