En ce dimanche 28 avril 2025, la ville de Toulouse a été battue toute la journée par une pluie froide et persistante. Or, à l’approche du crépuscule, comme par un caprice céleste, le ciel s’est déchiré et le soleil est réapparu, baignant la ville d’une chaleur inattendue, juste à temps pour accueillir les pèlerins d’un soir, sur le parvis du Zénith Toulouse Métropole. Il faut dire que ce soir, les nombreux fans de Ghost sont en pleine effervescence à l’idée de découvrir le nouveau show des Suédois venus défendre leur dernier album, Skeletá, sorti il y a à peine deux jours, ainsi que la nouvelle incarnation de Tobias Forge, sous les traits du mystérieux Papa V Perpetua.
À ce titre, à quelques heures du concert, le public afflue déjà en nombre et certains ont même revêtu capes et habits liturgiques, et se sont grimé le visage aux couleurs de Ghost, transformant les abords de la salle en une véritable procession. C’est donc l’occasion pour certains d’immortaliser leur présence une dernière fois ce soir et d’alimenter les réseaux sociaux avant « le shutdown ».
Artiste : Ghost
Date : 27 avril 2025
Salle : Le Zénith
Ville : Toulouse [31]
En effet, comme l’a expliqué récemment Tobias, les téléphones portables sont bannis de ce Skeletour et seront donc scellés dans des pochettes, dès les portes franchies par le public. Autant dire que la question de la gestion des flux a été préparée bien en amont par la production ainsi que par les équipes du promoteur local Regarts et du Zénith de Toulouse. À la surprise générale, le dispositif est plutôt fluide et efficace. Et à vrai dire, le choix audacieux de l’interdiction des téléphones pendant le concert donne immédiatement à l’événement une aura singulière, coupant les spectateurs du monde extérieur afin de plonger chacun dans l’instant présent. De plus, il n’y a pas de première partie, ni distractions inutiles. À l’intérieur, dans la fosse et les gradins, l’attente des fans est palpable : les visages sont tous tendus vers l’obscurité de la scène, drapée de mystère, pendant que les enceintes crachent des liturgies de messe…
Puis à 20h30, sans avertissement, la cérémonie commence.
Dès les premières notes de « Peacefield », le troisième single du dernier album, l’immense rideau qui cachait la scène tombe d’un coup et dévoile les Nameless Ghouls aux quatre coins des planches derrière un halo de fumée. Quelques instants plus tard, Tobias Forge apparaît derrière un masque qui rappelle le Fantôme de L’Opéra, version Lon Chaney. En un instant, le public exulte et découvre en live ce tout nouveau titre, sorti il y a à peine deux jours. Véritablement taillé pour la scène avec son refrain fédérateur, celui-ci fait mouche, si bien que l’ensemble des spectateurs plonge tête baissée dans l’univers mis en place par Ghost. Le public toulousain dans la poche, Tobias et les siens n’ont plus qu’à dérouler « tranquillement » leur set…
Mais loin de proposer un show en pilotage automatique, la setlist a été entièrement remaniée de manière à alterner nouvelles compositions issues de Skeletá (« Lachryma », « Satanized », « Umbra ») et anciens morceaux, notamment de l’ère Meliora (2015) particulièrement mise à l’honneur (« Spirit », « He Is », « Devil Church », « Cirice », « Mummy Dust », et Lyon la veille a également eu le droit à « From The Pinacle To The Pit » et « Majesty ») et même du premier album, Opus Eponymous (« Ritual »), pour le plus grand plaisir des fans de la première heure.
Bien que le dernier passage de Ghost remonte à il y a seulement deux ans, ici même au Zénith de Toulouse, le show de ce soir est complètement différent. Avec ce Skeletour, l’accent a été mis sur la théâtralité au travers d’un spectacle savamment chorégraphié et mis en scène. Les décors sont somptueux et changent au gré des morceaux, la pyrotechnie est présente pour souligner les atmosphères et les costumes sont tout nouveaux. On sent que ce Ghost mouture 2025 s’est totalement réinventé et son ambition est plus prégnante que jamais.
Bien que les nouvelles incarnations de Tobias focalisent toutes les attentions, notamment lorsqu’il dévoile le costume pourpre et argenté de Papa V Perpetua, il n’en reste pas moins que les Nameless Ghouls sont devenues une part essentielle et intégrante du show. Elles ne sont désormais plus des figurantes, reléguées au second plan derrière le leader. Elle sont omniprésentes avec leurs tenues scintillantes et jouent avec le public, tout comme le vocaliste qui ne perd jamais une occasion de communiquer avec ce dernier, tout acquis à sa cause (« Year Zero », « Kiss the Go-Goat »).
Même si on sent que le set, impeccablement rythmé et minutieusement calibré, est millimétré, il n’en manque pas pour autant d’âme : il y a du cœur derrière toute cette théâtralité. L’émotion passe par une réelle connexion entre Ghost et son public. Et force est de constater que le parti pris du bannissement des téléphones portables renforce le sentiment d’une expérience collective riche. Chapeau !
Auréolé d’un son plutôt bon en fosse, ce nouveau spectacle soigneusement construit et magistralement exécuté ne connaît pas de véritable temps mort au fil des deux heures de set qui, tout au long de la soirée, tisse une véritable fresque narrative sur la saga des papes déchus. Et bien que certains titres attendus, comme « Con Clavi Con Dio » ou « Absolution », ont été écartés, le groupe a gratifié l’audience de « The Future Is A Foreign Land » et « Darkness At The Heart Of My Love », deux chansons respectivement sorties en 2024 et 2022 mais jamais jouées en live. Autant dire que le sang des fans n’a fait qu’un tour.
Après l’impressionnante triplette « Kiss the Go-Goat », « Mummy Dust » et « Monstrance Clock » repris en chœur à la manière d’un karaoké géant, il est temps pour Ghost de quitter la scène, à nouveau plongée dans l’obscurité. Quelques minutes plus tard, le groupe revient sur les planches pour le rappel et, par la même occasion, finir de mettre tout le monde à genoux pour un final exceptionnel, avec « Mary On A Cross », « Dance Macabre » et, bien entendu, le désormais classique « Square Hammer ». Après deux heures intenses, Ghost part pour de bon. On est un peu éreintés, mais heureux d’avoir vécu ce moment en forme de parenthèse enchantée sans téléphone portable. La messe est dite. Amen.
Avec la sortie du nouvel album, Skeletá, le 25 avril et cette tournée mondiale qui s’annonce d’ores et déjà monumentale (le groupe est actuellement en Europe jusqu’à la fin du mois de mai puis s’envolera vers l’Amérique du Nord pour une série de dates jusqu’en août), Ghost semble indéniablement au sommet de son art ou, en tout cas, de sa popularité. On sent que Tobias Forge et sa bande sont passés dans une nouvelle ère.
En bonus, quelques photos pour les Lyonnais :
Setlist :
Peacefield
Lachryma
Spirit
Faith
Call Me Little Sunshine
The Future Is A Foreign Land
Devil Church
Cirice
Darkness At The Heart Of My Love
Satanized
Ritual
Umbra
Year Zero
He Is
Rats
Kiss The Go-Goat
Mummy Dust
Monstrance Clock
Rappel :
Mary On A Cross
Dance Macabre
Square Hammer
Photos : Vincent Bennes @ Toulouse / Romaric Lacroix @ Lyon





































