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Interview   

Epica aspire à l’équilibre


Epica a toujours été synonyme d’ambition – c’est même dans le nom, quelque part – et s’en donne les moyens. Il suffit de voir ces dernières années où ils ont enchaîné des premières parties lors de la tournée M72 de Metallica et les shows orchestraux The Symphonic Synergy. Et après un The Alchemy Project qui a vu le combo néerlandais expérimenter avec d’autres artistes et l’album solo de la chanteuse Simone Simons en compagnie d’Arjen Lucassen, les voilà de retour avec Aspiral avec lequel ils mettent à profit toutes leurs récentes expériences. C’est d’ailleurs l’expérience qui se manifeste quand on constate à quel point l’équilibre est au cœur du disque, que ce soit entre tradition et modernité ou orchestrations et riffs. Peut-être est-ce la conséquence directe d’un processus qui a vu les membres se réunir et vivre ensemble lors de plusieurs camps d’écriture…

C’est notamment ce dont nous avons tâché de discuter avec Simone Simons et Mark Jansen lors d’un entretien à nouveau riche et détaillé, où l’on évoque autant l’œuvre du sculpteur et peintre polonais Stanisław Szukalski, à qui le nom Aspiral a été emprunté, que la notion d’ego qu’ils évoquent dans certaines thématiques.

« Au début d’Epica, nous avions le sous-sol chez la grand-mère de Mark où nous étions vraiment réunis en tant que groupe, puis avec le temps, nous nous sommes éloignés géographiquement les uns des autres. Les camps d’écriture organisés pour Aspiral ont donc permis de renforcer l’esprit d’équipe. »

Radio Metal : Pour Aspiral, vous avez organisé plusieurs camps d’écriture en isolement, ce qui a permis au groupe de créer en équipe. J’imagine que c’est une étape supplémentaire par rapport à ce que vous aviez fait avec Omega. Concrètement, comment ça s’est passé ? À quoi ressemblait une journée type chez Epica pendant ces ateliers ?

Simone Simons (chant) : Nous avons fait trois camps d’écriture et chacun a duré une semaine ou six jours. C’était dans une adorable villa de vacances à la campagne, avec plusieurs chambres pour les invités. Nous l’avons eu via un contact de Coen [Janssen] ; il s’y était déjà rendu à de nombreuses reprises et il nous avait dit qu’il connaissait un endroit parfait pour nous, où nous pourrions être au milieu de nulle part, entourés de nature et où nous pourrions vraiment nous concentrer pour composer de la musique ensemble. Nous arrivions le lundi matin, tout le monde s’installait dans sa chambre et avait son propre ordinateur et matériel d’enregistrement. Nous avions donc six ou sept – car notre producteur Joost [ven der Broek] était également présent – stations d’enregistrement. Je crois qu’Isaac [Delahaye] a installé son matériel de guitare dans sa chambre, mais il y avait un énorme salon où Coen était assis dans un coin, il avait installé un bureau, tandis que Ariën [van Weesenbeek] et Rob [van der Loo] étaient sur la grande table à manger avec leurs ordinateurs. A côté du salon, il y avait une petite pièce fermée où Joost avait installé son ordinateur, ses enceintes, ses microphones, etc. Moi, j’avais mon ordinateur et je passais du temps avec Joost et la personne qui avait composé la chanson sur laquelle nous étions en train de travailler, et nous testions des lignes de chant, faisions des démos, etc. Le soir, soit nous allions manger à l’extérieur, soit nous faisions la cuisine, puis nous allions nous coucher. Le lendemain matin, nous prenions notre petit déjeuner, parfois ensemble, parfois seuls ou par petits groupes – il y a des lève-tôt dans le groupe et d’autres qui dorment un peu plus longtemps. Ensuite, nous nous remettions à écrire de la musique jusqu’à tard le soir. Nous faisions ça une semaine entière.

Nous avons commencé le premier camp d’écriture par une session où nous avons écouté toutes les chansons démo que les gars avaient composées, puis nous avons fait une sélection. Nous avons commencé à travailler sur toutes les chansons durant la première semaine, puis avons fait une autre plus petite sélection pour le second camp et poursuivre le travail dessus. Ariën programmait ses batteries. Coen travaillait sur les orchestrations. Je travaillais sur les lignes de chant. Isaac travaillait sur les structures et composait des riffs de guitare bien cool, parfois jusqu’à une heure du matin ! Moi, j’étais déjà au lit à cette heure-là, mais Isaac est un gros bosseur et quand il se met en mode créatif, il est très concentré et peut continuer encore et encore, il n’a pas besoin de beaucoup dormir [rires].

Comment avez-vous vécu cette façon de procéder ? Est-ce que ça ajoute une autre dimension au processus et à la musique ?

Mark Jansen (guitare) : Oui, je crois assurément, parce que quand nous faisons ces camps, nous plongeons très profondément dans la musique des uns et des autres, et nous prenons des décisions drastiques que nous n’aurions peut-être pas prises si nous n’avions pas eu le temps de rentrer à ce point dans les détails à un stade aussi précoce des chansons. Ainsi, nous allons plus loin dans la musique et nous nous préparons davantage avant de commencer à répéter les morceaux en vue du studio pour l’enregistrer. Je pense que ça ajoute une touche humaine encore plus importante et ça permet de se focaliser plus sur chacun des membres, car nous valorisons chaque opinion. Quand une personne dit qu’elle n’aime pas telle partie ou la façon dont elle est enchaînée, nous faisons en sorte que tout le monde soit content de la façon dont sa sonne. Chaque membre a son mot à dire sur la musique et le choix des chansons pour l’album.

Simone : C’est nettement plus fructueux de travailler ensemble, car vous vous mettez dans un flux créatif collectif. Evidemment, je me mettais souvent à l’écart pour écrire des paroles ou travailler sur des lignes de chant, mais c’est cool d’être dans la même pièce que le compositeur et Joost, on peut se guider les uns les autres. Ils peuvent aussi sentir qu’il faut changer ci, faire ça, de façon à ce que le chant ait la bonne place dans la chanson. C’est différent d’être seul chez soi à travailler sur son ordinateur, car quand tu as à tes côtés une autre personne créative, tu peux obtenir des résultats différents et tu profites d’un échange créatif plus rapide. C’est très amusant de procéder ainsi. Nous étions aussi conscients que nous n’avions pas de concerts qui allaient nous interrompre, donc tout le monde était très focalisé, tous ensemble dans cette maison musicale.

« J’ai trouvé très inspirant ce que représentait cette statue, c’est-à-dire qu’après la destruction, on peut reconstruire son propre monde. Epica réfléchissait à la manière dont nous pourrions nous améliorer et nous renouveler, et cette statue portait un beau message qui faisait le lien avec d’autres paroles de l’album, sur la renaissance, le fait de se réinventer, etc. »

Il y a eu un moment amusant où Coen était en train de travailler sur un morceau. Certains d’entre nous étaient assis dans le salon et il ne s’était pas rendu compte que son casque était débranché, car il avait aussi des enceintes. Nous pouvions entendre ce sur quoi il était en train de travailler, mais lui ne pensait pas que nous l’entendions. Nous lui avons dit : « Oh, cette orchestration que tu viens de faire était super ! » Il était là : « Quoi ? Vous pouviez l’entendre ? » Il y avait de la musique venant littéralement de tous les coins de la maison. Ça ne me dérangeait pas de devoir attendre qu’Isaac arrête de travailler, car j’étais là : « Oh ouais, ce riff de guitare est vraiment cool ! » Nous étions dévoués à l’écriture de la musique ensemble. Au début d’Epica, nous avions le sous-sol chez la grand-mère de Mark où nous étions vraiment réunis en tant que groupe, puis avec le temps, nous nous sommes éloignés géographiquement les uns des autres. C’est avec Omega que nous avons commencé à faire ces camps d’écriture et ça nous a beaucoup plu. Ça a permis de renforcer l’esprit d’équipe. Aspiral est vraiment un travail d’équipe. Nous avons travaillé très dur, avec le même objectif en tête de faire le meilleur album possible.

Le titre de l’album est tiré de la sculpture en bronze éponyme réalisée par le sculpteur et peintre polonais Stanisław Szukalski en 1965. Comment vous êtes-vous intéressés à cet artiste et avez-vous découvert cette sculpture ? Et comment reliez-vous cet album à cette sculpture ?

Simone : Ça a commencé en 2022. Nous étions en tournée en Amérique du Nord. Rob est venu me voir et m’a dit que je devais regarder un documentaire sur Netflix qui s’intitule Struggle : La vie et l’art perdu de Szukalski. En tournée, on a beaucoup de temps libre, donc on passe beaucoup de temps à regarder des films, des séries, etc. J’ai donc regardé ce documentaire et j’ai beaucoup aimé. Il m’a dit qu’il allait rencontrer des gens qui ont participé à la réalisation du documentaire, car ils vivent à Los Angeles, et m’a demandé si je voulais y aller avec lui. J’ai dit oui, car j’ai trouvé ça très intéressant. Nous y sommes donc allés, nous les avons rencontrés – il s’agissait de Glenn [Bray] et Lena [Zwalve]. Lena est d’ailleurs néerlandaise, elle a déménagé aux Etats-Unis à la fin des années 80. C’était des gens adorables. Nous avons pu voir les œuvres en vrai. Après cette rencontre, Rob m’a dit qu’il adorerait écrire de la musique inspirée par ces œuvres, que ce soit des sculptures ou autres – Szukalski a fait plein de choses différentes, mais il est principalement connu pour ses magnifiques sculptures. J’ai dit que ça me semblait être une super idée. Il ne savait pas si ça allait être pour Epica ou un autre projet.

Avance rapide jusqu’au premier camp d’écriture en septembre 2023. Tous les gars ont montré les chansons sur lesquelles ils étaient en train de travailler, et Rob en avait quelques-unes, dont « Aspiral ». J’ai beaucoup aimé l’atmosphère de ce morceau, donc nous avons décidé de travailler dessus pour l’album d’Epica. Elle a été retenue pour la sélection finale. Nouvelle avance rapide jusqu’à l’une des dernières sessions d’écriture que nous avons faite en studio. Nous étions en train de réfléchir à ce que pourrait être le titre de l’album. J’ai écrit les paroles d’« Aspiral » et j’ai trouvé très inspirant ce que représentait cette statue, c’est-à-dire qu’après la destruction, on peut reconstruire son propre monde – c’était l’époque d’après-guerre. Epica réfléchissait à la manière dont nous pourrions nous améliorer et nous renouveler, et cette statue portait un beau message qui faisait le lien avec d’autres paroles de l’album, sur la renaissance, le fait de se réinventer en tant que personne, en tant que groupe, le fait de voir les belles choses dans le monde chaotique dans lequel on vit, et qu’il faut travailler dur pour y parvenir. Nous nous sommes dit qu’Aspiral était un magnifique titre pour l’album.

Nous avons alors travaillé avec Hedi Xandt, le graphiste qui a réalisé l’artwork. Il se trouve qu’il est lui-même sculpteur – il touche à différents types d’arts, pas seulement la photographie, le graphisme, il fait aussi de magnifiques œuvres sculptées. Il se trouve qu’il est lui aussi un grand fan de Szukalski. Tout convergeait joliment. Il a vraiment capturé visuellement le message de l’album de belle manière. Tout était un grand puzzle et les pièces se sont magnifiquement combinées. Ça a commencé à Los Angeles et nous avons terminé à Sandlane, et l’album s’est retrouvé avec le nom de la sculpture que nous avions vue. Je trouve ça très beau, car, d’une certaine façon, ça véhicule le message que l’art inspire l’art.

« Après Omega, nous avons fait The Alchemy Project, qui était un peu notre projet de pandémie, où nous avons travaillé avec d’autres musiciens de la scène. Ça nous a ouvert la voie pour sortir un peu des éléments classiques d’Epica et expérimenter. »

Est-ce que vous vous retrouvez dans ce que véhicule cette œuvre ?

Simone : Oui, par notre expérience de la vie et notre boulot en faisant partie d’un groupe, à travailler dans l’industrie musicale, et ce truc très personnel qui vit dans notre tête, et qui finit par vivre dans la tête d’autres gens. Je pense que c’est une grande source d’inspiration pour nous. Nous existons depuis si longtemps. Nous avons connu des hauts et des bas au sein du groupe et dans nos vies personnelles, et ça aussi nous inspire. C’est pourquoi cette la sculpture Aspiral nous parle : l’idée que quelqu’un puisse ressortir des cendres encore plus fort est un très beau message. Tout le monde peut se sentir inspiré et motivé par ce message. C’est aussi le grand thème de l’album : même si nous écrivons sur des choses sombres, il y a toujours une lumière au bout du tunnel, de belles choses peuvent naître des fins, il y a des nouveaux départs. J’imagine que c’est la vie. La vie est belle et implique plein de choses différentes. Voyager à travers le monde, voir le monde, diffuser de la musique, se connecter avec les fans, voir l’idée qu’on a eue dans la tête – des chansons, des paroles, des mélodies – être chantée par d’autres personnes… C’est tout simplement magnifique.

L’art de Szukalski témoigne d’influences issues de cultures antiques, égyptienne, slave et aztèque, mêlées à des éléments du gothique européen, de la Renaissance, de l’Art nouveau et d’autres courants du modernisme européen du début du XXe siècle. Son art a d’ailleurs été qualifié de « classicisme tordu ». Utiliseriez-vous également ce terme pour désigner Epica ?

Mark : C’est une bonne question, mais je laisserai aux gens décider si ce terme nous correspond, parce que par le passé, nous avons parfois discuté des termes qui décriraient le mieux notre musique, mais c’est très dur d’en trouver un bon soi-même. Peut-être que ce pourrait être celui-là [rires]. C’est très dur de décrire cette musique qui est très variée avec un seul terme, donc je ne me risquerais pas à en donner un. Peu importe le nom qu’on peut donner à son propre style, celui-ci aura ses avantages et inconvénients, et les gens diront : « Oui, mais ça ne couvre pas tout. » Notre force est que notre musique part dans toutes les directions, mais au bout du compte, ça sonne toujours comme Epica. Et ce que tu décris au sujet de ce sculpteur, sur ce mélange de cultures et courants artistiques, c’est aussi ce que nous faisons, mais c’est surtout Rob et Simone qui se sont reconnus dans cet artiste.

Personnellement, je suis entré en contact avec cet art assez tard dans le processus, alors que pratiquement tout était déjà terminé. C’est là que je me suis dit que j’allais me renseigner sur qui était vraiment ce gars [rires]. Je ne connaissais donc pas grand-chose de lui et j’ai regardé le documentaire Netflix en question. J’ai été très impressionné et j’ai appris beaucoup de choses sur sa vie et sa manière de travailler. Et j’ai compris pourquoi Rob était aussi intrigué par son art, mais je ne le connaissais même pas avant qu’il nous le fasse découvrir, je n’avais jamais entendu parler de cet artiste, mais apparemment, je ne suis pas le seul. C’est pourquoi il est resté si discret. Mais Vincent Van Gogh, par exemple, était un grand peintre qui est lui-même resté méconnu, ce n’est qu’après sa mort qu’il est devenu très célèbre. C’est peut-être ce qui arrivera avec Szukalski : il a été méconnu durant sa vie et peut-être que maintenant les gens vont commencer à aimer son art. Je dois dire qu’il a créé des choses fabuleuses. C’est clairement un génie à part entière. Je comprends donc parfaitement pourquoi Rob aime autant son art, c’est très spécial, très reconnaissable, on voit tout de suite que c’est lui qui l’a fait, ça porte sa signature. Et soit on aime, soit n’aime pas. Je crois qu’il n’y a pas d’entre-deux.

L’œuvre de Szukalski recherche le monumental, indépendamment de l’échelle physique. Ça semble être un autre point commun que vous partagez avec ce sculpteur. D’où vient cette fascination et cet attrait pour le monumental, pour la grandeur ?

Mark : Je pense que c’est quelque chose qu’on porte en soi. Je me suis toujours intéressé à différentes cultures, mais j’aime aussi la musique imposante, donc j’ai toujours aimé les BO de films, j’aime voir des films avec de grandes BO, j’aime aussi la musique classique mais surtout celle qui a du punch, donc pas les musiques légères, à la Vivaldi, ou joyeuses, mais plus les musiques sombres, comme celles de Rachmaninov ou Chopin. J’ai toujours été fasciné par les grosses musiques orchestrales et je me suis toujours demandé comment je pourrais combiner ça avec de la musique heavy. Quand certains groupes ont commencé à le faire, j’ai tout de suite sauté dans le train en marche avec After Forever. Je m’étais dit que c’était le moment de combiner l’opéra avec le metal, et j’avais raison, c’est là que le style est né.

« Je laisse tout faire, mais quand quelque chose me paraît ne pas aller dans la direction qui me convient, c’est le seul moment où je pourrais dire : ‘Ça ne sonne pas comme Epica. Je n’en veux pas.’ Le fait est que ça n’est jamais arrivé. »

Le titre de l’album vient d’une sculpture et l’artwork est lui-même l’œuvre d’un sculpteur. Si l’on fait un parallèle avec votre propre art, considérez-vous parfois la composition musicale comme une sculpture ?

Mark : Moi, non, mais je peux comprendre pourquoi certaines personnes peuvent le voir ainsi. Je ne vois pas la musique comme une sculpture et je ne l’ai jamais vue ainsi. De la même façon, on qualifie notre musique de cinématographique, mais je ne la vois même pas comme un film. J’aime entendre de la musique avec des films, parce que quand la musique est bonne, ça renforce le film. Et quand nous faisons un clip pour une chanson, les deux aspects se renforcent, mais quand il n’y a que de la musique, je ne suis pas du genre à voir des images comme c’est le cas de beaucoup de gens. Quand j’écoute de la musique, j’absorbe réellement de la musique. Je vois ça comme un art à part entière et comme un mouvement d’énergie. Mais je peux parfaitement comprendre les comparaisons : quand tu es un bon musicien, tu peux probablement aussi être un bon écrivain ou un bon sculpteur. Généralement, les gens qui sont bons dans un art sont bons dans de multiples arts différents. Il y a des peintres qui savent bien écrire et des musiciens capables de peindre. Il y a souvent des recoupements.

Comme tu l’as dit, Simone, l’idée de cet album c’est la réinvention, le renouvellement, la renaissance. D’un autre côté, tu as dit que vous avez « ajouté quelques éléments nouveaux, mais aussi être revenus aux sources, au vieux Epica ». Avez-vous l’impression de vous être trop éloignés de vos racines à un moment donné ? Pensez-vous qu’il faille parfois reculer pour mieux avancer ?

Simone : Nous voulions avoir la combinaison parfaite entre notre style traditionnel et l’ajout de nouveaux éléments. Le truc, c’est que dans Epica, nous avons cinq compositeurs, donc tous les gars écrivent des chansons pour l’album, et je pense que celles venant de Mark sont celles que les gens identifient comme étant le son typique du groupe, car il était le principal compositeur au début. Avec le temps, d’autres membres du groupe s’y sont mis et ont apporté de superbes chansons, et je trouve que chacun a son propre style. Après Omega, nous avons fait The Alchemy Project, qui était un peu notre projet de pandémie, où nous avons travaillé avec d’autres musiciens de la scène. Ça nous a ouvert la voie pour sortir un peu des éléments classiques d’Epica et expérimenter. Les retours ont été très positifs, donc nous avons commencé à travailler sur des chansons pour Aspiral avec cet état d’esprit, telles que « Fight To Survive » d’Isaac, et « Cross The Divide » et « Obsidian Heart » de Rob, qui sont plus modernes.

Le fait de démarrer l’album sans intro est déjà, en soi, un pari risqué. Nous poursuivons un peu dans le style de « The Final Lullaby », sur The Alchemy Project, que les fans ont adoré ; nous l’avons joué live et nous nous sommes dit que nous pourrions ajouter d’autres chansons de ce type dans l’album. Les chansons que Mark a écrites, comme « Darkness Dies in Light », « The Grand Saga of Existence » et « Metanoia » ont ce côté Epica typique. Ayant Mark qui composait avec d’autres membres du groupe, ça nous a donné un bon équilibre entre les chansons d’Epica caractéristiques que les gens connaissent des débuts et de nouvelles approches. Pour être honnête, j’aime les deux. J’adore le côté Epica traditionnel de « Darkness Dies in Light » et « Metanoia », mais j’adore aussi le côté plus moderne d’« Obsidian Heart » et de « Fight To Survive ». Nous voulions aussi inclure davantage de sons de synthé, mais nous estimons que la dimension orchestrale d’Epica reste très importante, tout comme les chœurs. Je trouve qu’avec Aspiral, nous avons le mélange parfait entre la modernité et le bon vieux Epica nostalgique. Il y a donc de quoi plaire à la fois aux fans du début et à un nouveau public.

Quels ont été les moments dans la conception de The Alchemy Project qui ont vraiment changé la donne ? Laquelle de ces collaborations vous a le plus marqués ?

Mark : Il y a en effet plein de choses que nous avons faites différemment dans cet album à cause de l’EP. Tout d’abord, il y a eu le processus d’enregistrement où nous avons mis une guitare, une basse et la batterie dans la même pièce pour enregistrer ensemble la musique de l’album, de façon à ce que toute la base soit jouée live. Le reste a été construit par-dessus celle-ci, mais nous avions dès lors un son très organique grâce cette méthode d’enregistrement que nous avons employée pour The Alchemy Project et que nous avons conservée pour l’album. C’était une expérience qui a bien marché. De même, dans The Alchemy Project, ce sont des chansons qui n’auraient jamais existé sans les autres artistes qui ont travaillé dessus avec nous. Nous avons beaucoup appris en collaborant avec chacun d’entre eux. Pour moi, il n’y en a pas vraiment un qui ressort comme ayant plus changé la donne que les autres. C’était tout le processus dans son ensemble, à travailler avec chaque artiste sur leur morceau respectif. Il s’est passé quelque chose de spécial avec chaque artiste avec qui nous avons travaillé ; nous avons pris quelque chose de leur ADN combiné à Epica, et le résultat était une chanson particulière. Tous les morceaux sont très différents les uns des autres et on entend clairement l’influence de tous les musiciens qui ont travaillé avec nous. C’est la beauté de la chose : on peut faire une musique qui sonne un peu comme Epica mais aussi un peu comme un autre artiste, et fusionner le tout pour faire quelque chose de nouveau.

« Nous avons le mélange parfait entre la modernité et le bon vieux Epica nostalgique. […] Si on ne faisait que des expérimentations, les gens diraient que ce n’est plus Epica ; si on ne faisait que des chansons d’Epica traditionnelles, les gens diraient peut-être que ce groupe ne progresse plus. »

Peut-être que l’artiste dont vous étiez le plus proches était Fleshgod Apocalypse, à cause de leur dimension symphonique…

Mark : Oui, mais ils sont assez intenses. Nous leur avons donné quelques idées que nous avions déjà écrites pour des démos mais que nous n’avions encore jamais utilisées – il y en avait deux pour deux chansons différentes, l’une était juste une petite mélodie et l’autre était un lot de riffs –, et nous leur avons demandé de voir ce qu’ils pouvaient en faire. Il se trouve qu’ils ont tout utilisé ! Avec ce qui était prévu pour deux chansons, ils en ont fait une seule, et ça a fonctionné, mais ils ont intensifié le tout. Ils ont rendu certains riffs beaucoup plus intenses qu’ils ne l’étaient sur la démo. Ils ont donc apporté leur touche Fleshgod Apocalypse. Donc oui, même si nous avons beaucoup en commun, quand on met les deux groupes côte à côte, on entend aussi de grandes différences, car eux sont vraiment intenses.

Malgré les nouveautés et aspects plus modernes, il est indéniable qu’Aspiral est du Epica, c’est très identifiable avec toutes vos caractéristiques. Si on se réfère à ce que disait Simone, dirais-tu, Mark, que tu es le garant du son d’Epica ?

Mark : Oui, d’une certaine façon, je crois l’être, et je pense aussi que les autres savent que je le suis. Je l’ai souvent dit par le passé que je laisse tout faire, mais quand quelque chose me paraît ne pas aller dans la direction qui me convient, c’est le seul moment où je pourrais dire : « Ça ne sonne pas comme Epica. Je n’en veux pas. » Le fait est que ça n’est jamais arrivé. Nous parlons toujours, nous faisons en sorte que ça fonctionne et nous prenons les choses comme elles viennent. Mais je pense être, d’une certaine façon, les racines du groupe ou le gardien du son traditionnel. Par exemple, si mes chansons n’avaient pas été… Je n’aime même pas les appeler « mes chansons », parce que je les vois comme nos chansons, y compris celles dont je n’ai pas écrit la base, car nous avons travaillé tous ensemble dessus. Mais si on retirait de l’album celles dont j’ai écrit la base, ce serait très différent. Là, on entend clairement que celles que j’ai écrites véhicule davantage le son traditionnel d’Epica, mais elles sont nécessaires pour l’équilibre. A la fois, certaines chansons des autres membres sont nécessaires pour la progression et les expérimentations que nous avons voulu faire. Là aussi, l’équilibre est la clé. Si on ne faisait que des expérimentations, les gens diraient que ce n’est plus Epica ; si on ne faisait que des chansons d’Epica traditionnelles, les gens diraient peut-être que ce groupe ne progresse plus. Je trouve donc qu’avec cet équilibre, nous avons le meilleur des deux mondes.

Comme l’a fait remarquer Simone, il n’y a pas d’intro orchestrale cette fois. Est-ce le signe que c’était le moment de vous débarrasser de certaines règles que vous aviez ?

Mark : Oui. Le fait est que nous avons aussi essayé une tracklist qui commencerait par « Metanoia », par exemple, qui a une intro, mais ça ne semblait pas être la bonne séquence pour l’album. Nous nous sommes posé la question : « Peut-on commencer sans intro ? » Et plus nous y réfléchissions, plus nous disions : « Oui, bien sûr qu’on peut le faire, on peut faire ce qu’on veut ! » Si ça nous plaît, autant le faire. Le pire qui puisse nous arriver est que les gens sachent exactement à quoi s’attendre de notre part, qu’ils disent : « Le prochain album sera exactement pareil que le précédent. » Je pense que ça nous serait fatal. Il faut que les gens se demandent toujours : « Que vont-ils faire ensuite ? » Il ne faut pas qu’ils soient sûrs de ce que nous allons faire à la prochaine étape. C’est notre côté imprévisible que nous voulons entretenir. Nous voulons toujours sonner comme Epica, tout en ayant une part d’imprévisibilité qui fait que les gens ne sont pas certains de ce qui va se passer.

Vous parliez d’équilibre et, effectivement, ça semble être une notion centrale dans l’album : entre la complexité et le sens de l’accroche, entre les instruments, entre le côté symphonique et celui plus metal, etc. En l’occurrence, on a l’impression que vous n’avez parfois pas hésité à mettre l’aspect symphonique de côté au profit des riffs… Était-ce quelque chose sur lequel vous vous êtes concentrés ?

Simone : Nous voulions avoir une bonne combinaison entre les chansons plus courtes et accrocheuses, et celles qui sont plus longues. Quand nous avons fait des séances de brainstorming avant de nous mettre sur la composition, nous avons dit que nous aimions la dimension orchestrale mais que l’essence d’Epica était aussi celle d’un groupe de metal. Nous voulions donc une bonne harmonie entre le caractère brut du metal et celui plus raffiné du classique, et que tous les éléments d’Epica soient mis en lumière, de façon à ce que toutes les chansons ne soient pas complètement bombardées par des parties orchestrales, avec trop de chœurs. Tout devait avoir la bonne place dans les chansons. Les orchestrations ont été une fois de plus enregistrées par l’orchestre philharmonique de Prague auquel nous avions fait appel pour Omega. Epica est un groupe de metal symphonique, mais nous ne voulions pas que l’orchestre submerge tout l’album. C’est pourquoi sur certaines chansons, l’orchestre est un peu plus en retrait et les guitares sont davantage au premier plan. Idem pour les chœurs. Nous pensons beaucoup à la façon dont nous habillons et arrangeons les chansons, et avec certaines, nous avons davantage mis en valeur l’orchestre, et sur d’autres, il est plus en arrière-plan. C’était clairement bien réfléchi durant la composition et l’enregistrement, et même à la fin durant la phase de mixage.

« Le pire qui puisse nous arriver est que les gens sachent exactement à quoi s’attendre de notre part, qu’ils disent : ‘Le prochain album sera exactement pareil que le précédent.’ Je pense que ça nous serait fatal. »

Mark : En fait, nous avons trouvé que, parfois, par le passé, certains riffs étaient complètement recouverts d’orchestrations et que le côté heavy en souffrait. Cette fois, nous avons vraiment regardé si nous pouvions trouver l’équilibre parfait à cet égard. Parfois, le riff était la partie la plus importante de la chanson, donc nous donnions plus d’espace à la guitare. Parfois, c’était l’inverse, nous donnions plus d’espace aux orchestrations. Et de façon générale, le chant de Simone doit toujours briller, dans chaque chanson, donc nous lui donnons toujours beaucoup d’espace. Il arrive que les orchestrations et les guitares se renforcent mutuellement, mais elles peuvent aussi se faire obstacle, alors il faut faire un choix : on va à fond soit sur les orchestrations, soit sur les riffs. Je pense que cette fois, nous avons mieux réussi à faire ces choix, au lieu de faire comme nous le faisions parfois dans le passé où c’était surtout l’orchestre qui gagnait le rapport de force. Ça apporte aussi plus de clarté.

Est-ce que la notion d’équilibre a toujours été le défi pour Epica ?

Mark : Oui, quand il se passe autant de choses dans la musique, c’est toujours un défi de trouver un équilibre. Je pense que nous avons appris au fil des années à trouver un meilleur équilibre. Mais oui, plus la musique est chargée, plus c’est un défi, notamment pour l’ingénieur de mix, pour faire en sorte que ça fonctionne. Quand tu as un simple groupe de rock n’ roll, avec juste guitare, basse, batterie et chant, les choix à faire sont assez évidents, mais quand tu as de la musique complexe comme la nôtre, il faut faire des choix difficiles et des sacrifices.

Simone, tu as déclaré ressentir « une connexion spirituelle très forte du fait aussi que ce soit [v]otre neuvième album » et qu’il y a donc « des thématiques autour de la signification symbolique du chiffre neuf ». Qu’est-ce que ce chiffre symbolise, justement, pour toi ?

Simone : Avec Omega, c’était le chiffre huit qui, lorsqu’on le met sur le côté, représente le symbole infini. Le neuf, c’est le dernier numéro à un seul chiffre. Nous voulions l’inclure aussi dans l’aspect visuel, car sur la pochette, on voit le disque solaire qui représente la lumière, la vie, la positivité, et tout autour, il y a les neuf mains qui nous représentent en tant que groupe, travaillant ensemble, essayant de trouver l’éveil spirituel en se rapprochant du soleil. A la fois, le soleil est orné de pointes qui transpercent les mains, ce qui représente les épreuves qu’il faut traverser pour atteindre la beauté et l’éveil. Mark a aussi terminé la saga « A New Age Dawns », avec les parties VII, VIII et IX sur le neuvième album. Il y a donc de petites choses ici et là qui renvoient au chiffre neuf – et évidemment, avant d’avoir le titre Aspiral, nous l’appelions toujours l’album numéro neuf, et ça a marqué nos esprits. C’est la fin d’un cycle avant d’arriver dans les numéros à deux chiffres. Voyons ce qu’on trouvera comme idées avec l’album numéro dix ! [Rires]

Le premier single sorti était « Arcana », dont tu as écrit le texte : crois-tu aux arcanes, à la lecture des cartes, la divination, etc. ?

Simone : J’ai personnellement fait une session de tarot avec Rob il y a quelques années. Nous étions en tournée et il en parlait souvent, donc je me suis dit : « Pourquoi pas, faisons une session. » Je n’en avais jamais fait et je n’y connaissais rien, mais ça m’intéressait. Nous avons fait une session, j’ai tiré les cartes. J’ai trouvé ça intrigant. Dans un jeu de tarot, toutes les cartes peuvent dire quelque chose sur ce qui se passe dans ta vie ou ce que tu penses. Tu peux t’identifier avec chacune d’entre elles, d’une certaine façon. Mais pour une raison ou une autre, les cartes que j’avais tirées ne me paraissaient pas être une coïncidence à ce moment-là. J’ai trouvé que c’était un sujet sympa qui est resté dans un coin de ma tête quand nous avons fait les sessions d’écriture. Mark et moi nous sommes partagé les chansons pour savoir qui allait en écrire les paroles. C’est toujours évident que Mark écrive les textes de celles dont il a composé la musique. Pour « Arcana », que Rob avait composé, je me suis dit : « Quoi de mieux que d’inclure dans les paroles cette session que nous avons faite ? », car nous n’avions jamais fait ça avant et à chaque album, nous cherchons de nouvelles inspirations et sujets sur lesquels écrire. J’ai trouvé que ce serait vraiment cool à faire.

« Nous avons trouvé que, parfois, par le passé, certains riffs étaient complètement recouverts d’orchestrations et que le côté heavy en souffrait. Cette fois, nous avons vraiment regardé si nous pouvions trouver l’équilibre parfait. »

Il se trouve que beaucoup d’amis et de connaissances utilisent les cartes de tarot, et ça doit être pris avant tout comme une sorte de guide. Il ne faut pas les prendre trop littéralement. Tu prends ce qui te donne de la force ou quelque chose à quoi te raccrocher ou qui peut te guider dans ta vie. C’est un peu de ça que parle la chanson. J’ai moi-même trouvé que les cartes que j’avais tirées correspondaient bien à ce moment de ma vie et ça m’a beaucoup inspirée. Et de nombreux fans semblent apprécier la chanson, donc nous avons décidé de créer l’Aspiral Oracle avec Hedi Xandt, le graphiste. Il a créé des cartes de tarot basées sur chacune des chansons. Il y a un site web pour ça : www.epicaoracle.com. Tu penses à une question et tu cliques sur les cartes, tu en choisis une, tu vois à quelle chanson c’est lié et tu peux en écouter un extrait. Je trouve que c’est un ajout sympa au monde d’Epica.

Toujours à propos de cette chanson, le groupe a déclaré qu’elle « vous guide à travers les étapes universelles de l’évolution spirituelle. Elle ouvre la voie vers une conscience supérieure et une conscience spirituelle de soi. » À quel stade de votre évolution spirituelle vous trouvez-vous actuellement ?

Simone : J’ai eu quarante ans en janvier. J’ai commencé avec Epica quand j’avais dix-sept ans, j’étais donc adolescente. J’ai grandi avec le groupe. J’ai beaucoup vu le monde [petits rires]. Je suis devenue mère. J’ai donc déjà connu quelques phases de cocon, où on débloque de nouveaux niveaux dans sa tête, dans son parcours spirituel. Je pense être sur une bonne voie aujourd’hui. J’essaye de ne pas trop me laisser distraire par ce qui se passe dans le monde. J’ai mon propre univers au sein d’Epica, de ma famille et de mes amis. Je suis dans une bonne passe actuellement !

Mark : Je crois que quand tu découvres qui tu es réellement, ça fait une grande différence. Car beaucoup de gens croient être leur avatar. De nombreuses personnes s’identifient à leur corps et à leur esprit égoïque, et pour eux, ça devient ce qu’ils sont, alors qu’en réalité, c’est une illusion. Si vous retirez toutes les couches d’illusion, il ne reste plus que votre essence, et c’est ce que vous êtes vraiment. C’est une prise de conscience simple, mais à la fois très puissante. C’est plus facile à dire qu’à faire, car souvent, l’ego interrompt le processus avant même que vous l’ayez terminé en disant : « Non, ce n’est pas comme ça. Je suis qui tu es. » J’en suis donc au stade du processus où j’ai conscience de mon essence, où je contrôle mon esprit égoïque plutôt que ce soit lui qui me contrôle, comme c’est le cas de pas mal de gens. A la fois, j’ai remarqué que de nombreuses personnes sont sur le chemin du changement, elles cherchent à séparer ce qui est vrai et ce qui est une illusion. Je pense que c’est un processus continu et chacun prend conscience à son propre rythme, et peut-être que certains n’y parviennent jamais, et ça n’a pas d’importance, car chacun fait son propre chemin sur cette Terre. Ça ne veut pas dire qu’un chemin est meilleur qu’un autre.

Ça fait le lien avec ma question suivante, puisque l’une des chansons s’intitule « T.I.M.E. », qui signifie « Transformation, Intégration, Métamorphose et Évolution » et explore l’art de mourir, plus précisément la mort de l’ego. Pensez-vous que ce soit l’accomplissement ultime d’une vie ?

Simone : Le combat intérieur avec son propre ego est probablement l’épreuve d’une vie entière. Pour se sentir à l’aise et en paix dans sa vie, il est important de se couper de certaines choses, de ce qui te bride ou du diable sur ton épaule, de tes pensées négatives. « Obsidian Heart » est aussi lié à ça : tu as cette obscurité en toi, cette mauvaise conscience qui empêche ton développement spirituel. Souvent, tu n’arrives pas à prendre du recul, parce que tu es trop focalisé sur les petites choses. Dans ce monde qui va à cent à l’heure, où on pense trop au futur et où, à la fois, on se raccroche trop au passé, on oublie de vivre dans l’instant présent et de voir la beauté de celui-ci. C’est quelque chose avec quoi je lutte presque quotidiennement, surtout étant dans un groupe où on est constamment en train de planifier l’avenir, tout va tellement vite, etc. C’est un voyage qu’on fait tous, et tout le monde le fait à son rythme. Je suppose que ce n’est pas facile. J’ai beaucoup écouté une sorte de philosophe ou coach allemand qui s’appelle Eckhart Tolle. Il parle souvent de l’ego et des millions de pensées qui nous traversent l’esprit, du fait que l’on est constamment en train de penser et non de vivre dans l’instant présent. C’est aussi une idée qui n’a eu de cesse de revenir dans des chansons d’Epica, comme « Beyond The Matrix » : il faut que l’on vive plus dans l’instant présent et lâche prise sur ce qui nous entrave, c’est-à-dire, dans la plupart des cas, l’ego qui nous trompe et nous empêche de voir la vérité.

« De nombreuses personnes s’identifient à leur corps et à leur esprit égoïque, et pour eux, ça devient ce qu’ils sont, alors qu’en réalité, c’est une illusion. Si vous retirez toutes les couches d’illusion, il ne reste plus que votre essence, et c’est ce que vous êtes vraiment. »

Mark : Personnellement, je ne crois pas aux accomplissements ultimes, parce qu’alors on ne voit plus la vie que comme une série d’accomplissements à réaliser. Dans la vie, on a des prises de conscience, mais on vit toujours sa vie dans le présent, sans avoir forcément des accomplissements à réaliser. Je pense que c’est assez différent. J’entends beaucoup de gens parler d’éveil spirituel comme d’un accomplissement à atteindre, mais je ne le vois pas ainsi. Dès que tu as conscience de ton essence et que tu es davantage capable de vivre dans l’instant présent, ça enrichit déjà ta vie. Dans la société dans laquelle on vit, les gens misent tout sur les accomplissements – avoir un bon travail, devenir riche, avoir une grande maison, avoir une belle vie, toujours être numéro un quand on est sportif, etc. Nos vies sont construites autour d’accomplissements, mais ça aussi ça fait partie de l’illusion, parce que ce n’est pas nécessaire quand on sait qu’on a déjà tout ce dont on a besoin.

D’ailleurs, le communiqué de presse précise que « lorsque le groupe préparait l’écriture d’un nouvel album, [vous] gardi[ez] ceci à l’esprit : pour créer, il faut détruire. Cela impliquait de détruire l’ego individuel et de créer en tant qu’unité. » Pensez-vous que l’ego a tendance à freiner la créativité – et que ça a parfois été le cas par le passé avec Epica ?

Mark : Oui, assurément. L’ego fait tout le temps obstacle. Même quand on en a conscience, il essaie toujours, de temps en temps, de se mettre en travers du chemin. C’est un processus continu, mais plus on en a conscience, plus on peut l’empêcher de faire obstacle. Je ne dis pas non plus que l’ego est forcément une chose merdique, car je peux donner l’impression que ce n’est que négatif. L’ego est un formidable outil pour fonctionner dans le monde dans lequel on vit ; c’est un outil nécessaire. Tout comme on a des mains pour attraper des choses, l’ego est là pour nous aider, mais quand c’est l’ego qui nous contrôle, c’est une autre histoire. C’est là que tu te retrouves avec des comportements tels que : « Je veux que mes chansons soient dans l’album. Je veux que mes idées soient choisies. Je veux ci, je veux ça », au lieu de permettre aux véritables meilleures choses de se produire. Nous avons trouvé le moyen de laisser couler et de mettre l’ego de côté, et je pense que c’est ainsi que le groupe prospère.

Tu dis que l’ego n’est pas que négatif, et j’imagine qu’il faut en avoir un peu quand on est artiste, surtout quand on fait une musique aussi grandiose et ambitieuse… Je ferais même référence au sample qu’on entend dans la chanson éponyme, où ça dit à un moment donné : « Ne croyez en personne d’autre que vous ».

Mark : Oui. Tout le monde a un ego – notre avatar a contribué à créer notre ego – et ça peut aussi être amusant. Par exemple, je fais parfois du sport : il y a des segments sur l’application Strava et tu veux devenir le numéro un. C’est du pur ego de vouloir devenir numéro un, mais c’est amusant, tant que ça ne te contrôle pas et que tu ne souffres pas de ne pas l’être, que ça ne te rend pas triste et furieux – autrement, c’est l’ego qui prend le dessus sur ton humeur et ça va trop loin. Tout le monde a un ego et fait, grâce à lui, des choses bonnes et amusantes. On doit avoir le contrôle et il ne doit pas être trop grand au point de nous contrôler.

Simone : En tant qu’artiste, je dirais que nous sommes plutôt une sorte de réceptacle : les histoires jaillissent à travers nous et inspirent les autres. Être musicien, c’est très brut, c’est très lié aux émotions et aux épreuves de la vie. Nous voulons inspirer. C’est difficile à exprimer avec des mots ; j’imagine que c’est pour cette raison que nous l’exprimons en musique [petits rires]. Soit dit en passant, le sample que tu mentionnes vient du documentaire sur Szukalski, mais c’en est un qui n’a pas été utilisé, donc il voit le jour pour la première fois sur Aspiral. Les gens qui ont fait ce documentaire avec qui Rob était en contact nous ont donné l’autorisation de l’utiliser pour la chanson.

« Dans ce monde qui va à cent à l’heure, où on pense trop au futur et où, à la fois, on se raccroche trop au passé, on oublie de vivre dans l’instant présent et de voir la beauté de celui-ci. C’est quelque chose avec quoi je lutte presque quotidiennement, surtout étant dans un groupe où on est constamment en train de planifier l’avenir. »

On entend un enfant chanter au début de la chanson « T.I.M.E. ». Je suppose que ça correspond au thème, mais pensez-vous qu’il faille garder un esprit enfantin quand on fait partie d’Epica ?

Mark : C’est une question difficile. Je ne sais pas si c’est nécessaire, mais j’imagine que oui. Je crois que dans la vie, en général, si on maintient l’enfant en soi en vie, c’est un enrichissement. Dans Epica, nous gardons tous une part enfantine. Pour une autre raison, le chœur d’enfants lui-même apporte une autre couleur aux chansons et parfois une atmosphère qui fout les jetons, ce qui nous plaît beaucoup dans notre musique. Je n’étais pas là quand Isaac a eu l’idée de faire chanter un enfant sur cette intro. La drôle de coïncidence est que le même jour, j’ai enregistré ma fille, qui n’avait que quatre mois à ce moment-là, faire un énorme cri. Ce cri est celui qu’on entend, et la fille qui chante, c’est sa cousine qui avait trois ans – ce n’était pas simple d’apprendre une mélodie à un petite fille de trois ans, mais nous avons réussi parce qu’elle a un bon sens musical, faisant partie d’une famille musicale. Il y a donc la cousine qui chante et ma fille qui crie, et ça a donné cette intro, mais c’est drôle que le même jour où Isaac a suggéré l’idée, j’avais par coïncidence enregistré ce cri qui s’est retrouvé dans l’album.

On retrouve trois nouveaux volets de la saga « A New Age Dawns ». La dernière fois qu’elle était apparue, c’était sur Design Your Universe, il y a seize ans. Qu’est-ce qui t’a poussé à revenir dessus ?

Mark : En fait, ce n’était pas prévu. C’est durant l’écriture des paroles que des références sont venues, et comme « The Grand Saga Of Existence » avait une sorte de lien musical avec Design Your Universe, ça m’a fait dire que ce pourrait être le moment parfait pour ramener la thématique de A New Age Dawns, et ça a fonctionné !

Depuis Omega, beaucoup de choses se sont passées : il y a eu l’EP spécial The Alchemy Project dont nous avons parlé, mais vous avez aussi ouvert pour Metallica, vous avez fait des concerts pour The Symphonic Synergy à Amsterdam et à Mexico, Simone tu as toi-même fait un album solo… Aspiral a-t-il été alimenté par toutes ces expériences d’une manière ou d’une autre ?

Simone : Oui, Aspiral est le résumé de tout ce que nous avons vécu en tant que groupe, mais aussi en tant qu’individus. Personnellement, je suis sortie des enregistrements vocaux de Vermillion et je suis directement allée aux camps d’écriture. Une grande partie de l’expérience que j’ai acquise là-bas, je l’ai emportée avec moi dans Epica. The Alchemy Project nous a donné un point de départ pour expérimenter au sein de nos chansons et voir qu’il y avait de la marge pour que nous nous développions, et c’est ce que nous avons continué à faire avec Aspiral. Lors de la phase finale de l’album, nous étions déjà en train de travailler sur The Symphonic Synergy, donc tout est plus ou moins lié et s’inspire mutuellement.

Vermillion était finalement un projet pas si éloigné que ça d’Epica. Qu’as-tu pris de cette expérience ?

Simone : Personnellement, je ne vois pas tant de chevauchements que ça entre Vermillion et Epica Je dirais que c’est assez proche de ce que fait Arjen [Lucassen] avec sa musique. Il a écrit les chansons pour moi en pensant à ma voix et, forcément, ma voix est un élément caractéristique d’Epica. Mais c’est surtout au niveau du chant que ce projet m’a fait grandir. Avec Vermillion, j’ai pu explorer de nombreuses facettes différentes de ma voix, J’ai fait énormément de chœurs, etc. C’était assurément une superbe expérience d’apprentissage pour moi. Je me suis sentie très libre d’essayer des choses vocalement et j’ai appris de nombreuses nouvelles techniques ou facettes de ma voix que je ne connaissais pas. Ça m’a assurément donné un regain de confiance et le sentiment que je pouvais appliquer tout ce que j’ai appris dans Aspiral. Les gars ont été très contents du résultat et on dit que les parties de chant étaient géniales, donc l’effet a été positif et ils m’ont tous beaucoup soutenue pour que je fasse un album solo. J’ai aussi inclus Mark et Rob qui sont dans l’album. Ils sont même tous sur la chanson « R.E.D. » : quand nous étions en camp d’écriture avec Epica, nous les avons tous enregistrés en train de crier en chœur. Les autres membres du groupe ont aussi des projets musicaux parallèles et tout le monde est toujours d’un grand soutien. C’est bien de parfois sortir du navire Epica et de travailler avec d’autres musiciens incroyablement talentueux. Ils t’inspirent, ça a toujours été bénéfique pour Epica.

« Je ne crois pas aux accomplissements ultimes, parce qu’alors on ne voit plus la vie que comme une série d’accomplissements à réaliser. Dès que tu as conscience de ton essence et que tu es davantage capable de vivre dans l’instant présent, ça enrichit déjà ta vie. »

Comme je l’ai mentionné, vous avez eu l’occasion de faire la première partie de Metallica : comment avez-vous vécu ça, le contact avec Metallica, ses fans, etc. Qu’avez-vous retenu de cette expérience ?

Simone : Travailler avec Metallica était une étape importante à laquelle nous n’aurions jamais pensé ni pu rêver. Nous avons tous grandi avec Metallica et quand nous avons reçu le coup de téléphone nous proposant de faire des concerts avec eux, c’était un rêve qui se réalisait. Les concerts étaient extraordinaires. C’était très intéressant de jouer sur une scène ronde, c’est un concept très différent de ce dont nous avons l’habitude avec les scènes typiques où il n’y a rien derrière. Là, il fallait que nous courions dans tous les sens. J’en ai aimé chaque seconde. Je voulais juste m’amuser, faire le show et ne pas trop y réfléchir, en profitant de l’instant présent. Je suis très reconnaissante d’avoir eu cette opportunité.

Mark : C’est une expérience que je n’oublierai jamais ! En effet, cette scène est complètement différente de tout ce dont on peut avoir l’habitude. Du début à la fin, tu es en permanence sous les projecteurs. Les chanteurs sont habitués, ils sont toujours dans la lumière, mais pour les musiciens qui par moments se mettent en retrait et observent un peu dans l’ombre, c’est autre chose de se retrouver sous les projecteurs du début à la fin du concert. C’était la plus grande différence avec cette scène. Il faut aussi se déplacer différemment, interagir différemment avec les autres membres du groupe, etc. En gros, tout est différent sur cette scène, mais c’est aussi cool. Nous nous y étions déjà habitués après les premières balances, et encore plus lors de la seconde date. Le public réagissait très bien, donc nous étions très contents, car tu ne sais jamais comment le public d’un autre groupe réagira à ta musique. Nous avons été surpris de voir que les gens étaient contents de nous voir – heureusement [petits rires]. Ensuite, les gars de Metallica sont tous, un par un, venus dans notre loge nous accueillir, dire bonjour, bavarder un petit peu, demander si tout allait bien, si nous avions besoin de quoi que soit, etc. C’est une expérience que je noterais dix sur dix.

Que les musiciens de Metallica aient à cœur d’accueillir comme il se doit le groupe d’ouverture, c’est extraordinaire. Si le plus grand groupe de metal au monde peut faire ça, n’importe quel groupe peut le faire. Parfois, on entend des histoires de têtes d’affiche qui traitent leurs premières parties comme de la merde. Je n’ai jamais compris pourquoi ils ressentent le besoin de faire ça ; probablement parce que – et on en revient à ce sujet – leur ego se met en travers du chemin. Si tous les groupes s’amusent et font passer un bon moment au public, c’est toute la soirée qui en bénéficie ; la tête d’affiche elle-même peut jouer face à une audience plus joyeuse et en meilleure disposition que si elle avait vu un groupe galérer. C’est donc mieux pour tout le monde, mais étrangement, il y a des groupes qui pensent qu’ils doivent traiter leurs premières parties comme de la merde. Metallica, le plus grand groupe metal au monde, a donné le parfait exemple : aucun groupe n’a la moindre raison de ne pas bien traiter leurs premières parties. La seule raison que je peux imaginer, c’est leur ego.

J’ai aussi mentionné les concerts de The Symphonic Synergy à Amsterdam et à Mexico en 2023, où le groupe s’est produit avec orchestre et chœur devant plus de trente mille personnes. Vos ambitions ont-elles des limites ?

Mark : Je dois dire que c’était aussi un peu risqué ! Car s’il doit y avoir une annulation, pour je ne sais quelle raison, tu compromets beaucoup de choses. C’était de gros concerts et nous ne voulions rien limiter pour qu’ils soient aussi parfaits que possible, mais heureusement, rien de mauvais ne s’est produit et ils ont pu se tenir tels que nous les avions imaginés. Comme je l’ai dit, c’est risqué de monter de si gros concerts, tout doit bien se passer, sinon tu perds beaucoup d’argent et tu peux avoir des ennuis. Nous adorons faire de gros concerts, mais les risques et les bénéfices doivent être équilibrés. Je suis très content que tout se soit passé comme prévu. Les concerts ont eu même encore plus de succès que nous le pensions au départ ; nous avons pu ajouter une seconde date à Amsterdam et une seconde à Mexico. Au départ nous pensions en faire un aux Pays-Bas et un au Mexique, la réussite a fait que ça s’est transformé en deux dans chaque pays. Ça aussi, c’était bien, car au final, les coûts étaient bien plus élevés que ce que nous avions calculé initialement, donc l’ajout de secondes dates étaient même nécessaires pour que ça fonctionne. Dans l’ensemble, c’est génial que ça ait si bien marché. Quand c’était terminé, j’étais extrêmement fier de tout le monde. Je dois particulièrement féliciter Coen Janssen qui a beaucoup travaillé sur ces spectacles avec le producteur Joost van den Broek, et notre manageur Daniel [Regan] qui a initialement eu l’idée de faire ces concerts orchestraux. Mais nous avons travaillé très dur, tous ensemble, bien sûr, il n’y a pas que ces personnes. Aujourd’hui, seules les bonnes sensations de cette expérience restent.

« Que les musiciens de Metallica aient à cœur d’accueillir comme il se doit le groupe d’ouverture, c’est extraordinaire. Si le plus grand groupe de metal au monde peut faire ça, n’importe quel groupe peut le faire. »

Au moment où cette interview sera publiée, vous aurez organisé une Release Experience, le 12 avril, où vous aurez exposé des objets, des instruments et des tenues de différentes époques du groupe. Parmi tous les objets exposés, lequel considérez-vous comme le plus important dans la carrière d’Epica, ou du moins, celui qui vous est le plus cher ?

Simone : C’est une bonne question car je ne sais pas tout ce que nous allons exposer ! On m’a demandé de choisir certaines de mes tenues de scène, car j’en ai conservé beaucoup au fil des années. J’ai donc fait une sélection de quelques tenues qui sont imprégnées de plein de souvenirs. Elles sont liées à certains moments de l’histoire du groupe. C’est plein de choses que nous avons dans nos collections privées, mais je crois que je vais aussi amener à l’exposition un élément qui a été inclus dans l’artwork de Design Your Universe, et ce sera probablement le truc le plus spécial pour moi, en plus de peut-être l’une des tenues que j’ai portées lors des premières années d’Epica.

Mark : C’est une question difficile. Je pense que la démo Sahara Dust est très importante. C’est la première chose que nous avons enregistrée en tant que groupe, quand nous nous appelions encore Sahara Dust, avant de prendre le nom d’Epica. C’est un objet très important. J’espère qu’il fera partie de l’exposition, parce que je ne sais pas si quelqu’un l’aura amené [rires], mais il faut qu’elle soit là, car c’est l’un des objets les plus importants, mais aussi l’un des plus difficiles à emmener car il peut s’abîmer, ce que personne ne veut. Tout ce qui voyage peut être endommagé. Par exemple, ma guitare principale sera là et on ne sait jamais si quelqu’un ne va pas la prendre et la détruire [rires]. Je n’espère pas, parce que ma guitare, c’est un peu mon bébé. C’est donc délicat, car il suffit d’une personne pour la casser et ensuite, elle est partie pour toujours. Mais je suis sûr que nos fans sont des gens attentionnés et que personne ne fera rien de fou.

La musique est devenue assez dématérialisée aujourd’hui, et sur scène, on peut ressentir une certaine distance avec un groupe comme Epica qui joue dans de grandes salles. Pensez-vous que ce genre d’expositions puisse rendre la musique plus tangible ?

Mark : Oui. Quand nous jouions de toutes petites salles et que les gens étaient très proches de la scène, ça créait une belle atmosphère intimiste. On perd un peu ça quand on joue dans de très grandes salles, car l’écart entre la scène et le public est plus grand pour des raisons de sécurité, ce qui est évidemment compréhensible, mais on perd en intimité. Or quand tu as une exposition, ça ramène l’intimité ; ce qu’on perd dans les grandes salles, on le retrouve dans un événement comme celui-là.

Interview réalisée en visio le 7 avril 2025 par Nicolas Gricourt.
Retranscription & traduction : Nicolas Gricourt.
Photos : Tim Tronckoe & Facebook d’Epica (3 & 9)

Site officiel d’Epica : www.epica.nl

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