Avec plus de trois millions d’albums vendus à travers le monde et ses nombreux disques d’or et de platine, Gotthard n’est plus de ceux qui doivent encore faire leurs preuves. Et pourtant, le combo suisse fondé à l’aube des années 1990, continue de jalonner sa carrière impeccable de sorties discographiques redoutables, quinze ans après la disparition tragique de Steve Lee et la supposée fin du groupe que beaucoup craignaient alors. Il n’en fut rien : force est d’admettre que l’on n’arrête pas si facilement la machine à riffs helvète, qui encore aujourd’hui continue de faire perdurer l’âme de la formation originelle avec force et talent !
Cinq ans après la sortie de son dernier album en date (#13, Nuclear Blast, 2020), la bande à Leo Leoni (guitare lead) revient avec le très réussi Stereo Crush (Reigning Phoenix Music, 2025) et sa flopée de singles qui sentent bon les grosses guitares et les refrains taillés pour le live, plus que jamais résolue à continuer de porter haut et fort l’étendard d’un « hard rock à l’européenne ». L’occasion alors d’en discuter avec le chanteur du groupe, désormais largement titulaire, Nic Maeder, et – spoiler alert ! – d’en profiter pour lui demander s’il est prévu que Gotthard revienne prochainement défendre tout ça dans les salles françaises, la tournée récemment annoncée semblant pour le moment étonnamment bouder l’Hexagone…
« Stereo Crush, c’est l’amour de la musique mais aussi de la ‘vieille façon de faire’. Quand j’ai grandi, le but était d’avoir la plus grosse stéréo possible, avec des grandes collections de disques, etc. »
Radio Metal : Ce nouvel album, Stereo Crush, paraît six ans après le dernier en date, #13. Un laps de temps entre deux albums plutôt inhabituel chez Gotthard. Pourquoi avoir pris ce temps ?
Nic Maeder (chant & guitare) : Comme tu dis, généralement les deux s’enchaînent plus vite ! Bon déjà, le Covid-19 nous a forcément freinés. Et puis tous les concerts qui ont été annulés ont ensuite été reportés, etc. Nous avions pas mal de choses à faire. De plus, nous avions terminé le contrat que nous avions avec Sony. Nous n’avions ainsi plus de pression de maison de disque qui nous poussait à faire un album. Nous avons donc vraiment attendu d’avoir cette envie d’en refaire un. Le fait de ne pas avoir eu de pression derrière fait que nous avons pris notre temps. Nous avons dû commencer à écrire fin 2023 et au bout d’un moment, nous avons eu assez de morceaux qui nous plaisaient et nous nous sommes dit que ça serait cool de refaire un disque !
Ça veut dire que pour le prochain, il nous faudra encore attendre tout ce temps ?
Aucune idée ! [Rires] Nous avons déjà faire vivre celui-ci, et on verra. Mais ça m’étonnerait quand même.
Pour ce disque, vous avez changé de label. Pourquoi ce choix ?
Les responsables du nouveau label (Reigning Phoenix Music, NDLR) sont des gens que nous connaissions bien, ce sont les ex-propriétaires de Nuclear Blast avec qui nous avons beaucoup travaillé et qui sont de grands fans du groupe, donc ça avait du sens de signer avec eux.
Parlons du titre. Ça signifie quoi, ce « stereo crush » ?
Crush c’est le « coup de foudre ». Stereo Crush, c’est l’amour de la musique mais aussi de la « vieille façon de faire ». Quand j’ai grandi, le but était d’avoir la plus grosse stéréo possible, avec des grandes collections de disques, etc. C’est tout ce côté-là que nous avons voulu exprimer. C’est difficile à chaque fois de trouver un titre d’album, car nous avons toujours plein d’idées différentes !
L’album s’ouvre sur le morceau « AI & I » (comprendre : « l’intelligence artificielle et moi »). Est-ce que l’avènement de l’intelligence artificielle, notamment dans la musique et la création artistique de façon générale, est quelque chose qui t’inquiète ?
Oui et non. Pour l’instant pas vraiment, mais ça fait un peu peur, c’est clair. On ne sait pas où ça va aller. Surtout quand on voit du côté de la vidéo, ce qu’ils arrivent à faire avec ça, c’est assez impressionnant ! Heureusement pour nous il nous reste le live, où il va être difficile de nous remplacer… à moins que des robots finissent par le faire ! [Rires] Pour l’instant on peut regarder ça comme un outil, qu’on peut utiliser pour plein de choses. Je me suis déjà amusé avec, notamment pour créer, mais ça ne m’a jamais écrit un truc utilisable ! On verra où ça nous mène…
Dans ce nouvel album, on peut entendre une reprise bien musclée des Beatles, sur « Drive My Car ». Il y a de nombreuses années, Gotthard avait déjà repris « Come Together ». L’influence des Beatles dans le groupe reste unanime ?
Oui, absolument ! Nous sommes tous des grands fans des Beatles, Léo (Leoni) surtout, qui n’hésite pas à dire que sans eux, il ne ferait pas de la guitare ! Ce morceau, nous en avions fait une démo avant le Covid-19, je ne sais plus trop pourquoi. Nous l’avions donc enregistré sans l’utiliser. Et quand nous avons fait la liste pour ce nouvel album, il s’y est retrouvé. Le producteur a insisté pour que nous le gardions, ce qui nous a surpris. Mais heureusement qu’il l’a fait !
« Nous sommes tous des grands fans des Beatles, Léo surtout, qui n’hésite pas à dire que sans eux, il ne ferait pas de la guitare ! »
D’ailleurs, toujours à propos des Beatles, on peut deviner un petit hommage à « Ticket To Ride » sur le riff introductif de « Thunder & Lightning », non ?
Oui, c’est Léo qui a fait ça, bien sûr ! [Rires] Je me suis dit que ça allait peut-être un peu loin… mais après tout, c’est marrant.
Selon moi le titre « Shake Shake » est un des plus forts de l’album, hyper efficace, un bon petit tube en puissance. Pourquoi ne pas l’avoir choisi parmi les premiers singles dévoilés ?
Je ne sais pas, en réalité nous n’avons même pas pensé à ce titre, mais c’est vrai que beaucoup de personnes nous parlent de lui depuis la sortie du disque. Je pense que c’était un des tout premiers morceaux que Léo avait dû composer en 2023. Il traînait depuis longtemps ! Et nous avons bien fait de le publier, car en effet, le titre ressort très bien.
Mais alors, comment se fait le choix des singles ?
Avec un groupe comme nous c’est un peu difficile, car tout le monde a son idée ! Selon qui a écrit quoi, on est plus ou moins proche de tel ou tel titre. Mais nous laissons généralement la maison de disques décider au final, car c’est eux qui vont travailler la promotion de ces morceaux. En ce qui nous concerne, nous sommes peut-être trop impliqués. Nous donnons notre avis évidemment, mais à la fin c’est la maison de disques qui tranche. Et nous sommes la majeure partie du temps en accord avec eux.
Ça fait déjà presque quinze ans que tu as rejoint le groupe et encore une fois en écoutant cet album, on se dit immédiatement « c’est du Gotthard ! ». Vous avez une marque, une patte, un son. Comment ressens-tu d’avoir réussi à faire perdurer l’âme du groupe ?
Je pense que c’est la façon que nous avons d’écrire, l’équipe, le collectif. Nous avons tous des goûts assez différents ; moi je suis assez compliqué dans ma façon d’écrire, Freddy (Sherer) est très musical, Léo a quant à lui une ligne assez droite, très rock, etc. Et à la fin, il faut que ça nous plaise à tous les trois. Et puis il y a beaucoup de styles différents dans Gotthard, un gros mélange. Nous avons la possibilité d’être assez variés, et ça, ça aide beaucoup. Mais c’est vrai qu’il y a un son, un truc qui reste quand nous sommes tous ensemble.
Est-ce difficile de s’exporter à l’international quand on fait du hard rock et qu’on n’est ni anglais ni américain ?
Gotthard n’a jamais été un groupe qui a fonctionné aux Etats-Unis. Nous, c’est principalement l’Europe centrale, un peu le Japon et l’Amérique du Sud. Pourquoi ? Je ne sais pas ! Ça a toujours été comme ça. Et puis il faut le dire également : le hard rock n’est pas très populaire aux Etats-Unis. Ça reste un marché assez underground. Il y a une scène évidemment, mais ça n’a rien à voir avec l’Europe et tous ses festivals hard rock. D’ailleurs tous ces groupes américains viennent en Europe !
Gotthard c’est des grosses guitares et des riffs diablement efficaces, certes, mais c’est aussi une voix ! Comment fais-tu pour la travailler (et la préserver) ?
Ça fait depuis l’âge de treize ans que je chante. J’ai beaucoup fait de concerts dans ma vie, alors je dois m’exercer, faire attention. Après un concert, je vais me coucher tout de suite, je ne fais pas la fête. Je dois être assez strict. C’est tellement vite fait de foutre en l’air la tournée sinon ! Il y a beaucoup de pression là-dessus. Et plus je deviens âgé, plus je dois faire attention ! Ça peut être un peu compliqué par moments. C’est arrivé dans le passé que nous ayons eu à annuler des concerts car je ne pouvais pas chanter et ça, c’est horrible !
« Je suis assez compliqué dans ma façon d’écrire, Freddy est très musical, Léo a quant à lui une ligne assez droite, très rock, etc. Et à la fin, il faut que ça nous plaise à tous les trois. »
Gotthard a fêté cette année ses trente-trois ans. L’âge du Christ ! L’occasion de nous lancer dans les prophéties : selon toi le groupe sera-t-il un jour de ceux qui fêtent leurs cinquante voire soixante ans d’existence ?
C’est tout à fait possible ! Tant que nous pouvons le faire, nous le ferons. Si la santé va, nous n’aurons aucune raison d’arrêter. Est-ce que nous allons continuer de faire comme nous faisions avant, à savoir un disque tous les deux ans ? Je ne sais pas. Mais il y a toujours de l’excitation quand nous créons des nouvelles musiques ensemble et c’est ça qui est beau dans ce que nous faisons, ce n’est pas tout le temps la même chose. Il y a des périodes où nous écrivons, puis l’enregistrement, la promo, la préparation du spectacle et enfin la tournée. Et ça recommence. Nous avons beaucoup de chance.
Des dates de prévues en France sur la tournée à venir ?
Pas encore ! Et je ne sais pas pourquoi. C’est scandaleux ! [Rires] En plus ce sont les seuls concerts au cours desquels je peux parler français et j’adore ça. J’espère que cela va venir en tout cas !
Sur cette tournée, vous avez prévu de tenir l’affiche avec le groupe Y&T. Est-ce votre choix ou celui du tourneur ?
C’est un peu les deux. On nous propose des choses, et ensuite nous en discutons. De mon côté, je ne les ai jamais rencontrés (Y&T, NDLR), donc ça sera une bonne occasion ! Nous avons toujours eu de très bonnes expériences avec tous les artistes avec qui nous avons tourné.
Comment est la scène suisse en ce moment ? Des projets en particulier qui te tiennent à cœur ou t’ont marqué ?
En ce moment, je participe à une émission télé qui s’intitule Sing Meinen Song. Nous sommes sept artistes, et nous chantons les chansons des autres. Chaque émission est consacrée à un artiste, ça passe à la télé toutes les semaines. Alors, il y a plein de genres différents : du rap, de la pop, de la schlager (sorte d’équivalent à la variété, NDLR) et je trouve ça hyper intéressant d’être avec tous ces jeunes musiciens, qui ont ce feu, cette fraîcheur, comme ce que nous avions, nous, au départ quand nous avons commencé. Aujourd’hui, après des années et des années, nous nous amusons toujours, mais c’est une grosse machine qui tourne, c’est un travail. Alors qu’au tout début, quand on commence, on a encore ces étincelles. Et de revoir tout ça à travers ces jeunes artistes suisses, c’était vraiment super.
Interview réalisée en visio le 1er avril 2025 par Xavier Lelievre.
Retranscription : Xavier Lelievre.
Photos : Manuel Schütz (2, 4).
Site officiel de Gotthard : www.gotthard.com
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