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Interview   

Gravekvlt sent le rock


Sortez les crop tops et lunettes noires, Gravekvlt est dans la place ! La jeune formation nantaise s’est rapidement forgée une solide réputation sur les planches, au point d’être annoncée au Hellfest quelques semaines après notre entretien. Sa recette ? Du riffs qui tache et une musique qui transpire le rock, ni plus ni moins. En réalité, Gravekvlt brasse assez large dans ses inspirations, de Darkthrone à Motörhead, en passant par Midnight ou Toxic Holocaust. Gravekvlt cherche avant tout à être percutant et efficace. Non pas pour poursuivre un objectif en soi, mais avant tout parce que cette musique plaît à ses membres. D’ailleurs, le guitariste Mathieu va résumer les choses simplement dans cette interview : « Si tout ce que nous faisons en rock ressemble à Motörhead, ça me va. »

Ce deuxième disque Full Moon Fever respecte l’esprit « evil speed metal punk » revendiqué, presque ironiquement, par le combo. S’il est bien sûr accrocheur, toujours pensé avec la perspective live, ses relents mélodiques voire post-punk apportent des nuances rafraîchissantes. D’ailleurs, Gravekvlt donne sens à la démarche d’ouverture en soulignant le leitmotiv du projet : ne jamais s’ennuyer. L’énergie est centrale dans la pensée des musiciens, c’est aussi ce qui a porté l’intérêt du public pour ce groupe encore frais. Nous parlons de tout ceci avec trois des membres du groupe, Val, Mathieu et P.A.

« C’est un peu le running gag des noms de genres à n’en plus finir, qui ne veulent rien dire. Là, au moins, nous nous sommes dit : evil speed metal punk, c’est très bête, c’est très méchant, et ça représente parfaitement ce que nous faisons. »

Radio Metal : Vous êtes un jeune groupe, avec trois ans d’existence mais déjà deux albums. Comment vous êtes-vous rencontrés ?

Val (chant & basse) : Ça s’est fait en deux temps, parce que sur le premier album, nous n’étions que deux, P.A. et moi. Nous ne nous connaissions pas, mais une amie en commun nous a dit : « Il faut que vous vous rencontriez et que vous montiez un groupe, je suis sûre que ça marcherait. » Du coup, elle avait raison. Pour le premier album, nous nous sommes rencontrés avec P.A. il y a environ quatre ans, je crois. Ça a été assez rapide, nous avons fait le premier tous les deux. Ensuite, pour les concerts, nous avons forcément été obligés de trouver des musiciens. Il nous manquait un batteur et un guitariste. Pour le guitariste, Alexis, c’était plus simple, parce que c’était un ami à nous. Moi, je ne l’avais jamais entendu jouer de la guitare, mais je me suis dit : « Humainement, oui, ce sera lui. » C’était un peu évident. Et pour Mathieu, de ton point de vue, comment c’était ?

Mathieu (batterie) : Oui, moi je ne connaissais pas ces trois charmants personnages. J’ai joué pendant longtemps dans des groupes de punk localement, sur Nantes. Et c’est un copain en commun, plutôt de la scène punk mais qui écoute beaucoup de metal, notamment du thrash, qui m’a dit : « J’ai des potes qui cherchent un batteur, ils font un truc vraiment trop cool, tu devrais y aller. » Du coup, nous nous sommes contactés de cette manière-là, et ça l’a fait depuis.

Quel était votre bagage musical ? P.A., tu étais déjà dans Æthĕrĭa Conscĭentĭa, mais qu’en est-il pour les autres ?

Val : Je fais de la guitare depuis quinze ou seize ans maintenant, mais le chant est vraiment arrivé avec le groupe. Comme tout ado, entre quinze et vingt ans, j’ai eu plein de petits groupes qui ne faisaient pas grand-chose. Donc là, c’est mon vrai premier groupe, comme Alexis d’ailleurs.

Mathieu : Au lycée, j’ai commencé à faire de la musique avec des copains, en faisant du rock, essentiellement punk ou hard rock. J’avais un bon groupe de lycée que j’ai gardé pendant presque dix-huit ans. Nous jouions toutes les semaines ensemble, et parfois nous faisions des concerts. Ensuite, j’ai aussi eu un groupe de punk oi, bien anarchiste, qui tournait sur Nantes et un peu en Bretagne, qui s’appelle Habemus Papam. J’ai joué dans d’autres petits trucs, mais ça fait longtemps que je joue dans la scène vraiment très locale, sans trop en faire une activité centrale.

Comment se passe la composition chez Gravekvlt ?

Val : Le premier album, nous l’avons fait vraiment tous les deux avec P.A. Nous l’avons fait en un été, dans un canapé. En trois mois, c’était plié, ça allait très vite. Le deuxième, c’était un peu différent. Chacun compose dans son coin, puis propose aux autres pour que les autres fassent des arrangements. Je sais que, personnellement, quand j’écris un morceau, j’écris tout pour la démo, mais je ne suis pas un bon guitariste et je ne suis absolument pas batteur, donc les gars améliorent tout ça. Voilà, pour le premier album, vraiment à deux, et pour le second, nous avons tous mis la main à la pâte, sur plus ou moins de morceaux.

Mathieu : Oui, les morceaux sont quand même pas mal composés avant que nous les jouions. Par contre, en les jouant, il y a forcément des améliorations, des changements, des modifications. Chacun s’approprie sa partie. Je sais qu’à la batterie, je ne compose pas du tout en amont pour l’instant, mais en répétant, j’apporte forcément ma touche par rapport à ce que les autres ont proposé. Quand ils ont vraiment composé le morceau, ça évolue ensuite en jouant ensemble.

Vous voulez continuer sur cette dynamique ou de plus en plus aller vers la composition tous ensemble ?

P.A. (guitare) : Ça dépend vraiment des morceaux et du temps que nous avons à nous allouer pour ça. Parfois, il y en a un qui a un éclair de génie et qui arrive en répète en disant : « Ah bah voilà, j’ai trois squelettes de morceaux. » Ou alors, parfois, juste quelqu’un joue un riff pour s’amuser en répète, et nous nous disons : « Ah, c’est bien ça. » Puis nous continuons dessus. Pas plus tard que la semaine dernière, nous avons trouvé une bonne idée comme ça. En fait, nous ne nous posons pas d’obligation du type : « Il faut qu’on ait dix morceaux avant de commencer à les répéter » ou « Il faut absolument qu’on jamme ». C’est vraiment, quand l’inspiration frappe, nous la prenons.

Val : L’exemple qui me vient en tête, c’est « Skvllkrvsher ». Je l’ai écrit en deux heures, un après-midi, parce que j’avais tout en tête. C’est venu assez vite. Parfois, il y a des morceaux qui prennent plusieurs semaines, voire plusieurs mois, pour trouver le petit truc, le petit détail. Parfois, nous nous y mettons à deux, ou tout seul, ou à trois. Au final, il n’y a qu’un seul morceau que nous avons vraiment fait tous les quatre, l’été dernier. Ça nous a pris deux ou trois petits jours pour essayer d’écrire, et ce morceau est sur le deuxième album.

L’album est très cohérent. Comment expliquez-vous que ça marche autant alors que vous composez chacun de votre côté ?

P.A. : C’est parce que les morceaux, une fois qu’ils sont écrits, nous nous les approprions énormément. Nous répétons, nous les jouons des dizaines et des dizaines de fois. Donc, sans que nous nous en rendions compte, entre la première version du squelette qui a été présentée et la version finale, chacun a rajouté des petites choses, même inconsciemment, dans sa façon de jouer. Nous avons un son de guitare et de basse très particulier, donc automatiquement, ça crée du lien. Nous avons une vision commune de là où nous voulons emmener le groupe. Même si nous prenons parfois des chemins un peu différents, nous finissons toujours par arriver au même endroit. Je pense que c’est ce qui permet d’expliquer que tout reste cohérent, mine de rien.

« Quand on reste sur sa faim, on peut se resservir, alors que si c’est chiant, on retient juste que c’était chiant. Il vaut mieux qu’il manque cinq minutes à l’album, plutôt qu’il fasse cinq minutes en trop. »

Vos morceaux dégagent beaucoup d’énergie. Avant de parler de véritable style musical, c’était une intention, cette énergie ?

Val : Oui, je pense que nous voulions un truc qui aille à fond. Nous pensions à l’énergie du live, et c’est aussi pour ça qu’en live, nous y allons à fond, parce que c’est ce que nous voulons retranscrire. Pas plus tard qu’hier ou avant-hier, j’en parlais : quand tu vois des groupes sur scène qui ont, dans leur musique, une grosse, grosse énergie, mais que ce sont des piqués qui regardent leur guitare, que ça ne bouge pas et que ça ne vit pas sur scène, ça enlève quand même un gros côté. Quand tu es dans le public, tu te dis : « Pas que je m’ennuie, mais j’aimerais bien que ça bouge un peu plus. » Donc l’idée, c’est vraiment d’aller à fond au niveau de la musique. Même quand nous faisons des sets en répétition, nous y mettons un minimum d’énergie. Nous ne faisons pas un set assis sur une chaise, en nous regardant.

Mathieu : Je pense que nous partageons tous les quatre ce truc-là. Nous aimons le live, que ce soit aller voir des concerts ou en jouer. C’est un moment vraiment particulier. Quand nous jouons de la musique toutes les semaines, le fait de jouer devant quelques dizaines, centaines de personnes, voire plus, c’est un moment unique à chaque fois. Il y a quelque chose qui se passe, et c’est un peu pour ça aussi qu’on aime le rock, je pense.

P.A. : C’est de la musique, donc le but est de créer, de ressentir une énergie et de la partager, que ce soit avec nos camarades sur scène ou avec les gens venus nous voir. Nous sommes là pour leur donner de l’énergie, mais aussi pour en recevoir. C’est également ce que nous voulions transmettre sur l’album : que ce soit le plus représentatif de ce que nous pouvons donner en live, sans passer par trop d’artifices. Nous cherchons un truc assez direct.

Quand j’entends du Gravekvlt, j’ai l’impression que vos inspirations sont très rock, c’est le cas ? Quelles sont vos inspirations sur le projet ?

Val : Oui, totalement. Je pense que, si nous partons du premier album avec P.A., nous étions vraiment sur du Midnight, Toxic Holocaust et Devil Master. Nous sommes vraiment partis dans cette direction-là. Je sais que, de mon côté, dans la compo, Tribulation a une grosse influence, c’est un groupe que j’aime beaucoup. Je suis un gros fan de death metal, donc il y a pas mal de Tribulation qui ressort. Je suis aussi un gros fan de Repugnant, mais plus pour l’ambiance que pour la façon dont leurs morceaux sont écrits. Mais il n’y a pas de gros classiques dans mes influences.

P.A. : Moi, c’est l’inverse : des énormes classiques. Darkthrone, toutes les périodes : que ce soit le black metal très froid ou la période crust punk. Je suis aussi très, très fan, et très influencé dans ma façon de faire les riffs par Hellhammer et Celtic Frost, ainsi que tout ce qui est Bathory et Venom. Rien d’original, mais des groupes qui sentent le rock.

Mathieu : Moi, c’est Motörhead, depuis toujours. Si tout ce que nous faisons en rock ressemble à Motörhead, ça me va.

Val : Concernant Alexis, qui n’est pas là, c’est plus le rock à l’ancienne. C’est un gros fan des Ramones et des Misfits – d’ailleurs, je me suis mis très tardivement à ces derniers, mais c’est incroyable. Il y a quand même beaucoup de punk dans nos influences, pour l’ambiance générale de ce genre musical.

Aujourd’hui, vous vous qualifiez d’« evil speed metal punk », pourquoi cette appellation ?

P.A. : Il y a tout dedans. Tu peux séparer les quatre mots, dans tous les groupes que tu veux, ça marche. Tu peux les prendre séparément : juste du evil metal punk, du speed metal punk, ça fonctionne. C’est un peu le running gag des noms de genres à n’en plus finir, qui ne veulent rien dire. Là, au moins, nous nous sommes dit : evil speed metal punk, c’est très bête, c’est très méchant, et ça représente parfaitement ce que nous faisons.

Certains vous présentent comme étant un groupe de black‘n’roll, ça marche aussi ?

Val : Ça marche aussi. C’était un peu plus vrai pour le premier album, je pense. Après, oui, c’est un truc qui colle. Même si le côté black metal est visiblement là, ce n’est pas l’influence première dans le groupe, je pense.

P.A. : Oui, c’est ça. Nous ne nous revendiquons absolument pas comme un groupe de black metal, même si beaucoup de gens nous y assimilent. Et puis, vous avez bien vu les influences que nous avons citées : nous sommes très influencés par le black metal, mais nous ne nous revendiquons pas du tout comme un groupe de black metal. Au final, black‘n’roll, metal punk, speed metal punk, ça regroupe un peu tout. Ce sont des étiquettes qui regroupent finalement la même chose.

Val : Nous sommes influencés par le black, mais celui de la première vague comme Venom et Celtic Frost.

Mathieu : Je pense que ça fait partie du bain musical dans lequel nous baignons depuis longtemps. Le black metal, ça fait partie des gros styles dans le metal extrême de ces trente dernières années. Tout comme nous avons aussi tous une culture death, thrash et plein de trucs chacun dans notre coin. Mais oui, ce nom un peu fourre-tout qui se rapproche du black‘n’roll, ça marche aussi.

« Sur ce deuxième album, nous explorons beaucoup la figure du vampire dans différents contextes, mais nous la replaçons dans une période moderne. Finalement, c’est un peu ce que nous faisons aussi avec la musique : revisiter des vieilles recettes qui fonctionnent, mais à notre manière, en les ancrant dans notre vie en 2024. »

Parlons maintenant de ce deuxième album, Full Moon Fever. Quand ont commencé l’écriture et l’enregistrement de celui-ci ?

Val : Il faut savoir qu’il y a des morceaux sur l’album que nous jouions déjà à notre tout premier concert. Le premier album était écrit depuis longtemps, mais avec les décalages liés au confinement, aux délais des presses vinyles et tout, ça a pris du temps. La composition s’est vraiment étalée sur deux ans, à peu près. Il fallait le temps de les écrire, puis d’apprendre à les jouer. En studio, en enregistrant, Mathieu et moi jouions les morceaux ensemble. Les prises de batterie et de basse ont été faites ensemble, donc il fallait très bien les jouer. Il fallait les connaître sur le bout des doigts. En gros, la composition s’est faite sur deux ans ou plus.

On a l’impression que les deux sorties d’albums se sont suivies. Est-ce que les deux écritures étaient distinguées, ou est-ce que finalement tout s’est fait à la suite ?

Oui, c’est un peu à la suite, parce que les premiers morceaux que nous avons écrits, c’était « Frozen Grave » et « Skvllkrvsher ». Nous les avons écrits même pas six mois après la sortie du premier album. Si nous avons une idée en tête pour un morceau ou qu’un morceau est écrit en entier, nous ne nous retenons pas. Du coup, nous l’écrivons, et nous commençons à le jouer. C’est pour ça que ce sont des morceaux que nous avons joués en live bien avant qu’ils sortent sur l’album. Parce que nous n’avions pas envie de les laisser au placard, nous avions envie de les jouer.

L’album fait dix titres pour trente minutes. Pour du punk, on est dans les temps, mais c’est court pour du metal extrême. Vous vouliez garder le côté court mais intense du rock ?

Déjà, je pense que nous sommes tous d’accord : les morceaux dans notre style qui durent six ou sept minutes, c’est chiant. Il y a plein de groupes comme ça, et souvent, nous nous disons que ça aurait été mieux s’ils avaient enlevé deux minutes. Pour notre cas, nous n’avons pas eu à faire ça. Il y a des morceaux que nous avons écrits qui ne sont pas sur l’album, qui ne serviront peut-être jamais ou plus tard. Mais je pense que, naturellement, nous nous sommes dit que l’album était prêt comme ça, qu’il était bien. Pas besoin d’en faire plus.

Vous n’avez pas peur que les auditeurs aient une impression de rester sur leur faim ?

P.A. : Quand on reste sur sa faim, on peut se resservir, alors que si c’est chiant, on retient juste que c’était chiant. Il vaut mieux qu’il manque cinq minutes à l’album, plutôt qu’il fasse cinq minutes en trop.

Val : Et c’est pareil pour le live. Ça n’arrivera pas que nous fassions un concert qui dure une heure : c’est trop long. On s’ennuierait vite à un moment.

Les retours sont très positifs, ça vient beaucoup du fait que tous les titres sont très efficaces et sont de potentiels singles. Est-ce que c’est aussi ça l’esprit de Gravekvlt, vouloir faire des musiques à « hit » ?

P.A. : C’est une question un peu difficile, dans la mesure où nous voulons jouer des morceaux qui nous font plaisir, où nous nous amusons. Donc forcément, c’est plus amusant de composer des hits, des choses très efficaces. Mais nous ne nous sommes pas trop dit : « Il faut absolument un refrain à scander pour que ça marche. » Nous nous sommes juste dit : « Nous allons jouer ce qui nous fait plaisir », et tant mieux si ça plaît aux gens. Nous sommes très contents des retours pour l’instant.

Val : Comme nous le disions, il n’y a pas de morceaux « remplissage ». Ce n’est pas comme si nous manquions de dix minutes et que nous ajoutions deux ou trois pistes que nous n’aimons pas trop, que nous pensions ne pas garder, juste pour remplir l’album. C’est pour ça que nous réfléchissons toujours en termes d’efficacité.

Mathieu : Et puis, comme nous le disions aussi, nous aimons beaucoup le live. Les morceaux sont un peu tous pensés pour, un jour, être joués en live. Pour nous, il faut qu’ils soient le plus efficaces possible sur scène. Nous n’avons pas envie de faire des concerts de plus de quarante ou quarante-cinq minutes – c’est déjà beaucoup. Ça peut arriver, mais pas si souvent. Du coup, il faut que ce soit efficace. Donc, ce n’est pas vraiment une volonté d’écrire des hits, mais plutôt d’écrire des morceaux qui, à leur échelle et avec leurs différences, soient efficaces en live. Ils sont pensés pour être les plus énergiques et efficaces possible, pour emmener les gens avec nous tout en nous amusant aussi.

P.A., la musique que propose Gravekvlt est bien rentre-dedans, alors que celle d’Æthĕrĭa Conscĭentĭa est beaucoup plus progressive. Comment te débrouilles-tu avec ces deux groupes distincts ?

P.A. : Ce n’est pas du tout le même état d’esprit, que ce soit au moment de la composition ou sur scène. Là où Gravekvlt se doit d’être ultra efficace et ultra punchy, Æthĕrĭa, c’est beaucoup plus long. Nous posons des ambiances, c’est quelque chose de beaucoup plus narratif, où nous essayons de raconter des choses, non seulement à travers les paroles, mais aussi à travers la musique. Forcément, ça ne peut pas se faire dans un morceau de deux minutes trente ou trois minutes. Ça nous emmène donc vers des morceaux, et fatalement aussi des concerts, qui sont beaucoup plus longs, mais qui ne demandent pas la même intensité de la part de l’auditeur. Gravekvlt, c’est vraiment un coup de poing, là où Æthĕrĭa prend plutôt par la main pour emmener l’auditeur là où nous voulons.

« L’actualité fait qu’on est dans un monde tendu et assez peu drôle, et quand on vit en ville, on est confronté à la misère, à la haine, à la violence. Alors le fantastique et les histoires permettent de changer d’air. La musique, comme l’art en général, devient une respiration. »

Quelle a été la véritable évolution musicale entre le premier et le deuxième album ? En quoi avez-vous franchi un cap en termes de composition ?

Val : Moi, déjà, ça m’a appris à mieux composer. Ça m’a aussi appris à chanter. Sur le premier album, je ne savais pas chanter. Les premières paroles que nous entendons sur le premier morceau, c’est la première fois de ma vie que je chante. D’où le gap entre les deux albums au niveau de la voix. Mais oui, je pense que ça a énormément apporté en termes de composition et même techniquement. Ça m’a fait évoluer sur tous les points, en ce qui me concerne.

P.A. : En termes de composition, nous ne voulions pas reprendre exactement la même recette que sur le premier album. Nous l’avions déjà fait une fois, donc ça ne servait à rien de refaire la même chose. Mais là, nous avions plus une idée de l’identité que nous voulions, quelque chose de plus sombre, plus dark, peut-être un peu plus urbain, un peu plus punk. Nous avions donc une ligne directrice de ce que nous voulions, et ça a bien aidé pour la composition. Et oui, comme disait Val, nous sommes devenus de meilleurs musiciens et de meilleurs compositeurs. Ça nous a permis d’éviter les longueurs dans les morceaux ou, à l’inverse, de développer ce qui avait besoin d’être développé.

Mathieu : Je pense aussi qu’Alexis, qui n’est pas là, dirait la même chose : nous sommes quatre cerveaux au lieu de deux. Le premier album a été composé et enregistré à deux personnes. Maintenant, nous sommes quatre, et ça fait trois ans que nous jouons ensemble. Nous nous connaissons de mieux en mieux dans nos façons de jouer, nos goûts, et savons comment nous pouvons évoluer ensemble en jouant nos instruments respectifs. Et puis, forcément, vu que nous sommes quatre à réfléchir, à inventer et à proposer des idées sur les morceaux, ça évolue et ça donne une cohérence. À force de jouer ensemble, nous développons une touche commune à nous quatre. Là où, sinon, chacun aurait juste sa façon individuelle de jouer, c’est la force du collectif.

Dans le communiqué, il est précisé que vous évoluez « dans un univers entre horreur, fantastique et bitume froid ». Est-ce que vous pouvez nous en dire un peu plus sur cet univers ?

Val : En fait, nous prenons ce que nous vivons au quotidien, même si dit comme ça, ça peut sembler un peu bizarre. Nous intégrons un côté fantastique marqué par le cinéma, les bouquins, Warhammer, Magic, les jeux vidéo – surtout pour P.A. –, et tout ce qui touche à la fantasy. En même temps, nous vivons en centre-ville, et ce côté urbain fait partie de notre quotidien. Du coup, l’idée était de mélanger ces deux univers. C’est ce qui se reflète sur la pochette : ce côté médiéval enfermé dans quelque chose de plus urbain.

P.A. : C’est un mélange entre tradition et modernité, finalement [rires]. Nous essayons aussi de revisiter des mythes. Par exemple, sur ce deuxième album, nous explorons beaucoup la figure du vampire dans différents contextes, mais nous la replaçons dans une période moderne. Finalement, c’est un peu ce que nous faisons aussi avec la musique : revisiter des vieilles recettes qui fonctionnent, mais à notre manière, en les ancrant dans notre vie en 2024.

Mathieu : Oui, il y a de ça. Puis aussi le fait que notre époque n’est pas toujours facile à vivre. L’actualité fait qu’on est dans un monde tendu et assez peu drôle, et quand on vit en ville, on est confronté à la misère, à la haine, à la violence. Alors le fantastique et les histoires permettent de changer d’air. La musique, comme l’art en général, devient une respiration. En l’ancrant dans un cadre urbain, nous mélangeons des mythes anciens et des expériences contemporaines. Nous ne voulons pas non plus ressembler à des trucs déjà faits.

Pour l’écriture, est-ce que vous vous partagez la tâche ou est-ce qu’il y a quelqu’un qui écrit tous les textes ?

Val : C’est P.A. et moi qui avons écrit sur cet album. Mais c’est comme pour le nom du groupe : nous nous mettons autour d’une table et nous nous demandons : « Bon, on parle de quoi ? » Il y a des morceaux que nous avons écrits sans savoir de quoi ils allaient parler, et d’autres où nous avions une idée claire dès le début.

Mathieu : Sur ce deuxième album, nous avons aussi utilisé des enregistrements de projets ou de répétitions pour trouver des thématiques aux morceaux pour lesquels nous n’avions pas de textes. Nous écoutions ce que nous avions composé, et ça nous faisait venir des idées de textes en nous laissant un peu porter, parce que la musique, sans paroles, raconte déjà quelque chose.

Vous parliez de Warhammer et Magic tout à l’heure. Quelles sont vos inspirations thématiques hors du metal ?

Val : Côté influences, il y a un comic en particulier qui a inspiré « Fangs Of The Night », où nous parlons d’un vampire cow-boy. Sinon, je pense que nous avons plein d’influences extérieures, mais ça n’a pas forcément aidé à écrire les paroles. Après je suis un gros fan d’univers fantastique, du jeu Magic, de cinéma d’horreur, ça joue beaucoup dans les ambiances de mon côté.

P.A. : Dans ma manière d’écrire les textes, j’ai beaucoup d’images et de références à Bloodborne, le jeu de From Software. Je joue beaucoup, peut-être trop, aux Dark Souls et à Bloodborne qui sont une grosse inspiration visuelle pour moi – ça me permet de me dire : « Tiens, telle musique devrait retranscrire telle ambiance. » Et bien sûr, il y a le cinéma d’horreur : The Thing, Alien, Evil Dead, rien de bien original, mais du classique et efficace.

Mathieu : De mon côté, j’ai été marqué par des bouquins de science-fiction et de fantasy. La figure du vampire, en particulier, est quand même bien cool, elle permet de dire beaucoup de choses, en bien comme en mal, sur la société et les individus. C’est donc une figure chouette à manier dans un travail d’écriture.

« On peut être un groupe super bien, mais s’il n’y a personne derrière pour aider ou parler de soi, ça ne prend pas. On est tous persuadés qu’il y a plein de groupes super bien qui ont cinquante écoutes sur Spotify et qu’on ne connaîtra sûrement jamais, car derrière ça ne pousse pas. »

La thématique apparaît assez clairement dans votre musique. Certaines chansons font presque bande originale de films ou de séries un peu horrifiques…

Val : Oui, parce que comme je disais, j’ai une grosse passion pour le cinéma, et notamment le cinéma d’horreur. Je pense qu’inconsciemment, c’est le fait d’avoir les interludes, les intros qui sont faites au piano, qui rappellent des bandes originales de films d’horreur ou de jeux. Et je pense que ça influence consciemment ou inconsciemment les compositions que nous mettons sur l’album.

Mathieu : Je pense que ce sont des esthétiques qui sont partagées aussi par notre auditoire. Les gens vont effectivement reconnaître, typiquement, Bloodborne ou d’autres influences comme ça. Parce que finalement, si nous jouons cette musique-là, c’est parce que nous l’écoutons. Et peut-être que les gens qui écoutent cette musique-là ont, plus ou moins, des goûts similaires aux nôtres.

Vous êtes de Nantes, il y a dans cette ville le projet de cold wave de Sang Froid qui s’est inspiré de la vie nocturne à Nantes. Vous aussi vous racontez des histoires en vous inspirant de cette ville ?

Je n’ai pas l’impression que ce soit la ville de Nantes spécifiquement. Je pense que c’est plus le fait de vivre en ville, ce caractère urbain, notre quotidien.

Val : On habiterait à Bordeaux, Marseille, Lyon ou Paris, ce serait globalement la même chose.

P.A. : Après, inconsciemment, peut-être que ça a joué. Nantes est une vieille ville médiévale où, comme sur la pochette, il y a un château en plein milieu de la ville et la cathédrale. Je pense qu’inconsciemment, forcément, ça nous influence. Mais oui, comme disait Mathieu, c’est plus la vie de la jeunesse désabusée en milieu urbain qui nous influence. Je pense que ça se voit assez clairement, surtout dans les paroles de « Dungeon Punks » – il y a déjà cette opposition dans le titre du morceau. Mais pas Nantes spécifiquement, non.

Sur la pochette de Full Moon Fever, on voit des édifices ; j’ai aussi vu ces lieux sur des photos promo. C’est où ? Qu’est-ce qui vous inspire dans cet endroit ?

Val : C’est un lieu privé chez les parents d’un très bon ami à nous. Nous connaissons bien l’endroit et nous nous entendons très bien avec ses parents. Du coup, nous avions fait les photos dans un premier temps. Ensuite, je ne sais plus exactement comment est venue l’idée, mais ça a paru rapidement logique de se dire que nous mettrions le même manoir sur la pochette. Il y a un peu ce fil conducteur entre les deux. Vu que c’est privé, que c’est connu en urbex et qu’ils n’aiment pas trop ça, nous n’allons pas dire exactement où c’est.

P.A. : Encore une fois, le lieu lui-même, vu qu’il est à l’abandon, reflète bien ce que nous pouvons traiter dans les sujets. C’est quelque chose qui a été grandiose qui est laissé à l’abandon, réapproprié par le temps.

Quelles étaient les consignes pour l’artwork ? Est-ce que vous pouvez nous en dire plus sur l’artiste ?

Val : C’était très rapide, car il avait déjà commencé à faire des t-shirts pour nous. La pochette du premier album, ce n’était pas avec lui, mais avec Scandinavianjawbreaka. Nous avions fait les designs de nos premiers t-shirts avec lui. C’est un très bon copain qui s’est installé à Nantes, ce qui aide beaucoup pour travailler, ça va plus vite. Pour le deuxième album, nous lui avons dit : « Vas-y, nous voulons que tu fasses toute la DA du deuxième album, que ce soit la pochette, les t-shirts, tout. » La directive pour l’album, je crois que ce n’est pas allé plus loin que : il y a ce manoir au milieu, et nous voulons tout un côté urbain autour pour montrer qu’il est perdu au milieu de la ville. La directive était de créer quelque chose d’ancien dans un milieu urbain. Et il a fait de la magie avec ses doigts, c’est incroyable ce qu’il réalise. Il y a d’ailleurs aussi un petit easter egg – il y a le bonhomme emprisonné de notre premier deux-titres qui est encore caché dans la pochette de l’album. Il n’est pas difficile à trouver mais c’est venu comme une blague ; je pense que nous le cacherons à chaque fois, c’est marrant.

J’aimerais maintenant parler de la chanson « Fangs Of The Night ». Elle assume un goût pour la cold wave ou le rock goth avec un chant clair assez mélancolique et une ambiance plus horrifique. Est-ce qu’un titre comme celui-ci est là pour montrer que la musique Gravekvlt est ouverte et ne va pas s’interdire de surprendre ses auditeurs ?

Oui, c’est un morceau qu’Alexis et moi avons écrit. Je n’avais pas dit dès le début que j’avais en tête l’idée d’y intégrer du chant clair. Je l’ai dit un peu après, et nous étions assez incertains, pas vraiment sûrs de le mettre. Mais une fois que nous avons essayé, nous nous sommes dit : « Faisons-le comme ça. » Nous ne nous sommes pas fixé de limites, car les styles cold wave et post-punk, ça nous influence pas mal. Pour l’anecdote, je savais que si je n’étais pas capable de le faire, j’aurais demandé au chanteur de Sang Froid de faire le chant clair sur cet album, mais au final, ça a été.

Mathieu : Le chant clair est un sujet sur lequel nous nous sommes interrogés à un moment. Nous nous sommes demandé si nous le mettrions sur l’album ou si ça risquait de décevoir le public, mais nous nous sommes dit que nous n’avions pas forcément d’enjeu majeur là-dessus. Ça nous plaisait, nous trouvions que cela collait bien avec le reste. Du coup, je pense que le morceau a été bien reçu parce qu’il ne dépareille pas, même s’il est très différent. La vraie limite, c’est lorsque nous jouons et réfléchissons entre nous : est-ce que ça colle avec l’esthétique globale du groupe ? C’est un peu la seule limite sur les influences de style que nous pouvons avoir.

P.A. : La seule question à se poser c’est : est-ce que c’est du Gravekvlt ? Mais vu que c’est nous qui décidons, nous avons décidé que oui. Nous ne nous interdisons aucune influence. Peut-être qu’un jour nous ferons un morceau qui sera juste du hard rock, un autre juste du post-punk.

Val : Il y a un deuxième morceau qui sort un peu du lot, même si nous nous sommes moins posé de questions : « Last Skeletons’ Dance » qui a une base de surf rock. C’est pareil, ça nous fait marrer et il a l’air de plaire.

« Nous savons que c’est ridicule dans le reste de la société, le côté groupe de rock avec les cheveux longs et tout, donc nous en jouons, c’est marrant. Je pense que tous les gens qui ont notre look, plus ou moins, ont choisi à un moment d’incarner ce côté à la fois kitsch et underground. »

Ça semble aller assez vite pour vous. Vous vous êtes déjà produits au Rock In Bourlon, au Courts Of Chaos, au Tyrant Fest, même au Motocultor. Qu’est-ce qui a marché, selon vous, en tant que groupe émergent, pour que vous puissiez vous produire sur des festivals comme ceux-là ?

C’est le soutien derrière. C’est le fait d’avoir eu un label comme Frozen, qui était là dès le début et tout un entourage. On a tout un soutien qui pousse. On peut être un groupe super bien, mais s’il n’y a personne derrière pour aider ou parler de soi, ça ne prend pas. On est tous persuadés qu’il y a plein de groupes super bien qui ont cinquante écoutes sur Spotify et qu’on ne connaîtra sûrement jamais, car derrière ça ne pousse pas. De notre côté, déjà, il y a le fait de bosser. Nous faisons des répétitions trois heures par semaine, et nous n’en ratons quasiment aucune. À part ça, nous ne pouvons pas faire grand-chose de plus. Nous bossons pour proposer un live propre, mais derrière, c’est le soutien et des coups de chance qui font la différence.

P.A. : Il y a beaucoup le facteur chance. Nous avons la chance d’être à Nantes, dans un milieu ultra-actif, avec Frozen Records, qui se bouge le cul de fou. La scène nantaise est reconnue, avec énormément de groupes d’ampleur nationale ou même internationale, comme Regarde Les Hommes Tomber, qui viennent de Nantes, ou encore Ultra Vomit, même si c’est dans un style totalement différent. Peut-être aussi que le Hellfest, juste à côté, donne une certaine crédibilité à toute la scène metal nantaise. Et oui, encore une fois, c’est la chance d’avoir un réseau de gens qui croient en nous et nous font confiance. Nous essayons au maximum de ne pas les décevoir. Nous tenons à remercier très fort tous ceux qui, jusqu’à maintenant, nous ont donné notre chance, et nous espérons ne pas vous avoir déçus.

Mathieu : Nous essayons d’en parler un peu, et tant mieux si des gens autres que nos proches aiment ça et se disent : « Tiens, si j’allais pousser leur cause ? » Après, c’=’est une histoire de réseau, de connaissances, comme tout milieu un peu underground.

Val : Comme nous parlons de l’entourage, dans les choses récentes, ce qui va encore plus nous aider, c’est d’être chez Dead Pig maintenant, notre booker – Titouan, un très bon copain qui habite à Nantes, musicien lui-même, guitariste de Fange. C’est tous ces petits détails qui font que nous pouvons nous entourer de personnes compétentes qui sont en plus des amis. C’est tout bénéfique.

Ayant déjà sorti deux albums en assez peu de temps, comment voyez-vous la suite ? Allez-vous déjà retourner sur de la composition ou pour l’instant l’intention est de maximiser les expériences live ?

Val : Comme nous disions tout à l’heure, nous ne nous privons pas. Quand nous avons des idées, nous les écrivons, et je crois que P.A. a déjà des squelettes de morceaux. Moi, je dois en avoir trois ou quatre qui traînent. Mais peut-être que nous allons prioriser le live, vu que l’album vient tout juste de sortir, et que nous avons le temps pour vraiment composer à fond, même si, quand nous avons des idées, nous ouvrons notre logiciel de musique et nous écrivons.

Mathieu : L’album vient de sortir, nous avons envie de le défendre, qu’il tourne, et de le jouer, donc l’objectif, c’est plutôt les concerts, mais si des idées de compositions ou des envies arrivent, en répétition ou en dehors, nous allons quand même faire des répétitions où nous composerons. Si quelqu’un apporte quelque chose qui est déjà un peu complet ou une petite idée, nous allons broder dessus, histoire de nous amuser en répétition, déjà pour ne pas faire tout le temps les mêmes morceaux, et puis, ce n’est pas non plus un objectif ultra-fermé de faire uniquement du live.

En live vous jouez avec des lunettes de soleil, même en intérieur, ce qui peut rappeler des vieux groupes. Il y a aussi ce côté hommage au metal old school dans votre attitude scénique, en osant assumer un goût pour le kitsch.

Val : Oui. Après, hormis les lunettes de soleil, que nous ne portons pas H24, nous n’avons pas ce côté où nous allons nous déguiser ou nous grimer. Nous nous habillons comme ça au quotidien. Les grosses baskets blanches, je ne les mets pas que sur scène. En fait, nous restons relativement nous-mêmes avant de monter sur scène. Nous mettons juste un débardeur, nos lunettes de soleil de vue – il faut le dire, nous sommes tous des binoclards. Petite info comme ça : ce sont des lunettes de soleil de vue, pour mieux voir sur scène et, j’espère, avoir l’air cool [rires].

P.A. : Comme tu disais, nous assumons complètement le côté kitsch, mais sans tomber dans la parodie non plus, parce que c’est comme ça que nous sommes habillés tous les jours. Nous sommes kitsch. Nous sommes comme ça tous les jours, en crop top et perfecto, quand la météo le permet. C’est à la fois un hommage, mais ce n’est pas que de l’hommage. Ce n’est pas de la pose. Nous ne nous changeons pas pour monter sur scène. Enfin, si, mais juste pour une question purement pratique, je mets un short pour jouer de la batterie.

Val : Nous pourrions faire le truc kitsch avec un perfecto à franges, des énormes bottes, un pantalon en cuir, des bracelets à clous… Nous sommes kitsch dans la vraie vie, donc ça se retrouve sur scène.

Mathieu : Nous savons que c’est ridicule dans le reste de la société, le côté groupe de rock avec les cheveux longs et tout, donc nous en jouons, c’est marrant. Je pense que tous les gens qui ont notre look, plus ou moins, ont choisi à un moment d’incarner ce côté à la fois kitsch et underground.

Gravekvlt est-il nostalgique de la scène rock ou metal que vous n’avez pas forcément connue ?

P.A. : Nostalgique ? On ne peut pas vraiment dire ça, dans la mesure où – je vais dire quelque chose de complètement bête – à l’époque, on ne pouvait pas écouter les groupes de maintenant. Maintenant, les scènes sont beaucoup moins cloisonnées. Les débuts du thrash metal et du black metal ont été énormément influencés par le punk, alors que bizarrement – à part les énormes groupes du type GBH – ce dernier ne se mélangeait pas trop avec les esthétiques metal. Alors que nous avons joué et aimons jouer avec énormément de groupes de punk. Et la scène de l’époque, notamment dans les esthétiques early black metal, avait de nombreux problèmes, notamment des petits symboles pour jouer la provoc ou des propos plus que sexistes dans les paroles. Donc non, nous ne pouvons pas dire que nous regrettons. Nous essayons d’avoir une vision beaucoup plus moderne, de sortir des clichés qui ne servent à rien et qui, on ne va pas se mentir, ne font plus peur à personne. Nous ne pouvons pas dire que nous sommes nostalgiques, mais disons que ce sont les lunettes de soleil : c’était cool, donc nous nous en inspirons, sans être nostalgiques.

Mathieu : Oui, et puis c’est de la musique que nous aimons. Pas besoin d’être nostalgique pour faire des références à des morceaux, à des esthétiques, à des périodes qui nous ont procuré des émotions que nous trouvons positives, individuellement. C’est comme tout. On peut aimer Corelli, mais nous n’allons pas forcément être nostalgiques du 17e siècle. Ça peut être plein de choses comme ça. Donc non, il n’y a pas de nostalgie, mais il y a un amour pour une esthétique, une musique et forcément un fantasme qu’on se fait d’une époque à travers cette musique, ce qui est logique.

Interview réalisée au téléphone le 11 novembre 2024 par Jean-Florian Garel.
Retranscription : Robin Travers.
Photos : Faallaway.

Facebook officiel de Gravecvlt : www.facebook.com/gravekvlt.band

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