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Interview   

Dream Theater : du rêve à la réalité, partie 2


Treize années que Mike Portnoy sera resté loin du groupe qu’il a fondé en 1985, sous le nom de Majesty, avec John Petrucci et John Myung, alors qu’ils étaient encore étudiants au prestigieux Berklee College Of Music. Treize douloureuses années pour lui, même s’il a su rebondir avec ses nombreux projets. Treize années mitigées pour les fans, entre ceux qui ont accueilli son successeur, Mike Mangini, à bras ouverts et ceux qui n’ont jamais pu oublier sa frappe, son groove et son jeu si caractéristique. Treize années qui appartiennent désormais à l’histoire, puisque son retour a été annoncé en grande pompe le 25 octobre 2023. Après de chaleureuses retrouvailles sur scène fin 2024 pour marquer quarante ans de carrière de Dream Theater, direction maintenant les bacs (ou services de streaming) pour découvrir Parasomnia.

Pour marquer le coup, ce n’est pas une mais deux interviews que nous proposons. Voici la seconde, avec le chanteur James LaBrie qui nous offre un autre point de vue sur ce retour ainsi que sur la conception de l’album, approfondissant par ailleurs la thématique de la parasomnie qui est au cœur de ce dernier.

« Quand nous nous sommes rencontrés, Dream Theater donnait un concert au Beacon Theatre, en moins de dix secondes, nous nous sommes pris dans les bras. Nous avons tant fait ensemble, il y a tant de musique qui atteste de tout ce que nous avons fait par le passé, nous ne pouvions pas garder cette division entre nous éternellement, ç’aurait été vraiment triste. »

Radio Metal : Ça fait un peu plus d’un an que vous avez annoncé le retour de Mike Portnoy dans le groupe. Tu as déclaré penser qu’« il fallait que le groupe retrouve sa meilleure forme ». Pendant toutes ces années, as-tu eu l’impression qu’il manquait quelque chose, que le groupe n’était pas à son meilleur ?

James LaBrie (chant) : Non. Je trouve que Mike Mangini est un incroyable batteur, qu’il est très talentueux, qu’il est superbe musicalement. Je n’ai jamais ressenti que quelque chose manquait. Ce que les gens ont mal interprété dans ce que j’ai dit, quelle que soit la façon dont je l’ai formulé, est que quand tu as un groupe comme Dream Theater, qu’il y a un membre avec lequel tu as fait, disons neuf ou dix albums, et que ce membre part, dans de nombreux cas, tôt ou tard, on finit par boucler la boucle. On a tendance à faire machine arrière. C’est pourquoi on voit si souvent des reformations dans l’industrie musicale. Certaines sont mises en place parce que c’est une façon de se faire de l’argent, d’autres se produisent parce que c’est à cent pour cent pour des raisons artistiques et parce que les choses ont petit à petit évolué vers le retour de ce line-up que tout le monde connaissait depuis le début. Si on pense à la façon dont Mike est revenu dans le groupe, il a commencé par faire l’album solo de John Petrucci, puis ils se sont réunis pour faire l’album de Liquid Tension Experiment. C’est presque comme si la roue tournait lentement pour finalement ouvrir la porte et reformer le groupe tel qu’on le voit aujourd’hui et tel qu’il l’était originellement. On dirait qu’il y a des forces qui nous dépassent. A ce stade, tout sembler indiquer que ça avait du sens. Mike et moi avons enfin recommencé à nous parler… Tout était là pour en tirer parti, dans le sens où s’il devait y avoir un jour un moment pour que ça arrive, alors peut-être que ça devait être ce moment-là, autrement nous aurions continué comment avant. Ça ne veut pas dire que nous aurions fait des compromis sur quoi que ce soit en continuant avec Mike Mangini. C’est juste que cette porte s’est lentement ouverte et une fois que nous en avons parlé en tant que groupe, nous nous sommes dit que ça avait du sens, c’était le moment idéal.

Tu es celui qui a eu le moins de relations et de contacts avec Mike après son départ. Vous ne vous êtes pas parlé en onze ans jusqu’à votre concert de New York en 2022. Comment s’est passée, de ton côté, cette première rencontre entre vous ?

[Rires] C’était comme deux vieux frangins qui se retrouvaient. A un moment, tu commences à réfléchir à et à penser à toutes les choses que Mike et moi nous sommes dites l’un sur l’autre. Tu te laisses emporter par cette énergie négative. A un moment donné, tu te dis : « Merde alors, ça suffit ! Qu’est-ce qui se passe là ? » Quand nous nous sommes rencontrés, Dream Theater donnait un concert au Beacon Theatre. Il a demandé s’il pouvait revenir me voir. Pour faire court, il est revenu et m’a vu, et en moins de dix secondes, nous nous sommes pris dans les bras. Nous avons eu tous les deux une petite discussion à propos de tout et n’importe quoi. On ne rajeunit pas, on espère apprendre de ses erreurs et, en vieillissant, on espère devenir un peu plus sage quant à ce qui compte vraiment. Ce qui importe dans la vie, ce sont les personnes avec qui tu es et qui rendent la vie encore plus enrichissante, c’est-à-dire les gens avec qui tu travailles – dans mon cas, Dream Theater –, ta famille et tes amis. Comme il me le disait, nous avons tant fait ensemble, il y a tant de musique qui atteste de tout ce que nous avons fait par le passé, nous ne pouvions pas garder cette division entre nous éternellement, ç’aurait été vraiment triste. Nous avons tous les deux été d’accord. Il était temps de panser les blessures et de passer à autre chose. Puis c’est environ un an ou un an et demi plus tard que nous avons annoncé que Mike était de retour dans le groupe.

Au sujet du nouvel album, Parasomnia, tu as déclaré que « c’est l’album que [vous] vouli[ez] créer, et [vous] av[ez] tapé dans le mille. Il est tout ce que [vous] vouli[ez] accomplir et plus encore ». Qu’avez-vous voulu accomplir avec cet album, justement ? Quelle vision ou ambition aviez-vous en tête au moment de vous y mettre ?

Nous savions qu’il y aurait beaucoup d’excitation, d’espoir et d’attentes avec cet album, mais une fois que nous entrons dans le studio et que nous fermons la porte, ce qui importe avant tout est ce que nous pensons être le mieux pour le groupe. Comme nous avions déjà discuté que les textes parleraient de terreurs nocturnes, de cauchemars et de troubles nocturnes que l’on ne contrôle pas, ça établissait déjà le modèle pour nous. Quand tu écris des paroles à propos de quelque chose d’aussi sombre et menaçant dans une situation d’ascenseur émotionnel où on est impuissant, ça se prête à la musique. La musique doit appuyer ça. La seule façon pour que la musique appuie un tel thème serait qu’elle soit elle-même sombre et agressive, qu’elle ait elle-même un côté horrifique ou cauchemardesque. La musique était donc quelque chose dans lequel nous sommes naturellement tombés parce que nous savions de quoi allait parler l’album. Il n’a pas été expressément écrit pour être un album conceptuel ; il pourrait être considéré comme une œuvre conceptuelle, mais ce n’en est pas vraiment une, même s’il est basé sur une thématique et qu’on a des thèmes et motifs musicaux récurrents. Nous ne voulons pas dire que c’est « le nouveau concept album de Dream Theater ». Ça ne l’est pas, mais c’est clair qu’il se prête à cette notion. Quoi qu’il en soit, c’est un excellent précurseur si nous choisissons de faire ensuite une véritable œuvre conceptuelle.

« Quand Mike est revenu dans le groupe et que nous avons entamé la première semaine de travail sur le nouvel album, c’était comme s’il était juste parti prendre un café, qu’il était revenu et que nous avions continué à composer. »

En treize ans, vous avez tous vieilli, Mike a vécu de nombreuses expériences avec d’autres groupes. Comment était-ce de recollaborer avec lui après toutes ces années ? L’as-tu trouvé changé ?

Il a changé dans le sens où il a travaillé avec tant de musiciens. Lorsque je faisais mes projets solos, on me demandait : « Que retires-tu de cette expérience ? » Comme tu es en dehors de ton groupe principal, tes expériences avec d’autres musiciens t’enrichissent, ça fait de toi un musicien encore meilleur. Quand j’ai fait des albums solos, je ressortais de ces situations en étant un meilleur musicien, un meilleur compositeur, un meilleur parolier, un meilleur chanteur, etc. parce que ça me permet de constamment réfléchir à d’autres façons de m’exprimer, sans non plus perdre mon identité mais en faisant en sorte que ce soit mieux et une expérience bien plus profonde pour l’auditeur. Et comme Mike a, pendant treize ans, travaillé dans de nombreux groupes, je pense que ça a enrichi ce qu’il est en tant que batteur, en tant que musicien. Il peut donc prendre ces expériences et les ramener dans Dream Theater. Pour ma part, quand il est revenu dans le groupe et que nous avons entamé la première semaine de travail sur le nouvel album, ça m’a paru naturel. C’est comme si nous n’avions rien manqué. Je plaisante un peu en disant que c’était comme s’il était juste parti prendre un café, qu’il était revenu et que nous avions continué à composer. Quand nous avons commencé à écrire le nouvel album en studio, tout ce à quoi je m’attendais de la part de Mike s’est précisément déroulé. Et nous l’avons tous dit : « Ça fait tellement de bien, ça semble tellement naturel. » Oui, treize années se sont écoulées, mais quand nous sommes arrivés au moment de créer un nouvel album, nous n’avions pas l’impression de nous dire : « Oh mon Dieu, il faut essayer de remettre cette machine en marche. » Il n’y avait rien de ça. Ça s’est fait sans effort.

Mike Portnoy est l’un de ces batteurs qui ont une frappe et un groove distinctifs, facilement reconnaissables. Est-ce que ça t’influence ou t’affecte en tant que chanteur ?

Evidemment, il faut pouvoir ressentir le groove et en permanence fusionner ensemble rythmiquement. Mais si tu écoutes d’emblée « Night Terror » et que tu arrives au moment où la partie heavy démarre, où Mike fait ces gros roulements, c’est à cent pour cent ce que tu attendrais de lui. C’est sa signature. C’est sa manière d’aborder les chansons, ses roulements, ses grooves, etc. Je me nourris de ça de manière positive. Je ne me suis jamais senti chamboulé, à dire : « Je ne le sens pas à cause de ce que tu joues à la batterie. » Ce serait arrivé dans le temps, si on remonte à l’époque d’Images And Words, mais là, jamais. La beauté de la musique que nous écrivons avec Dream Theater est qu’il n’y a aucune limite à la direction que nous voulons prendre stylistiquement parlant et individuellement. Oui, il faut que tout s’imbrique pour donner un sentiment de cohérence, autrement ce serait la pagaille et ça sonnerait merdique. Tout doit avoir une raison d’être. C’est construit avec une vision et un chemin très clairs. Mais le fait d’être dans un groupe qui fait de la musique aussi éclectique me permet de chanter à la fois sur des choses absurdement compliquées et syncopées, et des choses simples, en quatre-quatre. En tant que chanteur, je me nourris de tout ce que le morceau véhicule. Je dois pouvoir me poser et m’y intégrer naturellement, gracieusement et en douceur. C’est ce que j’ai toujours fait. Je pense que, parce que j’ai joué de la batterie pendant douze ans quand j’étais gamin, ça m’a donné ce sens et cette connaissance rythmiques, et cette intuition, c’est intrinsèque. Tout ça fait que, peu importe ce qu’on jouera, je serai toujours capable de m’y placer, de le ressentir et de l’emmener où j’ai besoin de l’emmener en tant que chanteur.

La parasomnie est un terme qui désigne les troubles du sommeil, notamment le somnambulisme, la paralysie du sommeil et les terreurs nocturnes. Le thème global vient de John Petrucci, mais es-tu toi-même sujet à la parasomnie ?

Non. Je souffre d’insomnie [rires], mais pas de parasomnie. J’ai toujours eu le sommeil très léger ; je me réveille souvent pendant la nuit. On peut méditer et faire des exercices de respiration, ce qui aide, ça ne fait aucun doute, ça te ramène à un état calme et posé. Mais je n’ai jamais eu de rêves ou de cauchemars récurrents, de terreurs nocturnes, le sentiment qu’il y a une présence dans la pièce, de réveil où je me retrouve avec des hématomes, etc. C’est très sérieux ce qui arrive aux personnes qui vivent ça. Je ne peux qu’imaginer leur anxiété à chaque fois que la nuit tombe, qu’ils savent qu’ils devront retourner au lit et revivre ces horribles expériences. Ce doit être tellement effrayant, stressant et émotionnellement épuisant. Quand tu lis sur le sujet, tu te rends compte que certaines personnes sont confrontées à des choses tellement lourdes et il semble qu’elles n’ont aucun moyen de les éviter. Il y a des psychothérapies et ce genre de choses pour regarder quelle est la source du problème chaque soir, et s’il y a un problème récurrent, thématiquement, elles doivent l’aborder et voir comment elles peuvent le désamorcer. Ça marche dans une certaine mesure, mais ça reste très difficile. Beaucoup de gens souffrant de parasomnie ont vécu des expériences très traumatiques. C’est un peu plus profond encore. On parle de cicatrices psychologiques, ce qui n’est pas simple à dépasser ou à guérir. Il y a plein de niveaux de parasomnie pour expliquer pourquoi ces gens en sont là avec ces événements nocturnes.

« Quand des vétérans souffrent de terreurs nocturnes et qu’ils voient ces expériences traumatisantes resurgir, c’est à cause de notre incompréhension, en tant qu’êtres humains, de façon générale, face à ces conflits absolument barbares qui perdurent. L’esprit humain n’est pas fait pour donner un sens à ça, c’est juste trop horrible, et ça abîme à tous les niveaux. »

La chanson « A Broken Man » parle d’un vétéran de guerre qui souffre de troubles du sommeil, tels que des cauchemars et de l’insomnie, en raison de son expérience au combat. Elle contient des enregistrements audio de vétérans qui parlent de leurs horreurs personnelles et rejouent les événements traumatisants de leurs déploiements en temps de guerre. As-tu justement rencontré des vétérans pour en parler ?

Non, je n’ai pas personnellement rencontré de vétérans. Quand nous avons fait la chanson « The Enemy Inside », nous avons tous reçu des e-mails de certains vétérans disant : « Merci beaucoup d’avoir fait cette chanson, parce que ça me permet de voir les choses sous un meilleur angle et d’avoir plus de recul sur la situation. » Ceci étant dit, nous nous sommes rendus dans des bases militaires au fil des années. Nous avons, par exemple, été invités dans des hangars de l’armée de l’air, que ce soit en Allemagne ou ailleurs. Et nous avons vu de nombreux militaires en activité venir à nos concerts puis à nos meet-and-greets ou à nos aftershows par le biais d’un ami. J’ai discuté avec eux et, maintenant que j’y pense, j’ai discuté avec quelques vétérans de la guerre en Afghanistan. D’abord, j’ai lancé la conversation en disant : « Je tiens à vous remercier pour vos services. » Parmi les enseignements que j’ai pu tirer de certains d’entre eux, il y a le fait qu’ils ont vécu des choses qu’ils ne comprendront jamais ou ne voudront jamais pleinement comprendre parce que c’est trop horrible. Quand j’ai écrit « A Broken Man », c’était à ce sujet : ça parle d’un homme complètement démoralisé qui revit toutes les nuits ces horreurs, mais qui ressent aussi qu’il aurait pu faire plus pour réduire les pertes humaines, car il estime qu’un bien trop grand nombre de ses camarades a payé le prix ultime. Il essaye de s’y faire, mais il sait qu’il ne pourra jamais effacer à quel point il se sent coupable et mal à cause de tout ce qu’il a vécu et dont il a été témoin. C’est un sujet très sombre, mais c’est ainsi que j’ai voulu le raconter, parce que je pense qu’on doit se rendre compte que, quand des gens souffrent de terreurs nocturnes et qu’ils voient ces expériences traumatisantes resurgir, c’est à cause de notre incompréhension, en tant qu’êtres humains, de façon générale, face à ces conflits absolument barbares qui perdurent. L’esprit humain n’est pas fait pour donner un sens à ça, c’est juste trop horrible, et ça abîme à tous les niveaux.

Si on parle de sommeil, on parle forcément de rêves, ce qui est directement lié au nom du groupe. Quelles est ta relation aux rêves ? Es-tu du genre à les oublier juste après ton réveil ou plutôt à t’en souvenir et à essayer de les analyser ?

Je pense qu’on fait tous des rêves ou des cauchemars qu’on a clairement envie d’oublier [rires]. Ma théorie est que quand on fait un cauchemar… D’accord, certaines personnes disent que c’est à cause de l’alimentation, « est-ce que tu as mangé du chocolat tard le soir ? », « as-tu mangé quelque chose qui a irrité ton estomac ? » [Rires]. Tout d’abord, je peux compter sur les doigts d’une main les fois où j’ai eu des maux de ventre, et l’une d’entre elles s’est produite lorsque j’ai eu une grave intoxication alimentaire. Mais je pense que c’est ce que l’on vit et ce que l’on traverse actuellement qui suscite ce genre de rêve. Nous avons des milliards et des milliards de neurones dans le cerveau qui constituent qui et ce que nous sommes. Les possibilités sont infinies pour que quelque chose qui nous est inexplicable se produise, genre : « Pourquoi ai-je rêvé de ça ? Pourquoi ai-je vu ces gens que je suis pratiquement certain de n’avoir jamais vus – même s’il n’y avait pas beaucoup de lumière dans le rêve. » Ma théorie derrière ça est que l’on croise, au cours de sa vie, des centaines de milliers de personnes, et que notre subconscient s’en rend compte. C’est comme un gros ordinateur que nous avons là-haut. Inconsciemment, ces images sont conservées, capturées et compartimentées, pour ainsi dire, puis elles ressortent de manière aléatoire, déclenchées peut-être par quelque chose, émotionnellement, que l’on traverse et qui crée cette fusion, cette connexion. C’est ma théorie pour expliquer pourquoi on a de mauvais rêves ou des rêves qui n’ont absolument aucun sens. Ce dont nous parlons dans Parasomnia, ce sont des expériences réelles et, une fois de plus, inexplicables, qui dépassent la compréhension. Même si on peut déduire que, si l’on vit des expériences aussi traumatisantes chaque nuit en rêve, c’est à cause d’un événement vécu passé, on en saisit pas l’ensemble des raisons. C’est très profond. Si on s’y intéresse, on peut passer une semaine entière là-dessus, à lire ce que des gens vivent, mais ça a tendance à venir du même genre de source, c’est-à-dire qu’ils ont personnellement vécu des choses très troublantes et dérangeantes.

« J’aimerais croire que ce qu’on ressent lorsqu’on écoute l’album du début à la fin nous amène à un état modifié. J’espère que ça donnera aux auditeurs un autre angle d’expérience. »

L’album comprend une intro et une outro immersives, avec un « wake up » à la toute fin, comme si la musique elle-même avait été un rêve. Vois-tu un parallèle entre le fait d’écouter votre musique, ou la musique en général, et ce qui se passe lorsqu’on rêve ?

J’aimerais croire que ce qu’on ressent lorsqu’on écoute l’album du début à la fin nous amène à un état modifié. J’espère que ça donnera aux auditeurs un autre angle d’expérience. J’espère que l’expérience sera profonde, dans le sens où vous serez emmenés… La musique consiste à aller dans un endroit différent du lieu où on se trouve. Si vous écoutez un album comme celui-ci, mettez vos écouteurs, baissez les lumières ou éteignez-les complètement : vous ressentirez certainement l’intention derrière les paroles et la musique, et ça vous mettra dans cet état d’anxiété ou vous donnera l’impression d’être dans un endroit un peu instable. Vous aurez toujours conscience d’être en sécurité, mais vous pourrez vraiment ressentir ce qui est communiqué et transmis. Je pense donc que l’album peu clairement vous emmener et vous transporter dans un autre monde, pour ainsi dire, si vous le laissez faire, et que vous pouvez le ressentir pour tout ce qu’il vaut.

Sur un autre sujet, le 23 novembre dernier, vous avez enregistré le concert parisien de la tournée célébrant les quarante ans du groupe : comment avez-vous fait le choix de cette ville cette fois pour immortaliser cette tournée spéciale ?

C’est une question très difficile, parce qu’il y a tant d’endroits dans le monde où nous aurions pu faire ce DVD. Je me souviens encore de la première fois où nous avons joué en France. Je crois que c’était à la Locomotive, à Paris. C’était une foutue petite sale, nous étions repartis à deux heures du matin… La France entretient avec nous une relation très particulière qui remonte à longtemps. Le label, le groupe, le management, nous avons juste senti que ça avait du sens. C’était presque la fin de cette partie de la tournée, donc nous avions tout un tas de concerts avant pour nous améliorer [rires], pour vraiment être en place en tant que groupe, pour que chaque individu s’améliore et pour nous débarrasser de toutes les toiles d’araignées. Je crois que c’était l’avant-dernier concert sur la tournée européenne et la salle, en soi, est magnifique, spectaculaire. Tout indiquait que c’était une bonne date pour le faire. Aurions-nous pu le faire à Amsterdam ? Absolument. Aurions-nous pu le faire en Allemagne ? Absolument. Nous venons de jouer à Santiago, au Chili : aurions-nous pu le faire là-bas, ou à Buenos Aires, ou au Brésil, ou au Japon ? Nous aurions pu le faire n’importe où, mais à ce moment précis, c’est ce qui avait le plus de sens pour nous. Comme je l’ai dit, nous avons tous pensé, label et management compris : « Ce sera l’avant-dernier d’une série de vingt-six concerts, nous serons bien en place, nous serons au sommet de notre art, nous pourrons faire un show extraordinaire et sortir un DVD extraordinaire. » Et tu sais quoi ? C’était vrai, car nous étions tous très en forme, nous nous sentions vraiment bien, nous tournions à plein régime au moment où nous sommes arrivés à la date parisienne.

Interview réalisée en visio le 14 janvier 2025 par Nicolas Gricourt.
Retranscription & traduction : Nicolas Gricourt.
Photos : Mark Maryanovich (1, 2, 5) & Nicolas Gricourt (4).

Site officiel de Dream Theater : dreamtheater.net

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