Hellfest 2024 : nous y voilà ! De Foo Fighters à Fu Manchu en faisant une halte par Brutus ou Brujeria, cette dix-septième édition promet comme ses aïeules son lot de découvertes et de moments mémorables, le tout sous une météo qui s’annonce plutôt clémente ! Aussi c’est avec force, abnégation et ponctualité (non) que nous tenterons de vous faire vivre par procuration ces quatre jours de festivités avec, petite nouveauté, quelques reports audio pour varier les plaisirs. Le réseau étant mis à rude épreuve par les dizaines de milliers de festivaliers et festivalières arpentant le sol clissonnais, il est très probable que les photos, vidéos et reports des concerts nocturnes soient mis en ligne le lendemain matin. Retrouvez notre compte rendu de cette troisième journée dans cet article et par ici le jeudi et le vendredi. Bonne lecture !

L’aigle de fer ayant attendu toute la journée, sagement pendu au plafond de la Mainstage 2, il prendra désormais son envol via l’entrée en scène de l’un des groupes piliers de la New Wave Of British Heavy Metal, on a nommé les Britanniques de Saxon. Biff Byford, chanteur à la voix impeccable, va rapidement remercier le public d’être resté si tard pour les accompagner ce soir. Si certains doutaient de la pertinence de mettre Saxon en clôture le samedi soir, le public de fins connaisseurs présent était bien décidé à rendre hommage à ce genre, ancêtre du metal moderne. Il ne pleut plus à Clisson et pour ceux qui n’étaient pas convaincus par Hell, Fire And Damnation, c’est avec brio que le groupe défendra la version live de celui-ci, notamment via une très solide « Madame Guillotine ». Mais on ne va pas se mentir, la foule veut du old school et le groupe l’a bien compris. S’il est difficile de ne citer qu’un classique de la formation, l’enchaînement « The Eagle Has Landed » et « Strong Arm Of The Law » a permis de raviver un circle pit ardent, qui amusera tout autant la formation que ses participants. Brian Tatler arrivé récemment est entièrement à sa place avec un jeu impeccable, et il est à noter que son passage sur scène après Metallica n’en est que plus cocasse lorsque l’on sait que le quatuor américain n’existerait pas sans lui. Après un rappel qui nous aura presque fait croire à la fin de la soirée, la bande de Biff Byford revient apaiser les âmes avec les énormes classiques « Crusader » et « Princess Of The Night ». Une chose est sûre, l’aigle s’est bien posé à Clisson ce soir et cela a été un sans-faute pour le groupe fait de jean et de cuir.
01h12 : Alors que Klone joue pour la deuxième fois de la journée, cette fois dans la Fanzone, voici notre interview avec eux !
01h09 : JULIE CHRISTMAS / Valley
À la fin du XIXe siècle, Freud définit l’hystérie « comme étant le retour à l’état psychique que le malade a vécu par le passé, un souvenir traumatisant oublié qui se traduit par une quelconque angoisse ». Si quelque chose de l’ordre de folie était déjà présenté avec Mr. Bungle, avec ce côté fun et barré qu’on lui connaît, le ton sera beaucoup plus sérieux sur la Valley cette fois-ci. Après quelques minutes de retard, le groupe de Julie Christmas prend place et met directement les points sur les i : riffs extrêmement lourds, ambiance post-metal hyper pesante et une Julie Christmas déchaînée qui se présente dans une robe enguirlandée des plus étranges. Car il y a parfois un peu de lumière dans ce monde psychique dévasté, la musicienne semblant vouloir s’échapper par des cris alertes, mais le groupe nous emprisonne dans cette réalité noire avec un son puissant rendu parfaitement par la Valley. Johannes Persons de Cult Of Luna que l’on retrouve ne nous aide pas vraiment à nous égayer avec ses vocalises graves, sauf peut-être avec cette tenue de pseudo-guerrier qui détonne de son look habituel. On retrouve forcément des échos de Mariner, l’album collaboratif entre les artistes, dans la proposition de Julie Christmas, même si celle-ci gagne encore plus en liberté, en termes d’étendue musicale ou dans son interprétation saisissante. La musicienne est véritablement bouleversante, bien sûr dans sa performance, mais aussi dans ses interludes où elle laisse place à une respiration de détresse et de grognement, comme un sentiment de trop-plein et cette envie d’exploser. C’est d’ailleurs ce qu’elle va faire sur la tubesque « Supernatural » qui donne envie au public de crier avec elle. On ne peut s’empêcher de se dire que ce qui nous est présenté là va au delà de l’incarnation d’un personnage ou de la théâtralité mais qu’il y a bien une expérience réelle qui est exprimée par Julie Christmas. Ses franches accolades aux spectateurs des premiers rangs très émouvantes après le concert intense en sont une bonne représentation ; l’histoire personnelle de Julie Christmas n’a pas été composée que de jours heureux et ce n’est pas rien de le dire. Si elle remercie naturellement les spectateurs venus la soutenir ce soir, c’est nous qui la remercions pour ce concert sincère qui sera sans doute l’un des meilleurs de cette édition.
01h07 : METALLICA / Mainstage 1

C’est sous une pluie encore battante que le quatuor remonte sur la scène du Hellfest deux ans après son tout premier passage. Il semblerait que Clisson ne fasse pas exception à la récente météo catastrophique de la tournée de Metallica. Comme à son habitude, le groupe fait une entrée tonitruante ne laissant aucun répit aux spectateurs qui vont pouvoir donner de la voix. Rapidement, James Hetfield prendra une pudique seconde pour s’adresser à Cliff Burton et lui dire qu’il manque à tout le monde. Le premier temps de pause se verra lancé par Robert Trujillo, que l’on connaît amateur de jams autour de musiques issues du pays dans lequel il se trouve, et qui annonce avoir préparé en une heure avec Kirk Hammett, sous les conseils avisés de sa femme Chloé, une surprise pour les festivaliers. Quel n’était pas l’étonnement général lorsque les notes de « L’Aventurier » d’Indochine ont commencé à résonner à Clisson ! En soutien au bassiste qui tente tant bien que mal de s’en sortir avec les paroles de Nicolas Sirkis, le public choisira de scander celles-ci de manière appuyée, peut-être que l’on entendra résonner plus tard dans la soirée cette même chanson au Macumba, qui sait ? Ce sera la première pause de longues séries qui permettront à un Lars Ulrich, un peu fatigué, de prendre un petit temps de repos.
Le set se déroule ensuite – presque sans accrocs de la part des musiciens, mais nous y reviendrons – entre nouveautés de 72 seasons comme « Lux Æterna » et classiques couvrant la presque entièreté de leur discographie reprise en chœur par le public. La pluie finira même par s’atténuer puis s’arrêter, un timing parfait pour laisser le groupe prendre pleinement possession de l’avancée de scène installée spécialement par et pour eux. La mystique et puissante instrumentale « Orion » apportera sa dose de chaleur à la soirée humide. S’ensuivra un déferlement de ballons géants à l’effigie du dernier album qui remplacera les slammers et amusera la galerie pendant un bon moment. Une fois n’est pas coutume, le set sera malheureusement entaché par des erreurs de jeu assez grossières, notamment sur le solo de « Master Of Puppets », qui laisseront certains fans quelque peu perplexes, les joies du live dirons-nous. Metallica comme à son habitude s’éternisera sur scène en clôture comme les bons communicants qu’ils sont, alternant jet de seaux entiers de médiators et discours de remerciement quelque peu hachés et décousus.
00h57 : DISMEMBER / Altar
Il en aura fallu du temps pour voir enfin apparaître le nom de Dismember sur l’affiche du Hellfest ! Du « big four of Swedish death metal », il ne restait qu’eux à faire venir et c’est chose faite. Programmés sur un horaire désavantageux, à savoir en face de Metallica, les cinq compères mesurent la chance qu’ils ont d’avoir pu rameuter un peu de monde sous l’Altar et le feront savoir au public présent. Quand on vous disait que la Suède était un joli vivier, notamment pour sa scène death metal, Dismember en est un exemple de plus. Quand les premiers riffs se mettent à ronfler, impossible de ne pas se dire « la vache, c’est gras ». Le son unique de la HM-2 qui a eu tant de succès auprès de cette génération de groupes suédois est un petit plaisir à entendre. Dans un registre purement old school, le groupe enquille titre rapide sur titre rapide, à un tempo toujours très régulier. Trop. Oui c’est le souci, c’est que question rythmique, on tourne un peu en rond à l’image de « On Frozen Fields », « Fleshless », « Time Heals Nothing » ou même « Skin Her Alive ». Alors ce n’est pas pour déplaire à la fosse qui, elle aussi, tourne en rond. Mais il faut admettre que les rares passages plus lents sont assez salvateurs dans la mesure où ils cassent cette monotonie et redonnent un peu plus d’intérêt et de dynamisme au set. Sur scène c’est assez bon enfant malgré la violence de la musique délivrée. Le chanteur Matti Kärki communique systématiquement avec la foule entre chaque morceau, avec pour consigne principale « We make noise, you make noise ». On sent que c’est la fin de journée, et que la grosse averse récemment tombée a eu raison de la forme des festivaliers. Pas de gros mouvements dans le pit, juste le minimum syndical avec des circle pits plutôt modestes. En somme un concert assez bon, mais qui aurait sûrement été mieux apprécié en début de festival, encore plus avec une setlist proposant plus de fantaisie. Le Hellfest peut toutefois se féliciter d’avoir fait jouer les quatre groupes pionniers du old school death metal suédois.
23h54 : THE INTERRUPTERS / Warzone
Il est 22h30, The Interrupters flippe possiblement comme jaja. Il sont prévus pour jouer dans vingt minutes en même temps que Metallica, et surtout une pluie du diable est en train d’éparpiller le public façon puzzle. Il craint même que le concert puisse être annulé, vu que la scène de la Warzone est trempée, les bénévoles raclant l’eau en catastrophe pour éviter l’inondation. Finalement le « Ghost Town » de The Specials retentit dans les enceintes, et le groupe fait son entrée sur scène. La chanteuse Aimee, le batteur Jesse, le bassiste Justin et le guitariste Kevin Bivona accompagné de Kevin au clavier / trompette ont l’excellente surprise d’être accueillis par un public venu en nombre plus qu’honorable malgré la pluie et la concurrence des Four Horsemen. Après un morceau de présentation qu’on croirait composé par Madness, on a senti un vrai soulagement chez les Américains, légitimement ravis de pouvoir jouer devant un auditoire aussi résilient. La suite, c’est une véritable histoire d’amour entre la Warzone en pancho et le mélange de ska et de street punk version soleil de Californie de The Interrupters. Les tubes « Friend In Me », « By My Side », « Take Back The Power » ou « She’s Kerozene » sont entonnés en chœur par les courageux présents, animés autant par l’énergie positive que par les messages d’amitié, d’unité et d’invitation à l’action véhiculés par le groupe. Make it rain ! Ça ne nous empêchera pas de skanker.
22h50 : NILE / Altar
Le Hellfest serait-il en stand-by en attendant la fin de la pluie et, surtout, le début de Metallica ? À voir la foule clairsemée et franchement apathique (à l’exception d’un circle pit quasi constant devant la scène) qui assiste au set de Nile sous l’Altar, on peut légitimement se poser la question. Autre explication envisageable à cette léthargie : l’absence du leader Karl Sanders, tombé malade après le Graspop et actuellement cloué dans un lit d’hôpital en Belgique. Le chant est assuré par les « petits nouveaux » de la bande, le guitariste Zach Jeter et le bassiste Dan Vadim Von, à qui on ne peut pas reprocher de se tourner les pouces mais qui manquent malgré tout de l’aura de meneur de Karl. Côté musique, sans surprise, la prestation est plus que carrée et menée (assez littéralement) tambour battant, sans laisser au public le temps de reprendre son souffle entre deux volées de riffs ravageurs et ultra-techniques. C’est d’ailleurs bien dommage, car la foule ne semble reprendre vie qu’entre les chansons, pour mieux retomber en catalepsie dès que résonne le titre suivant. En voyant l’Altar se dépeupler de plus en plus à mesure qu’approche l’heure de Metallica, on ne peut que regretter que l’appel de Karl (publié sur les réseaux) à faire preuve « d’énergie et d’enthousiasme » pour vivre une « expérience inoubliable » n’ait pas été davantage entendu…
Un cirque. Un gigantesque cirque déglingué, taquin et irrévérencieux. Après une entrée en matière aux allures de balade en bord de plage bien trompeuse, les Américains entament leur délire collectif inclassable. Du trash pourvu d’arrangements de sifflets d’arbitre de foot aux titres intimistes modèle « Sunset Power » avec des couches infinies de reverb évoquant les vagues, c’est comme si le public ouvrait des pochettes surprises qui leur pétaient à la figure. Audience venue en masse malgré la pluie qui ne se décide pas à faire une trêve ce soir. Mike Patton, en clown diabolique maître de cérémonie, adresse ses premiers mots à la foule : « Up your butt Clisson ! » (comprendre « dans ton cul Clisson » pour les anglophones par correspondance). Ce monstre sacré de l’époque Faith No More capte toute l’attention. Faut dire que la coiffure rouge fluo à nattes tressées en palmier aide quelque peu. Au moins ça facilite le boulot des cadreurs. Il gueule, il siffle, il vomit, il fait les grognements proches d’un spitter de Left 4 Dead 2, il chante propre comme un ténor d’opéra. Bref, le général Patton joue un rôle majeur dans l’opération « Dans Ta Gueule » que le groupe va déployer pendant plus d’une heure. Même si le show de Mr Bungle s’apparente surtout à de l’hystérie et donne la sensation que n’importe quoi de farfelu peut survenir, il faut aussi reconnaître que ça sonne. Ca sonne très bien. C’est violent sans être douloureux, l’ensemble ressemble à un joyeux bordel mais on peut distinguer ce que chaque instrument s’applique à apporter consciencieusement à cette fresque délirante. Les autres musiciens arborent une allure décontractée (survêtement, doudoune, veste en cuir) et un plaisir non dissimulé de pondre le plus de notes possible dans tous les sens. Peu importe. L’absence de recherche est une recherche en soi après tout. Mais surtout, on s’en fout. L’important c’est la folie qui transpire dans chaque riffing. C’est la frénésie qui monte en exagération, puis le groove insoupçonné d’un passage enamouré. C’est l’obscénité d’un frontman qui mime de recevoir une fellation par un membre du staff. L’important c’est un hippopotame en plastique qui fait « gronk gronk » dans le micro au milieu d’un délire bruitiste. Enchanté d’avoir fait votre connaissance Mr Bungle.
22h41 : BRUCE DICKINSON / Mainstage 2
Comme s’il n’en avait pas assez des bains de foule avec Iron Maiden, Bruce Dickinson est monté ce soir sur scène en belle compagnie pour présenter son Mandrake Project. Et ce n’est pas la pluie, qui ne cessera de tomber pendant l’entièreté des soixante minutes bookées, qui retirera à notre légende son énergie communicative. Comme à son habitude, Bruce Dickinson va donner une leçon de chant, il est très en forme – peut-être même plus que lors de son passage l’an dernier avec son groupe principal. On a d’ailleurs presque du mal à détacher le chanteur et sa voix iconique de l’incontournable Iron Maiden. Tel un conteur, Bruce prend régulièrement la parole en français afin d’utiliser les éléments de la soirée qui sont à sa disposition pour pitcher l’histoire de chaque chanson, comme pour « Chemical Wedding » ou bien l’épique « Rain On The Graves » pour laquelle on oserait presque se demander si la météo n’avait pas été soudoyée pour un effet encore plus dantesque. On découvre également une autre facette du frontman aux multiples casquettes, puisqu’il se permettra de jouer à mains nues des percussions et s’amusera à faire osciller les ondes autour de l’antenne d’un thérémine dont l’utilisation était tout à fait pertinente. À l’issue d’une petite phrase qui aura su résonner fort dans le cœur des vaillants se trouvant devant lui sur scène – « ce soir il ne s’agit que de nous, et de vous, rien d’autre ne compte » –, c’est en bon gentleman qu’il annonce laisser maintenant place à Metallica pour qui il n’acceptera que des cris et applaudissements à la hauteur de la renommée du groupe.
21h37 : Julien qui part couvrir Mr Bungle, sous la pluie, direction la Valley pleine à craquer.
21h29 : MASS HYSTERIA / Mainstage 1

Mass Hysteria n’est pas inquiet du match à venir, l’équipe joue à domicile. Même les conditions météorologiques ne les perturberont pas dans leur jeu. Côté supporters, on répond présent et la fosse est pleine. Une fois encore, les spectateurs chantent et dansent jusqu’aux bars lointains proches des autres scènes. Côté composition, le groupe mise principalement sur les derniers albums Tenace (I et II), Maniac et Matière Noire pour remuer les foules en commençant son set par « Notre Complot » du dernier album. Côté joueurs, toujours quatre bons éléments avec un percussif Raph à la batterie, Yann et Fred toujours aussi agressifs et un Jamie aux élans bien hardcore. Ce dernier n’hésitera pas à prendre l’engagement à plusieurs reprises pour demander des circle pits. A l’attaque, Mouss semble parfois un peu plus essoufflé sur le chant. Ce dernier est d’ailleurs en constant mouvement sur scène et chanter « Plus Que Du Metal » en clôture de set est devenu un peu compliqué : heureusement, l’audience chante pour lui. Là où Lofofora a clairement déclaré sa colère à propos du climat politique actuel, Mass Hysteria préfère ne pas trop s’étendre sur le sujet. Contrairement à des performances passées sur le festival, Mass préfère plutôt être positif et envoyer des sourires. Mouss remercie le public en affirmant un « no public, no music ». Il remercie aussi son nouveau pote Brute Dickinson de lui prêter la scène voisine pendant le show ! Tous les âges sont représentés dans le public, mais notons que les plus anciens furieux (ou les plus nostalgiques de Mass) n’auront que « Contradiction » à se mettre sous la dent pour la période avant 2010, même « Furia » étant écartée. Mass Hysteria quitte encore dignement la scène et remercie les « baptiseurs de rêve » qui répondent plus que jamais présent après trente ans de carrière.
20h37 : KATAKLYSM / Altar
Les cousins québécois reviennent pour une quatrième fois au Hellfest, et il y a fort à parier qu’on va encore passer un très bon moment. Mené depuis toujours par ce cher Maurizio Iacono, Kataklysm compte bien faire remuer les crânes sous ce chapiteau qu’ils connaissent comme leur poche. Le frontman demandera quand même à la foule de répéter « Tabernak ! » après lui, histoire de se sentir vraiment comme à la maison. Dans leur style si efficace et brutal faisant toujours place à de glorieuses mélodies, les quatre gaillards déroulent. L’Altar aurait-elle subi une grosse mise à jour ? La question se pose car une fois de plus la qualité du son est là et fait honneur à la patte si caractéristique de Kataklysm. Le public est réceptif, autant à la musique qu’à la communication de Maurizio qui intervient à la fois en anglais et en français. Les gratteux donnent de leur énergie aussi et ne se retiennent pas de se lancer dans de sévères headbangs de chaque côté de la scène. Depuis leur passage en France en février 2023 en co-headlining avec Soilwork, le dernier album Goliath est sorti et on aura droit à quelques-uns de ses titres comme « Bringer Of Vengeance » ou « Die As A King ». Très peu de répit pour les organismes durant ce set, que ce soit sur des baisses de tempo, à l’exemple d’un « As I Slither » dévastateur, ou, inversement, quand le groupe décide de pousser les bpm à l’image du titre « Guillotine ». Comme pressenti, ce quatrième passage sur Clisson aura été remarquable, Kataklysm ayant indéniablement le statut de valeur sûre.
20h33 : CHELSEA WOLFE / Valley

Alors que le soleil commence à s’éclipser sur la Valley, Chelsea Wolfe apparaît dans une longue robe noire telle une divinité de la nuit. Comme Tool, avec qui l’Américaine partage un certain sens du jusqu’au-boutisme, le concert n’est pas retransmis sur les écrans géants en bord de scène qui resteront désespérément inanimés : elle veut que toute l’attention soit sur la scène et pas ailleurs, tant pis pour les spectateurs restés trop loin. Dans une démarche quasi rituelle, des nappes de bruit numérique façon Nine Inch Nails se répandent dans le public, dans une forme d’électro rock à la fois gothique, sombre et torturé. La Valley sera longtemps hantée par les vocalises aiguës lancées sur ce qui semble être une proposition crédible pour la bande-son de l’Apocalypse. La dimension lancinante de l’ensemble rappelle la noirceur de ses interventions dans le projet Bloodmoon de Converge.
Le concert entre dans une nouvelle phase entre sludge et doom quand la maîtresse de cérémonie prend la guitare, avec une utilisation des effets électroniques proche de celle présente dans les récents albums de Code Orange. L’ajout d’éléments indus sonne en forme d’hommage au fameux « Army Of Me » de Björk, tandis qu’on apprécie le retour sur scène de la chanteuse de Konvent, passée plus tôt dans la journée, pour growler sur un titre caverneux sous une pluie qui aura eu le mérite de faire s’enfuir les abrutis plus intéressés par la plastique de Chelsea que par sa musique. Après un dernier morceau magnifique interprété à la guitare électro-acoustique, on reste admiratif devant la capacité de Chelsea Wolfe à nous plonger dans une atmosphère aussi singulière ; on ne serait pas étonné si un jour elle se consacrait à la composition de musique de film comme Trent Reznor avant elle.
19h31 : CORVUS CORAX / Temple
C’est bien connu, le metalleux aime la cornemuse et les instruments improbables à peu près autant que les guitares électriques, et le taux d’occupation de la Temple pour le concert de Corvus Corax le prouve. Touchés par des problèmes techniques qui interrompent leur musique d’introduction dès le début du set, les Allemands ne se laissent pas abattre pour autant, sonnent quelques coups de corne de brume pour s’attirer les bonnes grâces des divinités germaniques et attaquent leur setlist comme si de rien n’était. Le folk néo-médiéval de Corvus Corax trouve aisément son public malgré de longues déclamations en allemand, et le chanteur Castus parvient sans trop d’effort à faire asseoir les spectateurs par deux fois pour « ramer de Norvège en Islande, comme des Vikings » (bon, faut pas pousser, ça ne marchera pas une troisième fois). Lorsque leur expertise n’est pas sollicitée, les deux sonneurs se chargent de chauffer la salle… quand ils ne préfèrent pas troller les guitaristes en imitant leurs poses. Malheureusement pour nos folkeux, les problèmes techniques se poursuivent, et le son extrêmement assourdi des cornemuses fait craindre qu’elles ne soient plus amplifiées. Le seul fait que l’instrument soit extrêmement bruyant à la base lui permet de se faire entendre par-dessus la batterie et les guitares. Corvus Corax a persévéré malgré les défaillances de la technologie, et il faut le mettre à leur crédit, mais cela a forcément eu un impact sur le plaisir d’écoute.
19h00 : DIDIER WAMPAS PSYCHO ATTACKS / Warzone
Ce soir ce sera un concert particulier des Wampas, puisque ce sera un Didier Wampas Psycho Attack. « Y’aura que des chansons des années 80 », annonce le goguenard, l’autoproclamée royauté. Parce que bien avant tous les grands succès de la légende du punk franchouillard, Les Wampas était un groupe de rockabilly un peu destroy, et ce concert est un rappel de cette tumultueuse période. Pas de « Manu Chao », « Comme Un Punk En Hiver », ou de « Rimini » ce soir. A la place, du rockab’ à fond, avec une guitare au son hérité de Chuck Berry et une contrebasse surexcitée. Si la plupart des morceaux ont plus de quarante ans et sont finalement peu connus du public, ils touchent un public déjà acquis à la cause du papy punk et de son groupe. Entre les titres délires qui consistent en une suite d’onomatopées (« Vautours »), les blitz fiévreux (« Dracu Bop ») et les chansons bien trop actuelles alors qu’elles ont quatre décennies (« J’ai Quitté Mon Pays »), le menu est copieux.
Didier semble infatigable malgré ses soixante-deux ans, déjà en slam dans la foule dès le second morceau, et il porte fièrement une chemise à fleurs qui montre l’amour des Wampas pour la surf music, ce dont on aurait dû se rappeler vu l’intro sur le mythique générique de Hawaii Police D’état. Si Didier part dans ses délires habituels – à un moment il s’est convaincu d’aller imiter un ver de terre sur la tête des gens –, le reste du groupe tient la baraque et s’avère aussi fiable que The 5.6.7.8’s dans un film de Tarantino. Le temps n’était pas au rendez-vous mais cette pastille nostalgique offerte par le plus connu des agents électriciens de la RATP a été un parfait rafraichissement.
Il y a des moments où l’on se demande si le Hellfest ne devrait pas réserver une scène dédiée à la Suède tellement ce pays a pu être prolifique. Après avoir accueilli Dark Tranquillity jeudi, c’est au tour d’un autre représentant de la fameuse scène de Göteborg de s’illustrer sous l’Altar. The Haunted n’avait pas été vu depuis neuf ans à Clisson, leur retour est donc plutôt attendu bien qu’aucun nouvel opus ne soit sorti depuis Strength In Numbers en 2017. Dès les premières notes, on se rappelle très vite à quel point leur melodeath/thrash incisif est taillé pour le live. La formation a une sacrée tronche, ne serait-ce que par la présence d’Adrian Erlandsson derrière le drumkit, que l’on connaît probablement plus pour sa place chez les frérots d’At The Gates. A propos de frangins, Jonas Björler tient toujours la baraque, et la basse, bien entouré de son fidèle compère et guitariste Patrik Jansen, ainsi que d’un sacré renfort depuis 2013 en la personne d’Ola Englund en guise de lead à la gratte.
Marco Aro lui, se démarque du reste du line-up, arborant un look plutôt coreux et affichant un large sourire devant ce public qu’il aime tant. La preuve en est, le set est à peine commencé depuis une trentaine de secondes que le frontman envoie déjà des baisers à la foule. Son chant par contre, est toujours aussi agressif et colle à merveille à l’ensemble des titres, y compris ceux sur lesquels il n’était alors pas chanteur. Exemple le plus parlant sur « 99 » qui aura un certain succès, même si joué assez tôt dans le concert, tout comme sur « All Against All ». Tantôt officiant dans un registre plus mélodique, tantôt dans un death/thrash beaucoup plus brut, les Suédois gardent le curseur à bloc en proposant une setlist pêchue, à l’image de « D.O.A » ou même de « Hate Song » qui sera le point final du concert. Toujours un peu dans l’ombre des In Flames, Dark Tranquillity ou encore At The Gates, The Haunted nous rappelle qu’ils ont largement contribué à ce que représente la scène de Göteborg aujourd’hui, et que l’on pourra toujours compter sur eux pour délivrer des live solides.
18h26 : YNGWIE MALMSTEEN / Mainstage 2

Lanière léopard, montre et bijoux en or, rouflaquettes, chemise en satin ouverte jusqu’au nombril, santiags et pantalon en simili cuir sur fond de musique classique, je suis, je suis, je suis… Yngwie Malmsteen bien sûr. Entrée racoleuse avec « Rising Force », le Suédois et sa fidèle Stratocaster vintage sont ici pour séduire les plus techniques des amateurs de jeu de guitare exubérant. En effet, l’application Hellfest le dit elle-même, le jeu néoclassique qui en veut toujours plus du virtuose s’apparente pour le plus commun des metalleux à de l’astiquage de manche. Outre son impressionnante technicité toujours d’aplomb quarante ans après la sortie de son album Yngwie J. Malmsteen’s Rising Force, le musicien est appuyé d’un claviériste d’une technique et vitesse de jeu impressionnantes, sans parler de son chant nécessaire pour casser la presque étouffante musique jouée. Même la scène a le droit de goûter à ses cordes de guitare sacrées via une bonne minute de raclage de celle-ci, laissant apparaître sur le dos de la Stratocaster deux magnifiques (?) autocollants Ferrari. Après de nombreux remerciements expédiés très rapidement, le guitariste quitte la scène devant un public – son public car n’est pas sensible qui veut – visiblement satisfait.
17h45 : 8°6 CREW / Warzone
Avec Total Chaos et The Casualties, la tendance était à la bière tiède et aux rangers coquées sur la Warzone ce samedi. Il ne manquait plus que des skinheads, et ça tombe bien, 8°6 Crew débarque à huit sur scène. Guitares, cuivres, claviers, batterie… il faut bien ça pour amener le pouvoir des rythmes chaloupés chez les keupons. Lunettes noires, polo cintré, cheveux rasés, le code vestimentaire est au point. Il y a même un vieux punk à rouflaquette qui squatte tranquillement sur scène près des enceintes, clope au bec et verre de bière à la main. Le programme sera simple : ska et rocksteady pour travailler le jeu de jambes, reggae et même gros dub pour faire baisser le rythme. « Alors, elles sont où les grosses guitares ? » lance le chanteur d’un sourire narquois. Le public est très réceptif et s’organise une belle fiesta dans la partie pavée dans une ambiance bon enfant et moins bagarreuse qui favorise une bien plus grande présence féminine dans la mêlée. Les titres s’enchaînent sans jamais que le public se lasse ; il faut dire qu’ils ont beau être d’affreux punks sales et méchants, 8°6 Crew est un ensemble super carré avec une section rythmique qui groove parfaitement et des cuivres très propres, même les soli de guitares sont agréables. Mais heureusement, le naturel est revenu au galop au moment de conclure le concert avec un final bien bourrin de punk à chien. Une affaire rudeboy bien menée.
16h50 : SKALMOLD / Temple
Une règle (presque) officielle du Hellfest veut qu’il y ait tous les ans à l’affiche un groupe de punk celtique. L’alinéa suivant de cette règle stipule qu’il faut également toujours un groupe de viking metal. Alors, comme on ne peut pas inviter Amon Amarth tous les ans, de temps en temps, on se rabat sur Skalmöld. Et le public n’y perd pas au change : plus folk et moins enclins aux productions à grand spectacle, les Islandais ont pour eux des paroles dans leur langue natale, qui apportent forcément un petit cachet d’authenticité. Rares sont les groupes à se partager autant le chant que Skalmöld. Si le plus gros est assuré par le frontman Björgvin Sigurðsson, le guitariste Baldur Ragnarsson lui répond par un chant extrême dans un registre plus aigu, tandis que batteur et claviériste se partagent les mélopées plus scaldiques. Et lorsque les six membres du groupe se mettent au micro pour grossir les chœurs, le sang des plus celtes des spectateurs ne fait qu’un tour. Dans le public, les mélodies les plus folk inspirent de petits moments de bourrée bretonne, et bien évidemment, histoire de remplir le cahier des charges d’un concert de viking metal, l’ensemble de la fosse finit par terre, à ramer copieusement. Mission remplie pour Skalmöld : ce ne sera pas cette année que le Hellfest sera privé de Vikings talentueux.
16h50 : STRATOVARIUS / Mainstage 2

Ce ne sont pas les enceintes – très – capricieuses qui démotiveront Stratovarius de se présenter cette après-midi affublé de sa plus belle setlist. La scène et la foule ayant été échauffées par ses confrères de Rhapsody Of Fire, la formation finlandaise semble aujourd’hui heureuse d’être de retour au Hellfest, après son passage à Paris en compagnie de Megadeth il y a dix jours seulement. Le concert démarre avec « Survive », titre éponyme de leur dernier album paru en 2022. Il faut reconnaître que les géants du power metal nordique ont toujours été assez visionnaires concernant leur thème parolier, qu’il soit ancien ou récent, abordant régulièrement l’avenir de notre paradis – la Terre, ainsi nommée dans la chanson « Paradise » – et des gestes qu’on aura à faire pour le sauver (décidément, le metal est de plus en plus écolo !). Timo Kotipelto, dont les yeux bleus ressortent de manière scintillante sur les écrans géants, est comme d’habitude très souriant, avec une voix impeccable, et offre une prestation très accordée à celle de ses camarades musiciens. L’écran de fond n’étant pas coopératif – dommage, pas de version digitale des pochettes d’album kitsch à dauphins cette fois-ci ! – mais le groupe étant confortable avec la discrétion et le minimalisme, il aura fallu compter sur la renommée de titres tels qu’« Eagleheart » (bien choisi vu l’aigle géant suspendu au plafond de la scène, prévu dans la scénographie d’un groupe de clôture de la journée) ou « Speed Of Light » pour associer le nom de Stratovarius à sa renommée et à sa technique. Encore une fois, bien que de manière un peu moins franche, le power metal finlandais n’a rien à envier aux autres genres niveau ambiance, puisqu’un double circle pit se forme sur les titres les plus rapides aux abords de la barrière. Finalement, les dernières notes de « Hunting High And Low » se fadent dans le vent, et c’est ainsi que s’achève cette épopée poweresque en Mainstage 2.
« Brutus, c’est surcoté » : voilà ce que quelques tristes sires de la rédaction ont bavé dans notre fil WhatsApp. Honte à eux. Brutus c’est la vie ! Brutus c’est l’émotion ! Brutus c’est ce que le post-hardcore a fait de mieux depuis dix ans ! La preuve en est, nous n’avons vu qu’un bout des écrans tellement il y avait du monde devant Stefanie Mannaerts et comparses ! Vive Brutus ! On aime Brutus !
16h43 : BLACK STONE CHERRY / Mainstage 1

Après les envolées lyriques de Rhapsody Of Fire, place au hard rock pêchu qui sent bon le sud des États-Unis : de retour au Hellfest pour la première fois depuis 2009, Black Stone Cherry conclut ici une tournée européenne d’un mois et quel final en apothéose ! Servi par des musiciens en grande forme, le rock sudiste de BSC, mélange extrêmement convaincant de gros riffs et d’accords aux faux airs de country, suffirait presque à faire revenir le soleil le temps de trois petits quarts d’heure. Complètement survitaminés, le guitariste Ben Wells (qui aura sans doute headbangué davantage en quarante cinq minutes que le festivalier lambda en quatre jours) et le bassiste Steve Jewell Jr. arpentent l’avancée de scène comme des écureuils sous caféine, pendant que le frontman Chris Robertson fait retentir une voix qu’on imaginerait bien chanter de la soul, si elle ne faisait pas du rock. La setlist bien nerveuse, à base de « Screaming At The Sky », « Me And Mary Jane », « White Trash Millionnaire » ou encore l’irrésistible « Blame It On The Boom Boom », est entrecoupée d’un beau solo de batterie et d’interventions au délicieux accent traînant qui électrisent une foule complètement à la page. Oserait-on suggérer à l’orga du Hellfest de ne pas attendre quinze ans avant de faire revenir Black Stone Cherry ? À en juger par les sourires sur scène et dans la fosse, le hard rock du Kentucky a parfaitement sa place en enfer.
Que c’était bien. Parfois qualifié de « black pour les gens qui n’écoutent pas de black », Wayfarer tient clairement une recette qui marche du feu de Dieu. Avec son post-black aux accents western, le quatuor tout droit venu du Colorado envoûte la Temple qui bénéficie d’un son plutôt correct (même si certains arpèges passent un peu à la trappe dans l’ensemble). Sauf erreur de notre part, seuls les deux derniers albums, American Gothic et A Romance With Violence, composeront une setlist sans temps faible. En intégrant ses racines americana mais sans tomber dans le cliché ou la facilité, Wayfarer confirme en live la forte impression ressentie sur album. Hype validée.
15h07 : SANGUISUGABOGG / Altar
Il est 14h20 en ce samedi sous l’Altar. Il est donc l’heure de poser le cerveau à l’entrée, et de faire fonctionner les cervicales et les jambes. Les Américains de Sanguisugabogg, groupe formé il y a seulement cinq ans, se voient déjà attribuer l’honneur de faire vrombir le sol clissonnais. Quand on connaît un peu ce que propose le quatuor, on sait pertinemment que leur passage devrait en contenter plus d’un, notamment les habitués de la Warzone. Des riffs massifs, une caisse claire cinglante, des growls sacrément efficaces, quelques mimiques empruntées à la scène hardcore et une bonne dose de second degré, le cocktail est savoureux pour qui est assoiffé de violence et de lourdeur. La fosse s’anime assez vite, l’appel au headbang étant tout bonnement irrésistible. Les circle pits demandés par le chanteur prennent une taille assez conséquente et ça pogote sec au milieu. Le point d’orgue sera un wall of death assez monstrueux prenant la quasi-totalité de la largeur du chapiteau. La scène brutal death de cochon venue d’outre-Atlantique a un bel avenir, et ça passera très certainement par ce genre de prestation en Europe. Oui, le nom est compliqué à prononcer, mais retenez-le.
15h05 : RHAPSODY OF FIRE / Mainstage 2

Bien qu’avec une heure de passage assez tôt dans la journée et une météo capricieuse depuis le début de celle-ci, les Italiens connus pour leurs combats épiques contre des dragons sont accueillis par une foule assez conséquente. Dès les premières notes d’« Unholy Warcry » on se rend bien compte que la formation, menée par un Giacomo Voli vraiment très en forme, est assez populaire dans le cœur de nos petits festivaliers. Très rapidement, le public répond à l’énergie puissante issue des riffs rapides de la setlist, mixant énormes classiques et chansons issues du dernier album tout frais de Rhapsody Of Fire. Les musiciens sont souriants, et on sent crescendo se développer une aisance de communication entre eux et la foule, tellement qu’il n’aura jamais été aussi facile pour un groupe de power de lancer des circle pits et wall of death (eh non, ils n’étaient pourtant pas programmés plusieurs jours à l’avance !). « Emerald Sword » vient conclure en beauté cet échange, chanson épique durant laquelle le chanteur fera monter sur scène un enfant qui aura la chance de brandir fièrement l’épée d’émeraude. Seul petit bémol, on aurait apprécié que les chœurs soient chantés en live par les musiciens plutôt que d’entendre résonner des bandes enregistrées… Il est à peine 15h à Clisson et pourtant Rhapsody Of Fire aura plus que largement réussi à embraser la foule de son power ardent !
14h31: Ambiance mononeurone, danse sauvage et poing levé avec une courte rétrospective de la Warzone (et un peu de Altar) sur la journée du jeudi et du vendredi. Au programme : Wormrot, Crystal Lake, Dropout Kings et Stinky !
14h30: Infotrafic : si vous allez au stand Spécial Beers, la pinte de bière la bête IPA est à 7 € au lieu 9. S’hydrater à l’eau de pluie a ses limites.
13h38 : SPOTLIGHTS / Valley
Le trio outre-Atlantique se charge de faire vivre la Valley après les ténébreuses mélodies de Konvent. Leur musique mélangeant sonorité doom écrasante et incursions post-rock donne une atmosphère cotonneuse enivrante dans laquelle on se plaît à divaguer. Il est cependant fort dommage que l’ensemble du set n’ait pas été travaillé comme un voyage. Les morceaux terminés, on est un peu comme lâchés dans un silence inhabité, où les réaccordages obligés sont la seule chose que le groupe donne à observer. Une ambiance sonore, n’importe quoi aurait été plus que bienvenu. Un grand regret qui ne trouve pas de réponse satisfaisante. Si le son instrumental de Spotlights est organique et puissant (merci la formule du trio qui prouve qu’elle est décidément imparable sur ce plan), les chants de Mario et Sarah sont à peine audibles pendant une bonne partie du set. Le son de basse en revanche est bien mixé et fonde véritablement la colonne vertébrale de cette musique tellurique. Chris à la batterie s’astreint à offrir un jeu frontal, qui ne dévie jamais du chemin rythmique commun tracé avec ses deux acolytes. Scéniquement, tout le monde est bien affairé, ce qui ne laisse pas beaucoup de place pour du mouvement autre que quelques ondulations près du micro. Quelques moments de complicité avec le batteur viennent néanmoins ponctuer le show. Après un ultime remerciement pour l’invitation au Hellfest, les New-Yorkais se retirent avec sobriété. Bien que satisfaisante, difficile de ne pas se dire que leur prestation méritait de meilleures conditions pour être encore mieux appréciée.
13h29 : ETERNAL CHAMPION / Mainstage 2

Les Texans, dont le cœur est lourd depuis un mois suite au décès tragique de leur bassiste Brad Raub, ont pour ce set au Hellfest décidé de lui rendre hommage en passant ses bandes studio en live, présentant donc une formation sans bassiste physique, histoire de continuer de jouer avec lui une dernière fois. C’est d’ailleurs à la suite des premières minutes de show que le leader Jason Tarpey prend la parole en l’honneur de son ami qui les regarde certainement d’en haut en bonne compagnie. Peut-être est-ce lui, le champion éternel ? S’enchaînent ensuite des morceaux à tempo plutôt lent, avec une batterie reprenant parfaitement les codes du heavy. Le chanteur fait participer le public en usant sa « Texan Touch », des cris presque primaires – signe que tout se passe bien – qui viennent habiller les ponts instrumentaux. Malgré un public épars, le travail est fait et on est sûrs que la formation, bien que changeante, ressortira plus forte de ces quarante minutes de show.
12h49 : ALIEN WEAPONRY / Mainstage 1

Après « mais pourquoi avoir collé The Hu en headline de la Temple plutôt que d’une Mainstage ? » l’an dernier, « mais pourquoi Alien Weaponry ont-ils plus ou moins le même créneau qu’il y a cinq ans ? » compte désormais parmi les grands mystères du Hellfest. Car les petits Kiwis sont devenus grands depuis leur premier album en 2018, et quand on a une première partie de Guns N’Roses au compteur, on mérite mieux que de jouer à l’aube. Sans compter que ces trois p’tits gars-là sont de véritables bêtes de scène, à commencer par le bassiste Tūranga Morgan-Edmonds, branché sur pile atomique, qui profite allègrement de l’avancée de scène prévue pour Metallica. Malgré son statut de guitariste-chanteur limité par la force des choses à son micro, Henry de Jong parvient à occuper toute la scène avec un charisme que bien des frontmen beaucoup plus âgés doivent lui envier. Peu importe que personne dans la fosse n’en comprenne un traître mot, le haka qui ouvre le set et les chansons en maori ont toujours un effet spectaculaire sur le public, qui apprécie à sa juste valeur les riffs thrashy et l’énergie déployée par ce power trio d’un genre unique. « Rū Ana Te Whenua » et « Kai Tangata » sont ainsi de véritables missiles nucléaires destinés à faciliter la conquête du monde par la Nouvelle-Zélande, et la foule encore un peu clairsemée accueille l’assaut avec bonheur. En cas de nouvelle apparition au Hellfest, priver Alien Weaponry d’un créneau plus tardif serait tout simplement criminel. À bon entendeur… [ndlr : Oui, Tiphaine est une fan d’Alien Weaponry]
12h12 : KONVENT / Valley
Les Danoises de Konvent abattent implacablement leur doom/death metal au creux d’une Valley qui commence tout juste à se rassembler alors que les premiers rayons de soleil contrastent avec la pluie. Leur musique ne laisse pourtant pas passer la moindre lumière tant l’épaisseur du son et les affres vocales de la fronwoman évoquent la noirceur d’une âme déjà bien déchirée par le désespoir. Les riffs sont mammouthesques (coucou les amplis Orange), en témoignent les headbangs pleins d’allégresse dans la fosse et sur scène. Les musiciennes font preuve d’une belle cohésion scénique et ne restent pas en huis clos avec leurs instruments respectifs. Pour une première en France, c’est une belle rencontre avec un public, certes ramassé, mais qui se greffe avec jubilation sur les binaires plombés portés par une section rythmique qui ne déroge pas à la règle du rouleau compresseur. Mention spéciale à la basse qui se charge de moduler mélodiquement avec une assise qui enterre parfois les guitares. Un petit mot d’adieu et les Danoises s’éclipsent sobrement après un set efficace, dans les canons de la programmation habituelle de la Valley.
12h00 : EIHWAR / Temple
Voir le chapiteau de la Temple rempli dès 11h, c’est quelque chose qui est devenu habituel. Et ça ne manque pas une fois de plus, en ce samedi matin pluvieux. Il faut dire une chose, c’est que le folk et ses dérivés ont toujours un énorme succès en festival, sûrement dû au fait que le grand public peut facilement s’y retrouver. Le duo d’Eihwar compte bien surfer sur cette hype afin de faire bouger les têtes des nombreux matinaux. Pour reprendre les mots de la chanteuse, ils sont venus « mettre le bordel à l’heure du p’tit dej’ ». La recette est simple : on reprend les codes de la musique folklorique délivrée sous forme de samples, on y ajoute un chant rituel féminin, et on balance de grosses percussions par-dessus façon électro. Il n’en faut pas plus pour que le public de la Temple se laisse prendre par le rythme, se bougeant le popotin volontiers sur le premier créneau de la journée. Un peu en retrait, le percussionniste habillé façon chevalier moyenâgeux martèle son pad électronique, envoyant quelques vocaux caverneux. La chanteuse avec son visage peint et le corps enveloppé dans des peaux de bête, déborde d’énergie, parcourant la scène de long en large tambour en main, se lançant dans des danses rituelles, et nous faisant profiter de sa voix angélique. Souvent elle invitera le public à se lâcher, et ce dernier répondra à l’appel sans sourciller. Impressionné par la motivation des festivaliers mais loin d’être intimidé, le tandem continuera de haranguer la foule pendant toute la durée du set. On aura droit à un court passage guitare acoustique/chant histoire de faire retomber l’ambiance pour finalement redoubler d’énergie en fin de concert. Eihwar recevra une énorme ovation, signe d’une prestation plus que réussie et assurément mémorable, tant pour le public que pour le groupe.
11h40 : FALLEN LILLIES / Warzone
Ni bonjour ni merde. Fallen Lillies dérape immédiatement sur la gueule d’une Warzone trempée à demi remplie avec un rock garage puissant et abrasif. La frontwoman donne tout, tout de suite, sachant bien que trente minutes s’évaporent aussi vite que la billetterie du Hellfest à l’ouverture des ventes. À l’inverse d’une scène trop grande pour elles quelques années en arrière, le quatuor féminin affiche en grand son plaisir de retrouver une Warzone plus intimiste, une véritable « scène de cœur » comme elles le disent si bien. Un cœur engagé d’ailleurs : « Féminicide 19 » est sans équivoque vis-à-vis d’un gouvernement trop mou en matière de violences fatales, tandis que « Dirty And Loud » célèbre les salles de concerts qui se défoncent pour faire jouer des groupes et garder la culture accessible. Au fur et à mesure du set, la fosse se remplit, et la frontwomen invoque le premier wall of death de la journée, qui se solde par un franc succès de K-way s’entrechoquant en des gerbes de pluie (à défaut de sang). « Backlash » conclut la venue des musiciennes de Franche-Comté avec rage, le groupe ayant réussi à frapper fort et juste pour baptiser la matinée de cette fidèle Warzone.
11h04 : PËRL / Valley
Pour ouvrir cette fantastique journée post-metal sur la Valley, c’est les Français de Përl, heureux vainqueurs du Voice Of Hell, qui sont chargés d’ameuter les créatures qui n’ont pas peur de la pluie… Entre poésie, chanson française, post-rock et musique bien saturée, Përl est un hybride dont on aurait bien peur de se priver. La chanteuse Aline nous gratifie de quelques courts poèmes entre les morceaux, entre ode à la nature et au sauvage, car rappelons qu’on n’est que des animaux comme les autres, braves gens. Ce retour à l’animal est aussi incarné par les postures des musiciens qui vivent et dansent au rythme de leur musique corsée qui manie le clair-obscur avec grande subtilité. Pour se joindre à cette petite fête, Aline se produira en duo avec la chanteuse Faustine de La Nébuleuse d’Hima, les deux musiciennes se répondant entre cris et chant clair dans un beau moment de fusion des styles. Impossible de ne pas vibrer devant « Je Parle Au Sauvage », jouée de façon plus brute et organique qu’à son habitude, un hit implacable du groupe qui offre là une bien belle ouverture.
10h23 : Gros déluge depuis une demi-heure mais ça ne devrait pas durer, la météo dit qu’à la fin, c’est le soleil qui gagne.





































Personne pour nous parler de Kvelertak ? Tellement la baston ce concert. Après l’émotion Brutus ça nous a mis un bon pain
Superbe article, à l’image du média, qui retrace à merveille et avec précision les performances de cette 3ème journée de festival !
Belle découverte et joli travail ! Merci !
Irina & Val
Dans le paragraphe Saxon : « Paul Quinn arrivé récemment » -> heu, hein ?
Tête d’affiche de la Temple : Eivør !!! juste magnifique !