Et si les Celtes avaient déjà tout compris il y a plusieurs millénaires ? C’est ce que laisse supposer Chrigel Glanzmann avec Ànv (à prononcer « anou »), le nouvel album d’Eluveitie basé sur un texte à la dimension eschatologique où il est notamment question du rapport de l’homme à la nature et de certaines prédictions étonnantes si on fait le parallèle avec notre époque actuelle. C’est donc de sagesses passées à regarder au présent qu’il est question, comme souvent avec le groupe suisse qui aime fouiller dans le panthéon celtique et s’inspirer de la spiritualité des druides.
Mais là où passé et présent convergent, c’est aussi dans la musique d’Eluveitie qui se plaît à combiner les formes traditionnelles de musique à des formes plus modernes. Le fait est que Chrigel et sa bande revendiquent ne pas avoir de limites : pour preuve cette collaboration avec Stephan Eicher qui verra peut-être bientôt le jour… Nous discutons de tout ceci avec la tête pensante du collectif qui évoque autant la façon dont il en est venu à ce mélange des genres que les changements de line-up ou le succès de la formation dont le premier album Spirit fêtera bientôt ses vingt ans.
« Les textes sur lesquels cet album est basé sont anciens, bien sûr, ils ont été vraisemblablement écrits il y a plus quatre mille ans à l’origine, mais autant ils étaient pertinents à l’époque, autant ils n’ont pas cessé de l’être. Ils revêtent une certaine justesse et sont intemporels. »
Radio Metal : Vous avez fait une grande tournée en janvier et février. C’est intéressant, car les groupes le font généralement après la sortie d’un album pour le promouvoir, mais là, c’était avant et vous avez joué quelques nouvelles chansons. Comment cette tournée a-t-elle été décidée et comment était-ce de promouvoir un album avant sa sortie ?
Chrigel Glanzmann (chant et divers instruments) : Pour nous, mais je crois que c’est vrai de beaucoup de groupes, la première tournée d’un cycle d’album n’est pas toujours après la sortie d’un album. Tout dépend où on en est après l’annonce d’un album. Oui, nous avons joué quelques nouvelles chansons, celles qui avaient déjà été sorties en tant que singles, qui avaient fait l’objet de clips vidéo et ainsi de suite. En ce sens, la tournée a été un bon point de départ pour enfin pouvoir partager de nouvelles musiques avec nos fans. Je ne sais pas si c’est bien ou pas de tourner avant la sortie d’un album, je n’y ai jamais réfléchi – je n’ai pas le temps ! –, mais peut-être et si c’est le cas, tant mieux !
Le nouvel album paraît plus moderne par endroits, tout en conservant les influences folk typiques d’Eluveitie. Avez-vous l’impression, plus que jamais, de créer un pont entre le passé et le futur, non seulement au niveau des paroles mais aussi au niveau musical ?
Oui et non. Oui, parce qu’effectivement, il y a beaucoup des deux dans cet album, à la fois dans la musique – j’espère – et dans le fait qu’il combine le présent et des choses qui ont leurs racines je ne sais combien de milliers d’années dans le passé. D’un autre côté, non, parce que je ne crois pas que nous créons des ponts. Ce n’est pas tant d’un moment dans le temps que nous parlons, mais de certaines choses. En l’occurrence, les textes sur lesquels cet album est basé sont anciens, bien sûr, ils ont été vraisemblablement écrits il y a plus de quatre mille ans à l’origine, mais autant ils étaient pertinents à l’époque, autant ils n’ont pas cessé de l’être, ils restent pertinents aujourd’hui. En ce sens, ils revêtent une certaine justesse et sont intemporels. Il n’y a donc même pas vraiment besoin de créer des ponts.
On pourrait dire que c’est vrai aussi de vos influences folk…
Je dois dire que c’est quelque chose au sujet du quel j’ai beaucoup réfléchi. Je suis d’accord avec toi. Je ne crois pas que ce soit tant lié aux instruments, car ceux-ci sont l’expression d’un type de musique. Tous les instruments qui existent dans le monde ont été originellement construits pour jouer un certain type de musique, et probablement vice versa. Bref, je pense que ce qui est réellement intemporel, c’est la musique traditionnelle, comme la musique folk, et ce peu importe d’où elle vient. Si tu regardes bien, c’est le plus ancien genre musical qui existe. C’est bien plus vieux que la musique classique et on en joue encore aujourd’hui. Je trouve ça extraordinaire et même un peu magique. C’est parce que d’un côté, il y a quelque chose de très archaïque dans la musique traditionnelle et folk, quelque chose qui parle directement au cœur. C’est pour cette raison qu’elle n’est généralement même pas écrite, elle est transmise de génération en génération. C’est ainsi qu’elle survit, se développe et change, avec chaque génération. Aujourd’hui, la musique folk traditionnelle est jouée comme du death metal, mais c’est ça le truc : elle change avec les générations et les gens qui la jouent, mais elle ne perd jamais son âme. C’est la première chose. La seconde est que si tu regardes sur le plan historique, la musique traditionnelle et folk est toujours relativement simple, mais elle est a aussi toujours été la musique des gens simples. Elle n’a jamais été la musique des rois et des riches. Pendant des siècles, elle a été la musique des pauvres – malheureusement. C’est aussi ce qui fait que la musique folk est très profonde et primitive, et qu’elle parle au cœur.
Pour « Premonition », Jonas Wolf s’est inspiré des groupes suédois de death metal mélodique des années 90. D’un autre côté, « Awen » présente une partie presque néo-metal. Parmi ces diverses influences, comment savoir si une chanson peut convenir à Eluveitie ? Tout est permis tant que l’aspect folk/traditionnel s’intègre ?
Je comprends bien la question en théorie, mais de la façon dont nous ressentons les choses, j’aurais tendance à retourner la question et à me dire : « Nous sommes Eluveitie, donc comment quoi que ce soit que nous faisons pourrait ne pas être Eluveitie ? » Nous allons toujours jouer avec de la batterie, des guitares électriques, mais aussi des flûtes et des violons au lieu de saxophones ou je ne sais quoi. En ce sens, nous avons certaines bases, mais au bout du compte, il n’y a pas de limites. Pourquoi voudrions-nous nous imposer des limites ? Si nous aimons quelque chose et trouvons que ça sonne bien, alors c’est cool. Peu importe si ça sonne comme du nu metal, du death metal ou de la pop. ça sonne comme nous aimons et ça en fait du Eluveitie. Nous ne pensons pas trop à ces choses. Du moment où ça plaît à nos oreilles, c’est que c’est bien. C’est tout ce dont nous nous soucions. Tout le reste n’a pas d’importance. Quand tu veux être créatif, pourquoi t’imposerais-tu des limites ? C’est absurde.
« Aujourd’hui, la musique folk traditionnelle est jouée comme du death metal, mais c’est ça le truc : elle change avec les générations et les gens qui la jouent, mais elle ne perd jamais son âme. »
Un groupe comme In Flames avait des influences folk, surtout à ses débuts. Dirais-tu que l’écart n’est pas si grand que ça entre eux et Eluveitie ? Vous sentez-vous proches d’eux pour cette raison, d’une certaine manière ?
Je dois avouer ne pas énormément connaître In Flames. J’ai entendu certains de leurs anciens morceaux avec les mélodies traditionnelles suédoises, et je trouve ça cool. Théoriquement, oui, on peut dire ça. C’est aussi cool, car j’ai toujours pensé que la musique traditionnelle et folk devait bien aller avec le metal. Apparemment, beaucoup de gens ont pensé la même chose et ont essayé ce mélange partout sur la planète, à différentes époques de l’évolution du metal. On l’a vu avec In Flames, Sepultura, etc. Même Iron Maiden, si tu regardes leur riffing ou leurs lignes de basse, ça rappelle la musique folk britannique ! En ce sens, c’est probablement quelque chose qui devait se faire à un moment donné.
Qu’est-ce qui te faisait dire que la musique folk devait bien aller avec le metal ?
C’est cool que tu poses la question, car je suis en train de me souvenir. Dans le temps, quand j’étais beaucoup plus jeune, j’étais souvent en Irlande – j’y allais plusieurs fois par an. J’allais toujours voir des concerts dans les pubs. C’est ainsi que j’ai découvert la musique celtique traditionnelle – en tout cas, la partie irlandaise de cette musique. Evidemment, il y avait toujours un ou plusieurs joueurs de bouzouki ou de mandoline. C’est en les observant que j’ai remarqué : si tu regardes les doigtés de la main gauche d’un joueur de bouzouki irlandais, tu réaliseras que c’est le même genre de doigté qu’on retrouve chez les guitaristes de death metal mélodique – c’est très proche. Si tu assistes à un concert irlandais et que tu te focalises sur la partie du bouzouki, c’est des putains de riffs qu’il joue ! C’est là que j’ai initialement eu l’idée du mélange, en me disant : « Bon sang, c’est une sorte de metal, avec un paquet d’instruments solos par-dessus. »
Il y a quelques chansons où les instruments folk ne sonnent pas forcément comme des instruments folk au sens traditionnel du terme. Est-ce une façon pour vous de renouveler votre son ?
Non, je ne dirais pas ça. C’est probablement l’exemple de ce que j’ai dit plus tôt. Je pense que quand on veut être créatif, au bout du compte, il faut faire ce qu’on aime, ce qui nous paraît bien sonner, ce qui nous plaît, et ce peu importe ce que c’est. Il n’y a vraiment aucune limite. Nous aimons nous amuser avec les sons, et pas seulement avec les instruments folk. Nous avons fait des trucs étranges avec du chant, nous avons eu des sons de guitares bizarres très peu metal, etc. C’est quelque chose que nous avons toujours fait, y compris sur notre tout premier album Spirit : il y avait des filtres inhabituels et de la wah-wah appliqués sur la vielle à roue. C’est juste que parfois, c’est amusant d’expérimenter avec les sons, et quand ça nous plaît, ça nous plaît. C’est tout. Et la plupart du temps, quand ça arrive, c’est l’idée du musicien. Par exemple, sur cet album, la violoniste Lea-Sophie [Fischer] pouvait apporter une ligne mélodique pour l’instrument qui incluait déjà une idée de son ou d’effet. Dans certains cas, l’idée peut aussi venir du producteur. C’est aussi le truc avec Jens Bogren, avec qui nous avons pas mal travaillé – même s’il n’est pas le seul –, il a toujours des idées géniales à cet égard. Il n’utilise pas énormément d’effets, mais le peu qu’il utilise, c’est toujours très pertinent et cool. C’est bien d’avoir de bonnes personnes avec qui travailler. Et puis des fois, ce sont juste d’heureux accidents – c’est probablement normal, mais ça arrive toujours.
Tu mentionnes Jens Bogren, mais Tommy Vetterli a aussi coproduit et ça fait déjà cinq albums que vous travaillez avec lui. Il est suisse comme vous, donc j’imagine que c’est pratique, mais à part ça, il vient d’un milieu musical très différent. Quelles sont ses qualités qui vous incitent à revenir vers lui ? Qu’est-ce qui le rend si bien adapté à Eluveitie ?
Probablement le fait que c’est le mec le plus cool sur Terre ! [Rires] A l’origine, nous ne l’avons pas contacté parce qu’il est suisse. Nous venions d’avoir notre premier vrai management à ce moment-là et ce gars est venu nous voir en nous disant : « Vous le connaissez ? Peut-être que vous devriez enregistrer dans son studio car il est très bon. » C’est ainsi que nous sommes rentrés en contact avec lui au départ, grâce à sa réputation en tant que musicien et producteur. C’est aussi là que la magie a opéré. Je peux difficilement imaginer quelqu’un de plus compétent que lui en termes d’engineering, pour capturer certaines fréquences d’une certaine manière, etc. Il est incroyable. Ses connaissances sont démentielles. Non seulement ça, mais il les utilise avec une telle passion, ce que, encore aujourd’hui, je trouve extraordinaire. Il est juste excellent ! Un producteur, ingénieur, tout, absolument génial.
« Si tu regardes les doigtés de la main gauche d’un joueur de bouzouki irlandais, tu réaliseras que c’est le même genre de doigté qu’on retrouve chez les guitaristes de death metal mélodique. C’est des putains de riffs qu’il joue ! C’est là que j’ai initialement eu l’idée du mélange. »
En tout, trois personnes sont créditées à la coproduction : Jens Bogren, Tommy Vetterli et votre guitariste Jonas Wolf. Quels sont leurs rôles respectifs ?
Parfois, le mot « production » n’est pas très clair. En l’occurrence, dans notre cas, Jens a fait le mix, mais il ne s’est pas contenté de mixer, il a aussi travaillé sur les chansons et il en a tiré le meilleur parti, y compris avec des idées spontanées, comme des effets ou autres. C’est aussi ce qu’on appelle produire un album. A la fois, c’est produire tout en enregistrant, assis à l’autre bout du microphone, en disant au musicien : « Refais-le, insiste plus là-dessus et essaye peut-être cette note ici. » C’est faire de l’enregistrement, mais c’est aussi produire l’album. En ce sens, parfois, le rôle de production peut être divisé en un nombre infini de personnes.
L’album s’appelle Ànv…
Exact. C’est cool, car je crois que tu es la première personne à bien le prononcer ! [Rires]
J’ai fait quelques recherches et j’ai découvert une déesse irlandaise, la déesse de la Terre, de qui toute vie est issue. Est-ce à cela que vous faites référence ?
Oui, exactement. Dans notre mythologie, le panthéon des dieux et des déesses est terrestre, c’est quelque chose dont on a besoin, nous, humains, ici-bas sur Terre. En ce sens, Ànv est la déesse mère dans le panthéon et elle représente tout simplement la planète, Mère Nature.
Du coup, qu’avez-vous voulu raconter par rapport à elle dans cet album ?
Tout l’album est basé sur un ancien texte – comme je l’ai dit – vraisemblablement écrit il y a plus quatre mille ans. Les singles que nous avons sortis il y a deux ans, « Aidus » et « Exile Of The Gods », étaient aussi basés dessus. Ils ouvraient le cycle thématique d’Ànv. Ce texte est en fait un chant, qui s’appelle « Lamentation ». Quand on le lit, on voit que ça ressemble plus à une prophétie ou quelque chose comme ça. Ça parle de temps à venir, comme c’est dit dedans. C’est un texte humain, donc ça parle des humains et de la façon dont ils vont évoluer au fil des siècles et des millénaires. C’est un texte eschatologique ; c’est un enseignement sur ce qu’on appellerait aujourd’hui la fin du monde ou l’apocalypse. C’est un ancien texte préchrétien, et c’est comme dans toutes cultures préchrétiennes : les métaphores et les images sont différentes, mais ce qu’ils disent dans le fond est identique.
En fait, ça ne parle pas tant de la véritable fin du monde que de cycles éternels de fin et de renaissance ou recréation, que subit le cosmos. C’est en ce sens que c’est un texte eschatologique. Ça parle d’un nouvel éon à venir et de l’évolution de l’humanité vers la fin de l’éon actuel. Ça inclut ce qu’on retrouve dans tout un tas d’autres textes, y compris ce que dit la Bible à propos de l’Apocalypse, que ce sera terrible, etc. Mais la partie intéressante est que le point central dans l’évolution de l’humanité, tel que le voit le texte, est la relation plutôt ambivalente que les humains entretiennent avec le reste d’entre nous, qu’on appelle habituellement la nature. Au bout du compte, ça parle de la perte du respect de la vie et, à un moment donné, des conséquences de tout ça. C’est là que les choses deviennent folles. Par exemple, ça dit que la terre s’assèchera, ce qu’on voit se produire aujourd’hui et qui devient progressivement un sérieux problème. Ça parle aussi de pollution de l’air, de zones mortes dans les océans, de l’apparition de crues et de feux de forêts, de pandémies, etc. Tout ce qu’on a vu durant ces dernières décennies. Quand on lit ça, en gardant en tête que ça été écrit il y a probablement plus de quatre mille ans, ça fait réfléchir – en tout cas, ça nous a fait réfléchir.
C’est là que l’idée d’Ànv est venue. Tout l’album est basé sur ce texte, mais le thème principal, c’est Mère Nature. Le morceau éponyme, dans lequel Fabienne [Erni] chante a cappella en langue celtique ancienne, est une chanson écrite par la déesse Ànv, pour ainsi dire. C’est basé sur une vieille chanson traditionnelle irlandaise écrite par une mère désespérée pour le fils qu’elle a perdu, qui s’est détourné de la foi et s’est égaré quelque part. Elle chante son amour pour son fils et essaye de le rappeler à la maison. Nous avons pris le texte d’origine, l’avons remanié un peu et traduit en langue celtique ancienne. Dans notre version, c’est un texte écrit par Mère Nature, par Ànv, pour nous rappeler, nous humains, à la maison. C’est là qu’intervient le titre de l’album.
« Aujourd’hui, quand j’écris une chanson, je n’écris pas à propos de quelque chose, j’écris ce que j’ai sur le cœur, c’est moi, c’est qui je suis, c’est ce que je pense, c’est ce en quoi je crois, c’est ce qui façonne mon quotidien. »
As-tu dû passer beaucoup de temps à lire et à faire des recherches sur la mythologie celtique pour entrer dans ce texte et écrire ces chansons, ou as-tu accumulé suffisamment de connaissances au fil des années pour que ça te vienne naturellement ?
Honnêtement, c’est un peu des deux. Eluveitie passera bientôt la barre des vingt-cinq ans, mais ces sujets font partie de ma vie depuis bien avant le groupe. A un moment donné, je passais tout mon temps à faire des recherches, mais au fil des années, ça devient plus facile : plus tu cherches, plus t’en sais et plus tu sais où chercher les choses. Ça devient plus naturel avec le temps. Ça m’a façonné personnellement. Aujourd’hui, quand j’écris une chanson, je n’écris pas à propos de quelque chose, j’écris ce que j’ai sur le cœur, c’est moi, c’est qui je suis, c’est ce que je pense, c’est ce en quoi je crois, c’est ce qui façonne mon quotidien. Ça a été également très formateur.
L’album est présenté comme « le fruit de plus de vingt ans d’intense immersion dans la mythologie et la spiritualité celtiques, traduisant un savoir profondément païen pour une génération moderne ». Que souhaiterais-tu que la génération d’aujourd’hui apprenne et retienne de ce « savoir païen » ?
Je ne pense pas que mon opinion à ce sujet soit si importante [rires]. Ils retiendront ce qu’ils auront besoin de retenir, et je n’ai probablement pas la moindre idée de ce que ça serait. Je ne sais pas ! Pour ma part, d’un côté, ça m’a beaucoup aidé. D’un autre côté, ça n’a rien changé, mais peut-être que ça m’a aidé à mieux comprendre certaines choses ou à les gérer différemment. Ça n’a donc rien changé, mais ça m’a changé moi.
Dirais-tu que plus les textes sont anciens, plus ils sont sages ? On peut dire que si les mots se transmettent à travers les siècles, voire les millénaires, au lieu d’être oubliés, c’est forcément parce qu’ils recèlent quelque chose de précieux…
Oui, ou quelque chose de vraiment stupide [rires]. Je ne sais pas si on peut dire ça. Oui, l’argument tient, il a du sens, mais je ne sais pas si c’est vrai. A la fois, je m’en fiche. Pourquoi devrais-je m’en soucier ?
La spiritualité a progressivement été abandonnée par nos sociétés modernes. Penses-tu qu’elles se porteraient mieux si on revenait à un système de croyances comme le paganisme ?
[Réfléchit] En fin de compte, non. Il peut y avoir quelques avantages dans le paganisme par rapport aux religions abrahamiques, quant à la façon de traiter les autres – tu ne vas pas couper leur main ou faire des croisades et tuer des centaines de milliers de gens parce qu’ils croient en autre chose, les païens n’auraient probablement pas fait ça. En dehors de ça, non, je ne crois pas que ce serait mieux, car la religion est toujours quelque chose de problématique, selon moi. Cela dit, pour être honnête, je ne crois pas non plus que les croyances païennes que l’on connaît aujourd’hui et qu’on qualifie de religions étaient des religions. Plus je plonge dans les traditions celtiques, moins j’y reconnais une religion. Pour moi, c’est mieux décrit comme une spiritualité que comme une religion.
De même, les druides celtiques n’écrivaient pas de textes spirituels, ils refusaient de le faire. Il y a plein de raisons à ça, comme le fait d’entraîner son cerveau, de se forcer à prendre les choses au sérieux et ne pas se contenter de les récupérer quelque part, etc. Principalement c’est l’idée que les mots sont vivants mais que les lettres tuent. Dès que quelque chose de spirituel – peu importe comment on qualifie ça – utile à la vie est écrit, ça devient vite un dogme. Dès que ça devient un dogme, ça devient rigide et ce n’est plus vivant, c’est mort, et ça commence à produire de mauvaises choses. Les gens se mettent à se disputer à ce sujet, et ainsi de suite. On connaît l’histoire de l’humanité et des religions. En ce sens, je pense que c’est la principale raison qui explique pourquoi les druides refusaient d’écrire les choses spirituelles. C’était assez intelligent, je trouve, car autrement, ça serait facilement et immédiatement devenu une religion. Or je ne crois pas que ça en soit une. Il y a des milliers de dieux et de déesses dans le panthéon celtique, et les Celtes vivant dans une partie du monde ne connaissent rien des dieux des Celtes vivant dans une autre partie du monde, ils ne savaient même pas que ces dieux existaient et ça n’avait même pas d’importance parce que ce n’est pas ça le sujet, car comme je l’ai dit, c’est bien plus une spiritualité qu’une religion.
« Plus je plonge dans les traditions celtiques, moins j’y reconnais une religion. Les druides celtiques n’écrivaient pas de textes spirituels. Dès que quelque chose de spirituel utile à la vie est écrit, ça devient vite un dogme. Dès que ça devient un dogme, ça devient rigide et ce n’est plus vivant, c’est mort, et ça commence à produire de mauvaises choses. »
On constate que les dieux celtes sont bien moins connus que les dieux romains, grecs, égyptiens ou même indiens, et qu’on dispose de beaucoup moins d’informations à leur sujet. Est-ce une source de frustration pour toi ?
Non. D’un point de vue recherche, bien sûr, oui, c’est une vraie galère. C’est exactement à cause de ce que j’ai dit juste avant, parce qu’ils refusaient d’écrire les choses spirituelles. C’est sûr que pour nous, c’est énervant. Ce serait beaucoup plus facile s’ils avaient tout écrit, mais sur le plan humain, c’est mieux ainsi. Ça n’aurait servi à rien si c’était devenu une autre religion.
Ànv inclut un morceau intitulé « Anamcara » — j’ai lu que ce terme signifie « ami de l’âme » en gaélique. Qu’est-ce qu’un ami de l’âme, qu’est-ce que cela signifie pour toi ?
En effet, c’est littéralement la traduction d’« ami de l’âme ». Donc ce n’est pas tant cette idée d’âme sœur, un truc romantique ou je ne sais quoi. C’est vraiment un ami. A partir de là, tu peux remplir une étagère entière en tendant de décrire ce qu’est un ami. Mais certainement, un ami est quelqu’un qui s’intéresse plus à ce qui est bon pour toi qu’au fait que tu l’apprécies pour avoir dit quelque chose ou pas. Si tu vas le détester pour ce qu’il va te dire alors qu’il sait que c’est bien que tu l’entendes, il te le dira quand même. C’est aussi ça être un ami. Ce morceau « Anamcara », c’est exactement ça : il contient quelques phrases de ce texte ancien, et si tu les lis, elles sont dures ou, en tout cas, elles donnent à réfléchir. Ce n’est pas quelque chose d’agréable à entendre. Ça ne te dit pas à quel point t’es cool et génial. En ce sens, c’est ce que fait un ami, s’il sait que c’est bon pour toi. C’est l’idée du titre de cette chanson.
« The Harvest » évoque les thèmes du changement, des cycles et de la réalisation. S’agit-il d’une chanson sur la transformation personnelle ou plutôt sur les cycles naturels de la vie ?
Non, mais ceci dit, « Premonition » parle exactement de ça. C’est super intéressant parce que tout l’album parle des deux. C’est aussi quelque chose qui ressort de ce texte ancien qui est vraiment fascinant, mais aussi parfois révélateur, parfois émouvant, parfois même fait de la matière dont sont faits les cauchemars. Il montre la dualité en toutes choses. En ce sens, il regarde l’existence elle-même. Il décrit ce que l’on voit se produire dans notre monde concret – le monde qu’on peut voir et percevoir avec nos yeux et nos sens. Or ce qu’on voit s’y produire est toujours le reflet de quelque chose qui se passe à un niveau plus spirituel, pour ainsi dire. C’est une phrase stupide, mais c’est probablement les mots les plus simples pour le décrire. Dans le cas de cet ancien texte et de ce qu’il raconte, les conflits que l’on voit entre l’humanité et Ànv sont le reflet d’un conflit à niveau spirituel qui apparaît chez nous comme une lutte entre l’âme et l’ego. C’est aussi de ça que parle « Premonition ». « The Harvest » parle de l’autre partie, du côté concret et pas spirituel.
Vous avez une chanson de Stephan Eicher, « Venez Danser », en bonus…
Non, elle n’est pas en bonus. Enfin, oui, nous l’avons faite, mais pas en tant que bonus. Je sais que la chanson apparaît sur le promo de l’album, mais elle n’aurait pas dû être là. Il y a eu une fausse information ou une incompréhension, je ne sais pas exactement, dans la chaîne avec la presse. D’un côté, nous avons sorti deux singles indépendants, « Aidus » et « Exile Of The Gods », que nous avons voulu remasteriser et utiliser en tant que bonus pour l’édition limitée de l’album. La raison principale est que nous avons voulu que ces deux chansons aient une sortie physique, car jusqu’alors elles n’étaient sorties qu’en numérique. Maintenant, quiconque les veut en physique a l’occasion de se les procurer via l’édition limitée. Il y aussi une version metal d’« Epona », une ancienne chanson tirée d’un de nos albums acoustiques. Durant ces dernières années, quand nous la jouions en live, à un moment donné, nous nous sommes mis à en jouer une version metal, parce que c’était amusant et ça nous plaisait. Nous nous sommes alors dit : « On est en studio maintenant, pourquoi ne pas aussi l’enregistrer ? » C’est ainsi que cette idée est venue et que nous l’avons également incluse dans l’édition limitée de l’album. Ces trois morceaux ne sont pas sur l’album standard qui se termine sur « The Prophecy ».
« Il y a trop d’instruments, trop de choses qui se passent en même temps… C’est presque impossible de mixer Eluveitie. C’est toujours une vraie galère. […] Les différentes étapes de l’évolution de notre son montrent nos tentatives pour échapper à la folie et obtenir le parfait résultat, que nous n’atteindrons probablement jamais. »
Puis il y a cette chanson de Stephan Eicher. C’est quelque chose de très spontané qui s’est passé. Elle vient d’un album [Louanges] qui a eu vingt-cinq ans l’année dernière. Stephan a voulu faire quelque chose de spécial à cette occasion. Il a eu l’idée de prendre des chansons de cet album, voire tout l’album, et de les réenregistrer avec d’autres musiciens suisses qu’il apprécie ou qui sont amis. Il nous a donc contactés pour nous demander si ça nous intéresserait. Nous étions honorés – Stephan Eicher est un artiste incroyable –, donc bien sûr nous avons accepté. C’était une belle coïncidence car nous étions justement en studio pour enregistrer Ànv, donc nous avons réservé un jour de plus et Stephan est venu. Nous avons travaillé dessus toute la journée et le soir nous avons enregistré ce que tu as entendu comme étant « Venez Danser ». C’était même son idée qu’il y ait un cri dans le morceau. J’étais : « Je n’ai pas trop envie de le faire, je ne sais pas si ça conviendrait. » Il était : « Ah si, vas-y ! » Il a vraiment voulu qu’il y ait ce cri dedans [rires]. Mais c’est vraiment un truc de Stephan Eicher, ce n’est pas sur notre album, y compris en bonus – ce ne sera sur aucun de nos albums. Pour l’instant, je ne sais pas exactement comment ça sortira.
Votre producteur Tommy Vetterli a été le guitariste de Stephan. On pourrait se demander s’il n’y avait pas un lien…
Non. Enfin, il y a eu un lien amusant avec Tommy, mais différent. Nous ne le savions pas, mais la harpiste de Stephan [Noemi von Felten] s’est avérée être une vraie fan d’Eluveitie. Donc Tommy nous a mis en contact car elle voulait venir nous voir en studio. Elle est venue et c’était très cool. Puis, très spontanément, elle a enregistré de la harpe pour l’album.
Stephan Eicher a eu un certain succès ici en France, mais que représente-t-il pour vous et sur la scène suisse ?
C’est pareil. Personnellement, je connais quelques chansons de Stephan Eicher que j’ai entendues à la radio et je dois dire que je les aime beaucoup, mais je dois en connaître trois tout au plus. Je n’ai jamais eu de CD de Stephan Eicher, ce n’est pas vraiment le type de musique que j’écoute beaucoup. Malgré tout, j’ai grandi en sachant qui était Stephan Eicher. Tout le monde en Suisse sait qui il est.
Sur un autre sujet, le groupe a connu de nombreux changements de line-up avec les départs de Nicole Ansperger et d’Annie Riediger l’année dernière, et plus récemment de Matteo Sisti. Le groupe compte entre sept et neuf musiciens, et le nombre de personnes qui sont entrées et sorties au fil des ans est considérable. Quelle part représente la gestion des ressources humaines dans un groupe comme celui-ci ?
« La gestion des ressources humaines », oh mon Dieu, ça sonne tellement mal ! [Rires] Honnêtement, je déteste ça. C’est toujours beaucoup de travail. Ce n’est pas tant la recherche de musiciens, ça c’est la partie facile. Le plus difficile est de trouver le moyen de rendre tout possible pour chacun, avec les tournées, etc. En l’occurrence, tu ne peux pas avoir un boulot à plein temps ; Eluveitie est un boulot à plein temps. Il y a plein de choses qui nécessitent des décisions difficiles pour les gens. De même, quand une nouvelle personne arrive, elle doit se faire, entre autres, au fait de tourner avec nous, apprendre à connaître les gens de l’équipe, etc. Ce sont toutes de belles choses, mais ça prend toujours du temps. Mais au final, c’est comme ça. Nicole est vraiment partie il y a environ trois ans, déjà. Elle a décidé de se retirer pour être mère à plein temps et de se concentrer se sa famille. Que peut-on y faire ? On ne peut pas forcer quelqu’un à rester dans son groupe. C’était similaire avec Annie, elle avait beaucoup de choses à côté et elle est aussi devenue mère. Matteo, c’est plus récent. La dernière tournée que nous avons faite était sa dernière. C’était dur et triste de le laisser partir, mais d’un autre côté, ça faisait des années qu’il y songeait. La musique est sa vie et sa passion, et ça le sera toujours, mais le fait d’être autant sur la route et tous les voyages, ce n’est pas toujours marrant et facile. Ça demande beaucoup d’énergie et de sacrifices. Il songeait donc à se retirer et à opter pour une vie calme et solitaire. Il rêvait tout le temps de vivre dans une petite maison au milieu de nulle part, voire, encore mieux, sur une petite île, tout seul. Il en parlait depuis des années, nous le savions. Maintenant, il a pris sa décision. Qui sommes-nous pour dire : « Non, tu ne peux pas faire ça parce que tu dois rester avec nous » ? Ça ne fonctionne pas comme ça.
« On peut être fier d’avoir été obstiné et d’avoir pu y a parvenir, mais il n’y a pas à être fier de ce que la plupart des gens appellent le ‘succès’ : c’est une chance qu’on te donne, c’est un privilège qu’on t’accorde. C’est quelque chose dont on peut simplement être reconnaissant. »
Annie, qui a remplacé Michalina Malisz pendant seulement deux ans, a déclaré sur les réseaux sociaux qu’elle ne faisait « plus partie d’Eluveitie depuis que le groupe a décidé de ne plus avoir de vielle à roue permanente dans sa future formation ». Pourquoi avoir pris une telle décision ?
Ce n’est pas complètement vrai. Pas dit comme ça, en tout cas. Nous n’avons jamais décidé de ne plus avoir de vielle à roue permanente. Nous avons dit que ce serait comme ça juste pour le moment, car Lea-Sophie peut jouer la vielle à roue, pas seulement le violon. Nous pouvons donc maintenant diviser autrement qui joue quoi. Elle peut s’occuper de certaines parties de vielle à roue durant les parties où je ne suis pas obligé de chanter et où je peux jouer le violon, et ce genre de chose. Nous pouvons donc nous débrouiller sans un membre permanent supplémentaire, mais c’est une décision qui ne concerne que maintenant. C’est ce qui nous paraît le plus raisonnable dans le contexte actuel où il se passe beaucoup de choses et où il y a beaucoup de trucs à gérer. Ce serait probablement trop stressant de nous motiver à chercher quelqu’un. C’est juste ce qui nous paraît le mieux pour l’instant, mais ça ne veut pas du tout dire que ce sera encore le cas dans deux ans.
Comment s’est passée l’intégration de Lea-Sophie ?
Très bien ! Sur le plan personnel – mais aussi musical, évidemment –, c’était pour une bonne raison, car nous nous connaissons depuis assez longtemps – quinze ans, je crois. Nous nous sommes croisés à tant de concerts, nous avons joué ensemble lors de festivals, etc. Ce n’était donc pas nouveau pour nous, et musicalement, elle connaît ce que nous faisons depuis longtemps, et nous savions ce dont elle était capable – elle est époustouflante, je trouve. Tout ceci réuni a fait que son intégration était assez facile.
L’année prochaine marquera les vingt ans de votre premier album Spirit. Comment décrirais-tu l’évolution du son du groupe de Spirit à Ànv ?
Il y a eu assurément différents états et époques, avec différents ingénieurs, mixeurs, producteurs, etc. Au bout du coup, ça montre l’effort que nous avons mis à créer toute cette musique et à faire en sorte que ça fonctionne, car il y a toujours trop de tout ! Il y a trop d’instruments, trop de choses qui se passent en même temps… C’est presque impossible de mixer Eluveitie. C’est toujours une vraie galère. C’est un cauchemar à mixer. Les différentes étapes de l’évolution de notre son montrent nos tentatives pour échapper à la folie et obtenir le parfait résultat, que nous n’atteindrons probablement jamais. D’un autre côté, chaque album est parfait tel qu’il est et je ne changerais rien dedans, car c’est le témoin de ce que nous étions à ce moment-là.
Au fil des ans, Eluveitie a connu un grand succès, des tournées en tête d’affiche à la reconnaissance mondiale. Que signifie ce succès pour toi et comment gardes-tu les pieds sur terre malgré tout ?
C’est merveilleux, évidement. C’est un privilège. Ce n’est pas quelque chose qu’on peut prendre pour acquis, pas une seconde, pas un jour, pas une année. Une chose importante est de toujours garder en tête qui paye ton salaire au final, c’est-à-dire tes fans. C’est ce qu’il faut prendre en compte lorsqu’on parle de ce genre de réussite – si on veut appeler ça une réussite, car je ne sais pas si c’est ça le succès. C’est en tout cas l’état d’esprit qu’il faut avoir. Ça répond probablement à la partie de la question sur le faire de garder les pieds sur terre. Il n’y absolument aucune raison d’arrêter d’avoir les pieds sur terre. Ce n’est pas quelque chose dont on peut être fier. On peut être fier d’avoir été obstiné et d’avoir pu y a parvenir, peu importe si ça a été difficile, si ça a pris de nombreuses années, si ça a demandé de nombreux sacrifices. Mais il n’y a pas à être fier de ce que la plupart des gens appellent le « succès » : c’est une chance qu’on te donne, c’est un privilège qu’on t’accorde. C’est quelque chose dont on peut simplement être reconnaissant.
Après plus de vingt ans de carrière, quel regard portes-tu sur la scène metal suisse et son évolution ?
Honnêtement, je n’en ai aucune idée ! Je suis désolé ! [Rires] Je ne suis pas trop ce qui se fait en musique. J’ai quelques albums à la maison que j’écoute, mais je crois que la plupart ont plus de vingt ans, donc je ne suis pas tellement au courant des nouveautés. Je ne fais partie d’aucune scène, et je n’en ai jamais vraiment fait partie. J’ai ma famille ici et j’ai plein d’animaux à m’occuper, donc je ne sors jamais. Je n’ai pas la moindre idée des groupes qui existent en Suisse ou ailleurs, quels albums sont sortis, etc. Ce dont je me suis rendu compte au cours de ces trente dernières années est qu’il y a de nombreux groupes en Suisse mais peu qui sont connus hors du pays, mais aussi que de temps en temps, on en voit apparaître qui sont vraiment très originaux. Je trouve ça très cool. On peut penser à Celtic Frost ou Coroner, mais aussi des plus récents, comme Zeal & Ardor : qui diable peut avoir une idée pareille ? C’est incroyable ! Musicalement, je n’aime même pas tellement, ce n’est pas quelque chose que j’écoute, mais quand j’ai entendu pour la première fois ce qu’ils faisaient, j’ai trouvé ça extraordinaire. C’est une idée vraiment sympa et unique. Ça arrive de temps à autre, pas très souvent, mais quand ça arrive, c’est généralement cool.
Quel est ton groupe suisse préféré ?
Züri West, mais vous ne connaissez probablement pas. C’est un groupe de rock bluesy, grungy, qui chante en suisse. Si vous voulez découvrir, prenez les vieux albums – ce sont les seuls que je connais –, mais ils sont super cool.
Interview réalisée en visio le 14 avril 2025 par Nicolas Gricourt.
Fiche de questions : Nicolas Gricourt & Aurélie Cordonnier.
Retranscription & traduction : Nicolas Gricourt.
Site officiel d’Eluveitie : eluveitie.ch
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