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Interview   

Dynazty : bas les masques


Depuis dix-huit ans maintenant, Dynazty sillonne le monde du power metal et trace sa route avec une identité musicale forte, oscillant entre puissance et mélodie. Après Final Advent, qui semblait indiquer la fin d’un chapitre, le groupe revient avec Game Of Faces, un album qui intrigue autant par son titre que par ses thématiques. Entre illusion, vérité et perception altérée, les nouvelles compositions explorent un univers où tout n’est pas ce qu’il semble être.

Comment Nils Molin et ses compagnons ont-ils abordé cette nouvelle création ? Comment jonglent-ils entre évolution et fidélité à leur essence musicale ? À l’aube de cette nouvelle phase dans leur carrière, le chanteur nous éclaire sur l’inspiration derrière cet album, leur processus créatif et l’équilibre délicat entre innovation et authenticité. Il nous ouvre les portes de l’univers du combo suédois et nous invite à plonger là où les masques tombent, afin de nous révéler ce qui se cache réellement derrière ce « jeu des visages ».

« Une fois que nous avons réussi à trouver notre identité musicale, nous avons aussi commencé à comprendre l’importance de ce principe : écrire quelque chose qui nous enthousiasme sincèrement et non ce que l’on pense être susceptible d’enthousiasmer les autres. »

Radio Metal : Après Final Advent, dont le titre semblait marquer la fin d’une époque pour Dynazty, vous revenez avec Game Of Faces. D’ailleurs, dans les paroles du morceau-titre, tu dis que « sous le masque se cache un autre visage, la vérité déformée est la réponse que vous cherchez. » Cela signifie-t-il que Dynazty renaît en quelque sorte et révèle son vrai visage ?

Nils Molin (chant) : C’est une interprétation très intéressante. D’habitude, ce que je dis à propos de mes paroles, c’est que j’essaie de les commenter le moins possible, pour cette raison précise, pour que les gens puissent avoir leur propre interprétation des choses. C’est ce qui fait la beauté des paroles. Cela étant, ce n’était pas exactement mon intention avec celles-ci. Il s’agit plutôt de deux choses distinctes. Final Advent, à bien des égards, était probablement un chapitre qui se refermait pour le groupe et Games Of Faces est le début du chapitre suivant, mais cette phrase en particulier dans « Game Of Faces » est plus relative au sujet et au thème de cette chanson.

Le titre de l’album suggère que le changement est inévitable. Au fil des ans, comment avez-vous réussi à rester fidèles à votre identité en tant que groupe tout en naviguant à travers les changements inévitables dans l’industrie musicale et au sein du groupe lui-même ?

C’est une question très intéressante. Je pense qu’il est toujours très important pour un groupe qui a une forte identité musicale de la conserver. A la fois, du moins nous concernant, nous ne voulons pas faire sans arrêt la même chose. Il s’agit donc toujours d’une lutte d’équilibre entre le maintien de la véritable essence musicale du groupe et la recherche de nouveaux moyens de nous développer organiquement. C’est l’équilibre que nous essayons de trouver, en restant fidèles à nous-mêmes, peu importe ce qui se passe dans l’industrie musicale ou dans le monde. Nous essayons simplement de faire quelque chose d’authentique. Si on commence à écrire de la musique en se basant sur ce qu’on pense que les gens pourraient aimer à un instant donné, je pense honnêtement que ça ne fonctionne jamais, pour qui que ce soit. Il faut que ce soit sincère. Lorsqu’on écrit, on doit y croire soi-même, sinon personne d’autre n’y croira.

En parlant de rester « fidèles à soi-même », au cours de tes dix-huit années de carrière, y a-t-il eu des moments où tu as eu l’impression que ce principe était plus difficile à appliquer ?

Je pense qu’au début du groupe, il était plus difficile d’appliquer ce principe parce que nous ne comprenions pas vraiment à quel point il était important en soi. Une fois que nous avons réussi à trouver notre identité musicale, nous avons aussi commencé à comprendre l’importance de ce principe : écrire quelque chose qui nous enthousiasme sincèrement et non ce que l’on pense être susceptible d’enthousiasmer les autres.

Considères-tu le changement comme une force motrice pour la création ou plutôt comme un défi ?

Le changement pour le changement n’est pas une bonne chose en soi. Mais le changement peut être une bonne chose et il est en quelque sorte inévitable tôt ou tard. A chaque fois que nous changeons au sein de ce groupe, nous essayons simplement de le faire de manière organique. Ça vient naturellement, ce n’est pas forcé. Le changement ne me fait pas peur ; comme je l’ai dit, il est plus ou moins inévitable, donc on ne peut pas vraiment en avoir peur. On devrait plutôt l’accepter et le transformer en un bon changement plutôt qu’en un mauvais changement.

Une chose est sûre, que ce soit sur cet album ou sur les précédents, la passion et l’énergie sont toujours les mêmes. D’où les tires-tu ?

C’est une bonne question. J’aime ce genre de musique depuis que je suis enfant, donc je pense que s’il y a une chose qui ne changera pas, c’est celle-là [rires]. C’est la base de ce que je suis. Je pense que c’est pareil pour tous les membres du groupe. C’est quelque chose qui sort naturellement de nous. J’ai toujours beaucoup de passion et de motivation pour créer de la nouvelle musique pour Dynazty. Quand il s’agit d’aller en studio et d’enfin enregistrer les véritables voix pour l’album, je suis toujours très enthousiaste. Et je suis enthousiaste à l’idée de me pousser plus loin et plus fort que je ne l’ai fait auparavant. Parfois, il est un peu plus difficile de trouver cette motivation extrême, mais on finit par y arriver.

« On vit dans l’esprit humain vingt-quatre heures sur vingt-quatre, n’est-ce pas ? Même quand on dort. C’est donc quelque chose qui m’a toujours fasciné et intéressé. »

Combien de temps a-t-il fallu pour créer Game Of Faces ?

Je pense que nous avons commencé à écrire Game Of Faces immédiatement après la sortie de Final Advent. Certaines des premières chansons de l’album ont été écrites immédiatement après. D’un autre côté, nous avons beaucoup tourné ces deux ou trois dernières années. Nous avons donc écrit entre les tournées et tout le reste. C’est un peu comme si nous avions écrit quelques chansons ici et là, nous avons fait quelques tournées et quelques mois plus tard, nous en avons écrit d’autres. C’était donc un peu plus étalé que par le passé.

Il y a une réelle technicité derrière chacun de tes morceaux. Comment procèdes-tu pour composer ? Les paroles viennent-elles en premier ou bien ce sont les parties instrumentales ?

Ça varie d’une chanson à l’autre. Généralement, dans une certaine mesure, ça commence par une idée instrumentale. Mais parfois, ça peut aussi commencer par une mélodie vocale, ou une progression d’accords et une mélodie vocale, mais encore une fois, ça varie d’une chanson à l’autre. Les paroles sont en fait ce que j’écris en dernier en ce qui concerne le chant en général. Je finis d’écrire toutes les mélodies vocales, puis je mets les paroles par-dessus. Et en général, je n’ai pas de grand plan concernant les thématiques. Ça se fait tout seul. Ça peut être des choses qui se passent dans le monde ou autour de moi qui m’inspirent. J’essaie juste d’écouter la chanson et de sentir ce qui pourrait la mettre en valeur, quel genre de mots, quel genre de thème pourrait pousser la chanson encore plus loin.

La construction de la chanson « Mystery » peut rappeler « The Last Stand » de Sabaton. Était-ce ton influence lorsque tu l’as écrite ?

Je ne pense pas que ça ait été une source d’inspiration. Il y a un côté un peu folk suédois dans cette chanson et c’est peut-être aussi le cas de quelques chansons de Sabaton avec lesquelles ils ont eu des influences suédoises old-school. C’est peut-être la raison. D’un autre côté, nous avons beaucoup écouté Sabaton et parfois l’influence se faufile à l’intérieur de toi, même si tu ne t’en rends pas vraiment compte. Nous avons d’ailleurs tourné plusieurs fois en première partie de Sabaton. La première fois était il y a douze ou treize ans. C’est un groupe que je respecte personnellement beaucoup. Je trouve que c’est l’un des groupes les plus encourageants et les plus géniaux pour lesquels ouvrir. Ils sont si gentils et bons avec les groupes qui ouvrent pour eux, et c’est un très bon exemple à suivre sur la façon de travailler dans cette industrie.

A propos de tournées, comment te prépares-tu à celle-ci, physiquement et mentalement, en tant que chanteur ?

Ça dépend un peu. Parfois, ma recette pour préparer une tournée est simplement de me reposer lorsque je suis dans une des périodes les plus chargées de l’année ou lorsque je tourne beaucoup. Il s’agit surtout de se reposer et de récupérer des forces. Avant la nouvelle tournée, j’ai passé plus de temps à la maison que d’habitude. J’essaie donc de rester en bonne forme physique et mentale en général.

Comment en êtes-vous arrivés à partager l’affiche avec Nanowar Of Steel ?

J’ai déjà tourné avec les gars de Nanowar Of Steel et nous nous sommes rencontrés, Dynazty et eux, l’année dernière. C’était il y a presque exactement un an, lors de la croisière des 70 000 Tons Of Metal. Nous avons regardé nos shows respectifs. Puis quand nous avons discuté du type de tournée que nous voulions faire pour cet album, j’ai eu l’idée de parler aux gars de Nanowar pour voir s’ils seraient intéressés par la création d’un package ensemble, car j’ai pensé que ce serait intéressant de faire tourner ces deux groupes ensemble. Il s’est avéré que leur emploi du temps concordait pour que nous puissions faire cette tournée.

« Quand j’ai rejoint Amaranthe, j’ai beaucoup appris sur l’aspect commercial des choses et sur la façon dont l’industrie fonctionne. J’ai eu une formation accélérée à cet égard. »

Que penses-tu de l’humour dans le metal, car c’est un sujet qui divise : d’un côté, c’est très populaire, de l’autre, de nombreux puristes ne l’aiment pas et pensent que le metal doit rester sérieux ?

Je trouve que les gars de Nanowar sont très drôles. Je les aime bien. Ça ne me dérange donc pas du tout. A titre personnel, je trouve que ce serait très triste si la seule chose que les gens voulaient entendre était du metal humoristique, mais je pense qu’il y a de la place pour tous les genres de musique.

Vos chansons ont une énergie particulière pour la scène. Lorsque tu entres en studio pour les enregistrer, visualises-tu la scène pour chacune d’entre elles ?

Peut-être pas exactement comme ça, mais lorsque tu écris des chansons, tu as toujours à l’esprit ce que ça donnerait sur une scène. C’est aussi une chose importante à garder à l’esprit parce que parfois, ce n’est pas pareil. Quelque chose qui sonne bien lorsque tu fais la démo de la chanson ou que tu l’enregistres en studio peut ne pas fonctionner aussi bien sur une grande scène. C’est donc bien de garder ça à l’esprit et d’essayer d’imaginer la chanson en train d’être jouée live.

Vous produisez vos propres albums depuis un peu plus de dix ans. Avez-vous déjà envisagé de faire appel à un producteur extérieur pour vous apporter un regard neuf ou penses-tu que ça déformerait trop votre vision ?

Nous n’avons pas de règle nous interdisant de faire appel à un producteur extérieur ou quoi que ce soit de ce genre. A la fois, nous sommes très conscients de nous-mêmes et nous nous produisons beaucoup lorsque nous composons. Pour l’instant, nous allons probablement continuer à procéder de la même manière, mais peut-être qu’à l’avenir, nous penserons qu’il est nécessaire, comme tu l’as dit, de travailler avec un producteur extérieur pour garder les choses fraîches ou pour adopter un regard différent.

Dans la biographie du groupes, tu parles d’« explorer l’essence de l’esprit humain et de l’existence avec des thèmes tels que la découverte de soi, la mort spirituelle, la renaissance et la réinvention ». D’où vient ton intérêt pour l’esprit humain ?

On vit dans l’esprit humain vingt-quatre heures sur vingt-quatre, n’est-ce pas ? Même quand on dort. C’est donc quelque chose qui m’a toujours fasciné et intéressé, que ce soit la part de réalité provenant de notre propre psyché ou esprit, la façon dont on interprète les choses ou la façon dont un état d’esprit différent peut changer pratiquement toute situation ou circonstance. Je pense donc que c’est quelque chose qui m’a toujours fasciné et beaucoup intéressé. C’est donc naturel que j’écrive sur ce sujet.

Il semble y avoir une exploration de la réalité et de la vérité d’une manière déformée ou paradoxale dans l’album. Est-ce une réflexion sur le monde moderne ?

Je pense que c’est un sujet général dans les deux chansons « Game Of Faces » et « Devilry Of Ecstasy ». Elles traitent en quelque sorte de l’idée que la perception est très subjective. La façon dont on regarde les choses est très subjective et notre propre interprétation nous fait voir ce qu’on voit. Et ça peut être dangereux ; je pense que c’est le sens général de la chanson « Devilry Of Ectasy ». Ce n’est pas parce que ça a l’air de briller que c’est forcément de l’or : c’est l’idée générale de cette chanson. La tromperie peut être trompeuse et il faut être conscient de sa propre prédisposition à regarder les choses parce qu’elle peut les rendre difficiles à voir telles qu’elles sont en réalité.

« Je suis un chanteur qui croit qu’il faut d’abord servir la chanson que l’on chante plutôt que d’essayer de se servir soi-même et que la chanson en souffre. C’est ma philosophie générale. »

Vous avez une chanson intitulée « Sole Survivor ». C’est un titre qui revient souvent, que ce soit chez Helloween, Azia, Blue Oyster Cult… Il semble souvent évoquer une lutte personnelle ou une confrontation avec l’adversité. Ce thème a-t-il une résonance particulière dans ta vie ?

Je pense que la raison pour laquelle ces mots apparaissent dans de nombreuses chansons de metal est qu’elles figurent dans « Holy Diver » de Dio : [chante] « Soul survivor, holy diver ». C’est peut-être l’une des raisons. Mais je ne sais pas, l’idée de ce texte m’est venue et cette phrase s’intégrait parfaitement dans la chanson. Je ne sais pas si le sujet en lui-même est important pour moi, mais il semble aller parfaitement à la chanson et au thème que je lui avais choisi.

Tu fais également partie d’Amaranthe depuis 2017 et as réalisé trois albums avec eux : qu’as-tu appris de ton expérience dans ce groupe plutôt inhabituel (trois chanteurs, mélange des genres, etc.) que tu aurais apporté à Dynazty ?

Je pense que dans l’ensemble, j’ai beaucoup appris sur l’aspect commercial des choses et sur la façon dont l’industrie fonctionne. J’ai eu une formation accélérée à cet égard quand j’ai rejoint Amaranthe, rien qu’en en faisant partie ; pas parce que quelqu’un était assis avec moi pour m’apprendre des choses, mais parce que j’ai tout appris moi-même. J’ai appris beaucoup de choses que j’ai pu utiliser pour que Dynazty soit très efficace, et j’ai appris de beaucoup d’erreurs pour ne pas avoir à les faire moi-même ou pour que Dynazty ne les fasse pas. De même, quand tu es un artiste sur scène, il est toujours utile d’avoir des kilomètres supplémentaires. En tant qu’artiste, le fait d’être sur scène, de faire plein de tournées, te donne toujours beaucoup d’expérience, et ce n’est généralement pas une mauvaise chose en soi.

Dynazty a-t-il bénéficié d’une plus grande visibilité grâce à Amaranthe ?

Peut-être pas énormément, mais certainement un peu. Il y a des gens qui ont découvert Dynazty grâce à Amaranthe, c’est certain. A la fois, les publics cibles sont assez différents. Je ne dirais donc pas beaucoup, mais il y a certainement des gens qui ont découvert Dynazty grâce à mon travail dans Amaranthe.

Quel est le plus grand défi pour toi : travailler avec Amaranthe ou avec Dynazty ?

Les deux sont très stimulants. Les concerts et les chansons d’Amaranthe sont très rapides, très rythmés. Je chante beaucoup de choses qui sont écrites pour une voix féminine. Il y a donc beaucoup de défis à relever. A la fois, Dynazty sera toujours le plus grand défi parce que je fais tout sur scène. Il y a beaucoup de responsabilités qui pèsent sur moi en tant que chanteur, en tant que frontman et en tant que compositeur pour le groupe. C’est donc ça, le plus grand défi, c’est certain.

Comment abordes-tu ton chant dans ces deux groupes différents ?

C’est plus ou moins la même chose, sauf que dans Amaranthe, il y a deux autres chanteurs avec lesquels je dois travailler. A part ça, j’aborde mon chant comme je le fais pour tout ce que je fais. Je suis un chanteur qui croit qu’il faut d’abord servir la chanson que l’on chante plutôt que d’essayer de se servir soi-même et que la chanson en souffre. C’est ma philosophie générale. C’est ce que je fais à chaque fois que je travaille sur quelque chose.

Avec Dynazty, vous sortez un album tous les deux ans : penses-tu que cette régularité presque métronomique soit nécessaire à notre époque ?

Ce n’est pas nécessaire, mais je pense que ça fonctionne bien pour beaucoup de groupes, et pas seulement aujourd’hui. Je veux dire que c’était certainement le modèle à suivre dans le passé aussi. Les groupes des années 70 sortaient parfois deux albums par an ou au moins un album par an. Ensuite, la norme était de sortir un album tous les deux ans et de faire des tournées entre les deux. Je ne pense pas qu’il faille procéder de cette manière, mais si ça permet à la machine de continuer à tourner et qu’on a une bonne dynamique, alors autant ne pas arrêter. Nous ne sommes pas bloqués sur ces cycles de deux ans. Je veux dire que si nous voulons faire une pause plus longue, nous pouvons le faire quand nous le voulons, car c’est avant tout organique.

Interview réalisée en visio le 5 février 2025 par Aurélie Cordonnier.
Retranscription & traduction : Aurélie Cordonnier.
Photos : Christian Schneider (2, 5) & Patric Ulleaus (4).

Site officiel de Dynazty : dynazty.com

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