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Le Son D'Histoire   

Earthquake d’Electric Sun ou la renaissance du Voodoo Child allemand


A l’occasion de la réédition en vinyle & CD du premier album de Electric Sun, Earthquake, retour sur l’histoire de cette œuvre essentielle dans la discographie de l’un des guitaristes metal les plus brillants de sa génération : Uli Jon Roth.

Nous sommes en août 1978 et un disque incontournable, probablement dans le top 3 des lives marquants de l’histoire du hard rock, commence tout juste à affoler nos platines : Scorpions sort son Tokyo Tapes, fruit d’une série de concerts mémorables donnés quelques mois plus tôt au pays du Soleil-Levant et témoins d’une performance remarquable pour la bande d’arachnides ici en forme olympique. Pourtant, derrière cette ferveur se cache une crise du côté des ressources humaines du groupe ; en effet Uli Jon Roth, guitariste soliste, a pris la décision de stopper leur collaboration et a annoncé quitter la formation teutonne alors en pleine explosion artistique et médiatique. Ressentant le besoin d’une expression artistique qu’il souhaite plus « pure » et moins dépendante du dictat commercial et formaté de l’industrie de la musique, il ne se retrouve plus dans l’orientation carriériste que prend Scorpions. C’est donc dans ce contexte que naîtra Electric Sun, un projet plus intime et atypique, taillé (forcément) pour la six cordes et dans lequel l’instrument fétiche du musicien occupera donc une place de choix.

« This album is dedicated to the Spirit of Jimi Hendrix », peut-on lire au dos de la pochette. Adieu le combo en quintet et bonjour le power trio ! Rejoint par Ule Ritgen à la basse et Clive Edwards à la batterie, Uli continue de revendiquer l’influence de son maître absolu (lui aussi d’ailleurs connu pour la configuration guitare/basse/batterie de son groupe Jimi Hendrix’s Experience) et invite l’auditeur à un voyage gorgé de virtuosité et psychédélisme exquis, au détour de huit titres originaux. Si l’on y retrouve évidemment les sonorités de ses collaborations scorpionesques passées, l’artiste semble cependant davantage affranchi des cadres contraignants qui l’ont amené à quitter son précédent groupe et livre une série de pièces redoutables et drôlement inspirées, à la richesse mélodique et technique indéniable. Assumant désormais intégralement le rôle de chanteur (déjà dans Scorpions le jeune guitariste poussait épisodiquement la chansonnette ; citons par exemple et pour mémoire les exaltants « Polar Nights », « Fly To The Rainbow » ou encore « Sun In My Hand »), le verdict est sans appel : si le toucher instrumental est très hendrixien, la voix quant à elle l’est tout autant, avec l’usage d’un parlé-chanté à mi-chemin entre le musicien américain et Bob Dylan à ses débuts. Bref, ici le timbre vocal est secondaire et une fois de plus, c’est l’instrument qui règne en maître.

Entre riffs fulgurants et aériens et incantations toutes aussi poétiques qu’oniriques, les titres défilent dans un ballet magnifique et rappellent systématiquement le talent inouï de celui qui, aux côtés de Ritchie Blackmore, posera les fondements du metal néoclassique et sera notamment régulièrement cité par Yngwie Malmsteen comme modèle et source d’inspiration. « Sundown », « Burning Wheels Turning », « Japanese Dream », « Still So Many Lives Away » ou encore le copieux morceau-titre « Earthquake »… autant de moments de transe tantôt festive et jubilatoire, tantôt plus calme méditative, au service de l’édification d’une œuvre résolument métaphysique et anti-standardisée, qui donnera suite dans un premier temps à deux albums : Fire Wind (1981) puis Beyond The Astral Skies (1986). Le nom d’Electric Sun sera ensuite simplement remplacé par celui d’Uli Jon Roth, qui peut s’enorgueillir d’avoir réussi à continuer, jusqu’aujourd’hui encore, à défendre une discographie impeccable, sincère et sans compromissions.

Réédité ce mois-ci pour la première fois en version gatefold (so 70’s!), Earthquake a été remasterisé dans les studios de Dieter Dierks, producteur emblématique de la grande époque des Scorpions et notamment des trois derniers albums studios du groupe auquel Uli Jon Roth a participé : In Trance, Virgin Killer et Taken By Force. Deux jam sessions de 1978 viennent s’ajouter en bonus à la tracklist : « Spirits Soar » et « Between The Tides ».

Fun fact : l’illustration de la pochette du disque (comme celle des deux qui suivront) est signée Monika Dannemann, alors épouse d’Uli et ex-compagne de Jimi Hendrix. La célèbre chanson « We’ll Burn The Sky » de Scorpions (sur l’album Taken By Force) avait d’ailleurs en partie été écrite par la jeune femme et dédiée à son ancien amant tragiquement décédé. Comme quoi le spectre de l’artiste n’a eu de cesse de voler au-dessus de la vie et l’œuvre du guitariste allemand…



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  • Il fallait en avoir pour quitter Scorpions alors en pleine explosion ! Mais Uli n’aimait pas l’orientation du groupe depuis l’arrivée d’ Herman Rarebell et ses textes trop portés sur la bagatelle. Son monde mystique était ailleurs. Il est d’ailleurs intéressant de se pencher sur certains de ses textes souvent sombres et porteurs de messages forts.
    L’album est loin d’être parfait mais est porteur de quelques pépites et les musiciens l’accompagnant sont tout sauf des amateurs , notamment Ule Ritgen.
    Il fera mieux 2 ans plus tard avec Fire Wind.
    Son jeu est unique faisant oublier en partie son chant souvent désastreux qui, à mon avis, a plombé son succès potentiel.

  • Imminence + Ne Obliviscaris @ Salle Pleyel
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