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Interview   

Gojira : un océan de conscience


L’Ocean Fest se tiendra, pour sa nouvelle édition, les 26 et 27 avril prochain à la Halle d’Iraty de Biarritz. Tous les bénéfices de cet événement, parrainé par le journaliste Hugo Clément, seront reversés à des associations caritatives. Sur son site internet, l’Ocean Fest explique « avoir pour grands maîtres-mots l’ancrage local et l’éco-responsabilité autour des enjeux environnementaux et de la protection des océans ». A l’instar de Mass Hysteria et de nombreux autres artistes, Gojira sera présent à l’Ocean Fest 2024. Ce concert du groupe landais est d’ailleurs un événement en soi puisque son set du vendredi 26 avril sera, cette année, la seule apparition en festival du quatuor.

Le groupe a toujours défendu les valeurs environnementales, donc l’occasion était belle d’approfondir cette question avec Mario Duplantier, le batteur de Gojira, lors d’un entretien. Est également évoqué dans cette conversation le lien d’amitié qui existe depuis des années entre Hugo Clément et Mario. Sans oublier, évidemment, beaucoup de questions sociétales qui font le quotidien de nous tous qui habitons cette belle planète Terre ! Dans cette interview, vous retrouverez un Mario comme vous l’avez toujours connu : pertinent, bienveillant et conscientisé.

« Notre insouciance est notre force et c’est ce qui fait que nous avons perduré dans ce milieu. Si tu es trop carré, tu arrêtes vite le métier. Notre insouciance, notre côté très artiste et un petit peu déconnecté du réel, c’est ce qui fait que nous avons toujours persévéré. »

Radio Metal : Est-ce que tu te souviens de la première fois que tu as entendu parler de l’Ocean Fest ?

Mario Duplantier (batterie) : Je vis à Biarritz, donc je me souviens bien de la création de l’événement en 2022 et de l’édition qui a eu lieu l’année dernière. De plus, je connais les organisateurs et Hugo Clément. J’ai vite eu l’info via les réseaux sociaux et je suis donc allé à l’édition 2023. C’était une soirée très sympa, notamment parce que je connais Hugo et que je connaissais les musiciens qui jouaient. Hugo m’avait contacté plusieurs fois pour me demander si Gojira voulait y participer. Dans les faits, il aurait même aimé que nous participions à l’édition de l’année dernière.

Hugo Clément et toi entretenez une relation amicale depuis longtemps ?

Comme la plupart des gens, je le connaissais à travers l’émission Quotidien, en tant que journaliste. Après, j’ai compris qu’il avait pris un virage beaucoup plus écolo. C’est là que j’ai commencé à m’intéresser à son travail. Donc pas forcément à l’époque où il était dans Quotidien. Mais déjà à cette époque, je trouvais que les causes qu’il défendait étaient nobles et que la façon dont il les traitait était très bien faite. Il allait au fond des choses. Surtout, c’est son côté battant, sa motivation à faire changer les lois, à aller contre les choses, etc. qui m’a beaucoup impressionné. Je me disais que c’est ce genre de personne qui fait du grabuge, qui fait parler, mais il a quand même une volonté, une témérité qui m’ont beaucoup impressionné dès le début, et ce sans le connaître vraiment à titre personnel. Ensuite, nous avons commencé à discuter quand il est venu habiter à Biarritz.

Je crois savoir que c’est par l’intermédiaire d’un ami en commun que vous vous êtes rencontrés.

Oui. Nous avions un ami en commun, Martin Weill, qui avait réalisé une interview filmée de Gojira quand nous sommes allés aux Grammys en 2017 à Los Angeles. Martin Weill est un mec hyper sympa aussi. Nous avons gravité autour de ce collectif de jeunes journalistes assez cool et puis, avec Hugo, nous avons commencé à parler. Je lui ai tout d’abord dit merci pour son travail, j’étais impressionné. Il m’a envoyé son premier livre et moi, en échange, je lui ai envoyé une petite peinture d’une baleine que j’avais faite. C’est de cette manière que nous nous sommes rencontrés.

Gojira n’avait pas participé à l’édition 2023 de l’Ocean Fest pour une question de calendrier ?

Oui, exactement. C’était en plein cycle d’album et nous ne pouvions pas forcément nous avancer. Nous avions également une date à Bercy et quelques dates exclusives en France qui étaient super importantes pour la carrière de Gojira, donc nous souhaitions garder cette exclusivité. Il faut aussi savoir que, quand tu joues à l’Ocean Fest, tu joues gratuitement. Comme Gojira a une grosse logistique, la question de se produire lors de cet événement a fait débat au sein des personnes qui composent notre management américain. Ils se sont dit : « Attendez ! Comment ça vous n’êtes pas payés ? » Nous ne sommes pas les seuls décisionnaires. En effet, nous avons toute une équipe autour de nous qui généralement suit nos intentions. A l’époque, même au sein des quatre membres du groupe, tout le monde ne connaissait pas Hugo et il y avait aussi cette interrogation d’aller jouer gratuitement. Ce n’est pas facile parce que nous devons payer l’équipe technique, nous avons des frais et puis, comme je l’ai évoqué, nous étions surtout en plein cycle d’album avec Fortitude et ces dates très importantes en France. Pour toutes ces raisons, nous avons décidé de passer l’offre en 2023 en nous disant que nous finirions, un jour, par jouer sur la scène de l’Ocean Fest. Je suis quand même allé au festival, j’ai vu ce que c’était, comment c’était organisé, et j’ai trouvé ça super.

« Nous ne sommes pas du tout des écolos. On nous étiquette de cette façon mais nous ne nous sentons pas écolos. Nous pensons que nous avons une conscience. »

Ce que tu décris par rapport à votre management est intéressant. A leur place, il paraît logique de s’interroger sur la question d’un groupe international qui va jouer gratuitement quelque part parce que, normalement, ce n’est pas de cette manière dont marche le business de la musique.

Nous sommes un groupe international avec une réalité qui a changé, mais ce sont quand même des gens très ouverts. C’est le management RSE qui gère aussi Slayer, Ghost et Mastodon. C’est une petite équipe d’environ cinq personnes et des gens très humains, sinon ils n’auraient pas signé Gojira. Je leur ai demandé de faire un entretien par Zoom pour leur expliquer qui était Hugo Clément et quel impact il avait en France. Puis ils nous ont répondu : « Ah ok ! Si vous voulez le faire, allez-y. » Dans un deuxième temps, il faut prévenir le tourneur parce qu’il faut que tout le monde s’accorde à ne pas prendre d’argent ou de commissions. Quand tu fais une date, tu donnes la commission au tourneur, au business manager, au management, à la maison de disques. Toutes les commissions doivent être données. Gojira a ce contrat : nous ne faisons pas de concert sans donner de commission à tout le monde. Nous ne pouvons pas nous dire : « Demain, on fait un concert dans un bar ! » à cause des histoires de contrats. En ce qui concerne les quatre membres de Gojira, nous avons une mentalité d’artiste qui est parfois un peu en décalage par rapport à tout ce qui est contractuel. D’ailleurs, notre insouciance est notre force et c’est ce qui fait que nous avons perduré dans ce milieu. Si tu es trop carré, tu arrêtes vite le métier. Notre insouciance, notre côté très artiste et un petit peu déconnecté du réel, c’est ce qui fait que nous avons toujours persévéré. Quitte à faire des sacrifices, à ne pas toucher un euro pendant des dizaines voire des quinzaines d’années. Aujourd’hui, nous sommes un petit peu plus attachés à tout ce qui est contractuel. Nous comprenons un peu mieux comment cela marche. Pour l’histoire d’Hugo, j’ai juste expliqué son rôle, ce qu’il proposait, que c’était pour une bonne cause et que cela nous tenait à cœur. Ils étaient d’accord, du coup nous avions juste à parler au tourneur et à faire que tout le monde s’accorde.

Quand tu parles de la détermination d’Hugo Clément, je comprends tout à fait que vous ayez des valeurs communes. La détermination, c’est sans doute l’un des termes qui vous caractérisent le mieux au regard de l’histoire de Gojira.

Bien sûr. Après, attention, ce n’est pas le même combat ! Nous ne sommes pas du tout des écolos. On nous étiquette de cette façon mais nous ne nous sentons pas écolos. Nous pensons que nous avons une conscience. Hugo est très impressionnant parce qu’il est déterminé dans sa voie et nous, nous sommes déterminés en termes artistiques.

Hugo Clément est une figure charismatique qui suscite de la part de certaines personnes un peu d’inimitié. Est-ce que tu penses qu’à partir du moment où tu es ambitieux, et ce dans n’importe quel type de combat, tu vas forcément cliver les gens malgré toi ?

Tu as tout dit. À partir du moment où tu es une figure publique… Surtout quelqu’un comme lui, qui fait bouger les choses, va contrarier beaucoup de gens. Forcément, cela ne va pas plaire à tout le monde. Peu importe le ton qu’il a, peu importe la façon dont il parle ou son image… Je trouve que c’est vraiment la détermination qu’il a pour sauver certaines espèces qui mérite d’être soulignée. C’est tellement pur et noble de vouloir sauver des oiseaux ou des bêtes que des chasseurs veulent défoncer ! Il n’y a pas beaucoup de gens qui se battent jusqu’à aller changer des règles avec une telle détermination. Il est inarrêtable et c’est pour cela que j’ai du respect. Je ne te parle pas de la forme, des selfies/vidéos… je me fous de tout cela. Je ne juge pas les gens. Ce que je juge, c’est qu’il s’agit de quelqu’un qui fait avancer les choses, qui n’est pas fataliste, et j’ai beaucoup d’admiration pour cela. Dans un deuxième temps, je l’ai rencontré plusieurs fois. Avant l’Ocean Fest, j’étais au restaurant avec sa femme et il était très humain, très drôle, il faisait des blagues toutes les deux secondes. C’était vraiment quelqu’un de très chill et c’était un moment hyper agréable.

« Ce n’est pas très grave si la race humaine disparaît un jour. La planète s’en remettra. C’est plus embêtant pour les humains. […] Dans l’absolu, je trouve que rien n’est négatif, c’est ce que c’est. La vie, c’est le chaos. C’est un chaos organisé. On vit entre harmonie et chaos. De toute façon, on doit accepter les lois de l’univers et du chaos. Je n’ai pas peur de la disparition des êtres humains. »

Les bénéfices vont être reversés à des associations, dont Sea Shepherd. Est-ce qu’au stade où vous en êtes, ce n’est pas parfois frustrant de ne pas pouvoir répondre au très grand nombre de sollicitations que vous pouvez recevoir de la part d’associations de toutes sortes ?

Oui, nous sommes très sollicités. Si nous avons accepté de jouer à l’Ocean Fest, c’est parce que l’événement se passe dans notre ville natale, à Biarritz. L’organisation est impeccable. Il n’y a aucune ambiguïté et tout est carré. Le fait que ce soit aussi chapeauté par Hugo, qui est une personnalité, cela attire une crédibilité et une attention qui ne sont pas négligeables. Puis nous connaissons les organisateurs. Ce sont des personnes de l’Atabal, une salle de concert de Biarritz. Nous sommes donc en famille et c’est un concert qui est simple pour nous. Mais en effet, nous sommes très sollicités. Ce que j’aimerais à l’avenir, c’est qu’au lieu de faire des concerts pour des associations, nous fassions des concerts de Gojira où il y ait un pourcentage du prix du ticket qui aille aux associations. Par exemple, nous jouons à Bordeaux et nous pourrions avoir un euro sur chaque ticket qui aille à une association de Bordeaux qui se bouge pour quelque chose, une justice sociale ou écologique. Je vais me battre pour que sur le prochain cycle d’album, il y ait un fonctionnement à la hauteur de cette ambition. C’est pour cela que j’en ai déjà parlé au management. Il y a des structures qui proposent de faire ce type d’actions aux États-Unis. C’est ce que Rage Against The Machine a fait avec sa reformation. À chaque concert, ils ont ramené entre dix mille et un million de dollars pour des associations avec ce système de pourcentage prélevé sur le billet. Nous devons agir de la sorte. Ce n’est pas forcément aller jouer pour des associations, comme une association locale à Orléans où nous jouerions gratos. Faisons un concert de Gojira où nous donnons de l’argent à une association.

Avec Gojira, vous avez commencé à faire de la musique à la fin des années 1990. Aujourd’hui, on est en 2024. Est-ce que tu vois, dans la société, des évolutions positives en ce qui concerne la thématique écologique depuis la fin des années 1990 ?

J’ai des enfants qui ont déjà une conscience écologique que je n’avais pas à leur âge. C’est déjà positif. Après, peut-être que là, nous allons droit dans le mur. D’une manière absolue, j’ai envie de dire que ce n’est pas très grave si la race humaine disparaît un jour. La planète s’en remettra. C’est plus embêtant pour les humains. C’est préoccupant ce qui nous arrive, à nous les humains, puis au monde du vivant, les animaux, mais même la nature s’adaptera. Dans l’absolu, je trouve que rien n’est négatif, c’est ce que c’est. La vie, c’est le chaos. C’est un chaos organisé. On vit entre harmonie et chaos. De toute façon, on doit accepter les lois de l’univers et du chaos. Je n’ai pas peur de la disparition des êtres humains. Avoir conscience de faire quelque chose, c’est bien. Par rapport aux années 1990, on en parle tellement que maintenant, les gens sont obligés d’ouvrir les yeux, de réaliser qu’il y a peut-être un problème. Mais Trump n’y croit toujours pas [rires] ! C’est dingue. Il y a encore beaucoup de gens qui n’y croient toujours pas. Tu écoutes les scientifiques, ils disent qu’il y a un réchauffement climatique. On l’entend à longueur de journée et les gens commencent à dire : « Ah merde, c’est vrai. » Donc oui, il y a un éveil des consciences, mais c’est juste parce que les faits sont devant nous.

Et oui, la nouvelle génération se bouge. Alors, il y a des troubles de l’attention avec les téléphones, etc. C’est un peu hystérique. D’ailleurs, les trente-quarante ans ont plus de troubles de l’attention que les jeunes. J’ai de gros troubles de l’attention. Je suis tout le temps sur mon téléphone, je suis en déperdition totale [rires] ! Mais j’ai un espoir de fou de me dire que les gens se réveillent, font de plus en plus gaffe. Ce n’est pas partout dans le monde. Aux États-Unis, ils ne font pas forcément très attention. Je ne suis vraiment pas pessimiste. J’accepte la vie telle qu’elle est, et si je peux faire un petit quelque chose… Mais attention, avec Gojira nous polluons beaucoup. Nous défonçons n’importe quelle personne en termes d’indice carbone. Je le dis en toute honnêteté, et cela nous donne de gros problèmes de conscience. Nous prenons un avion, nous allons aux États-Unis, nous prenons un tour bus. Ce n’est pas forcément l’avion ou le tour bus, mais ce sont les gens qui viennent nous voir… Plus il y a de monde qui se déplace pour voir Gojira en live, plus nous générons de trafic sur les bagnoles. Nous savons qu’il y aura entre trois mille et dix mille bagnoles pour venir nous voir, donc notre indice carbone explose. Nous avons une problématique qui est très sérieuse. Parfois, nous nous raccrochons à notre message bienveillant et nous avons bon espoir que cela serve à quelque chose, mais avec Gojira, nous faisons partie du problème.

« Avec Gojira nous polluons beaucoup. Nous défonçons n’importe quelle personne en termes d’indice carbone. Je le dis en toute honnêteté, et cela nous donne de gros problèmes de conscience. »

Un groupe comme Shaka Ponk a d’ailleurs communiqué sur le fait que l’une des raisons qui l’ont poussé à annoncer leur dernière tournée est qu’ils avaient conscience de trop polluer avec la vie en tournée.

Il y a des commentaires où des mecs disent : « Mais attendez, Gojira. Vous êtes des gros hypocrites, vous êtes des gros pollueurs avec l’avion » et j’ai envie de liker le commentaire parce que c’est vrai. Qu’est-ce que tu veux que je dise ? Je ne vais pas me justifier. Je vais peut-être me dire que nous avons un message bienveillant, que nous ne bossons pas pour une multinationale. J’aurais des choses à dire. Après, nous donnons de l’espoir. Nous avons beaucoup de gens désespérés. Il y a un manque aussi de religion, un manque de foi, dans notre société. Les gens se rattachent maintenant aux messages des groupes. Nous faisons des meet and greet tous les jours et il y a des gens qui nous disent : « Vous nous sauvez la vie. » Je me rattache à cela. Je me dis : « Ah oui, on sauve la vie à des gens, on a un message positif. » Par contre, concrètement notre indice carbone défonce celui de n’importe quelle personne.

Est-ce que tu considères que pour beaucoup de fans de Gojira vous êtes bien plus qu’un groupe de musique ?

Je pense que les paroles de Joe et l’univers qu’il a créé… Après, à titre personnel, je peux parler de mon intention musicale. A savoir, l’énergie que je mets dans la musique et c’est vrai que j’y mets tout mon cœur et toute ma spiritualité. Mais les textes de Joe ont tendance à être très porteurs. C’est quelqu’un qui est très spirituel, très philosophe, même s’il ne lit pas beaucoup de philosophie. Malgré lui, il a beaucoup de philosophie en lui. Joe a une compréhension et une perception du monde très sensibles et je pense que ses paroles guident les gens. Même nous, au sein du groupe, cela nous guide. Je partage sa vision parce que nous avons été éduqués notamment par une mère qui nous a beaucoup influencés. Je vois beaucoup dans les paroles de mon frère la philosophie de ma mère qui, pour le coup, lisait beaucoup de philosophie. Elle était très spirituelle. Donc cela ne m’étonne pas que Gojira soit un guide pour beaucoup de gens et moi, c’est cela qui me rend le plus heureux, c’est de me dire que nous avons un impact positif, parce qu’on est tous en recherche de bienveillance.

Pour préparer cet entretien, je relisais les interviews que mes collègues ont faites avec vous. Vous parliez de la phrase de votre maman qui disait « Tout est vain, sauf la bonté », ce qui résume bien tout cela.

Carrément. C’est ma philosophie de vie. Tout est vain, sauf la bonté. Je le dis tout le temps à mes enfants, le plus important c’est d’être bon. Des fois, je leur dis : « N’oublie pas d’être bon. » Tout le reste, c’est du bullshit, on s’en fiche. Dans l’absolu, attention, je fais le beau mais maintenant, nous gagnons notre vie avec cela. Je n’ai pas de précarité, je suis hyper heureux. Tous les jours, je me dis que nous vivons de notre art, et c’est magnifique. Je ne suis pas dans une grosse précarité comme beaucoup de gens, donc j’ai bon dos de dire que tout est vain, sauf la bonté. Mais fondamentalement, même quand nous avons commencé le groupe, c’est ce que je pensais et, vraiment, notre mère nous le rabâchait à longueur de journée.

L’éducation est un enjeu majeur dans la société actuelle. Est-ce que tu penses que l’apprentissage de vivre dans la nature est une clé pour l’épanouissement de chacun et que, forcément, dans la frénésie des villes on a tendance à l’oublier ?

Je ne sais pas, parce que mon frère vit à New York et ses enfants sont en ville. New York est une ville très culturelle et même s’ils ne sont pas connectés à la nature au quotidien, à travers leur expérience culturelle, ils ont une compréhension du monde qui est bien élevée aussi. Par contre, je dirais qu’expérimenter la nature en tant qu’expérience, c’est très important. Je demande toujours à ma fille d’aller dehors dès qu’elle est sur son iPad, parce que nous avons la chance de vivre ici. Nous sommes à cinq minutes de l’océan, je l’emmène tous les jours voir la mer. Pour moi, expérimenter la nature est très important, mais c’est assez personnel. J’ai vécu à New York et je dois dire que profiter de la culture à New York a été aussi très important, et c’est ce qui manque un peu dans le Sud-Ouest.

« J’étais un adolescent assez asocial, très méfiant des autres et cela m’a mis beaucoup de freins. Alors, peut-être que cela a nourri une forme de créativité intérieure. Mais j’apprends à mes enfants le contraire, c’est-à-dire que j’ai envie qu’ils aillent vers les autres, qu’ils soient moins dans le jugement, qu’ils aillent se confronter même si nous ne sommes pas toujours de la même sphère sociale. »

Je dirais que la parfaite balance, ce serait cela : avoir une vie sociale et culturelle riche, avoir une connexion à la nature et avoir la chance de connaître un environnement favorable. Là où nous avons grandi avec Gojira, il n’y avait que la nature et cela a fait de nous un petit peu des asociaux. C’est aussi nos parents, qui étaient assez sauvages, assez coupés des autres. J’étais un adolescent assez asocial, très méfiant des autres et cela m’a mis beaucoup de freins. Alors, peut-être que cela a nourri une forme de créativité intérieure. Mais j’apprends à mes enfants le contraire, c’est-à-dire que j’ai envie qu’ils aillent vers les autres, qu’ils soient moins dans le jugement, qu’ils aillent se confronter même si nous ne sommes pas toujours de la même sphère sociale. Je veux qu’ils se connectent un maximum possible avec d’autres personnes, d’autres réalités. Cela se trouve pas mal dans les villes. Pour moi, c’est vraiment une balance. C’est un mix des deux qui serait idéal.

Confronter les idées de manière saine est une chose fondamentale et cela concerne d’ailleurs tous les domaines de la société. Par exemple, sur le plan des médias, on a l’impression, lorsque l’on regarde des vidéos de CNews et Mediapart, qu’ils sont souvent sur des prismes idéologiques qui rendent presque impossible la communication entre eux, et cela est particulièrement dommageable.

C’est insupportable, je suis d’accord avec toi. Aussi, j’apprends à mes enfants à n’avoir aucune certitude, à rester toujours ouvert. C’est une évolution permanente de la pensée. Tout au long de notre vie, notre pensée évolue, nos certitudes se transforment en doutes. J’encourage l’ouverture d’esprit, à écouter les autres et différents points de vue. C’est vraiment important, l’ouverture d’esprit.

Tu disais que tu étais peut-être un peu trop sur ton portable. Est-ce que tu trouves quand même le temps de lire ou de te documenter d’une manière différente que sur les réseaux sociaux ?

Oui, je dois te parler d’un podcast que j’écoute en permanence, mais il faut énormément de concentration. Enfin, en tout cas pour moi ! Car peut-être que pour d’autres ce sera plus facile. J’essaie de travailler ma concentration, parce que je suis assez éparpillé, comme la plupart des gens. J’ai aussi un style de vie qui fait que tu es un peu éparpillé quand tu as des enfants : il y a beaucoup de bruit, il y a des couches à changer, il faut les amener à l’école, chez le docteur… Le temps est réduit, il y a beaucoup moins de temps introspectif. Mais que ce soit en tournée, où pour le coup j’ai beaucoup de moments seul, ou alors quand je vais courir parce que je fais de la course tous les jours, je me mets des podcasts de philo. Je le recommande absolument.

C’est quelqu’un qui s’appelle Charles Robin et propose un podcast qui s’appelle Le Précepteur. J’écoute tous ses podcasts, les uns après les autres. Je me refais ma culture philosophique que j’avais perdue, parce qu’à part au lycée en terminale, je ne m’étais pas forcément ré-intéressé à la philo de manière un peu plus approfondie. Il fait une vulgarisation de la philosophie. Par exemple, j’ai écouté « Sommes-nous tous égoïstes ? » d’un philosophe qui s’appelle Bentham. Pendant une heure, il parle de ce thème-là, en se basant sur le message du philosophe. Il va y avoir un truc sur la médisance de Nietzsche, le droit à la paresse de Lafargue, L’Art de la Guerre, la loi du plus fort de Calliclès. C’est vachement intéressant et depuis que j’écoute ces podcasts, cela me fait un bien fou. J’en écoute quotidiennement maintenant depuis deux ans. C’est le gros truc culturel que je fais en ce moment. Il y a aussi un podcast qui s’appelle Sismique et qui est très bien. Je l’écoute depuis quatre ans et il concerne le domaine des innovations, l’écologie. Le mec qui fait cela est super. Ces deux podcasts sont mes préférés.

Interview réalisée en visio le 22 février 2024 par Amaury Blanc.
Transcription : Marine Boutard.
Photos : Anne Deguehegny (1) & Nicolas Gricourt.

Site officiel de Gojira : www.gojira-music.com
Site officiel de l’Ocean Fest : oceanfest.fr



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  • Peux importe ce que l’on a comme conviction. La réalité est la suivante : crise sociale, crise économique, crise culturel= 2 blocs identitaires qui émergent : l’un pro migrant et l’autre pro autochtone. Puis, au milieu le parti des boomers qui fait tourner la moula à leurs avantages, avec toujours plus de subvention et d’impôt.
    Bien entendu,la classe moyenne et paysanne s’appauvrissent. Cela est bien huilé, bien rondé, avec en supplément des oppositions en carton. Toutefois, un jour où l’autre, ceux du milieu, il y en aura plus, il faudra choisir obligatoirement entre les 2 blocs. Plus aucune possibilité de ce dédouaner, de faire le centriste, le moralisateur du dimanche. Il faudra les poser sur la table et d’être soit résistant ou soit collaborateur. Maintenant, à vous tous réunis de savoir si vous êtes des lapins de 6 semaines

  • Promis, je n’ai pas fait exprès de ne pas comprendre, disons que j’ai eu un doute (la question était bien trop longue pour un idiot comme moi).
    Je suis abonné et les articles de Médiapart au sujet des médias de Bolloré sont consternants. Un bel exemple de démocratie.

    @ pat, Bravo pour le message et pour le réveil ;)

    Allez, merci encore pour le boulot fait par Radio Metal. Maintenant, je vais essayer de me concentrer sur le sujet du site (mais je ne garantis rien –‘ )

  • Ne voulant pas réagir sur un point de vue strictement politique puisque nous somme ici sur un site de divertissement sur le Metal, je constate que les premiers commentaires tournent malgré tout sur le sujet le plus clivant qui existe aujourd’hui dans notre société à savoir la fracture idéologique qualifiée d’extrême des deux cotés.
    Mario fait ce constat factuel que les deux bords ne peuvent plus communiquer, situation bien pensée et hourdie par le banquier européiste qui occupe le Château et qui a su nous voler par 2 fois les dernières élections ( Merci Vladimir pour la deuxième ) en ne laissant la place qu’aux extrêmes mais surtout en raflant sans état d’âme ni morale – puisqu’il en est totalement dépourvu – ce que nous appelons l’hypercentre, ce ventre mou idéologique émasculé faisant fuir tout intérêt à la vraie Politique dans le sens strict du terme.
    Pour revenir à l’opposition de CNews et de médiapart, il est à noter que la chaîne de Bolloré ne cesse de proposer des invitations aux élus de LFI , écolos, ou autres composants wokogochobobo qui ne savent que refuser ces offres et boycottant même de répondre à de simples questions à la vue d’un micro rouge. Triste constat mais rien de surprenant quand on suit ces représentants. En revanche, cette ouverture au débat ne marche que dans un sens et Hugo Clément l’a bien vécu après sa participation au Grand débat des valeurs organisé en 2023 par valeurs actuelles qui l’avait invité. Il a honoré cet évènement de sa présence ce qui impose le respect puisque ce n’est plus d’actualité de débattre entre personne d’avis contraire, un comble en France, pays de Descartes et son fameux discours.
    Pourtant, Hugo a subi une campagne haineuse de la part du camp du « bien » pour cette action. Il a été marqué au fer rouge de l’infâmie par ses « amis », montré du doigt, direct à la case prison. Là aussi , c’était prévisible. Mais Hugo en a une paire, félicitations.
    En clair , l’intolérance est, comme l’a souvent montré l’Histoire, toujours du même coté. Je tiens à dire que ‘ai voté pour ces menteurs dogmatiques pendant 30 ans … et je me suis réveillé lors des évènements de mars 2012 à Toulouse. Là, devant toute cette hypocrisie politico-médiatique, j’ai dit Stop.
    Plus concrètement et en rapport avec le cas journalistique décrit, je respecte sincèrement Hugo pour son combat pour le bien-être animal qui me touche profondément, peu importe son étiquette politique. Ce combat dépasse tous les clivages et a le mérite de remettre les fondamentaux au centre de tout. Notre rapport avec l’animal est un révélateur de l’état de notre société et de notre civilisation. Je parle ici de la vraie Ecologie, en aucun cas de l’imposture de prétend soutenir les rousseau ou tondelier. On sait en réalité pour qui elles roulent, en aucun cas pour le sort de abeilles ni celui des baleines.
    Bravo à lui tout comme à Paul Watson , fondateur inspirant de Sea Shepherd.
    Comme quoi rien n’est tout à fait blanc ni noir …
    Pour finir sur le sujet de cet excellent article, j’aime bien Gojira.

  • Tyybot, relis la question, tu finiras peut-être pas comprendre…

  • Comparer CNews et Médiapart, fallait oser.

    Sinon merci pour cette interview et pour le reste !

  • Imminence + Ne Obliviscaris @ Salle Pleyel
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