La pratique est devenue courante et tend à se multiplier du côté des gros festivals. Du moins ceux qui disposent d’une « image de marque » bien installée, ce dont le Hellfest bénéficie désormais depuis une grosse décennie. Proposer une tournée warm-up revêt un double enjeu : organiser une opération de communication intéressante à quelques semaines de l’événement, mais également mettre en lumière des formations qui compteront possiblement parmi les acteurs majeurs de la scène prochainement. A voir l’impressionnante faune qui se masse devant le Warehouse de Nantes pour cette soirée de clôture, la stratégie s’avère plus que payante.
A l’occasion des deux dernières dates – Paris et Nantes –, le Hellfest teste d’ailleurs une nouvelle formule en associant une grosse locomotive aux groupes présents sur l’intégralité de la tournée. Les Britanniques de Skindred viennent donc se greffer au line-up, aux côtés de Novelists et Nervosa. L’équipe du festival annonce par ailleurs des animations ainsi qu’un after de l’enfer de 00h à 06h. Un programme de gladiateur, dont la première épreuve consiste… à rentrer dans la salle.
Artiste : Skindred – Novelists – Nervosa
Date : 29 mars 2025
Salle : Le Warehouse
Ville : Nantes [44]
Le concert étant complet, c’est une file interminable qui se forme rapidement le long des anciens hangars. L’équipe de sécurité étant visiblement insuffisante, trente à quarante minutes sont nécessaires pour pénétrer les lieux. Rien de bien gênant néanmoins : l’organisation a prévu un temps assez long entre l’ouverture des portes et le début du set de Nervosa. Si le Warehouse s’apparente plus à un nightclub qu’à une salle de concerts classique, l’esprit indus des lieux s’accorde parfaitement au décorum Hellfest mis en place pour l’occasion. Reste que la configuration très spécifique de la salle contraint une partie importante du public à se positionner complètement à droite de la petite scène, sans possibilité de pouvoir assister aux shows de face.
C’est Nervosa qui attaque les hostilités en déroulant un thrash-death chargé d’apporter la caution extrême de la soirée. Les Brésiliennes affichent près de quinze années d’expérience, cinq albums et un estampillage Napalm Records. Le quatuor compte notamment parmi les quelques formations cent pour cent féminines mises à l’honneur de la prochaine édition du festival. Côté line-up, Nervosa affiche une instabilité digne de Dallas. Pour autant, le turn-over n’a jamais été vraiment synonyme de renouveau pour les Brésiliennes. Leur musique est de facture assez classique, et tourne malheureusement rapidement en rond. Ça riffe dur, blaste et vocifère non-stop, sans trop prendre le temps de chercher les contrastes ou cassures. Inévitablement, chaque morceau semble plus ou moins similaire au précédent.
Mais reconnaissons aux filles une volonté de se donner sans se ménager. Nervosa bénéficie d’une vraie furie en guise de frontwomen : Prika Amaral a en effet depuis quelques années repris la fonction de hurleuse en plus de ses missions de guitariste. Le show est par contre très statique, ce qui n’aide pas à oublier l’uniformité des compositions. Il pourrait être intéressant pour le quatuor de revenir à une formule à deux guitares / une chanteuse, comme par le passé. Le rendu sonore est de plus loin d’être exemplaire : on peine à distinguer les leads et Nervosa se coltine même à trois reprises de courtes coupures de façade, ce qui amène un rendu involontairement cocasse lorsque les musiciennes se retrouvent à bourriner comme des sauvages alors que la salle n’entend plus rien si ce n’est la batterie de Gabriela Abud. Les clients de thrash-death bas du front y trouveront sans doute leur compte, mais les quarante-cinq minutes semblent un peu moroses, pour ne pas dire longuettes. C’est encore un peu timide côté public mais la salle étant pleine comme un œuf, l’assistance est bien tassée devant la scène.
Changement de registre et de dimension avec Novelists. Disons-le tout de go : ce groupe a pris une ampleur considérable et mérite aujourd’hui de figurer parmi les têtes de proue françaises à l’international. Dans les starting-blocks, compte tenu de la sortie désormais toute proche de leur album Coda, Novelists a amorcé une ère nouvelle avec l’arrivée de sa nouvelle chanteuse Camille Contreras. Si le frontman allemand Tobias Rische – 2021 à 2023 – a accompagné le groupe dans la définition d’une orientation artistique nouvelle, cette « itération 3.0 » affiche clairement la cohérence et la complicité nécessaires à son explosion. Le son est pourtant perfectible, bien que nettement meilleur que pour Nervosa. Le chant de Camille est trop en retrait, ce qui est clairement regrettable au vu de la qualité de la prestation. Mais qu’importe, Novelists compense en déroulant un set hallucinant sur tous les aspects. C’est technique, précis, équilibré, à la fois puissant et mélodique. C’est surtout émotionnellement chargé et intense, au point d’en filer la chair de poule.
Novelists assume ses choix et l’achèvement récent de sa mue artistique. Faute de temps, le groupe laisse volontairement de côté ses trois premiers albums, excellents mais différents de ses travaux récents. La setlist est donc articulée autour des compos récentes ainsi que des morceaux de Déjà-Vu, qui occupent d’ailleurs le début de set avec l’enchaînement « Lost Cause », « Terrorist » et « Do You Really Wanna Know? ». L’occasion de constater que Camille reprend à merveille les lignes de Tobias Rische, et ce même lorsqu’il s’agit de s’aventurer vers des domaines qui ne sont pas forcément les siens – les quelques phrasés typés rapcore, un peu plus tard sur « Heretic ». Polyvalente et pétillante, elle présente de plus un énorme capital sympathie lorsqu’elle prend le temps de faire monter sur scène les travailleurs de l’ombre qui accompagnent le groupe sur la route.
Le premier wall of death massif de la soirée est lancé avec le troisième morceau, avant que le groupe ne s’oriente vers les titres récents, à commencer par le tonitruant « Prisoner ». Les musiciens sont parfaitement en place et enchaînent les leads virevoltants sans couacs. Mieux, tout le monde s’éclate sur scène. Novelists affiche un feeling incroyablement positif et enchaîne tambour battant – le timing est serré – avec les petites pépites de son prochain album : « Coda », « Say My Name », « All For Nothing ». Camille, visiblement très émue, précise qu’elle n’a jamais été aussi heureuse de sa vie. Contrairement aux formations américaines qui n’hésitent pas à balancer chaque soir qu’ils vivent le meilleur concert de leur carrière, on lui accorde sans problème toute confiance tant sa joie transpire l’authenticité. Le concert s’achève en apothéose avec le hit « Smoke Signals », sur lequel le bassiste Nicolas Delestrade laisse ses parties vocales à Camille – possiblement par simplicité technique – puis l’inévitable « Turn It Up ». La fosse connaît un ultime et massif soubresaut, accompagné de quelques explosions pyrotechniques qui soulignent l’intensité du moment. Novelists a clairement marqué des points.
Setlist :
Lost Cause
Terrorist
Do You Really Wanna Know?
Prisoner
Heretic
Coda
Say My Name
All For Nothing
Smoke Signals
Turn It Up (Keyboard Warriors Social Club)
Place à Skindred, qui va dérouler un show sympathique mais aussi what the fuck que le concours de air guitar qui sévit à chaque changement de plateau. On pouvait être en mesure d’en attendre un peu plus d’une formation de cette ampleur, bien que l’assistance ne semble pas s’offusquer véritablement du quasi-je-m’en-foutisme affiché par le quatuor. Le public est venu pour faire la fête, point. A ce titre, la prestation « boom-boom tout le monde la main en l’air » du mythique Benji Webbe et de sa bande remplit parfaitement ses objectifs : c’est le feu du début à la fin. Le son est de plus extrêmement qualitatif et le frontman, emballé dans trois ou quatre couches de sapes pailletées du plus mauvais goût, est particulièrement en voix. Skindred dispose d’un répertoire riche et varié lui permettant de jouer trois ou quatre heures de gros hits qui tabassent sans s’essouffler – du moins, sur le plan artistique –, mais va pourtant faire le choix de parasiter de façon incessante sa prestation d’ajouts inutiles, de samples pénibles ou de bla-bla interminable.
L’ensemble démarre déjà par deux morceaux sur bandes – un de Queen, l’autre de AC/DC – puis un remix de la marche impériale de Star Wars. Il est légitime de vouloir faire monter la tension, mais à un moment, il faut se lancer. Le début du show répond malgré tout aux attentes, avec quatre gros morceaux qui instaurent une ambiance festive assez massive : le récent « Set Fazers », puis les classiques « World’s On Fire », « Doom Riff » et « Rat Race ». Le reggae metal de Skindred tranche radicalement avec les deux autres groupes, et c’est tant mieux. Barrée, parfois électro à outrance, la musique des Anglais invite à l’ouverture d’esprit autant qu’à tout lâcher. La suite du set va pourtant installer une espèce de « stop’n’go » qui devient rapidement irritant. Benji parle beaucoup, demande incessamment des « ouh-ouh » et autres battles de voix entre la gauche et la droite, mais surtout lance, coupe puis relance un certain nombre de titres. « L.O.V.E » connaît notamment deux faux départs avant d’être enfin livré à la foule.
Tout est là : l’énergie de interprétation, l’ambiance dans la fosse, la qualité des compos. Les pauses entre les titres, les manœuvres de triturage et le hachage de certaines compos font pourtant trop souvent retomber la tension – et l’attention. Skindred glisse un medley « Radio 01633 / Jump / Jump Around » parfaitement inutile à mi-parcours et intègre jusqu’à l’overdose des ajouts électroniques plus ou moins discrets au cours de son show. C’est notamment le cas de « L.O.V.E », revisité avec un sample de « Still D.R.E. », ainsi que de « Kill The Power » qui dérape sur un break drum’n’bass annihilant littéralement l’impact du dernier tiers de la chanson. Benji sort même de scène à l’issue du titre, laissant ses acolytes meubler avec un début de jam un peu n’importe-nawak. Un changement de fringues s’imposait visiblement pour le run final, qui aligne ENFIN deux titres joués avec puissance et surtout sans artifices : « Gimme That Boom » et « Warning ». L’occasion pour le quatuor de réclamer son fameux moment « newport helicopter » à base de t-shirts qui tournoient. On ne peut s’empêcher de penser au moment de gênance ultime qui survient à chaque mariage lorsque le tonton qui a forcé sur la bouteille retire sa chemise sur l’hymne de Patrick Sébastien, mais le moment est à l’image du spectacle : décomplexé. Après tout, personne n’a jamais dit que le metal devait être un art ultra-sérieux. On aurait cependant aimé que Skindred passe un peu moins de temps à s’égarer en chemin… Et en profite pour caser un ou deux morceaux de plus au sein de sa setlist.
Setlist :
Set Fazers
World’s On Fire
Doom Riff
Rat Race
That’s My Jam
Medley : Radio 01633 / Jump / Jump Around
L.O.V.E. (Smile Please)
This Appointed Love
If I Could
Kill the Power
Nobody
Gimme That Boom
Warning





























