Voilà plus de vingt ans qu’Hysteria évolue dans la sphère extrême lyonnaise, se produisant principalement dans les salles obscures de la région pour proposer sa contribution à la musique qu’il chérit ! Démarrant sur une base plutôt axée vers le brutal death metal, la formation bientôt trentenaire a évolué au fil de ses écoutes personnelles pour s’affiner vers un blackened death mélodique aux atmosphères plus mélancoliques. Mais malgré son âge et son line-up solide, Hysteria n’a jamais cherché à devenir la future tête d’affiche des festivals… Le quatuor se fait simplement plaisir, sans prétention aucune, mais il le fait avec passion et sérieux. C’est donc cette philosophie qui guidera son évolution l’amenant jusqu’à ce quatrième album, Heretic, Sadistic And Sexual Ecstasy… Ce nouvel opus présente un véritable effort de production, développe davantage ses affinités avec le black metal, et pourrait bien attirer les oreilles des amateurs du genre même bien au-delà de nos frontières…
Retour au fief du groupe où tout se déroule depuis 1996, à la capitale des Gaules. Si Hysteria a vu plusieurs petites salles mettre la clé sous la porte dans sa ville, il a toujours bien été accueilli dans le désormais incontournable Rock’n’Eat. Preuve de l’aura du groupe sur son territoire, le public a assurément répondu présent à l’occasion de la release party du nouvel album, avec un ‘Rock’ des grands soirs, bien plein pour une soirée prix libre. Nous nous sommes rendus sur place quelques heures avant la messe pour réaliser un entretien dans les loges de la salle avec ses murs couleur rouge sang. Le décor est donc idéal pour discuter avec les quatre musiciens et amis d’enfance, Xavier Chautard, Jérôme Christophe, Sylvain Ostengo et Adrien Desmonceaux, avec qui nous avons parlé de la composition du nouvel opus, de ses thématiques viscérales et blasphématoires, mais aussi de la scène locale et de leur ouverture pour le co-plateau Dissection et Watain vingt ans auparavant…
« Nous voulions faire du bourrin, mais nous voulions mélanger la mélodie ou la mélancolie au côté brutal. Aujourd’hui, je pense que c’est ce qui fait un peu l’identité d’Hysteria. »
Radio Metal : Vous êtes reconnus à l’échelle locale dans la scène death metal lyonnaise, au même titre qu’un Destinity, vous avez bientôt trente ans d’existence, vous n’avez connu qu’un seul changement de line-up avec le départ de Thibault Fontaine à la basse et l’intégration d’Adrien Desmonceaux en 2018, qui était un ami de longue date. Pourtant, il y a quand même pas mal d’années qui séparent vos sorties. Quelle a été votre vision d’Hysteria et quel est votre rapport au groupe ?
Xavier Chautard (batterie) : Nous n’avons pas du tout une vision professionnelle. C’est plutôt une histoire d’amitié qui dure depuis vingt-huit ans. Ça fait maintenant presque six ans qu’Adrien est dans le groupe. Nous ne voulons pas du tout nous professionnaliser, parce que clairement, ce que nous en pensons est que plus tu vas te professionnaliser, plus tu auras de deadlines, des choses à fournir, or comme tu l’as remarqué, nous sommes de grosses feignasses ! [Rires] Nous sortons des CD tous les cinq ou sept ans, sans aucune pression et nous avançons comme nous avançons.
Tu as fait partie de groupes qui avaient une vocation quasi pro – Aorlhac, par exemple, qui, je pense, n’avait pas la même vision sur ce sujet. Du coup, même quand vous étiez jeunes, vous n’avez jamais eu ce fantasme par rapport à Hysteria ?
Non, pas du tout, parce que c’est allé assez vite : mes collègues ont eu des enfants et nous avons tous des boulots à responsabilités. Jérôme est responsable qualité, Sylvain est responsable achat, Adrien est forgeron à son compte et moi, je suis responsable logistique. Nous avons donc des boulots qui nous ramènent la tune qu’il nous faut pour vivre et nous pensons clairement que la musique, surtout en 2024, ne nous rapporterait pas du tout ça.
Jérôme Christophe (guitare) : Quand nous étions jeunes, il faut savoir que nous étions dans les mêmes collèges, nous sommes allés dans les mêmes lycées, donc nous avons eu presque les mêmes diplômes. Nous allions à l’école et nous faisions le groupe. Quand nous partions dans notre vocation professionnelle, nous avions le groupe en parallèle. Nous avions les pieds sur terre, nous savions que, pour en vivre, il n’y avait pas de la place pour tout le monde. Après, nous avons essayé de jouer au mieux que nous pouvions. Au début, c’était plus comme ça, en jouant un peu, puis nous avons dit que nous aimions bien, que voulions faire des concerts, et puis que nous pouvions enregistrer. Nous avons mis notre pierre à l’édifice comme ça. Après, c’est un gros investissement. On voit Xavier qui a joué dans trois groupes… Nous ne voulons pas forcément tous cette vie-là. Si ça s’était présenté, nous ne savons pas comment nous aurions réagi. Comme je le disais, nous sommes des potes de troisième, et même si Adrien est arrivé plus tard, ça faisait longtemps que nous le connaissions. Nous sommes une bande de potes qui a écouté de la musique, qui a été fan des Sepultura, Metallica, etc. et qui, un jour, a dit : « Eh, nous aussi on veut essayer ! » et nous avons fait ça dans les garages, comme tout le monde.
Même si vous dites que vous êtes des « feignasses » et que c’est une aventure de potes, vous faites quand même les choses assez sérieusement, avec certaines exigences, car il y a une qualité de composition, de production, etc.
Sylvain Ostengo (chant & guitare) : C’est clairement une aventure sérieuse, mais nous ne nous prenons pas la tête, nous ne nous mettons pas de défis, nous ne nous donnons pas des objectifs à sortir un album tous les deux ans. Ça vient comme ça vient. Nous prenons notre temps à composer et nous avançons comme ça, mais globalement, nous le faisons quand même sérieusement. Effectivement, le mot « feignasse » est peut-être un petit peu fort, mais disons que nous prenons notre temps, nous composons, nous peaufinons, nous avançons, et ça doit sortir quand ça doit sortir, sans pression.
Justement, comment se passe la composition chez Hysteria ? Est-ce que c’est collectif ou est-ce que vous avez un membre qui compose la majorité des titres ?
Sur les derniers albums, globalement, je crée la base, le squelette, les fondations des morceaux. J’arrive avec une maquette assez bien établie. Ensuite, nous peaufinons et faisons les arrangements en répétition. Nous en discutons, s’il y a des choses qui ne marchent pas, nous éliminons ; s’il y a des choses qui marchent, nous gardons. Quand je fais la structure, c’est vraiment avec les instruments de base, c’est-à-dire guitare et batterie, nous peaufinons ça en répétition, et ensuite Xavier écrit les paroles, et avec celles-ci, nous remanipulons un peu des riffs et ce genre de choses.
Vous avez quatre albums et deux EP à votre actif. Même si chaque album sonne différemment, on remarque que la constance chez Hysteria, c’est une ligne mélodique dans les guitares avec un ensemble assez brutal. Comment définissez-vous le son et la singularité d’Hysteria ?
Si on part du premier album, Haunted By Words Of Gods, nous avons quand même beaucoup évolué. A l’époque de Haunted, nous étions plus death, plus brutal. Avec le temps, nous avons un peu orienté notre style vers une tendance plus black, comme sur le dernier album, notamment grâce à l’arrivée d’Adrien. C’est aussi lié à nos écoutes, forcément, il y a tout un environnement qui a créé tout ça. Après, nous avons toujours aimé ce côté un petit peu mélodique. Nous voulions faire du bourrin, mais nous voulions mélanger la mélodie ou la mélancolie au côté brutal. Aujourd’hui, je pense que c’est ce qui fait un peu l’identité d’Hysteria. Quand on écoute le dernier album, on voit que l’ambiance est vraiment différente du premier.
« Quand nous étions ados, nous attendions la sortie de Once Upon The Cross de Deicide, nous ouvrions le CD, nous voyions la pochette à l’intérieur avec le Christ qui était tout ouvert sur une table d’opération, c’est censuré et nous aimons ce genre de truc. »
Ce dernier album s’intitule Heretic, Sadistic And Sexual Ecstasy… Vous êtes entrés en studio en avril 2023. Quand a commencé l’écriture de cet album ?
Je crois que les deux premiers morceaux, « Armageddon Must Come » et « Vortex Of Confusion », sont venus juste avant le Covid-19. J’avoue que pendant le Covid-19, nous aurions peut-être pu en profiter pour composer, mais ça n’a pas marché. Je pense qu’il y avait le phénomène d’être chacun chez soi, or nous aimons bien l’esprit de groupe, de nous retrouver, etc., donc c’était un peu frustrant pour la composition. Personnellement, je ne l’ai pas fait, je n’avais pas le goût à ça.
Jérôme : Nous avons dû faire le mini From The Abyss… To The Flesh en 2019 après l’arrivée d’Adrien ; nous voulions avoir quelque chose avec le chant d’Adrien et le nouveau style s’orientait déjà vers quelque chose d’un peu plus black. Nous avons démarché pour des concerts juste après, et ensuite c’est reparti un peu dans la composition, comme tous les groupes. Par exemple, en ce moment, nous démarchons l’album, mais il y a zéro nouvelle compo pour l’instant, ce sera plus tard. Ça fonctionne par phases.
On a l’impression que les lignes mélodiques sont plus soignées et dirigées pour développer une certaine atmosphère, plus que pour être dans l’efficacité et le côté « riffs tranchants » que les précédents albums…
Sylvain : L’idée que j’ai eue sur ce dernier album était de vraiment poser des riffs et de créer une ambiance, une atmosphère. Je pense que c’est ce qu’on retrouve, avec des riffs qui tournent un peu plus en boucle, on a le temps de rentrer dedans. L’idée n’était pas d’envoyer des riffs les uns derrière les autres, en enchaînant basiquement, mais de créer cette atmosphère mélancolique, un peu pesante, avec ce côté black qu’on retrouve dans le style. Comme je disais, c’est aussi beaucoup lié à l’apport d’Adrien. Il faut savoir que sur le dernier album, globalement, nous sommes quasi à cinquante-cinquante au niveau du chant, alors que sur les albums précédents, je faisais quatre-vingt-dix pour cent du chant et dix pour cent, c’était du backing. Aujourd’hui, nous sommes deux chanteurs. Nous avons pas mal travaillé sur cet album sur des passages de voix à deux, ce qui a obligé à faire des tours de riffs et de vraiment poser les bases. Pour l’instant, l’album est plutôt bien accueilli et nous sommes très satisfaits du résultat.
On retrouve un sample sur la chanson éponyme de l’album, ce qui contribue aussi à cette ambiance un peu malsaine…
Sylvain : Oui, c’était une idée que nous avions. C’est le titre de l’album, avec les paroles qui vont avec, donc nous voulions créer cette ambiance au milieu. Je ne sais pas si les gens le perçoivent, mais ça représente un petit peu une scène de viol qui finit… Bref, l’idée était de poser un sample au milieu et de repartir avec un riff qui enchaîne derrière. Je trouve que ça marche bien !
Une autre évolution notable est au niveau de la production. L’album a été confié à l’ingénieur du son Thibault Bernard, qui est connu dans le milieu lyonnais (il travaille notamment avec Celeste). Vous aviez la volonté d’une production plus « clean », sans pour autant être trop lisse ?
Xavier : Je ne dirais pas spécialement « clean ». Nous avions envie d’un son plus organique, ce qui se ressent beaucoup sur la batterie, puisque sur les trois dernières productions nous avions enregistré avec une batterie électronique et des cymbales, ce qui faisait que nous avions un son ultra synthétique. Cette fois, nous voulions avoir une vraie batterie acoustique et donner de la couleur à ce CD. Je pense que c’est là que Thibault a été super fort. A la base, ce n’est pas du tout le son que nous voulions, je voulais autre chose niveau son de batterie, mais petit à petit, il a réussi à nous orienter vers un son de batterie très naturel. Pour les guitares, nous n’avons pas eu spécialement de choses à redire sur l’enregistrement. Avec la basse, nous avons eu quelques soucis, parce que Thibault est beaucoup plus dans les basses bien modernes, or pour nous, ça ne passait pas. Nous ne voulions pas que cette basse soit claquante. Nous voulions garder une basse plus ronde. Autrement, il a eu carte blanche et ça s’est passé super bien.
Sylvain : Nous avons aussi voulu passer un cap en faisant appel à Thibault. Jusqu’à présent, nous avions un ingé son qui était notre pote. Nous faisions notre petite salade entre nous. Avec Thibault, le but était vraiment de faire un gros son, un « vrai » album. Pour nous, ça a aussi été compliqué, car ça a été une démarche studio dont nous n’avions pas forcément l’habitude. En tout cas, le résultat est super, Thibault est un mec super. C’était un peu dans la douleur, mais ça s’est bien passé [rires].
« Il y a des titres qui parlent beaucoup, pas de la fin du monde, mais de l’évolution de la société, du monde en ce moment, mais ça ne veut pas dire pour autant que nous sommes des conquéreurs de l’apocalypse, pas du tout. Notre vision du monde est ce qu’elle est, mais nous ne passons pas notre vie à en parler. »
Xavier : Une chose que nous avons oublié de souligner est que le choix du studio a aussi été fait de cette façon : il y avait quelques studios où nous voulions aller et, en écoutant leurs prods, nous nous sommes rendu compte qu’il y en a certains qui te font leur son, et tous les groupes qui en sortent ont un peu le même son. Je ne citerai pas les studios que nous envisagions, mais nous nous sommes dit : « Ils font du black mais ils ont le même son que sur du heavy ou autre ! » Alors que quand tu écoutes les productions de Thibault Bernard, il n’y en a pas deux qui sonnent pareil. Autant Dépérir sonne très black metal old school, autant il peut faire un live de Benighted qui va sonner ultra death metal moderne, autant il peut faire un truc hardcore à la Kamizol-K, et puis il enregistre pas mal de styles, donc ça l’aide pas mal dans sa démarche.
Vous disiez que vos goûts avaient évolué en matière de metal avec le temps. Est-ce que vous aviez des « albums références » pour travailler cet album ?
Jérôme : Nous n’écoutons pas tous la même chose, donc c’est vraiment l’inspiration du moment par rapport à ce que nous écoutons. Personnellement, je suis le plus soft, j’écoute du heavy, des shredder, beaucoup de scandinave, mais aussi du gros death. Mes deux compères là-bas sont plus black, plus ambiance. Après, ça dépendra surtout de ce que Sylvain va écouter. Moi, je compose plus sur les solos, donc ils ne sont pas du tout black, c’est plus mélodieux.
Xavier : Au grand désespoir d’Adrien [rires].
Sylvain : Honnêtement, il n’y a pas de CD type. J’avoue qu’aujourd’hui, nous avons des playlists, nous écoutons tellement de groupes… Je n’ai pas d’influence particulière.
Adrien Desmonceaux (basse) : Au niveau de cet esprit des riffs qui se posent et posent une ambiance, il y a le groupe Fluisteraars que je trouve assez magistral, qui est vraiment dans cet esprit de riffs qui s’installe, qui dure et qui évolue, et que j’arrive à retrouver un petit peu sur le dernier album d’Hysteria. Après, c’est une vision qui m’est très personnelle et qui n’est pas forcément partagée par les autres membres du groupe.
Vous parliez du côté organique… Diriez-vous être nostalgiques de la scène black/death de fin 90 et début 2000 ?
Sylvain : Nostalgiques, non, pas forcément. C’est bizarre parce que ça fait plusieurs fois que les gens nous font la remarque qu’il y a un peu ce côté old school, black/death des années 90. Je ne le ressens pas forcément. Il n’y a pas de nostalgie. Je trouve ça limite plutôt moderne comme approche. Nous avons plutôt la volonté d’avancer que de rester dans le passé, ce n’est pas du tout la thématique de l’album.
L’album porte le nom de la troisième chanson « Heretic, Sadistic And Sexual Ecstasy ». Pourquoi est-ce ce titre que vous avez choisi pour cet album ?
Xavier : Parce que nous voulions un titre qui choque ! [Rires] Et nous voulions une pochette qui choque, parce que nous nous rendons compte, en général, que ça dérange aujourd’hui. Quand nous étions ados, nous attendions la sortie de Once Upon The Cross de Deicide, nous ouvrions le CD, nous voyions la pochette à l’intérieur avec le Christ qui était tout ouvert sur une table d’opération, c’est censuré et nous aimons ce genre de truc. Nous aimons vraiment que ça parle de nous et que le titre soit évocateur.
Evidemment, il donne des indications sur le côté viscéral et blasphématoire de vos thématiques. Est-ce vraiment ce que vous cherchez à explorer thématiquement ou est-ce pour donner un décor malsain à l’ensemble ?
C’est pour donner un décor assez malsain à l’ensemble, oui, tout simplement. Les paroles qui sont écrites, ce sont clairement des délires. Il y a des titres qui parlent beaucoup, pas de la fin du monde, mais de l’évolution de la société, du monde en ce moment, mais ça ne veut pas dire pour autant que nous sommes des conquéreurs de l’apocalypse, pas du tout. Notre vision du monde est ce qu’elle est, mais nous ne passons pas notre vie à en parler. Justement, nous essayons de ne pas en parler, de nous voir et de passer de bons moments ensemble.
Derrière cette idée du blasphème et du vice, il y a donc un côté « amusement à la provocation », folklore, ou bien est-ce qu’il y a une dénonciation, par exemple, du puritanisme, ou est-ce un mix des deux, un peu comme un Behemoth ?
C’est clairement un mix des deux, sans prise de tête, sans avoir de message à faire passer, car nous n’en avons pas à faire passer dans cet album. Nous sommes tous athées et apolitiques. Après, si les gens y retrouvent des choses, très bien. S’ils s’y retrouvent eux-mêmes, c’est bien.
« A l’époque, ce qui était cool, c’est qu’il y avait des associations sur Lyon qui géraient un peu tous ces concerts et elles avaient la capacité de faire ouvrir avec des groupes locaux de la scène lyonnaise, ce qui, aujourd’hui, est très compliqué sur ce genre de tournée. Si vous faites jouer Behemoth et Watain, à mon avis ceux qui ouvriront, ce ne sera jamais un groupe local. »
C’est le troisième album que vous confiez à Seth Siro Anton de SepticFlesh pour l’artwork. Lui avez-vous donné des consignes particulières ?
Jérôme : C’est Xavier qui écrit les paroles, donc il a des idées visuelles qui collent avec celles-ci. Il lui a donné pas mal de directives, sur des pieuvres, un bouc… Nous lui avons aussi donné le titre de l’album, les paroles auxquelles il faisait référence pour qu’il crée tout cet artwork. Après, nous lui donnons des thèmes, nous ne lui disons pas ce que nous voulons exactement, de toute façon, ça ne marche pas comme ça avec lui. Tu ne vois rien, pas de prod, pas de maquette. Quand il te fait la maquette, tu as quatre ou cinq versions différentes, mais toujours sur le même thème. A ce moment-là, Xavier a recommuniqué, parce qu’il y a des choses que nous voulions et que nous ne retrouvions pas. Nous avons donc réinsisté. Nous avons pu l’amener dans ses derniers retranchements, mais il y a des choses qui, en tant qu’artiste, n’étaient pas sa signature, mais nous sommes très contents dans l’ensemble. Tout le monde a été satisfait. Nous cherchions à avoir une pochette avec un joli grain, quelque chose de très harmonieux et toute une thématique intérieure, car on peut un jour trouver une super pochette, mais il faut faire tout l’intérieur, or lui vous fait le package. Après, je sais que nous en avions démarché d’autres…
Xavier : Nous avions démarché le mec qui fait les pochettes de Sulphur Aeon. Il était branché par le projet, mais pas trop dispo. Nous voulions clairement que la pochette soit prête avant de rentrer en studio. Nous avons toujours couru dans toute notre carrière avec les pochettes qui arrivent au dernier moment pour le pressage. Là, nous avons voulu anticiper. Du coup, nous avons choisi la simplicité de retourner avec Seth puisque nous savions comment ça allait marcher.
Il y a vingt ans, en novembre 2004, vous ouvriez pour Watain et Dissection. Quels souvenirs gardez-vous de ce concert, et plus globalement de cette époque ?
Sylvain : Clairement, ce concert était mythique ! Ouvrir pour Dissection et Watain, pour nous c’était le Graal ! Nous étions fans de Dissection, un peu moins de Watain parce que c’était vraiment leur début. Nous n’en gardons que des bons souvenirs. Après, il y a plein d’anecdotes… C’était dans un Ninkasi Kao blindé, noir de monde. Si c’était à refaire, je signerais tout de suite ! A l’époque, ce qui était cool, c’est qu’il y avait des associations sur Lyon qui géraient un peu tous ces concerts et elles avaient la capacité de faire ouvrir avec des groupes locaux de la scène lyonnaise, ce qui, aujourd’hui, est très compliqué sur ce genre de tournée. Si vous faites jouer Behemoth et Watain, à mon avis ceux qui ouvriront, ce ne sera jamais un groupe local. A l’époque, nous avons donc eu cette chance, c’était magique, et ensuite, avec Dissection s’est passé ce qui s’est passé… Mais oui, ça fait vingt ans, ça pique, ça fait mal !
Vous jouez à nouveau avec South Of Hell ce soir, vous avez régulièrement fait des plateaux communs avec eux, ils sont de la région. Vous avez joué aussi avec Destinity, encore une fois il y a pas mal d’années. Vous allez jouer au Lions Metal Fest en juin prochain. Comment vous percevez cette scène lyonnaise, ou rhône-alpine, parfois un peu trop méconnue à l’échelle nationale ?
Xavier : Nous avons une super scène en Rhône-Alpes ! Que ce soit en Savoie ou à Lyon. Et puis même en France, la scène hexagonale est énormissime. La période fait aussi qu’il y a énormément de groupes, nous ne sommes pas les seuls. Nous avons une ancienneté, nous avons trente ans, mais il y a des petits nouveaux qui arrivent, qui toquent à la porte et qui sont bien en forme. Mais oui, nous avons une grosse scène à Lyon, que ce soit en death, black, même heavy, dans tous les styles.
Les groupes qui reviennent quand on parle de Lyon, c’est Celeste, Destinity, éventuellement Hysteria, il y a peut-être Kamizol-K qui commence à exploser un petit peu, mais pourquoi on n’entend pas parler des autres ?
Je pense que c’est comme nous : on n’est pas professionnalisés dans la musique, tout simplement. Les groupes ne sortent pas un album tous les deux ans, ils n’ont pas des tournées, des bookers, etc. Aujourd’hui, si tu veux être un groupe professionnalisé, déjà il faut que tu sois intermittent du spectacle, ensuite il faut avoir un booker, puis un manageur…
Adrien : Et ce n’est pas la politique de la ville de Lyon. Lyon n’a jamais été une ville rock/metal. C’est plus une ville électro, si tu compares à Lille, où tu as effectivement une scène metal très implantée et ils en font vraiment la promotion. A Lyon, malheureusement, beaucoup de petites salles ont fermées où les groupes locaux pouvaient initialement se produire. Ça devient de plus en plus difficile, parce que Lyon n’est pas une ville de metalleux.
Xavier, tu étais pas mal pris ces dernières années, tu as quitté Aorlhac en fin d’année dernière (tu y étais depuis 2018), tu es toujours dans Himinbjorg… Nous en profitons pour te demander s’il y a de l’avancée en studio pour le successeur de Wyrd ?
Xavier : C’est simple, le successeur de Wyrd a été enregistré un mois après le Hysteria. J’ai enregistré le Hysteria en avril et la batterie du dernier Himinbjorg au mois de mai. Fred s’est occupé de toutes les guitares, la basse est aussi enregistrée, et là nous attaquons le chant. C’est comme Hysteria, nous ne sommes pas un groupe professionnalisé, nous avons tous des tafs, et nous allons faire notre petit chemin. Nous allons sortir notre album chez Adipocere au mois de septembre et nous verrons par la suite.
Interview réalisée en face à face le 9 février 2024 par Jean-Florian Garel et Clément Demarquet.
Retranscription : Nicolas Gricourt.
Photos : Benoit Ravier Bollard.
Site officiel d’Hysteria : hysteria-deathmetal.com
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