
Nous voilà repartis pour un troisième jour dans notre Disneyland adoré sous un ciel un peu plus couvert mais une chaleur toujours écrasante. Notre équipe efficace mais néanmoins luisante reste motivée pour affronter ce samedi placé sous le signe du heavy bien cliché comme on l’aime de Judas Priest en passant par Savatage ou encore Scorpions, gros noms qui vont tranquillement prendre les deux Mainstages en otage pendant que le black metal et ses quelques groupes (oc)cultes (Bathory sous le nom de Blood Fire Death, Abbath…) portera fièrement sa bannière sous la sacro-sainte Temple. Chers amateurs de la Warzone, nous ne vous oublions pas avec sa programmation du jour se résumant en un mot : bagarre. Bouclez donc vos ceintures et embarquez avec nous pour cette journée riche en promesses et en metal old school, notre fil rouge du Hellfest 2025 est disponible pour vous ci-dessous.
Suivez l’édition 2025 du Hellfest avec notre fil rouge au jour le jour : jeudi 19 juin, vendredi 20 juin, samedi 21 juin et dimanche 22 juin.

2h15 : DREAM THEATER / Mainstage 2
2h10 : TURNSTILE / Warzone
Quelle déception. Il y avait tout pour espérer une prestation d’anthologie : Turnstile vient de livrer un très bon disque d’indie / punk hardcore, la Warzone déborde de tous les côtés et le groupe bénéficie du créneau de fin de journée. Et pourtant, le moment est en partie gâché par un rendu sonore indigne d’une formation de ce calibre. Les grattes n’ont aucune ampleur, la faute à un équilibrage foiré entre les basses, inexistantes, et des aigus irritants. Des basses, en en prend malheureusement plein les tympans… Mais venant de la Mainstage, sur laquelle Dream Theater est au charbon. C’est d’autant plus gênant pour les morceaux qui intègrent moins de riffing purement hardcore pour privilégier les samples nostalgiques – « Never Enough », qui ouvre péniblement le bal. Le son s’améliore néanmois en milieu de set. C’est tard, mais cela permet de sauver partiellement le petit chapelet d’excellents morceaux alignés sur la seconde partie. Car Turnstile bénéficie d’un sérieux atout : ses morceaux sont catchy à souhait. Inévitablement, on se résigne à accepter cette balance sonore perturbante pour profiter du moment. Les musiciens se donnent, enchaînent les sauts de cabri, et déroulent même une grosse parenthèse Step2 Rythm / Nonstop Feeling avec « Fazed Out » / « 7 » / « Keep It Moving » / « Pushing Me Away » histoire de contenter les réfractaires à leur direction artistique actuelle.
Les hits de Glow On sont là, mais la sélection opérée au niveau du tracklisting du récent Never Enough est plus discutable. Pourquoi s’être privé des pépites que sont « Sole », « Dreaming » ou encore « Sunshower », taillées pour en envoyer plein la trogne en live ? On se contentera d’un très bon « Birds », qui ferme le concert avec 2 ou 3 minutes d’avance. Du temps de gratté sur lequel un petit titre de punk-hardcore bien calibré aurait pu s’inviter. Un concert mi-figue mi-raisin, et pourtant on ne peut s’empêcher d’en ressortir en partie satisfait, le corps réagissant presque inconsciemment pour convaincre l’esprit de mosher inlassablement. Turnstile, c’est un formidable vent d’air frais sur une scène punk-hardcore dont il n’hésite pas à exploser les codes. Et exécuter dans une certaine semi-conscience ses quelques pas de danse 2-step sur le fédérateur « Blackout » quelques minutes avant de sombrer dans le coma post-journée de festival relève de ces moments dont l’on aimerait profiter toute l’année.
2h05 : BLOOD FIRE DEATH / Temple
Il n’aura pas échappé aux amateurs de black metal que la Temple accueille de moins en moins de groupes « traditionnels ». Ce samedi fait exception, et qui de mieux que le supergroupe Blood Fire Death pour conclure cette journée trve black ? Formé en hommage à feu Quorthon, l’homme derrière le légendaire Bathory, le projet réunit un véritable who’s who de la scène scandinave : Bard Faust, Appolyon, Blasphemer, Ivar Bjørnson, Grutle Kjellson, Erik Danielsson, et même… Gaahl, qui prend le micro dès l’ouverture du concert pour interpréter le mythique « A Fine Day to Die ». Ce sera d’ailleurs sa seule apparition — on se demande s’il a vraiment fait le trajet depuis la Norvège juste pour cinq minutes de chant !
Le groupe accueille également, le temps de quelques morceaux, un second bassiste ayant contribué aux premiers enregistrements de Bathory. Le son n’est pas d’une qualité exceptionnelle, mais dans le cadre d’un hommage au black des années 90, cela en devient presque logique. Clin d’œil savoureux : dans le public, un drapeau des fiertés est brandi bien haut face à un Bard Faust imperturbable derrière ses fûts — les temps changent. Sans surprise, c’est sur « Blood Fire Death » qu’Erik Danielsson et ses comparses concluent cette heure de black à l’ancienne. Il n’aura manqué que peu de choses (les membres de Darkthrone, peut-être ?) pour parfaire le tableau. Dommage de ne pas avoir entendu « Satan My Master » ou « Home of Once Brave », mais des concerts de black de ce calibre, on en prend tous les jours.
1h10 : SCORPIONS / Mainstage 1

Ils nous ont fait une frayeur en annulant une série de concerts le mois dernier, à cause d’une bronchite attrapée par Klaus Meine. Mais finalement, les Scorpions étaient bien là ce soir. Il aurait été dommage pour eux de manquer ce passage au Hellfest, d’autant que cette année, le groupe fête ses 60 ans d’existence. Que le temps passe vite ! Pour l’occasion, les Allemands ont concocté un show spécial. Avant que celui-ci ne démarre, une rétrospective de leur carrière est diffusée sur l’écran géant, avec des images d’archives. Puis, sur ce même écran, apparaît la Terre, notre belle planète bleue, encerclée par un immense scorpion — comme pour rappeler que nos Scorps préférés ont bel et bien conquis le monde avec leur hard rock puissant et méticuleux. Les premières notes de « Coming Home » résonnent, Klaus Meine surgit presque dans l’ombre pour chanter le premier couplet. La bronchite n’aura finalement pas eu raison de sa capacité à chanter. Alors, on vous lit déjà : oui, il n’a plus la même énergie qu’avant, et quelques faiblesses vocales se font entendre, mais un peu d’indulgence : Klaus a le mérite d’être toujours là, debout, du haut de ses 77 ans.
Dans une explosion, ses camarades le rejoignent pour entamer la suite du morceau. La setlist n’a pas vraiment changé depuis quelques années. On retrouve toujours l’enchaînement « Make It Real », « The Zoo » et « Coast To Coast », ainsi que « Tease Me Please Me » et « Big City Nights » après le solo de batterie de Mikkey Dee. Seul ajout pour cette année spéciale : un medley « Top of the Bill » / « Steamrock Fever » / « Speedy’s Coming » / « Catch Your Train ». Un beau cadeau pour les fans, ravis d’entendre ou de réentendre ces morceaux en live. L’ambiance était d’ailleurs folle dans la foule. À tel point qu’une vague de slammeurs s’est formée, même lors de moments plus calmes comme « Send Me An Angel ». Chose étonnante — voire dérangeante — pour un concert des Scorpions : les spectateurs du premier rang passaient plus de temps à regarder ce qu’il se passait derrière eux que sur scène…
Puis est arrivé le moment empli de nostalgie et d’émotion : « Still Loving You », le plus grand succès du groupe en France. Le groupe quitte ensuite la scène, les lumières s’éteignent complètement. La perplexité se fait alors ressentir dans le public : déjà ? Non, les Scorpions ne peuvent pas partir sans avoir joué « Rock You Like A Hurricane ». Alors que l’impatience monte, un scorpion gonflable géant se dresse derrière la batterie. Bien sûr qu’ils n’allaient pas partir comme ça ! En 60 ans de carrière, le groupe a toujours pris soin de ne jamais décevoir ses fans. Ce n’était pas ce soir qu’ils allaient déroger à cette règle. De retour sur scène, ils envoient un final percutant, à grand coup de « Blackout » et « Rock You Like A Hurricane ». Ce soir, Klaus Meine, Rudolf Schenker et Matthias Jabs ont rappelé pourquoi ils se sont imposés comme un groupe culte de la scène hard rock, et pourquoi leur carrière a une telle longévité. La piqûre des Scorpions restera à jamais gravée.
1h05 : RUSSIAN CIRCLES / Valley
Russian Circles revient au Hellfest dix ans après son premier passage. D’un créneau en début d’après-midi à la clôture de la Valley, cette ascension symbolique représente malgré tout l’évolution du projet. Aujourd’hui, les Américains sont une figure incontournable du post-rock instrumental. Ils se produisent devant un parterre bien plein, ne souffrant guère de la concurrence d’un Leprous ou d’un Scorpions sur les scènes voisines. Mieux encore, ils gagnent à jouer juste avant Turnstile, qui va se produire sur la scène voisine, nombreux étant les spectateurs qui semblent être là pour patienter sagement. Pourtant, un groupe instrumental peut toujours un peu rebuter les curieux qui ne sont pas familiers du style. Nul doute que les amateurs du genre, qui se sont régalés sur My Sleeping Karma plus tôt dans la journée, y trouveront leur compte. Tout comme les batteurs amateurs, qui ne pourront qu’être émerveillés par cette performance tant le jeu de Dave Turncrantz semble prévalent dans toute cette histoire. Pour parfaire l’expédition instrumentale de Russian Circles, le jeu de lumières en condition nocturne est une plus-value non négligeable. D’ailleurs, qu’aperçoit-on dans les faisceaux lumineux sur scène ? On vous le donne en mille : des cercles ! Malin. Grâce à l’excellent son de la Valley, Russian Circles bénéficie des mêmes conditions que s’ils se produisaient dans une grande salle, à la différence que la chaleur n’est, à cette heure-là, plus étouffante. Prestation parfaite pour conclure cette journée à la Valley dessinée par le psychédélisme, avec une programmation encore très riche cette année pour cette scène à part du Hellfest…
1h00 : LEPROUS / Altar
C’est sur la douce voix de notre cher Abbath que nous prenons position sous l’Altar, dans l’attente du bon coup de fouet que Leprous sait si bien proposer. Un peu de voix claire dans ce monde de brutes ne fera de mal à personne ! La tente se remplit à une vitesse impressionnante, et il devient difficile de circuler, voire même de respirer, tant l’air est étouffant. Mais tout va bien, car Einar Solberg est en voix et va, à coup sûr, apporter une bonne dose de fraîcheur. Leprous a été pendant des années le backing band live d’Ihsahn, ce qui a permis à la formation de s’ancrer dans l’esprit avant-gardiste de son metal progressif au fil du temps.
Tout, ce soir, est une question de contraste : l’intensité au sein des morceaux ne laisse de répit à personne, et le jeu de lumières est particulièrement soigné, chaque titre ayant son ambiance propre, soutenue par une colorimétrie variée et adaptée. Ah oui, et n’omettons pas les notes de « Send Me An Angel », que les Scorpions balancent sur la Mainstage et qui réussissent à nous parvenir pendant un pont calme (malgré tout le mal qu’on s’est donné, on n’aura même pas réussi à y échapper…). Einar est très en phase avec sa musique, tantôt explosant d’énergie, tantôt se calmant aussitôt pour nous toucher en plein cœur avec sa voix d’ange. Le concert est millimétré : c’est carré et très très propre. Le chanteur demandera au public comment il a fait pour survivre à cette chaleur infernale qui nous écrase depuis trois jours, puis le remerciera d’être venu si tard pour voir son groupe jouer. Le set se partagera entre des titres de Melodies of Atonement et d’autres immanquables comme « Illuminate » ou « Below », pour le plus grand plaisir de tous. Leprous aura transporté l’Altar sur une autre dimension en ce samedi soir, et la satisfaction du show délivré n’aura d’égale que le courant d’air frais pris en pleine tête à la sortie de cette tente de l’enfer.
0h10 : ABBATH / Temple
0h00 : DEFEATER / Warzone
Connus pour leur penchant mélodique et leurs textes historiques ultra référencés, les Bostoniens de Defeater sont une référence du hardcore mélodique, si ce n’est LA référence du genre. On a entendu bien des choses sur Defeater ces dernières années : « C’est plus compliqué en termes d’inspiration depuis le départ de certains membres fondateurs. » « Le chanteur Derek Archambault n’a plus de voix. » « Le groupe n’a plus la rage. » La prestation de ce soir a balayé ces considérations point par point. Cela débute par un « Bastards » porté par Derek, casquette vissée sur la tête, surchemise ouverte, regard déterminé et voix hurlée tout du long. Le refrain est repris par une grande partie de la fosse, bien motivée en cette fin de journée bagarre. Le circle pit se lance dès le 3e morceau, et c’est bien vite un espace de mosh qui se crée naturellement sur « No Guilt ».
Les Américains décident de répondre au challenge, et l’intensité monte d’un cran avec « Blessed Burden » ou « Dear Father », qui donneront lieu à un véritable concours de slam. On calme le tout avec Headstone, en tant que petite interlude électro-acoustique, et on achève la bête avec un enchaînement final « Cowardice » – « Red, White and Blues ». Après avoir été mis en pièces par les passages successifs de Nasty, Stick To Your Guns et Terror, on comptait sur Defeater pour calmer les esprits. Les Bostoniens ont surtout rappelé à tout le monde qu’il fallait les respecter comme les tauliers qu’ils sont.
23h30 : JUDAS PRIEST / Mainstage 2
Le soleil est en train de se coucher, et c’est dans cette ambiance artistique incroyable que les notes de « War Pigs » se font entendre. Le public, impatient, se met alors à chanter à l’unisson l’hymne de Black Sabbath, et la première salve de frissons se fait ressentir. S’ensuivent alors des samples mystiques de la voix incroyable de notre Metal God, comme s’il s’agissait d’un mirage venu tout droit des cieux. Soyez prêts, car THE PRIEST IS BACK ! Les deux premiers titres mettent à l’honneur l’album Painkiller, et la chaleur remonte d’un cran. Nous avons face à nous un Richie Faulkner plus qu’incandescent, bourré de mimiques, allant jusqu’à littéralement bouffer le manche de sa guitare, et un Andy Sneap qui semble de plus en plus à sa place – si cela est évidemment possible – au sein du collectif cuir-cuir-cuir-moustache. Comme d’habitude, pas de fausse note : la qualité du groupe en live est toujours impeccable. Pas de bol pour les personnes éloignées de la scène, l’un des écrans géants fera des siennes toute la soirée, diminuant l’accès visuel au show proposé.
« You’ve Got Another Thing Coming » et son rythme accrocheur balancent un bon coup de nostalgie sur la Mainstage 2. Il est bon de voir les gens danser, chanter et surtout profiter du groupe mythique qui se présente devant eux, même si le Priest est un habitué du Hellfest. La setlist est cependant vraiment très différente de celles proposées lors des deux derniers passages de la bande à Halford, respectivement en 2018 et 2022 : bien moins tubesque et également tournée vers Invincible Shield, album sorti en 2024, dont les titres s’intègrent totalement au reste des 55 ans de classiques du groupe. Ainsi, « Giants In The Sky » prend le rôle d’hommage aux légendes de la musique ayant quitté cette terre, affirmant qu’elles ne mourront jamais (par pitié, faites que notre cher Rob ne les rejoigne jamais !). En parlant de leader, Halford est en forme, alternant entre son timbre grave et ses pointes aiguës si caractéristiques, et toujours aussi prenantes. Porté par ses camarades de jeu, il prendra cependant très peu la parole au cours de la soirée, set d’une petite heure et quart oblige.
22h50 sonne le retour aux titres incontournables, dont « Painkiller », « Hell Bent For Leather » (supplément moto virile et cravache dans la bouche), pour finir dans l’euphorie de la fantastique « Living After Midnight ». Le message THE PRIEST WILL BE BACK s’affiche alors sur le fond de la scène, et le groupe prendra de longues minutes pour communier une dernière fois avec ses fans, les remerciant chaleureusement avec une classe à l’anglaise inimitable.
23h00 : VOLA / Altar
Représentant assez incontournable de la scène progressive moderne, Vola bénéficie d’un horaire tardif, juste entre The Ocean et Leprous. Que pouvait bien réserver cette toute première prestation des Danois au Hellfest ? Pour commencer, un son ultra clean et lisse, digne de ce qu’on peut entendre sur album — mais fort, cela dit : les protections auditives n’étaient vraiment pas de trop. Un travail assez efficace sur les lights, relevant presque de la boîte de nuit par moments. Et… une setlist soporifique. Il faut être honnête : autant l’auditeur qui découvre peut s’y retrouver sur les premiers morceaux, autant, dès la quatrième chanson, on a vite saisi le schéma des compos. Oui, on apprécie le côté très atmosphérique et planant des mélodies. Mais on a l’impression que le groupe s’en tient au même groove, avec un chant monotone, manquant d’envolées ou de screams qui pourraient apporter un peu de mordant à tout ça. La preuve : le point culminant du set se fera sur « Cannibal » de Friend of a Phantom. Faute d’avoir Anders Fridén dans les parages pour assurer le chant hurlé, c’est un remplaçant de luxe qui a été mis à contribution en la personne d’Einar Solberg de Leprous. Le rendu est bluffant, et le public est aux anges de pouvoir assister à ce featuring inattendu. Mais le groupe retombera vite dans la monotonie pour le reste du concert, à un point où le set deviendra interminable. Peut-être faut-il retenter l’expérience en salle, sans avoir subi 35 degrés pendant trois jours de suite.
22h15 : DEAFHEAVEN / Temple
Deafheaven est revenu en mars dernier avec un sixième disque, Lonely People With Power, et voilà l’occasion de fêter cette sortie avec les festivaliers. Encore une fois, une belle heure de show pendant laquelle George Clarke incite la fosse à se démener avec une gestuelle très typée Warzone. La qualité du son permet d’apprécier les nappes de guitare dont les Américains sont friands, mais le chant a parfois l’air étouffé. Rien qui vienne réellement gâcher ces retrouvailles entre Deafheaven et son public français.
22h00 : SATCHVAI BAND / Mainstage 1
Les deux comparses de toujours, Joe Satriani et Steve Vai, se sont enfin réunis dans un même groupe : le Satchvai Band. Munis de leurs Ibanez favorites, ces deux guitar heroes proposent un show alliant technicité et virtuosité. Bien qu’ils soient accompagnés d’un bassiste-chanteur, Marco Mendoza, il ne fallait pas s’attendre à beaucoup l’entendre donner de la voix. Le concert s’est surtout résumé à une démonstration des prouesses des deux guitaristes. Le feu dans les doigts, ils ont parcouru les frettes sans effort, Steve Vai ressortant même sa bonne vieille Hydra, cette guitare à trois manches. Tout au long de la soirée, Satriani et Vai ont gardé une attitude incroyablement cool et détachée, changeant de guitares et de solos comme un jeu d’enfant pour eux. Et puisqu’il fallait un peu de chant quand même, Marco Mendoza est revenu en fin de show pour interpréter la reprise de Born To Be Wild des Steppenwolf. Le Satchvai Band est un must à voir, un spectacle tonitruant qui rappelle pourquoi Satriani et Vai restent des icônes dans leur domaine.
21h00 : THE OCEAN / Altar
The Ocean reçoit une véritable ovation au moment de son entrée sur la scène de l’Altar. Le « collectif » – qui est devenu un véritable groupe depuis deux décennies, malgré de récurrents changements de line-up – assure ce soir sa dernière prestation avec son chanteur Loïc Rossetti ainsi que le guitariste David Ramis Åhfeldt. Comme sur le reste de la tournée, The Ocean fait le choix de segmenter son set en fonction des albums. Un choix judicieux, au vu de l’approche musicale extrêmement singulière de son dernier bébé, Holocene. C’est donc en terrain ultra-connu – et apprécié – que les musiciens capturent leur public avec l’enchaînement Jurassic | Cretaceous, Pleistocene et Triassic. Les basses vibrent jusque dans les tripes et l’intensité du moment atteint des hauteurs stratosphériques en à peine quelques minutes.
Loïc Rossetti est logiquement particulièrement communicatif, et vient se frotter aux premiers rangs dès le premier morceau. Le frontman est, comme à son habitude, exemplaire sur ses parties vocales : habitées, versatiles et captivantes. Le groupe vire en milieu de set vers Holocene, proposant des sonorités proches de l’ambient et du drone, sans pour autant laisser retomber la formidable tension distillée par sa musique. Les riffs écrasants reculent légèrement pour faire place à une beauté glaçante, construite autour de samples vrombissants. Jurassic | Cretaceous et sa construction en forme de roller-coaster émotionnel s’impose comme le clou du spectacle. Hypnotisant et épique à souhait, le morceau voit Rossetti lâcher à deux reprises son micro à des spectateurs en transe, pour un résultat certes un brin cacophonique mais chaotique. Staps, particulièrement mutique pendant ce dernier set, prend ses désormais ex-collègues dans les bras. Un beau moment. Il a désormais un groupe à reconstruire. Et la tâche ne va pas être aisée.
20h45 : SAVATAGE / Mainstage 2
22 ans. C’est le temps qu’il aura fallu attendre pour voir les membres de Savatage repartir en tournée (on ne compte pas l’unique concert de 2015 donné au Wacken Open Air). Et quel retour ! Tout en puissance et en émotion, avec une setlist concoctée avec le plus grand soin. Dès les premières notes, le public du Hellfest a compris qu’il assistait à un moment hors du temps. La magie opérait, portée par un groupe plus soudé que jamais, malgré une absence de taille : celle de Jon Oliva. Cloué au sol par des ennuis de santé, remplacé par deux claviéristes-chanteurs, il n’a pourtant pas totalement manqué ce rendez-vous. À mi-parcours du concert, alors que le public se régalait, les écrans géants se sont allumés. Jon est apparu, seul au piano, interprétant « Believe » avec une intensité déchirante, avant que ses camarades ne reprennent la main en live. Loin des siens mais au cœur du spectacle, son image et sa voix ont enveloppé Clisson d’un frisson collectif, comme une étreinte à distance entre le passé et le présent. Le groupe a proposé une vraie setlist best of, avec des morceaux comme « Edge Of Thorns », « Gutter Ballet », « Chance » et son superbe canon vocal ou un « Power Of The Night » déterré des débuts, avant de conclure avec l’incontournable « In The Hall Of The Mountain King » sur lequel Zachary Stevens aura poussé ses cordes vocales à bout. Face aux acclamations du public, on pourra dire que ce retour scénique s’est fait en apothéose pour Savatage.
20h00 : STICK TO YOUR GUNS / Warzone
Faire du punk-hardcore permet de caser le contenu de presque deux albums sur un créneau horaire limité. Stick To Your Guns prend donc d’assaut une Warzone pleine comme un œuf afin de délivrer une grosse série de missiles bien vénères. Le temps de laisser résonner le jingle de la 20th Century Fox (RIP), et Jesse Barnett balance son premier « 2-step ! » du concert. Le frontman est monté sur ressort et balance tout ce qu’il peut pour pousser la foule massive à tout envoyer en l’air. Le vocabulaire fleuri de circonstance y passe inévitablement : « fuck », « motherfucker », « let’s go », « split this pit », etc. Dans le pit, c’est littéralement le feu. Absolument tout vole en l’air : chaussures, casquettes, pichets, verres… et bien sûr les slammeurs, qui surgissent aussi bien des premiers rangs que des derniers. Un malabar en cagoule sado-cuir parvient même à remonter les gradins tout au fond de la Warzone.
Barnett, en mode épileptique sous Red Bull, réclame un wall of death à deux reprises sur « Invisible Rain », dédicace ses chansons à ses potes du hardcore-game et demande du circle pit à tout-va. Un gars, l’arcade en sang mais tout sourire, sort du chaos humain des premiers rangs, pendant que les secours débarquent en courant sur « Nothing You Can Do To Me »… avant de repartir avec un mec en civière quelques minutes plus tard. Re-belote avec « l’excuse » de l’anniversaire du guitariste Josh James, prétexte pour lancer un énième circle pit. Le mouvement de foule s’étend des barrières jusqu’à la régie… avant de carrément tourner autour de la régie. La folie.
19h45 : GRIMA / Temple
Grima fait partie de ces groupes qui voguent ces derniers temps sur une vague de hype. Les Russes viennent présenter leur sixième album Nightside devant le public de la Temple. Durant cette petite heure, les musiciens costumés nous emmènent sur les terres gelées de Sibérie, ce qui n’est pas pour déplaire au public de blackeux qui souffre de la chaleur sous le chapiteau. Depuis leur première tournée européenne dans les salles obscures, Grima a vraiment pris un virage significatif en termes de décor et de scénographie. L’aspect « créatures des forêts » est toujours soigné, avec le guitariste et le bassiste parfaitement synchronisés pour guider les spectateurs venus en masse. Grima a fait le choix de moins jouer ses titres où l’accordéon occupe une place prépondérante dans la composition, l’instrument étant ici samplé sur scène. En vérité, le show gagne à se passer de ces morceaux pour éviter le syndrome Septicflesh, avec de longs passages samplés pendant lesquels les musiciens ne touchent plus à leurs guitares. Les incantations ont eu l’air de fonctionner, puisque la fin du concert voit le vent se lever enfin, histoire de rafraîchir un peu l’ambiance. Mais pour le coup, on aurait presque apprécié de la vraie neige.
19h40 : BLACK COUNTRY COMMUNION / Mainstage 1
19h35 : BEYOND THE BLACK / Mainstage 2
D’aucuns pourraient s’étonner que Beyond The Black n’ait pas eu un spot sur la scène dédiée aux chanteuses la veille. Le groupe allemand vient remplacer au pied levé Peyton Parrish, et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’on n’a rien perdu au change. Jennifer Haben n’a certes pas la carrière d’une Tarja Turunen ou d’une Sharon Den Adel, mais elle a tous les atouts pour devenir l’une des grandes vocalistes du metal : beauté, voix puissante, aura de bonté naturelle et attitude rock. Son sourire, du début à la fin du concert, pousse la foule de la Mainstage à répondre présente à chaque sollicitation. Petit bonus avec la première interprétation live du nouveau single Rising High, dévoilé cette semaine. Belle prestation de la part de Beyond The Black, pour leur première fois au Hellfest.
19h30 : Instant pronostico-feat : Est ce que Derek Sherinian de Black Country Communion fera une apparition sur le set de Dream Theater ?
18h50 : MY SLEEPING KARMA / Valley
C’est forcément avec un petit pincement au cœur que nous allons au concert de My Sleeping Karma, en pensant fort au batteur Steffen Weigand, qui nous a quittés il y a deux ans. Juste avant le début du concert, les musiciens se sont serrés dans les bras en cercle sur scène. Ils vont également dédier un titre à leur ami regretté, en pointant le doigt vers le ciel, pendant que le public nombreux applaudit en hommage au musicien. En plus de ces quelques moments d’émotion, c’est surtout un savoureux voyage que nous propose le groupe de rock psychédélique. My Sleeping Karma, c’est déjà très bon en studio, mais en live, ça prend aux tripes. Le fait que le public de la Valley ne soit pas encore trop alcoolisé participe au fait que tous les spectateurs, curieux comme fans, se font aisément embarquer dans ce trip où l’on voit notamment quelques éléphants… Du dernier album Atma au répertoire plus ancien, les Allemands varient les atmosphères. Même en plein soleil, l’ambiance n’en pâtit pas. Il suffit de fermer les yeux quelques instants pour suivre le groupe là où il veut nous emmener. Encore un passage mémorable pour le groupe, qui bénéficie une fois de plus d’un excellent son sur la Valley.
18h20 : SPECTRAL WOUND / Temple
Nous n’allons pas faire très long sur Spectral Wound. Pourquoi ? Parce que les Québécois font un black metal très classique. Ils ont du corpse paint, des t-shirts d’autres groupes de black metal, et ils ne sont pas très contents. Dernier point très important : leur set est d’une efficacité implacable. Spectral Wound remplit parfaitement le cahier des charges du très bon groupe de black metal inspiré des années 90, un peu orienté vers la Finlande, qui mêle riffs transcendants et mélodie accrocheuse pour une musique inécoutable pour le commun des mortels. Le groupe a d’ailleurs su bénéficier d’une petite notoriété grâce à son excellente application d’une recette, véritable contre-pied au black metal moderne ou au courant post-black prédominant sur la scène. Alors Spectral Wound ne révolutionne pas grand-chose, mais il a très bien compris comment faire un black metal efficace, sans fioriture et sans compromis. De temps en temps, ça fait du bien par où ça passe.
18h10 : MYLES KENNEDY / Mainstage 1

17h50 : NASTY / Warzone
Quand les gars de Nasty arrivent sur scène avec leurs bras de bûcherons, leurs coups de taureaux, leurs tatouages jusqu’aux yeux et leurs t-shirts mal taillés, on se dit que la team crossfit est de retour, et surtout, on s’attend à du brutal. Et bordel, on est servi ! Rythmique lourde, riffs simples et efficaces, le set complet est une invitation au moshpit et la fosse s’en donne à cœur joie. Quand le hardcore ralentit le tempo tout en augmentant les décibels, ça donne du beatdown bovin de premier choix et tout le monde n’en ressort pas indemne. Il est bien amusant de comparer le message d’unité et de respect du groupe avec les grandes tatanes qui se distribuent dans la fosse, sous l’œil complice du chanteur, parfait maître de cérémonie malgré son français chancelant. Après 50 minutes compactes, les Belges nous laissent après avoir livré une meilleure prestation qu’en 2019 – à un wall of death inutile près.
17h00 : VISIONS OF ATLANTIS / Mainstage 2


16h50 : PERSEFONE / Altar
Les observateurs l’auront remarqué, cette édition du Hellfest n’est pas très fournie en termes de death mélodique. Heureusement, l’organisation a eu l’idée lumineuse d’inviter pour la toute première fois un groupe qu’on aurait peut-être un peu tendance à oublier lorsque l’on parle de melodeath, sûrement à cause des nombreux ingrédients de metal progressif qui composent sa musique, le classant de fait entre deux styles, sans vraiment avoir explosé d’un côté comme de l’autre. Forts de plus de vingt ans d’activité avec sept albums au compteur, Persefone avait relayé sur les réseaux son enthousiasme à pouvoir enfin fouler une scène du Hellfest. Et cet enthousiasme, autant vous dire qu’on l’a bien constaté une fois l’heure fatidique arrivée. Daniel R. Flys, intégré il y a tout juste deux ans en remplacement du chanteur historique Marc Martins Pia, parvient en deux temps trois mouvements à se mettre le public de l’Altar dans la poche. Il mènera la danse d’une main de maître durant tout le set, autant sur le plan de la performance vocale que sur son rôle de frontman.
La formation étant originaire de la petite principauté d’Andorre, on peut facilement imaginer une présence soutenue de la communauté catalane dans le pit. Les six compères sont bien décidés à marquer le Hellfest de leur empreinte, eux qui auraient mérité une bien plus grande reconnaissance durant leur carrière. Ainsi, ils n’hésiteront pas à faire descendre un des gratteux directement au milieu de la fosse, pour ensuite y lancer un gigantesque circle pit autour de ce dernier. L’identité sonore de Persefone a beau contenir un bon paquet d’éléments complexes, elle n’en reste pas moins accessible grâce à son penchant melodeath. Dès lors, le spectateur non initié n’est jamais perdu et a toujours quelque chose pour le maintenir en haleine. La réaction du public ne pouvait être meilleure, avec une clameur massive entendue à chaque fin de chanson – voire même pendant – et bien sûr en toute fin de set. C’est une belle surprise que ce concert de Persefone, au vu de ce qu’il a pu être de fédérateur. Ce premier passage est bien plus que réussi : il aura été carrément mémorable.
16h35 : D-A-D / Mainstage 1
D-A-D est l’acronyme de Disneyland After Dark. Ironique quand on sait que, bien souvent, le Hellfest est comparé à un Disneyland du metal. Mais avec D-A-D, pas de place pour les rêveries ou les contes de fées. Les Danois sont là pour jouer du bon gros hard rock péchu, et ils le font jusqu’au bout ! Chaque chanson semble bâtie pour la scène, s’enchaînant les unes derrière les autres avec une énergie brute et de riffs percutants. Stig Pedersen, le bassiste, s’est même essayé à quelques acrobaties en grattant son instrument debout sur la grosse caisse de son comparse batteur. Un concert généreux, sans temps mort, qui a prouvé que D-A-D reste une valeur sûre du hard rock scandinave. Entre attitude rock’n’roll, morceaux taillés pour la scène et un soupçon de folie scénique, les Danois ont offert au public du Hellfest un vrai moment d’adrénaline. On le redit : pas besoin de manèges, de château enchanté ou de niaiseries. Avec D-A-D, c’est le gros son et la sueur qui font rêver.
16h05 : THE CHISEL / Warzone

16h00 : AGRICULTURE / Temple
Agriculture. Voilà un nom peu commun pour un groupe de post-black metal. Ce jeune groupe signé chez The Flenser a su, sans doute en partie grâce à ce patronyme peu commun, ramener pas mal de curieux. Pour un projet qui n’a qu’un seul album et un EP à son actif, le créneau horaire est plus que correct. Ils ont ainsi la chance de se produire devant une Temple chaude et bien remplie. Musicalement, on est dans l’école de Deafheaven. Esthétiquement, ça sent bien la cambrousse. La dégaine des musiciens peut faire sourire : entre le chauve à la barbe mal taillée et le batteur aux rouflaquettes, on respire plus l’air de l’Eure-et-Loir que celui de la Californie. En dehors de cette question de goût, qui n’interroge en réalité que Marc Baugé, Agriculture balance son « ecstatic black metal » avec une furieuse envie d’en découdre. Le guitariste chanteur Dan Meyer y met une telle volonté qu’il en chute par terre dans ses cascades avec sa guitare. La bassiste et vocaliste Leah Levinson, qui paraîtra assez fermée tout au long du set, profitera d’une rare interaction avec le public pour prendre position sur la Palestine et sur la cause trans. La politique s’invite à nouveau au Hellfest, sans que cela ne fasse grincer des dents sous la Temple. Quoi qu’il en soit, Agriculture a fait une démonstration de force musicale et s’inscrit dans les groupes à suivre avec attention. Le black metal évolue aussi, et n’en déplaise aux puristes, c’est tant mieux.
15h54 : VULTURE INDUSTRIES / Altar

« Avant-garde metal », « metal baroque », « dark goth burlesque metal »… Burlesque ? Voilà de quoi titiller la curiosité concernant la prestation de Vulture Industries, formation norvégienne active depuis près de 20 ans. Malgré les associations tarabiscotées imaginées par certains médias pour définir leur musique – finalement très progressive –, cette dernière reste extrêmement accessible et mise en valeur par un son plutôt clair. Les morceaux sont techniquement fins et les ambiances extrêmement travaillées. Il est à ce titre regrettable d’être parasité par le son de la Mainstage, qui vient recouvrir les parties les plus éthérées – notamment sur « Deeper ». Ce souci de voisinage, ajouté à l’horaire de début d’après-midi, vient complexifier l’immersion nécessaire pour pleinement profiter de leur musique, qui s’écoute religieusement et les yeux partiellement fermés. Vulture Industries, c’est du beau travail d’orfèvrerie, plus adapté à un cadre intimiste qu’à un festival au menu gargantuesque comme le Hellfest. Le créneau permet au moins d’offrir à ce groupe original et irréprochable dans son exécution une visibilité intéressante. Car oui, il y a bien une dimension burlesque assumée dans leur approche musicale, et bien qu’elle soit moins marquée que chez un Diablo Swing Orchestra, elle apporte une vraie personnalité à leur travail.
15h30 : FREAK KITCHEN / Mainstage 2
15h00 – 🎙️ Podcast : Interview avec DRAGUNOV.
14h57 : TRYGLAV / Temple

Projet solo d’un Croate répondant au nom de Boris Behara, Tryglav fait sa grande première dans le sauna qu’est devenue la Temple, avec un trio batteur/guitariste/bassiste (sur une 6 cordes !) venu épauler le frontman pour le live. La chaleur étouffante présente sous les chapiteaux en ce samedi pourtant un brin moins ensoleillé en a découragé plus d’un. Il est donc assez facile de se frayer un chemin jusqu’aux premiers rangs. Mais au final, pour quoi ? Quarante minutes d’un black mélodique et épique certes bien exécuté, mais manquant cruellement de hargne. Le résultat est pourtant plutôt correct en studio, on pouvait donc avoir de bons espoirs pour ce concert. Mais même si ça se donne un peu sur scène, il n’y a pas cette ardeur attendue, particulièrement sur le chant qu’on sent un peu fatigué. Le géant (car oui, il en impose) Croate subirait-il lui aussi les effets de cette canicule ? Toujours est-il que les transitions entre les titres sont plutôt pondérées, sans réelle interaction avec le public. Ce dernier accordera tout de même une certaine ovation aux musiciens lorsqu’ils salueront en fin de set, visiblement très honorés d’avoir eu droit à cette opportunité.
14h32 : THE SOUTHERN RIVER BAND / Mainstage 1
14h30 : SPY / Warzone
Ne vous faites pas avoir par les guitares Flying V et les looks de thrasheux : Spy est un groupe californien de hardcore très inspiré de la scène resserrée des années 80. Sous leurs dehors simplistes, les Américains apportent une touche très particulière à leur son, via des changements de rythme aussi inattendus que naturels dans leur jeu – mais surtout avec la voix hantée de Peter Pawlak, comme si Jacob Bannon s’était découvert un goût pour l’horror punk. Cette identité maintient une forme de malaise, comme si l’on se retrouvait perdu sur un chemin qu’on pensait parfaitement connaître. Les mosheurs de la fosse, eux, ne sont pas désorientés, et Spy laisse dans un premier temps le pit dans une forme d’autogestion, lance quelques vagues « Move it » à l’assemblée, avant de réclamer un circle pit en fin de set face à un public qui s’exécute sans broncher. Encore une preuve irréfutable montrant que les coreux sont des gens dociles et disciplinés.
14h25 : ROSS THE BOSS / Mainstage 2
Visiblement toujours pas réconcilié avec Manowar, le Hellfest a trouvé la parade pour contenter les fans en faisant jouer Ross The Boss. Un choix parfaitement légitime puisque, rappelons-le, il est le guitariste originel du mythique groupe de heavy metal. Chose que Ross semble bien se rappeler. Pas d’ambiance « cuir-moustache » avec lui, mais le concert n’aura quand même été qu’un enchaînement de classiques du groupe. Les fans ont pu entendre « Kill With Power » ou « Battle Hymn », parmi d’autres titres bien connus. Ils n’auront pu être que ravis, et le Hellfest aura fait un joli pied de nez à Manowar.
14h20 – 🎙️ Podcast : Interview avec SHAÂRGOTH.
14h19 : AUDREY HORNE / Mainstage 1
Malgré plusieurs passages au Hellfest, Audrey Horne semble condamné aux créneaux horaires de début de journée. Le groupe a cependant grappillé une heure par rapport à son dernier passage. Il pourra donc espérer jouer en milieu d’après-midi d’ici dix ou quinze ans. Pas de temps à perdre, d’autant plus que les Norvégiens ont tendance à tartiner de longs solos dès qu’ils en ont l’occasion. « This Is War » ouvre le bal de cette petite demi-heure de heavy rock’n’roll au feeling très 80’s. Le public répond au quart de tour, les musiciens utilisant au maximum l’immense scène – et notamment son avancée – pour enchaîner les poses et haranguer les premiers rangs. Audrey Horne maîtrise son sujet et délivre une prestation techniquement sans accroc. Toschie Rød galope de gauche à droite, d’avant en arrière, ne s’éclipsant uniquement lorsqu’il s’agit de mettre l’un des musiciens en lumière. Les deux guitaristes ont droit à leur exercice démonstratif de tricotage instrumental, même si notre préférence ira au solo bluesy de Thomas Tofthagen. « Waiting For The Night » et son refrain disco-heavy remportent tous les suffrages en étant repris a cappella par la foule, avant le classique « Redemption Blues ».
14h02 : MAJESTICA / Mainstage 2

Bien que certains aient qualifié ce concert de « foire à la saucisse » (nous ne les nommerons pas, mais leurs propres goûts musicaux sont contestables, croyez-moi), Majestica est bien en place pour servir d’entrée en cette fin de matinée sous les nuages. Tommy Johansson, bien qu’habitué à des horaires plus tardifs et à une foule bien plus dense, semble heureux d’être de retour en terres clissonnaises avec sa formation dynamique. Dès les premières notes de « Power Train », il est évident que le bougre est en voix et que le public un peu clairsemé ne lui fait pas peur. Chris Davidsson à la basse fait le show et le quatuor se débrouille honnêtement plutôt pas mal dans l’idée de défendre son dernier album fraîchement sorti. Des circle pits tout doux se forment aux abords des deux Mainstages, portés par les pointes aiguës du chanteur et le power qualitatif délivré. La demi-heure de show va malheureusement passer beaucoup trop vite, et l’hymne fédérateur « Metal United » résonnera encore dans le cœur des festivaliers ayant eu le bon goût de venir soutenir les Suédois en ce troisième jour de festival.
14h00 : PEST CONTROL / Warzone
Le samedi et le dimanche de la Warzone sont consacrés à la bagarre, et charge à Pest Control de donner le ton pour ceux qui (comme nous) n’étaient pas levés pour Last Hounds. Le démarrage est très thrash, avec solos de guitare doublés, mais très rapidement le pendant hardcore prend le dessus. Il a d’ailleurs suffi d’un « Open this fucking pit » émanant de la hurleuse en chef, soigneusement habillée en employée du mois – les lunettes de soleil en prime – pour lancer les hostilités dans la fosse, et le premier circle pit arrive bien vite sur l’excellent « Year of the Pest ». Le crossover thrash des Anglais jouit des forces évidentes du groupe : les solis de guitare électrisants et la voix galvanisante de Leah Massey, des éléments particulièrement audibles sur le morceau « PMC ». Pest Control était sur les radars d’à peu près tout le monde du hardcore depuis la sortie de son premier album en 2023, et ce passage sur la Warzone confirme qu’on avait bien raison de s’y intéresser.
13h50 – 🎙️ Podcast : Interview avec NEwTT.
13h45 : THE MIDNIGHT GHOST TRAIN / Valley
Quand un membre de l’émission Welcome to Sky Valley, émission stoner doom de Radio Metal, recommande un groupe, la moindre des choses c’est d’aller y jeter un coup d’œil, même si pour cela il faut se rendre aux aurores sur la Valley. Pas question d’ambiance planante guidée par la prise de psychotropes chez Midnight Ghost Train, mais plutôt un stoner à tendance rock’n’roll et blues qui incite les spectateurs à vigoureusement agiter le cou. Le groupe a beau dire qu’il vient en paix, il distribue de jolies petites taloches, notamment grâce à un batteur généreux et des riffs qui montrent les dents. Même si la fin du concert a été émaillée de problèmes techniques, le moment fut agréable et la recommandation était bonne. Merci Roy !
13h16 : WITCH CLUB SATAN / Temple

12h47 : LUNAR TOMBFIELDS / Temple
On peut toujours compter sur Les Acteurs de l’Ombre pour proposer de bons groupes à la Temple, notamment en début de journée. Ce samedi, c’est à Lunar Tombfields qu’il revient d’ouvrir le bal de la scène black metal. Le groupe nantais, fondé en 2020, a deux albums à son actif et entend bien tirer le meilleur de la petite demi-heure qui lui est allouée. On imagine bien qu’en ce début de troisième journée, l’horaire matinal les a privés d’un public plus nombreux, mais pour ceux qui étaient présents, c’était un bon échauffement avant les autres groupes prévus aujourd’hui.
12h17 : VESTIGE / Altar
Pour aujourd’hui, oublions un peu le gras et le bas du front habituellement suggéré sous l’Altar. Aujourd’hui, c’est la journée des matheux, des cerveaux, des poètes aussi (et non pas des pouêts comme hier en Temple). Avec juste un album sorti en 2024 et un nouveau single dévoilé cette année, les Frenchies de Vestige ont obtenu l’honneur d’ouvrir le bal de ce samedi axé prog. Si le chapiteau est très loin de faire le plein – comme très souvent à cette heure où les organismes se remettent de la veille –, on note néanmoins une petite affluence non négligeable qui se densifiera progressivement au fil des 30 minutes accordées au groupe. La qualité du son est au rendez-vous, rendant ainsi justice aux compositions très léchées du quatuor, dont on sait qu’il a pris tout le temps nécessaire pour peaufiner son tout premier opus, Janis. Leur metal progressif fait mouche, et même si la brutalité propre à l’Altar est un peu mise de côté, il n’en reste pas moins un côté rentre-dedans proéminent, notamment par le chant agressif et les riffs assez lourds à la 7 cordes. Alternant avec du chant clair et des mélodies aériennes, le mix obtenu est admirablement bien équilibré. Il faudra bien 3 ou 4 morceaux avant que le chanteur/guitariste ne s’adresse au public pour présenter très brièvement son groupe et envoyer quelques remerciements sincères. Si les quatre zicos gardent cette belle inspiration et cette énergie en concert, c’est un avenir radieux qui devrait se dévoiler à eux. C’est d’ailleurs déjà le cas : le groupe démarre sa tournée des festivals d’été par le plus gros de tous, puis enchaîne en septembre et octobre par des dates en support de Klone et de Tesseract. Vivement la suite !
10h30 : Le ciel est couvert pour le moment et nous avons vu une goutte tomber du ciel, mais nous savons que cela n’est qu’une douce illusion… Aujourd’hui, le Hellfest va être un véritable four.
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Rédacteur en chef : Jean-Florian Garel
Rédaction : Mathilde Beylacq, Aurélie Cordonnier, Benoît Disdier, Mickey Guevara, Arnaud Phay & Wolflord
Photographes : Nicolas Gricourt & Sylvain Leobon








































