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Live Report   

Gojira enflamme les remparts de Carcassonne


Depuis vingt ans, le Festival de Carcassonne s’est imposé comme un rendez-vous culturel majeur de l’été en Occitanie. Chaque année, la cité médiévale s’anime grâce à une programmation éclectique mêlant musique, théâtre et danse, qui attire un public toujours plus large. Parmi les nombreux lieux investis par le festival comme la cour d’honneur du château comtal, les places Carnot et Marcou ou le jardin du quai Bellevue, le Théâtre Jean-Deschamps occupe une place particulière. En effet, cet amphithéâtre à ciel ouvert, niché au cœur des remparts, offre une capacité d’environ trois mille places et bénéficie d’une atmosphère intimiste ainsi que d’un cadre historique unique où les vieilles pierres des remparts et les tourelles médiévales surplombent naturellement la scène. Véritable point central des festivités de la ville, ce lieu symbolise parfaitement l’identité du festival de Carcassonne : un mariage réussi entre patrimoine et modernité. Et c’est dans ce cadre unique que Gojira, le pilier du metal made in France le plus influent à l’échelle internationale, est venu enflammer ses planches en ce soir du 29 juillet 2025.

Bien entendu, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts depuis les premiers pas des frères Duplantier dans les Landes au milieu des années 1990. Le groupe s’est vite imposé grâce à son originalité, sa technique, sa puissance et un engagement écologique pour devenir un acteur majeur du metal moderne. La suite, on la connaît : Gojira a rapidement franchi les frontières hexagonales pour partager la scène avec des géants comme Metallica ou Slayer et a même récemment participé au dernier tour de piste d’Ozzy Osbourne et Black Sabbath le 5 juillet dans le cadre de l’événement Back To The Beginning aux côtés, entre autres, de Guns N’ Roses, Pantera, Mastodon, Alice In Chains, etc. Pour autant, le groupe n’a jamais coupé les ponts avec la France.

Artiste : Gojira
Date : 29 juillet 2025
Salle : Théâtre Jean-Deschamps
Ville : Carcassonne [11]

Ainsi, on a pu le voir l’année dernière durant la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques en compagnie de la mezzo-soprano Marina Viotti dans une version puissante et théâtrale du chant révolutionnaire « Ah ! Ça ira », intitulée « Mea Culpa (Ah ! Ça ira !) ». En plus d’être l’un des moments les plus marquants de cette cérémonie, cette prestation a également renforcé le statut de poids lourd de Gojira sur la scène metal internationale. Autant dire que cette date de la bande des frères Duplantier à Carcassonne, quatre mois avant le lancement de sa tournée française fait office d’un avant-goût de luxe pour les milliers de fans présents et déjà pressés d’en découdre.

À quelques minutes du coup d’envoi, le public trépigne déjà d’impatience. Parmi les spectateurs, certains sont venus de loin pour ce concert (de la Creuse à la Guyane, en passant par la région Auvergne Rhône-Alpes…) et, dans l’audience, on trouve aussi la famille et les amis du groupe, l’ancien prof de batterie de Mario Duplantier et même Didier Super ! Bref, les Landais ratissent un large public : des fans de la première heure aux curieux qui les ont découverts via les JO.

Il est 21h30 quand Gojira foule les planches carcassonnaises alors que les dernières lueurs du jour s’estompent. Un halo rouge baigne la scène tandis que résonnent les grondements sourds, quasi telluriques, de « Only Pain ». En l’espace de quelques mesures, le quatuor entre en scène dans un fracas maîtrisé qui donne immédiatement le ton de ce que sera le reste du set : lourd, dense et viscéral. Comme on pouvait s’y attendre, la puissance du son épouse parfaitement la configuration de l’amphithéâtre et l’ensemble est plutôt limpide.

Ce qui frappe avant tout, c’est l’ampleur de la scénographie déployée par Gojira. Loin du dépouillement qu’on aurait pu attendre d’un show en amphithéâtre, le groupe a littéralement transformé le Théâtre Jean-Deschamps en une arène à la fois spectaculaire et immersive. On retrouve en effet un écran géant en fond de scène, des jeux de lumière savamment chorégraphiés, une scène structurée sur trois niveaux, la batterie encerclée d’un dispositif lumineux et de la pyrotechnie tout autour des remparts de la cité médiévale. Bref, Gojira a sorti l’artillerie lourde pour mettre en relief sa musique et la puissance évocatrice de son univers.

Peu bavard entre les morceaux dans cette première partie de set, Joe Duplantier impose cependant sa présence avec une intensité presque retenue. L’homme laisse la musique parler à sa place ; chaque titre, à l’instar de « The Cell » ou de « From The Sky », fait partie d’un ensemble cohérent, presque organique. La setlist, judicieusement construite, pioche dans leurs albums les plus marquants : From Mars To Sirius (2005), L’Enfant Sauvage (2012), Magma (2016) et bien sûr Fortitude (2021), au travers de compositions massives qui prennent toute leur ampleur en live. Et si les fans de la première heure jubilent à l’écoute de « Backbone » ou de « Flying Whales », la fange du public qui a découvert le groupe lors de la cérémonie olympique est, elle, happée sans relâche par cette force hypnotique que seul Gojira sait générer.

Sur scène, l’alchimie entre les frères Duplantier est évidente. Mario, derrière les fûts, livre une prestation alliant puissance et finesse rythmique (avec beaucoup de double pédale !), tandis que Joe délivre ses riffs lourds et groovy avec sa nouvelle guitare ESP XJ (il a quitté la marque Charvel l’année dernière). À leurs côtés, Jean-Michel Labadie (basse) et Christian Andreu (guitare) occupent bien l’espace côté jardin et côté cour, et jouent avec une précision redoutable. Les musiciens distillent quelques mélodies dissonantes et chromatiques ici et là, afin de mettre en relief les ambiances immersives des compositions (« From The Sky »). Et le moins que l’on puisse dire, c’est que ça marche ! On sent que ce Gojira, mouture 2025, est une machine bien rodée mais jamais en pilotage automatique. Il y a beaucoup d’énergie, de sueur et surtout une sincérité palpable, à l’image de Mario qui harangue la foule et jette ses baguettes à chaque fin de morceau.

A mesure que le set progresse, Joe Duplantier, d’abord peu loquace, se montre de plus en plus communicatif. Toujours positif dans ses interventions, malgré la réelle fatigue que l’on peut constater chez le frontman lorsque, par exemple, il répète deux fois la même phrase au cours de la même prise de parole, il prend soin de remercier chaleureusement le public. Joe parle aussi de l’ascension de Gojira depuis 1996 qui a écumé toutes les scènes locales du coin (« de Castelnaudary à Villefranche-de-Rouergue en passant par Toulouse ») et exprime son plaisir de jouer dans ce cadre unique. D’ailleurs, il n’hésite pas à bousculer un peu l’ambiance en demandant au public de se lever.

Alors que l’heure tourne et que les brûlots en forme de parpaing s’enchaînent, Gojira dégaine le désormais classique « Mea Culpa (Ah ! Ça ira !) » qui provoque une véritable liesse au sein des spectateurs. Sa puissance brute et son texte emprunté à l’imaginaire révolutionnaire déclenchent une onde de choc dans l’amphithéâtre. Les fans les plus téméraires se lancent même dans quelques slams improvisés au beau milieu des gradins pendant que la pyrotechnie bat son plein. Un grand moment !

Il est d’ailleurs intéressant de noter que le contraste entre la violence musicale du set et la beauté du lieu produit une dynamique étrange, presque spirituelle (« Flying Whales »). Dans cette configuration particulière, tout prend un relief différent et saisissant (« The Chant » avec le refrain repris en chœur par les trois mille spectateurs). De fait, quand résonne « Another World », l’écho entre les préoccupations écologiques de Gojira et l’environnement de la cité médiévale inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO devient presque palpable. À ce titre, le jeu de lumière savamment orchestré depuis le début du set transforme le Théâtre Jean-Deschamps en une sorte de cathédrale sonique, amplifiée par l’acoustique naturelle du site. On assiste alors à une véritable communion entre le groupe et son public.

Après plus d’une heure d’un show d’une redoutable efficacité, Gojira entame un dernier acte incandescent avec « L’Enfant Sauvage » ainsi qu’une reprise de Black Sabbath, « Under The Sun » / « Every Day Comes And Goes » en guise de vibrant hommage à Ozzy. Pour finir, Gojira délivre un costaud « Gift Of Guilt », en forme d’ode apocalyptique mais lumineuse, pour finir de mettre tout le monde à genoux et refermer de la plus belle des manières ce set ô combien généreux. On a pu voir ce soir quatre musiciens au sommet de leur art, devant un public en extase, et ce sentiment que quelque chose d’unique vient de se produire. En l’espace d’environ une heure et demie, les remparts de Carcassonne ont vibré et le Théâtre Jean-Deschamps a, pour un instant, troqué ses pièces classiques contre les grondements d’un metal résolument moderne et viscéral.

Une fois le show terminé, Mario sort son bodyboard estampillé Gojira pour s’offrir une virée en slam dans les gradins de l’amphithéâtre, porté par un public ravi de voir que le groupe n’a rien perdu de sa proximité avec les fans. De son côté, Christian descend saluer les spectateurs dans les travées, distribuant poignées de main et médiators avec le sourire tandis que Joe et Jean-Michel font de même sur scène. Pour ce dernier soir de festivités dans la cité médiévale, cette sortie de scène est à l’image du festival de Carcassonne : chaleureuse, inattendue, généreuse et profondément tournée vers le public. Une conclusion à la hauteur de l’événement !

Même si cela fait déjà des années que Gojira n’a plus rien à prouver tant sa place dans le metal moderne est prépondérante, le groupe continue de tout donner comme il le fait depuis ses débuts. Ce soir, les Landais n’ont pas dérogé à la règle et ont livré une prestation digne de ce nom, rehaussée par une scénographie aux petits oignons, sans jamais tomber dans le tape-à-l’œil gratuit. Et dans un monde où l’authenticité musicale se fait rare, ça fait toute la différence… Inutile de dire que ce concert unique de Gojira préfigure son tour de France de novembre-décembre 2025 sous les meilleurs auspices. Cette date du 29 juillet est la première secousse annonciatrice du tremblement de terre que sera cette tournée de fin d’année !

Setlist :

Only Pain
The Axe
Backbone
Stranded
Born For One Thing
Flying Whales
The Cell
From The Sky
Another World
Silvera
Mea Culpa (Ah ! Ça ira !)
The Chant
Amazonia

Rappel :
L’Enfant Sauvage
Under the Sun / Every Day Comes and Goes
Gift Of Guilt



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