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Live Report   

Freak Kitchen : le freak c’est chic…


Vendredi 7 mars 2025. Ce soir, le centre-ville de Toulouse est en pleine effervescence entre manifestations sauvages ici et là encadrées par des CRS, blocages intempestifs de métro, bus bondés et embouteillages sur les principales artères de l’hyper-centre. Bref, un vendredi soir tout ce qu’il y a de plus normal dans l’agglomération chargée de la ville rose. Mais tous ces petits désagréments en valent bien la peine ! En effet, ce vendredi 7 mars est aussi la date choisie par l’association toulousaine Noiser – qui nous avait notamment déjà gâtés il y a quelques semaines avec un plateau composé de Carcass, Brujeria et Rotten Sound – pour remettre le couvert en accueillant Freak Kitchen au sein de la salle du Rex.

Mine de rien, ça fait déjà trente-trois ans que la bande à Mattias « IA » Eklundh traîne ses guêtres sur toutes les scènes du monde et enchaîne les albums. Le groupe est en ce moment en pleine tournée pour présenter son dixième disque, Everyone Gets Bloody, sorti le 24 mai dernier chez Thunderstruck Productions. À ce titre, le trio est de passage en France en ce mois de mars pour seulement cinq dates (Wasquehal, Paris, Nantes, Toulouse et Lyon). Après six ans d’absence en terres toulousaines, les fans l’attendaient de pied ferme. Pour l’occasion, les Suédois sont accompagnés par le guitariste virtuose Stéphane Alaux (ex-Plug-In), alias Fanalo, en pleine promotion de son premier album solo, sorti une semaine plus tôt. Quelques minutes avant l’ouverture des portes, le public déjà plutôt fourni, se montre impatient d’entrer pour (re)voir les héros de ce soir…

Artiste : Freak KitchenFanalo
Date : 7 mars 2025
Salle : Le Rex
Ville : Toulouse [31]

Une fois rentré dans Le Rex, le public s’agite déjà dans la salle de concert où se croisent pêle-mêle les musiciens de Freak Kitchen et de Fanalo, guitares à la main. Très vite, l’excitation est palpable et tout le monde s’avance, comme un seul homme, de la buvette jusqu’au devant de la scène dès que Fanalo et les siens allument leurs amplis. Les aficionados du six-cordiste virtuose bordelais sont d’ores et déjà aux avant-postes pour assister à sa performance, prêts à savourer un set qui s’annonce aussi technique que virevoltant. Il faut dire que Fanalo n’est pas un nouveau venu dans le monde de la guitare, puisqu’il a déjà beaucoup œuvré avec Plug-In dans les années 1990 à 2000 jusqu’à ce que le groupe, repéré par Ron Thal, devienne le backing band de ce dernier jusqu’en 2008.

Malgré cette expérience, c’est dans une ambiance plutôt calme mais intéressée que Fanalo investit la scène avec ses collègues. Les hostilités sont lancées avec « Tribes », un morceau instrumental qui pose immédiatement les bases d’un univers musical riche et maîtrisé qui oscille entre le prog pur et dur et le rock mélodique bien ficelé, le tout délivré au travers de structures à tiroirs particulièrement accrocheuses. Le son est bon, la technique est (évidemment) irréprochable et même si, par définition, ce morceau instrumental avait de quoi perdre le néophyte, ils ont réussi à délivrer un opener bien efficace et attractif.

Sur scène, le groupe affiche une sacrée cohésion. En effet, le guitar hero ne cherche pas forcément à se mettre constamment en avant. Bien qu’il distille çà et là des soli impressionnants et des prouesses de manche bluffantes, l’homme privilégie avant tout l’équilibre musical et la dynamique du groupe. Loin d’être un simple backing band, les musiciens, Nicolas Dupont (guitare), Yoann Roy (basse), Manu Martin (clavier) et Romain Vicente (batterie) forment une petite entité soudée qui apporte une véritable dynamique au projet. Qui plus est, le vocaliste Christophe Ithurritze arrive sur le titre « Hate For Sale ». Si sur l’album, c’est Jeff Scott Soto qui prête sa voix à ce morceau, ce soir, Christophe s’en empare avec brio, en lui donnant une intensité supplémentaire en live.

Tout au long du set, le public – toujours sage mais concentré – est balloté entre une multitude d’influences musicales : du rock au prog en passant par l’électro, le funk et même quelques touches grunge à la Pearl Jam. À l’instar de « Die To Live » ou de « Isolation » qui alternent mélodies aériennes et riffs incisifs, le groupe propose des compositions qui font mouche au fil d’un spectre musical très large. Mais loin d’être un patchwork incohérent, la musique de Fanalo garde une ligne directrice solide qui arrive à maintenir l’attention d’un public pas forcément connaisseur de l’univers du maître. Un tour de force.

À ce titre, Fanalo réussit parfaitement son jeu d’équilibriste en démontrant qu’il est bien plus qu’un simple guitar hero / shredder : c’est un compositeur inspiré, capable de marier complexité musicale et accessibilité, et ce, sans jamais tomber dans la démonstration bête et méchante. D’ailleurs, après un dernier morceau, « Rise », sur lequel l’ombre de Dream Theater plane un peu, le groupe quitte la scène sous un dernier solo qui va mettre tout le monde d’accord. En une toute petite heure, Fanalo a prouvé qu’il n’était pas seulement un maître de la guitare, mais qu’il était aussi capable de donner vie à un projet collectif ô combien cohérent. Une prestation marquante qui laisse présager un bel avenir à cette création déjà bien aboutie…

Setlist :

Tribes
Hate For Sale
New Found World
Die To Live
Isolation
Rise

On a beau avoir vu Freak Kitchen un nombre incalculable de fois depuis des années partout en France (comme ici, ou encore ), il n’en reste pas moins que chaque concert, aussi imprévisible qu’irrésistible, est quasiment unique. Ce soir encore, le combo a réussi un sans-faute et, comme toujours, la magie a opéré.

Dès leur entrée en scène sur « Everyone Gets Bloody », l’ambiance est posée : le groupe est bien en place et délivre un titre accrocheur qui permet de se mettre le public dans la poche en seulement quelques mesures. Cette nouvelle composition qui alterne structures alambiquées et rythmiques atypiques est taillée pour le live. Même si certains ne la connaissaient pas, la patte si caractéristique des suédois les a vite remis dans le bain !

Comme d’habitude, le guitariste Mattias « IA » Eklundh et le bassiste Christer Örtefors, dans sa sempiternelle tenue de combat (casque, lunettes et gilet pare-balle) font le spectacle et interagissent énormément avec les fans. On sent que le trio est heureux d’être là et que malgré le poids des années, il s’amuse toujours autant sur scène. D’ailleurs, Mattias ne se prive pas de digressions absurdes entre les morceaux – avec une fascination toute particulière pour la bouteille d’eau Cristalline et les expressions françaises. Ce sens du show, ce mélange de virtuosité et de délire spontané, c’est ce qui fait tout le charme d’un concert de Freak Kitchen, en fin de compte.

Comme on pouvait légitimement s’y attendre, plusieurs morceaux du dixième album sont proposés, en plus d’« Everyone Gets Bloody », à l’instar de « Down The Drain », « Medal » ou « Slip » qui sont bien accueillis par le public. Freak Kitchen a aussi la bonne idée de piocher allègrement dans sa discographie pour mettre en place une setlist assez variée qui s’attarde, certes, sur les titres les plus récents (« Morons », « Så Kan Det Gå När Inte Haspen Är På », « Push Through » avec Christer Örtefors au chant lead), mais aussi sur les pépites d’antan comme le classique « Speak When Spoken To » (repris en chœur par les spectateurs) ou « Taste My Fist » et « Raw », tout droit sortis des années 1990. Autant dire que l’audience est ravie de pouvoir se mettre sous la dent ces brûlots qui n’ont pas pris une ride et ont fait la renommée d’une bande toujours aussi déjantée.

Mais qu’on ne s’y trompe pas : derrière les facéties scéniques des musiciens, Freak Kitchen est une véritable machine de guerre, notamment au travers de la section rythmique Christer Örtefors / Björn Fryklund (batterie) d’une précision chirurgicale. Cette solide base permet ainsi à Mattias « IA » Eklundh de dérouler ses riffs et ses soli alambiqués et même d’improviser ici et là avec un naturel insolent. C’est d’ailleurs cette spontanéité qui rappelle pourquoi chaque concert de Freak Kitchen est un moment unique…

Alternant allègrement les compositions qui partent dans tous les sens et une communication de chaque instant avec les fans, le set est énergique et sans temps mort. Et même si le pit reste plutôt calme dans l’ensemble, au fil des morceaux, le public toulousain ne se fait pas prier pour faire honneur aux musiciens et répond à leurs moindres sollicitations. Fidèle à sa réputation de groupe de scène, Freak Kitchen reste toujours aussi énergique et ne baisse pas le tempo.

Au bout de plus d’une heure de set, la dernière ligne droite est entamée avec « Silence ! », « Razor Flowers » et « Propaganda Pie » plutôt intenses, qui finissent de mettre tout le monde d’accord avant que le groupe ne quitte la scène sous une ovation bien méritée. Après quelques minutes d’attente, Freak Kitchen remonte sur les planches pour un rappel avec les classiques « Freak Of The Week » et « Nobody’s Laughing », histoire de clôturer pour de bon cette soirée haute en couleur.

Au fil de toutes ces années d’activité et de nombreux concerts sur les scènes du monde entier, le trio suédois n’a rien perdu de son feu sacré. Au contraire, il semble encore et toujours se nourrir de cette folie douce qui le rend à la fois inclassable et si addictif. Contre vents et marées, Freak Kitchen continue son petit bonhomme de chemin avec une authenticité et une volonté qui forcent le respect. Non, on ne se lasse décidément pas de ces trois doux-dingues…

Setlist :

Everyone Gets Bloody
Morons
Taste My Fist
Slip
Push Though
Speak When Spoken To
Porno Daddy
Professional Help
Så Ka Det Ga När inte Haspen Är På
Down The Drain
Raw
Medal
Troll
Silence !
Razor Flowers
Propaganda Pie

Rappel :
Freak Of The Week
Nobody’s Laughing



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  • Imminence + Ne Obliviscaris @ Salle Pleyel
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