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Chronique Focus   

Igorrr – Amen


Avec Amen, Igorrr franchit une nouvelle étape. Cinq ans après Spirituality And Distortion, Gautier Serre pousse son projet vers une noirceur plus dense, tout en laissant davantage d’espace à ceux qui l’entourent. L’album reflète autant la vision obsessionnelle du compositeur que l’énergie de ses compagnons. Marthe Alexandre et Jean-Baptiste Le Bail y incarnent cette tension permanente entre brutalité et éclat, chaos et raffinement.

L’ouverture avec « Daemoni » installe immédiatement ce climat. Basses telluriques, chœurs menaçants, riffs massifs. La musique prend des allures de rituel, presque religieux, mais sans dogme. La spiritualité suggérée par le titre se retrouve sous une forme organique, enracinée dans la matière sonore. L’enregistrement des chœurs dans une église n’était pas qu’un effet. Il s’agissait de capturer l’écho naturel, cette réverbération qui élargit la musique pour qu’elle prenne aux tripes. Cette puissance se retrouve dans « Infestis », morceau où l’ombre domine. JB y guide la musique vers des territoires plus torturés. Sa voix extrême se mêle aux chœurs pour évoquer un monde dystopique, rongé par un esprit maléfique et rythmé par des cadences mécaniques. L’impression est implacable, presque étouffante. Mais la noirceur ne règne jamais seule. Les interventions plus aériennes de Marthe évitent la saturation et insufflent un souffle différent.

« Headbutt » incarne l’autre versant d’Igorrr. L’excès absolu. Piano frénétique, double pédale hystérique, chœurs grandiloquents et voix extrêmes se bousculent jusqu’au final où une pelleteuse vient littéralement écraser un piano. L’image amuse, mais traduit surtout la logique de Serre. Aucune idée n’est trop absurde si elle nourrit la dramaturgie sonore. « Blastbeat Falafel » révèle quant à lui le goût du projet pour le jeu et le décalage. Le riff oriental initial, imaginé par Martyn Clément, prend forme en un tourbillon rythmique où se télescopent influences orientales et fureur metal. La présence de Trey Spruance (Mr. Bungle, Secret Chiefs 3) renforce ce caractère hybride. Ses interventions animent un imaginaire à la fois psychédélique et sinueux. Résultat, un morceau jubilatoire, oscillant entre danse effrénée et déflagrations extrêmes, où la virtuosité sert avant tout l’énergie festive. À l’opposé, « Ancient Sun » suspend le temps. La voix de Lili Refrain, inspirée des traditions bulgares et méditerranéennes, pose un chant mystique et fragile. Peu de guitares. Peu de violence. Il se dégage une atmosphère de doute, d’errance spirituelle, comme une prière perdue dans le désert. Ce morceau marque un tournant dans l’album. Il fait basculer l’ensemble d’une ouverture pleine de second degré vers une fin empreinte de gravité.

Cette diversité repose sur une alchimie collective. Le chant lyrique de Marthe, longtemps enfermé dans les codes classiques, se déploie ici avec une liberté nouvelle. Elle explore des registres inattendus, tord sa voix pour l’adapter aux tensions des morceaux. JB, de son côté, apporte une intensité brute, puisée dans le metal extrême. Plutôt que de s’opposer, leurs timbres se croisent et s’équilibrent, donnant aux morceaux une profondeur mouvante. Cette complémentarité nourrit l’album, renforcée par la minutie de Gautier Serre qui pousse chaque détail jusqu’à trouver l’équilibre juste. Malgré ses fulgurances, l’album n’échappe pas à certaines limites. Les contrastes entre baroque et metal, entre gravité et humour, restent efficaces. La formule conserve sa force, mais l’effet de surprise s’atténue par rapport à Spirituality And Distortion. Amen impressionne par sa densité et sa cohérence. Il donne parfois le sentiment de prolonger une voie déjà connue.

Reste une œuvre foisonnante, portée par une production phénoménale qui met en valeur chaque détail. Du grondement des basses jusqu’au fracas d’une pelleteuse transformée en instrument. C’est un disque qui réclame plusieurs écoutes pour en révéler toute la richesse, tant les strates sont nombreuses. Plus qu’un nouvel opus, il marque aussi le début d’une aventure plus collective, où chaque musicien contribue à élever le niveau d’ensemble. Moins déroutant que son prédécesseur, mais tout aussi séduisant, Amen confirme qu’Igorrr continue de s’imposer comme l’un des projets les plus fascinants de la scène extrême.

Clip de la chanson « Daemoni » :

Clip de la chanson « Headbutt » :

Clip vidéo de la chanson « Infestis » :

Clip vidéo de la chanson « Blastbeat Falafel » :

Clip vidéo de la chanson « ADHD » :

Album Amen, sorti le 19 septembre 2025 via Metal Blade Records. Disponible à l’achat ici



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