Ce 9 décembre, l’Arkéa Arena avait des allures de point d’orgue. Depuis plusieurs semaines, la grande tournée française de Gojira retourne l’Hexagone ville après ville, un véritable marathon national où chaque date affiche complet en un clin d’œil. Bordeaux ne fait pas exception : la date a attiré du monde, gonflée d’un brassage international où se mêlent accents anglais, espagnols et francophones survoltés. Il faut dire que les Landais ne viennent pas si souvent jouer « à domicile », et encore moins dans ce contexte : depuis leur prestation saisissante aux Jeux olympiques, Gojira a franchi un palier de notoriété que peu d’artistes français — tous styles confondus — peuvent revendiquer.
Ce soir, tout respire l’événement exceptionnel. Les fans historiques côtoient ceux qui ont découvert le groupe entre deux anneaux olympiques, et chacun semble mesurer la rareté de l’instant. Même l’Arkéa envoie un signal fort : bars fermés pendant le set de la tête d’affiche, histoire de ne pas détourner une seule minute de ce qui s’annonce comme une soirée percutante. Dans la fosse comme dans les gradins, l’électricité est palpable. Gojira parcourt la France en conquérants ; à Bordeaux, ils rentrent à la maison. Et toute la salle n’attend qu’une chose : l’explosion.
Artistes : Gojira – Comeback Kid – Neckbreakker
Date : 9 décembre 2025
Salle : Arkéa Arena
Ville : Bordeaux [33]
La soirée s’ouvre avec Neckbreakker, chargés de lancer la machine dans une nuit encore en train de s’éveiller et dont les files d’attente aux bars sont plus denses que le public devant la scène… ou dans les gradins. Disposant de très peu de temps de jeu, les Danois font ce qu’il peuvent pour initier du mouvement : appels aux circle pits, injonctions à s’agiter, riffs lourds envoyés avec sérieux… mais le soufflet retombe faute d’un public vraiment prêt à se jeter dedans. Il faut dire que tout semble jouer contre eux : une scène bien réduite face à une arena de grande envergure, et surtout une lumière rouge uniforme – finalement, un jeu de lumières très pauvre – lourde, noyant les musiciens dans une pénombre agressive. Une ambiance qui étouffe davantage qu’elle ne galvanise.
Musicalement, le groupe assure un set solide, mais l’ensemble peine à prendre dans ce démarrage trop tôt et trop court pour son propre bien. On sent pourtant l’envie, l’intention, les tentatives pour ouvrir les hostilités… mais la salle reste surtout en mode « échauffement », polie, attentive, pas encore totalement décidée à se laisser emporter. Un début de soirée un peu corseté, qui laisse néanmoins poindre ce qui aurait pu advenir dans de meilleures conditions : un quatuor prêt à en découdre, mais qui a dû composer avec un terrain encore froid et pour lequel une salle de plus petite taille ferait sans doute bien plus l’affaire.
Setlist :
01. Face-Splitting Madness
02. Shackled to a Corpse
03. Horizon of Spike
04. Silo
Changement total de décor dès l’arrivée de Comeback Kid, qui eux comprennent immédiatement comment prendre une salle, et plus encore, comment la retourner. Doté d’un nom moins explicite que ses prédécesseurs, le groupe jouit cependant d’une popularité plus grande. Se font entendre, tout de même, dans la fosse, des questionnements quant au rapport entre le public des Canadiens et celui du monstre français. Reste qu’en un morceau, c’est plié : le public se réveille, la fosse s’ouvre, et tout ce que Neckbreakker tentait tant bien que mal de provoquer s’impose d’un coup comme une évidence. Il faut dire que Comeback Kid n’a pas besoin de se chercher : les membres savent occuper l’espace, avec notamment un chanteur ne sachant plus où donner de la tête. Le public se prend au jeu de cette énergie explosive, et forcément, la salle répond sans hésitation. Circle pits à répétition, wall of death en rafales, clapping massif, slams en continu… Tout s’emballe avec une facilité déconcertante.
Le frontman multiplie les interactions, harangue la fosse, se marre avec les premiers rangs, et lâche, avec un sourire carnassier : « I have one question… CAN YOU MOTHERFUCKERS DANCE ?! » La réponse ne se fit pas attendre : un grand oui, clairement. Les gradins suivent eux aussi le mouvement, jusqu’à se faire entendre dans un chant presque acoustique, étrange mais touchant, porté par un élan collectif inattendu. La voix du chanteur, claire mais éraillée, presque punk, accroche fort et marque les esprits, bien qu’au fil des titres l’effet de répétition soit de plus en plus intrusif. Chaque morceau fédère, chaque relance amplifie l’énergie. La reprise de « Refuse/Resist » reste un moment marquant et, surtout, un choix marketing bien ficelé, puisque personne n’est capable de résister à la musique de Sepultura, surtout au sein d’un public forcément sensible aux causes environnementales qu’est celui de Gojira. Comeback Kid ne cherche pas à impressionner techniquement : il va droit au cœur, droit aux tripes. Et ce soir, ça marche incroyablement bien. Un set qui fait basculer la salle dans un état d’euphorie collective — la meilleure façon possible de préparer l’arrivée de Gojira.
Setlist :
01. Because Of All
02. Heavy Steps
03. Talk Is Cheap
04. Dead On The Fence
05. Refuse/Resist (reprise de Sepultura)
06. False Idols Fall
07. Crossed
08. G.M. Vincent & I
09. Absolute
10. Wasted Arrows
11. All In A Year
12. Should Know Better
13. Wake The Dead
La tête d’affiche se fait désirer. Dans la foule, c’est le chaos joyeux : il pleut des gobelets et des bouées gonflables volent dans tous les sens, tandis qu’en coulisses, la fameuse baleine gonflable du scandale — celle qui fut dans toutes les bouches dernièrement en raison d’une certaine incompréhension avec Golden Julien — attend tranquillement son heure, posée sur le côté comme une mascotte prête à bondir.
Il faisait chaud bien avant que les lumières ne s’éteignent, mais lorsque sonne 21h30, le thermostat est monté d’un cran. Les écrans géants à cent quatre-vingts degrés se parent de noir et blanc, une animation captivante en leur centre, puis, enfin, le groupe se montre, sous les acclamations du public impatient. Les musiciens arrivent donc ce soir à cinq, exclusivité de cette tournée, présentant Greg Kubacki, guitariste américain de la formation Car Bomb, venu pour remplacer temporairement Joe Duplantier sur ses parties de guitare, celui-ci ayant subi une opération récente à la main (il jouera quand même quelques légères parties sur deux titres, histoire de ne pas rouiller). Encore convalescent, ce dernier se présente donc avec une belle attelle – noire, forcément, outfit oblige – sur la main et l’avant-bras, mais jouit d’une liberté de mouvement nouvelle sans instrument et micro à pied. Un délestage qui lui permet de parcourir la scène avec une énergie infantile naïve, même s’il semble parfois ne pas vraiment quoi savoir faire de son corps et de tout cet espace.
Kick-off immédiat : pyro explosive, fumée sur scène et dans les gradins, murs de son qui font exploser la poitrine, la pleine puissance balancée assomme. La foule se compresse, et les premiers se font évacuer par la sécurité, à leur demande, étouffant dans cette fosse aux lions. Il faut dire que le groupe a décidé de frapper fort : après un enchaînement « The Axe » et « Blackbone », le quatrième morceau n’est autre que la cultissime « Stranded », dont les accords de guitares si reconnaissables attisent le vivier qui fait face au quintet. La communion est énorme entre les musiciens et le public qui chante à tue-tête et répond sans cesse aux sollicitations des frères Duplantier quand il s’agit de participer. Mario, solidement installé torse nu derrière ses fûts, échauffe ses mollets au rythme des titres, souvent rejoint par son frère qui saute ici et là en même temps que des drops monstrueux balancés pleine poire. Christian Andreu bénéficiant du capital capillaire le plus élevé sur scène enchaîne les headbangs et Jean-Michel Labadie, lui, harangue la foule en la pointant de sa basse acérée.
Le flot de slammeurs est continu et les sourires sont sur tous les visages. Il faut dire qu’il est bon de voir un tel niveau de qualité sur tous les aspects possibles chez des Français. La scénographie est monstrueuse, travaillée comme une part entière du spectacle. La batterie est surélevée, encerclée d’un dispositif lumineux, comme une scène sur la scène, et les jeux de lumières sont frappants de diversité et de travail. Entre les morceaux, Joe est bavard, il s’amuse et ça se voit, Bordeaux reste une ville symbolique pour eux comme il aime le rappeler : « Putain, j’ai fait toutes mes études dans cette ville ! » Sur scène, l’alchimie entre les frangins est évidente. Mario livre une prestation alliant puissance et finesse rythmique (avec beaucoup de double pédale !), tandis que Joe va le visiter, souvent, au point même d’échanger d’instruments le temps d’un instant avant « The Chant ». Echange initialement prévu pour que Mario donne le ton au public, celui-ci se retrouve cependant à gratter sa six-cordes et lâcher son plus beau growl, provoquant le rire décontenancé de son aîné, las des bêtises de son cadet et qui lâche un « c’était pas prévu ça ! » amusé. Tout au long du concert, les taquineries fraternelles continueront. Par exemple : les remarques de Joe concernant les pancartes que son frère brandit en demandant si le public voulait plus de double pédale (oui, Mario, toujours !), et ce, pendant cinq minutes non-stop.
« Flying Whales » s’installe lentement sur fond de chant de baleines, et les deux cétacés volants décollent au-dessus de la foule, laissant un public coi et hurlant d’émotion face à ce spectacle à l’atmosphère planante. Il faut dire que le groupe reste un pionnier dans l’engagement environnemental, comme cela va transparaître tout au long de la setlist, que ce soit via les visuels affichés (sur « Another World » la tour Eiffel remplaçant la statue de la Liberté) ou un discours frappant : « Elle est quand même bien la Terre non ? Faudrait qu’on en prenne soin ! » De toute façon, les écrans géants capturent tout : les musiciens, la foule, les visages, les détails, rien ne manque. Kubacki s’intègre sans forcer à la machine, il semble à l’aise et s’est parfaitement approprié son rôle, bien que la barrière de la langue le tienne quelque peu à l’écart d’échanges avec la foule. Mais peu de mots suffisent. Quand est introduite « Mea culpa (Ah ! Ça Ira !) », Bordeaux hurle de joie. L’impériale Marina Viotti se fait sixième membre, et envoûte l’Arkéa de ses envolées lyriques si satisfaisantes. Elle reviendra d’ailleurs sur « The Chant » pour renforcer un moment de communion rare. Joe récupère l’un des serpentins-confettis rouges balancés en pluie lors des moments forts du titre et se l’enroule autour du cou, un signe lourd de sens venant appuyer l’effet kiss cool destructeur de cette reprise qui aura encore monté d’un cran – si cela est cependant possible – leur gloire à l’international.
Après une envoûtante « Amazonia » et ses chants de gorge prenants, le groupe quitte la scène. Le rappel, qui aura vu quelques têtes descendre des gradins, dommage pour eux, aligne « L’Enfant Sauvage » puis « Global Warming », dans une salle illuminée par des milliers de smartphones. Le tableau est empreint de beauté et de communion. Mais toutes les bonnes choses ont une fin. Les musiciens restent longtemps sur scène après avoir déposé leur instrument respectif, visiblement émus de jouer au pays. Mario prendra la parole pour un discours des plus touchants : « Avec Gojira, on a fait tous les bars de Bordeaux bordel ! Pendant des années, des années, des années et des années… Et trente ans après on est face à vous, là dans cette salle. C’est hyper émouvant… Merci infiniment. » Pas de bodyboard-slam sur la foule cette fois-ci pour le batteur, mais l’annonce, de la part de Christian, d’un after bien rempli — preuve que malgré la démesure du show, l’esprit reste familial, même lorsque les lumières se rallument dans la salle et dans la loge.
Gojira a livré ce soir un concert de patrons. Maîtrise totale, scénographie XXL, humanité intacte, voilà ce qui restera en tête des jours durant après cette soirée fulminante. Gojira, c’est une démonstration à la française, un mix parfait en provocation et chamboulement intérieur. La machine est huilée, mais jamais mécanique, on reconnaît là tout le travail que la formation a effectué depuis 1996 et le retour positif de son public n’en est que plus amplement mérité.
Setlist :
01. Only Pain
02. The Axe
03. Backbone
04. Stranded
05. The Cell
06. Wisdom Comes
07. Flying Whales
08. From The Sky
09. Another World
10. Silvera
11. Mea culpa (Ah ! Ça Ira !) (avec Marina Viotti)
12. Born In Winter
13. Born For One Thing
14. Where Dragons Dwell / To Sirius / Ocean Planet / In The Wilderness (From Mars To Sirius medley)
15. The Chant (avec Marina Viotti)
16. Amazonia
Rappel :
17. L’Enfant Sauvage
18. Global Warming
Photos @ Nantes : Lemony STAGE FOCUS
Nous vous proposons un magazine souvenir de 32 pages à l’occasion de la tournée française de GOJIRA.
Pour commander votre magazine (+ poster & goodies) : metal-addict.fr/gojira
Toutes les infos sur les magazines numérotés et personnalisés METAL ADDICT BY RADIO METAL : metal-addict.fr




































Ils ont vraiment joué « Global Warming » ? Ils n’avaient pas dit que le live en studio serait la seule prestation live de ce titre ???