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Interview   

Immortal : seul face à Blashyrkh


À la fin, il ne peut en rester qu’un. Après le départ fracassant d’Abbath en 2015, c’était au tour du batteur Horgh d’entrer en conflit juridique avec Demonaz autour des droits sur le nom d’Immortal et de mettre les voiles. Harald Nævdal, de son vrai nom, se retrouve alors bien seul dans les contrées enneigées de Blashyrkh… Seul, vraiment ? Pas exactement : il a su convaincre et fédérer les fans autour de lui grâce à Northern Chaos Gods, neuvième album de la formation et son premier en tant que frontman. La montagne était haute à gravir, mais habitué des reliefs escarpés, Demonaz ne s’était pas démonté. Il a relevé le défi et su finalement retrouver les hauts sommets immortels.

C’est donc fort de ce succès, galvanisé par la validation des fans les plus fidèles, qu’il s’est attelé à un nouvel album. War Against All – un titre évocateur –, présentant toute la panoplie du parfait Immortal – de l’agressivité, du groove, de la mélodie, de l’épique, et même un instrumental – est là pour confirmer, voire un peu plus. Nous discutons de tout ceci avec celui qui « n’abandonne jamais ce qu’il a commencé ». On parle de sa ténacité, de solitude, de nature, d’inspirations et, évidemment, d’odes au royaume de Blashyrkh.

« Pour moi, Immortal n’est pas un groupe de black metal. J’ai toujours pensé que nous avions notre propre style, notre propre marque de fabrique. »

Radio Metal : Après le litige juridique avec Abbath, tu en as vécu un second avec Horgh. Les dernières informations sont que Horgh a choisi de faire appel et ça a été jugé en sa faveur, ce qui signifie que tu n’avais plus les droits exclusifs sur le nom Immortal. De toute évidence, tu sors aujourd’hui un nouvel album sans Horgh. Du coup, où en est tout ceci ?

Demonaz (chant & guitare) : Quand il y a des désaccords sur des noms, des marques, etc., c’est comme quand on dépose un brevet et que quelqu’un conteste. Ça n’a pas été jugé en sa faveur ; ça voulait simplement dire que je ne pouvais pas déposer la marque uniquement sous mon nom. Voilà la réponse à ta question. Les journaux écrivent ce qu’ils veulent. Pour citer Mick Jagger, j’ai vu un documentaire l’autre jour où il apparaissait, et il a dit que tous les groupes ont une longue histoire faite d’événements impliquant des scandales, il faut juste trouver le moyen d’y répondre. On ne peut pas changer l’avis des gens, ils en ont un sur tout ce qu’ils lisent. La première chose que les gens lisent est ce qu’ils croiront, et tout ce que tu diras après ne sera pas cru. Oui, il y a eu des désaccords et des conflits, mais Immortal est un groupe qui existe depuis trente ans. La plupart des groupes ne durent que le temps de deux albums avant de se séparer. Ceci est plus qu’un simple groupe. Quand tu as un groupe qui dure vingt ou trente ans, il est obligé que des désaccords et des opinions divergentes surviennent. Certaines personnes perdent intérêt, tandis que d’autres n’abandonnent jamais. Je suis de ceux qui n’abandonnent jamais ce qu’ils ont commencé, parce que j’ai fondé ce groupe. Je ne peux pas m’appesantir sur ceux qui sont partis en cours de route. Je suis concentré sur Immortal et Blashyrkh. C’est ce que j’ai fait aussi loin que je me souvienne, et je n’ai aucune intention d’y mettre un terme. Et personne ne pourra le faire ! Personne d’autre ne peut réaliser cette combinaison. Mais tout a été réglé légalement désormais, et il n’y a aucune amertume ou quoi que ce soit. Nous sommes tous passés à autre chose.

Pourquoi n’avoir pas voulu inclure Horgh dans le dépôt du nom ?

Parce que je ne voulais plus l’avoir dans le groupe.

N’es-tu pas fatigué d’enchaîner les litiges juridiques ?

Eh bien, je n’ai pas eu le choix. C’était soit ça, soit mettre un terme à Immortal, et je pense que ça valait le coup. Je ne voyais pas pourquoi je devrais laisser tomber Immortal. J’ai investi pratiquement chaque jour de ma vie dans ce groupe, et ç’aurait été pour rien. Ça n’aurait été bon pour personne, en tout cas pas pour moi, ni pour les fans. Les albums se seraient arrêtés à All Shall Fall et Immortal aurait disparu à jamais. Maintenant, avec la sortie de deux nouveaux albums, j’espère que beaucoup de fans seront d’accord avec moi.

En parlant des fans, il y avait forcément des inquiétudes avant Northern Chaos Gods sur le son d’Immortal sans Abbath. Vu comme Northern Chaos Gods a été bien reçu, as-tu l’impression de sortir War Against All dans un contexte où il y a une plus grande confiance à ton égard au sein de la communauté des fans ?

En fait, Immortal, c’est deux choses : les paroles et la musique. La musique est faite avec la guitare et ça vient des tripes. Quand je fais de la musique, je ne fais pas des chansons, je fais des albums. Ça a été mon approche depuis le début du groupe, et je devais rétablir ce feeling. Revenons en arrière : le premier album a été coécrit entre moi et Abbath, avec moi à la guitare et lui à la basse. J’ai écrit la plupart des riffs et j’ai joué la guitare sur les quatre premiers albums. Le son signature d’Immortal a été forgé sur ces quatre premiers albums. Blizzard Beasts a souffert d’une mauvaise production, nous avons échoué sur celui-ci. Je trouve que les chansons étaient bonnes, mais nous avons fait une erreur en travaillant avec un producteur qui n’avait pas d’expérience. C’était un bon studio, mais le mauvais choix de producteur. Après ça, nous avons travaillé avec Peter Tägtgren, qui a apporté une autre approche sonore de la guitare. At The Heart Of Winter n’est pas si différent des albums précédents, mais le son de guitare est très différent, et ça a fait que l’album lui-même sonne significativement différent.

Damned In Black a suivi, et je n’ai pas joué de guitare sur celui-ci. Abbath et moi n’avions jamais laissé tomber notre relation fraternelle, nous attendions que j’aille mieux, mais quand Damned In Black était terminé, le résultat n’était pas le meilleur qui soit, car nous avions l’impression de nous éloigner l’un de l’autre. Sons Of Northern Darkness était notre album du retour au sein du groupe pour moi et Abbath. Nous voulions faire un super album. Nous nous sommes posés, nous avons écrit Sons Of Northern Darkness, mais après, ils n’ont plus retrouvé le véritable feeling d’Immortal avec moi sur scène. Nous en avons tous les deux eu marre, il y avait des problèmes entre nous, et le groupe a dû faire un break. J’ai essayé de le reformer en 2007, et nous l’avons fait, ce qui a mené à la sortie d’All Shall Fall. Cependant, l’esprit n’était plus le même. Il faut que la motivation et le véritable esprit d’Immortal soient présents, car ce n’est pas un groupe capable de compromis. La musique en souffrirait immédiatement, et c’est justement ce qui s’est passé. L’album allait dans la mauvaise direction. Il a donc fallu que je rétablisse le groupe avec Northern Chaos Gods et maintenant avec War Against All. Rétablir Immortal a été ma mission numéro un, avec dans l’idée de ramener le vieux feeling du groupe plutôt que le moderne, et ça a nécessité beaucoup de travail.

« Si j’ai passé une longue journée de black metal, je peux me mettre à écouter du Frank Sinatra des années 50 et boire du whisky – c’est une combinaison parfaite. Certaines de ses compositions de l’époque étaient très sombres, je ne plaisante pas. »

Mais as-tu l’impression qu’il y avait moins de pression cette fois pour rétablir ce feeling que tu mentionnais ou y en avait-il une ne serait-ce que pour confirmer ?

Ça peut sembler spécial, mais j’aime la solitude dans ces moments-là. Je me fichais de tout le monde. Quand j’ai écrit Northern Chaos Gods, j’ai dit à Horgh : « Ne prête pas attention aux commentaires. Oublie-les. » Je savais qu’il y aurait beaucoup de négativité autour du départ d’Abbath, que beaucoup de gens n’allaient pas nous croire capables d’assurer, etc. Mais j’ai écrit toute ma vie des chansons d’Immortal, donc je ne croyais pas que ce serait un problème. Je lui ai donc dit : « Ne parlons à personne. » Et j’ai dit à la maison de disques : « Ne parlons à personne tant que nous n’avons pas de musique à présenter. » Je pense qu’il était important de la fermer et de laisser la musique parler d’elle-même. Après la sortie de Northern Chaos Gods, il était très clair que les fans allaient suivre. Les réactions étaient incroyables, nous avons vendu beaucoup d’albums, c’était un énorme succès. Nous avons même atteint la première place dans certains classements, y compris en Allemagne. Personnellement, je m’en fiche, mais avec cet album en particulier, ça avait tout l’air d’une victoire en voyant des retours aussi positifs de la part des fans. Les fans fidèles sont les plus importants à mes yeux. Si une personne lambda me dit aimer Immortal et que le nouvel album déchire, c’est super, mais si c’est un fan fidèle, quelqu’un qui suit le groupe depuis le début, qui me le dit, ça signifie tellement plus. Maintenant, avec War Against All, j’ai fait de nombreuses interviews, et au départ, je me suis dit : « Je vais être assis là toute la journée à faire des interviews, je vais m’ennuyer à mourir. » Mais tu sais quoi ? Ça a été très motivant, car les retours ont été super bons. Les gens parlent de l’album en positif. Ils aiment les chansons et la musique. Donc, je trouve ça bien, et c’est plus facile à promouvoir.

War Against All sort cinq ans après Northern Chaos Gods. Immortal n’a pas tourné depuis 2013, donc ça veut dire qu’il n’y avait pas énormément de contraintes pour faire un album, d’autant que tu avais déjà commencé à composer au moment où le précédent est sorti. Alors pourquoi a-t-il fallu attendre aussi longtemps ?

Ce qui a pris du temps, c’était toutes les complications dues à la pandémie et aux problèmes avec les membres du groupe – ces litiges ont pris du temps, comme tu peux l’imaginer. Même après l’enregistrement de l’album, nous avons rencontré des difficultés pour le sortir. Tout d’un coup, tous les groupes avaient fait un album durant la pandémie, menant à une longue queue dans la chaîne de production. C’est devenu difficile de presser des vinyles, et l’année dernière, on m’a proposé de sortir l’album sans format vinyle, mais j’ai insisté pour attendre. Voilà pourquoi ça a pris plus de temps. Le master de l’album était déjà fini en 2021, donc maintenant vous savez !

Tu as déclaré que lorsque tu te mettais à faire un album, tu avais toujours un plan en tête sur les chansons que tu voulais obtenir. Quel était ton plan cette fois ?

Comme toujours, c’est d’essayer de créer un meilleur album que le précédent. C’est le seul plan qu’on peut avoir. Normalement, j’aime ouvrir avec une chanson rapide : « Battles In The North », « One By One », « Northern Chaos Gods », « Withstand The Fall Of Time ». Ici, c’est « War Against All », j’ai trouvé un riff et c’était la première chanson à prendre forme pour cet album. La seconde chanson que j’ai écrite était « Return To Cold », et ensuite, tu prends un stylo et une feuille, et tu commences à écrire les chansons de façon à ce qu’elles aillent sur un album. Le plan est toujours de construire un album. Quand tu as environ quatre ou cinq chansons, tu commences à les placer dans un ordre spécifique et à trouver des idées pour la tracklist. Cette fois, j’ai aussi voulu avoir un hymne ou une longue chanson à la fin. Ça suit donc une structure analogue à celle des albums précédents, comme All Shall Fall et Sons Of Northern Darkness, avec une longue chanson à la fin et une ouverture rapide. Après, avec tout ce qu’on met entre, il s’agit de trouver la bonne combinaison de morceaux qui fera que le l’album ne sera pas ennuyeux et restera divertissant d’un bout à l’autre.

Selon toi, le fait que tu aies commencé à écrire War Against All au moment de la sortie de Northern Chaos Gods a-t-il créé une union naturelle entre les deux albums, l’un étant la continuation de l’autre ?

Je ne le vois pas vraiment comme ça. Bien sûr, je comprends ta question, mais personnellement, j’écris de la musique et ça devient du Immortal. C’est mon expression. La seule exception serait l’album heavy metal de Demonaz, qui était un projet parallèle pour moi, mais malgré tout, on y retrouve quelques riffs à la Immortal. Quand j’écris de la musique, je ne pense pas à qui va l’écouter ; j’écris les chansons que je veux écouter. Quand je me pose avec une guitare et que j’écris des riffs, ça vient des tripes. C’est naturel, et je suis très impliqué et excité. Personne ne peut me parler ; je suis complètement concentré, dans mon monde. Je n’enregistre pas tellement ou n’utilise pas un ordinateur ; je travaille selon la vieille école, en utilisant un magnétophone et en faisant des cassettes de compilation de riffs. Je suis constamment dans le processus d’écriture, toujours en train de penser à de la musique, des paroles et à ce que je peux améliorer. Il y a effectivement une continuation entre Northern Chaos Gods et War Against All, mais j’ai un autre regard. Cet album représente comment Immortal sonne aujourd’hui. Northern Chaos Gods capturait comment le groupe sonnait en 2018, et pour le prochain album – évidemment, j’ai déjà commencé à travailler dessus – je veux aller dans une direction encore plus black, punk et dure.

« Il y a plus à prouver quand on est seul. Quand tu fais tout, tout seul, tu seras le seul à être critiqué, tu tomberas d’une plus haute falaise, pour ainsi dire, donc tu dois faire du bon boulot. »

Tu as déclaré que tu n’oublierais jamais les premières années ou ne décevrais jamais les fans en ralentissant la cadence. Evidemment, le black metal a beaucoup évolué depuis que tu as fondé Immortal. Du coup, y a-t-il une forme de volonté de montrer aux nouvelles générations de black metalleux comment doit être le black metal ou, en tout cas, son esprit originel ?

Il y a évidemment différents avis sur le sujet, mais pour moi, l’esprit originel du black metal se trouve dans les premiers albums de Bathory, qui ont un son black metal scandinave bien distinct et une approche différente de l’enregistrement. C’est très dur de faire machine arrière et de recréer ce qui a été fait dans les années 90. Pour moi, Immortal n’est pas un groupe de black metal. J’ai toujours pensé que nous avions notre propre style, notre propre marque de fabrique, qui bien sûr a évolué et s’est développée en autre chose au fil du temps. C’est impossible de toujours faire la même chose, je pense, même si on essaye, et j’ai souvent essayé. La vitesse des parties de batterie change, et tu peux avoir envie de jouer plus vite qu’avant. Il y a de nombreux éléments qui contribuent à la dynamique de la musique. Pour moi, il s’agit de préserver le style des paroles, l’obscurité et l’essence de la musique, faire que ça reste agressif et caractéristique. C’est probablement un mélange de plusieurs groupes, comme le début de Bathory, et peut-être un peu de Morbid Angel pour la technique, parce que c’est rapide et pas aussi primitif que les premiers albums de Bathory. Il y a aussi du thrash du début des années 80 et des années 90. Musicalement, j’écoute beaucoup de choses, et quand j’écoute ces vieux albums de 1982 à 1989, il y a Beyond The Gates Of Hell de Possessed, To Mega Therion de Celtic Frost, Schizophrenia de Sepultura, et d’autres groupes obscurs et underground qui ont émergé et sorti des albums, mais très peu d’entre eux sont directement connectés musicalement à ce que je fais. C’est plus le feeling de ces derniers. Mais je pense que des éléments de certains groupes sont présents, il y a un peu de Celtic Frost dans les paroles, un peu de Bathory dans les paroles et la musique, un peu du premier ou second album de Metallica, mais de toute façon, ça vient des riffs de Tony Iommi… C’est un mélange de choses que j’ai écoutées, et il y a clairement un côté old-school, de mon point de vue.

Tu as dit que tu écoutais beaucoup de choses. Quelle serait la musique la plus surprenante que tu écoutes ?

[Rires] Certains des premiers albums de Frank Sinatra, datant des années 50. Si j’ai passé une longue journée de black metal, je peux me mettre à écouter ça et boire du whisky – c’est une combinaison parfaite. Certaines de ses compositions de l’époque étaient très sombres, je ne plaisante pas. Mais normalement, ce n’est pas ce que j’écoute. J’écoute parfois de la musique classique ainsi que des BO de film. Il y a un album du compositeur de la BO du Seigneur Des Anneaux, Howard Shore, qui s’intitule Two Concerti, c’est génial. De super musiciens et une atmosphère vraiment sombre et cool. Je préfère écouter ça ou de la musique des années 50 – de la vraie musique. J’aime généralement écouter des groupes qui jouent des instruments, pas des synthés ou des samples. J’aime les guitares, la basse, le chant et la batterie. Pour moi, c’est ça la musique, pas tous ces autres trucs.

Sur War Against All, Immortal est plus ou moins le groupe d’un seul homme et tu as écrit tout l’album seul, y compris les parties de batterie – ce qui n’était pas le cas sur Northern Chaos Gods. La solitude n’est-elle pas pesante parfois, d’autant plus durant les deux années de pandémie où il fallait s’isoler ?

J’essaye de me réconforter en me disant que je ne suis pas le premier – Quorthon a fait pareil, je crois [rires]. Parfois, c’est mieux de travailler seul, ou sinon, on est distrait. Le problème avec Immortal est que la musique est très exigeante et elle a une expression très marquée, à son meilleur, c’est mon humble avis. Quand il faut faire des compromis, la musique a tendance à en souffrir, d’après mon expérience. Généralement, j’évite d’incorporer trop de riffs dans une chanson, parce que je veux que l’auditeur reste investi dans la chanson, ainsi que dans l’album. Si tu t’en tiens au riff principal et ne le casses pas, tu suis un chemin et ça te mène à une forme de voyage. J’aime ça. Quand une chanson contient vingt riffs, ça détourne ton attention – il y a trop de choses à écouter, et ça peut devenir trop progressif ou perdre son cap. J’essaye donc vraiment de faire des chansons avec des riffs intemporels, en faisant en sorte que l’auditeur reste focalisé sur l’atmosphère de la chanson. J’essaye de séparer les chansons en différentes atmosphères, tout en gardant un fil conducteur cohérent. C’est probablement un art en soi, ce n’est pas facile, mais c’est ce que j’essaye de faire. J’aspire à créer un voyage pour l’auditeur, de la première à la dernière chanson, sans qu’aucune chanson sonne pareil.

D’un point de vue purement humain, ça ne te manque pas d’interagir avec d’autres membres dans le groupe comme par le passé ?

Dans une certaine mesure, oui. Mais le résultat est plus important, tu n’as pas envie de travailler avec les mauvaises personnes. Cette fois, j’ai travaillé avec Ice Dale, et il y avait des gens au studio – ce sont aussi des gens ! [Rires] J’ai aussi mon manageur, avec qui je parle beaucoup. Même s’il ne participe pas à la musique, ça reste une collaboration. Il y a donc d’autres gens avec qui discuter musique ou s’amuser. Mais le plus important pour moi est qu’il n’y ait pas d’obstacle en chemin. Quand tu as une vision et que tu dois faire des compromis pour faire des compromis, la collaboration perd son sens, si tu vois ce que je veux dire.

« La nature est très importante pour moi. C’est la liberté, et je crois que la musique d’Immortal elle-même représente la liberté. »

D’un autre côté, le sentiment de solitude ne va-t-il pas dans la musique, en renforçant sa froideur ?

Peut-être. C’est très dur pour moi de répondre à ça, mais je pense que ça me fait travailler. Peut-être que ça me pousse à travailler encore plus parce qu’il y a plus à prouver quand on est seul, d’une certaine façon. Il faut assumer la responsabilité de tout. Quand tu construis une maison avec quelqu’un, tu peux toujours blâmer l’autre ou l’entreprise de construction. Alors que si tu la construis seul, il n’y aura personne d’autre que toi le jour où elle s’écroulera. C’est une mauvaise comparaison, mais d’une certaine façon, c’est comme ça, car quand tu fais tout, tout seul, tu seras le seul à être critiqué, tu tomberas d’une plus haute falaise, pour ainsi dire, donc tu dois faire du bon boulot.

L’album s’intitule War Against All (en guerre contre tous, NdT) : est-ce que ça reflète la vision que tu as de toi-même aujourd’hui ?

Tu n’es pas le seul à poser la question. Presque tout le monde me demande ça ! Je pense que c’est une idée courante, mais la vérité est que j’ai déjà fait ça avant avec « All Shall Fall », c’est un peu la même chose. Quand nous nous sommes reformés, j’ai voulu avoir un titre d’album spectaculaire. Pareil pour Northern Chaos Gods, qui était un album agressif avec des paroles agressives. Et c’est pareil avec celui-ci. C’est la guerre contre tous, c’est Blashyrkh contre tous, et je vais prouver qu’il n’a besoin de personne. C’est comme Kill ‘Em All de Metallica, c’est aussi un titre qui s’oppose. Avec cette musique, tu veux que ce soit impactant, tu veux des chansons rapides et agressives, et tu veux que ça déchire, donc tu ne peux pas avoir un titre qui ne suit pas. Le titre doit également être fort et rentre-dedans. J’étais très surpris que personne n’ait encore utilisé ce titre [rires]. Donc je me suis dit : « War against all, fuck them all, kill ‘em all, all shall fall…” C’est de la musique, c’est du divertissement, d’une certaine façon. C’est un pur titre d’Immortal – War Agaisnt All. Nous sommes les meilleurs, oubliez le reste. C’est comme Blashyrkh, ça nous dépasse. Et je peux faire ça parce que ça ne parle pas de politique ou de religion, je n’ai jamais écrit sur ces sujets. Tout dans Immortal se passe dans un monde à part. J’essaye juste d’emmener les fans en voyage avec moi dans l’univers de Blashyrkh, du premier au dernier riff.

War Against All est bourré de riffs et de paroles typiques d’Immortal. D’un autre côté, comment parvenir à faire ça sans répéter le passé ? Penses-tu parvenir à explorer de nouvelles contrées dans le royaume de Blashyrkh ?

J’ai une tonne de musique, mais je pense qu’il est impossible d’éviter de se répéter. Si tu écoutes toute la discographie de Bathory ou de Slayer, tu remarqueras des éléments récurrents, que tu entendras pour la seconde ou troisième fois. J’ai toujours été intéressé par les paroles des groupes que j’écoute. Je me souviens quand j’ai acheté l’album Reign In Blood, les paroles n’étaient pas incluses dans la première édition, et j’étais là : « Quoi ? Pas de paroles ? C’est nul ! » J’ai donc de nouveau commandé l’album en Angleterre ou en Suède pour avoir les paroles et pouvoir l’écouter comme il faut. Il y a quelque chose dans l’expression globale. C’est pourquoi je suis tombé amoureux de Bathory – les paroles sur le thème de la nature, la façon dont il décrivait l’obscurité nordique ou la nature scandinave, et dont il en imprégnait la musique pour créer une expression. J’adore ça, même s’il y avait également des paroles sataniques au début. Quand je me suis mis à écrire pour Immortal, j’avais cette thématique comme base et je ne l’ai jamais abandonnée. Il m’est arrivé d’écrire des paroles qui ne parlaient pas de Blashyrkh, comme « Antartica » ou des chansons différentes, mais je me retrouvais toujours à essayer de faire les textes les plus sombres et sinistres qui soient ; c’est ce qui fonctionne. Il faut que ce soit ce genre de paroles ; on ne pourrait pas intituler un album ou une chanson « A Day In The Sun ». Donc l’expression d’Immortal comprend à la fois les mots et la musique.

Tu as déclaré : « De froides nuits dans les bois, sur la montagne, sous la lune hivernale, voilà ce qui maintient l’esprit en vie et les fondements de toute notre musique. » Vas-tu justement dans les bois, à la montagne, la nuit pour puiser ton inspiration dans cet environnement ? Est-ce que ça fait même partie du processus de conception d’un album d’Immortal ?

Oui, je l’ai fait il y a à peine deux semaines. Deux autres gars et moi sommes allés dans la montagne, près des glaciers dans la région d’Odda, avec du feu et en buvant du whisky. J’ai marché seul pendant deux heures pour les rejoindre. Il m’arrive de faire ça ; ça me procure un sentiment de paix. J’ai déménagé de Bergen pour aller à trois heures et demie de là dans une région sauvage. Ma maison, c’est un rêve de longue date qui s’est réalisé. J’ai acheté cette maison au pied des glaciers ; tu ne trouves ça qu’une fois dans une vie. Il y a deux parcs nationaux ici, Hardangervidda et Folgefonna, où il y a toute l’année de la neige au sommet des montages, visible depuis ma maison. Edward Grieg, le célèbre compositeur norvégien, a vécu ici. Il avait un chalet de l’autre côté du fjord. C’est l’endroit parfait où vivre pour un compositeur, c’est vraiment spécial. La nature est très importante pour moi, c’est un moteur. Je m’en inspire le jour comme la nuit. Je peux aussi aimer passer du temps en ville, mais au bout de deux jours, ça commence à me fatiguer, ça suffit. Après, tout dépend de sa situation dans la vie. J’ai vécu de nombreuses années en ville, et j’ai aimé, car on pouvait aussi aller à la montagne à Bergen. Mais là, c’est complètement différent ; c’est la nature ultime où tout peut se passer. Tu peux voir des animaux sauvages quand tu conduis dans la montagne ; pas des lions ou quoi, évidemment, mais ça reste une expérience différente. C’est la liberté, et je crois que la musique d’Immortal elle-même représente la liberté. Ce n’est pas négatif, au contraire, on y trouve une énergie positive. Je ne vois aucune négativité dans la musique ; je vois plus ça comme une force motrice ou un sentiment de puissance.

« Blashyrkh est devenu le mot qui me permettait de décrire les ténèbres et le froid. Quand nous allions à la montagne et que nous voyions de la neige au sommet, quelqu’un disait : ‘Regarde, c’est Blashyrkh !' »

L’album nous ramène une fois de plus dans l’univers de Blashyrkh. Même si celui-ci est sombre et froid, y vois-tu une forme réconfort ?

Nous utilisons beaucoup ce terme, parce que ce qui m’a manqué… Quand il fait sombre et froid, on a le sentiment de perdre le contrôle. Les éléments comme la neige, l’hiver, l’obscurité, on n’a aucun contrôle sur eux. Ce sont comme des énergies sombres, ou peu importe comment on veut appeler ça. Je n’arrivais pas à trouver de mot pour le décrire ; le mieux que j’avais, c’était Fimbulvetr, qui signifie « long hiver ». C’est là que Blashyrkh est devenu le mot qui me permettait de décrire les ténèbres et le froid. Quand nous allions à la montagne et que nous voyions de la neige au sommet, quelqu’un disait : « Regarde, c’est Blashyrkh ! » C’est ma manière d’employer ce terme. C’est une énergie, mais encore une fois, elle n’est pas négative ; ça décrit les sombres montagnes enneigées. D’une certaine façon, ça renvoie peut-être à quelque chose qui veut notre peau. C’est un mot à part entière. Les gens m’envoient des photos, par exemple des Alpes en Italie, et ils disent : « Blashyrkh en Italie. » Mais ça pourrait être n’importe quel pays, même en Amérique du Sud, tant qu’il y a des montagnes avec un peu de neige. Je me souviens de Suisses qui étaient arrivés tard à l’un de nos concerts. Ils nous ont dit qu’ils avaient loupé les deux premières chansons à cause du blizzard : « C’était complètement Blashyrkh là-bas ! » C’est un genre d’enfer hivernal ou quelque chose comme ça. Je crois que les fans le comprennent de la même manière que je l’exprime, car c’est un truc à part, ça a un sens spécifique.

Paradoxalement, est-ce qu’on ne se sent pas plus vivant dans ce genre d’univers froid et sombre ?

Je me souviens avoir écouté Left Hand Path d’Entombed en marchant dehors, et il a commencé à neiger. Il y a une partie de l’album avec un synthé ou quelque chose comme ça, et ça collait parfaitement avec la neige. Quand on écoute au casque Immortal ou des groupes comme Bathory ou Celtic Frost alors qu’il neige l’hiver, ça crée une ambiance complètement différente de tout le reste. Encore une fois, c’est la liberté pour moi ; ça fait me sentir libre et peut-être même immortel [rires]. C’est quelque chose qui n’a aucun équivalent dans ma vie. Dès qu’il neige, j’ai toujours envie de sortir !

On retrouve une chanson intitulée « Immortal », où tu proclames : « Je suis immortel. » Dans quelle mesure est-ce que c’est un jeu de mots, une façon de mettre un terme à toutes les discussions et spéculations : tu es Immortal, le groupe, point barre ?

Je ne pense pas avoir besoin de le chanter pour convaincre les gens [petits rires]. C’est probablement inutile ; ils le savent sans doute déjà maintenant. Ce sont de vieilles paroles. Quand j’ai déménagé il y a cinq ans, j’ai dû emmener un tas de trucs chez moi, y compris plein de textes et de vieilles cassettes. J’avais tout stocké dans le grenier, et j’ai tout passé en revue. Je n’avais rien jeté ; j’ai tout emmené avec moi et j’ai jeté des choses quand j’ai emménagé dans ma nouvelle maison. Les paroles d’« Immortal » et de « Wargod » viennent d’anciens textes qui n’étaient pas vraiment terminés. Les riffs de la chanson « Immortal » aurait pu être sur Battles In The North ; il y des idées qui viennent de ce temps-là, tout comme l’énergie du morceau. S’il avait été enregistré à l’époque, personne n’aurait fait la différence. Maintenant, nous jouons un peu plus vite, mais c’est le même genre de riff et d’atmosphère. Quand j’ai commencé à travailler sur cette chanson, « Immortal », tout est venu très simplement. C’était très facile de terminer le reste, car je me souvenais de certains riffs et de la façon de chanter. Je me suis éclaté à la finir ; il devait y avoir un solo, mais finalement, je me suis dit que ce n’était pas nécessaire. Cette chanson est un peu un genre de medley. Il n’y a pas de partie acoustique, mais je pense qu’elle décrit bien Immortal, musicalement parlant. Ceci dit, je n’aurais pas pu l’appeler « Immortal » si je n’avais pas trouvé ce texte. Je pense que c’est le genre de chose auquel on pense au début d’un groupe, comme Iron Maiden, ils avaient la chanson « Iron Maiden » dès leur premier album, ou Manowar : « Manowar, born to live forever more. » C’est arrivé comme ça, et je trouve que c’est parfait.

Tu as déclaré que l’album To Mega Therion de Celtic Frost était une inspiration pour la chanson « Wargod ». Peux-tu nous en dire plus sur l’impact qu’a eu cet album sur toi ?

Quand je les ai vus dans leur premier clip – je crois que c’était « Into The Crypts Of Rays » –, j’ai trouvé qu’ils ressemblaient à des dieux. Ils étaient tellement puissants. Un trio avec un tel son… Ils étaient exceptionnels. Ils avaient leur propre son, leurs propres riffs, et ils ne ressemblaient à personne d’autre. J’étais juste abasourdi ; j’avais l’impression d’être écrasé par quelque chose de gigantesque. La voix de Tom Warrior, son attitude, sa façon de chanter et l’ouverture de l’album To Mega Therion m’ont pris aux tripes. C’était tellement puissant et il y avait des riffs primitifs dans un style très distinct. Je me disais que personne ne pouvait faire mieux que ce groupe, et plus tard, quand nous avons commencé, j’ai tout de suite voulu qu’Immortal soit un trio. Venom était un trio, Celtic Frost était un trio et Bathory est devenu un trio à un moment donné. Cet album a donc eu un gros impact sur nous, et sur moi en particulier. J’adore ces chansons lentes et lourdes qui passent ensuite à des tempos plus rapides. C’était très caractéristique d’eux ; des riffs très basiques, pas hyper techniques. Enfin, c’était technique, d’une certaine façon ; je ne suis pas en train de dire que c’était facile à jouer, mais c’était facile à écouter. C’est de la musique facile à assimiler. J’ai envie d’en écouter maintenant ! [Rires] J’aime tellement cet album. Il a été accroché sur mon mur pendant des années, et j’ai envie de le remettre, car c’est sa place. C’est unique en son genre. Ce groupe est inestimable. Tom Warrior est un génie !

« Il y a quelque chose de spécial dans To Mega Therion, The Return et Under The Sign Of The Black Mark qui est difficile à définir. Ces albums sont irremplaçables. Ils sont la raison pour laquelle on choisit de vivre une vie en immersion dans la musique pendant trente, quarante ou cinquante ans. »

Ce n’est pas pour rien que cet album est considéré comme un classique…

Il est incomparable. Evidemment, il y a d’autres groupes comme Bathory… Under The Sign Of The Black Mark était un classique immédiat et intemporel, mais je ne compare pas ces albums, car ils sont très différents. Il y a aussi Beyond The Gates Of Hell de Possessed et Reign In Blood de Slayer. Ce sont mes quatre grands albums. Hell Awaits était fantastique également… Il y a quelque chose de spécial dans To Mega Therion, The Return et Under The Sign Of The Black Mark qui est difficile à définir. Ces albums sont irremplaçables. Ils sont la raison pour laquelle on choisit de vivre une vie en immersion dans la musique pendant trente, quarante ou cinquante ans.

War Against All comprend un long instrumental épique intitulé « Nordlandihr ». C’est une première pour Immortal. Quelle était ton idée derrière ce morceau ? L’as-tu conçu dès le départ comme un instrumental ?

Quand j’ai écrit ce morceau, j’avais dans l’idée d’y mettre du chant, mais j’ai ensuite réalisé que j’adorais écouter les riffs sans chant. Je l’écoutais au casque en marchant dehors, et je me suis dit : « J’ai juste envie d’entendre ça. » Il est devenu clair presque immédiatement qu’il n’y aurait pas de chant, que ce serait instrumental. Je ne voulais pas que ce soit hyper sophistiqué ou technique ; je voulais juste qu’on prenne beaucoup de plaisir à écouter. Ce morceau est facile à écouter, mais je pense qu’il faut se le repasser plusieurs fois, car il y a des éléments subtils qui sont difficiles à repérer la première fois et qui nous apparaissent au fil des écoutes. C’est un peu compliqué, même si c’est très facile. Je ne sais pas si ça du sens ! Pour moi, une fois de plus, ce morceau représente la liberté ; c’est la liberté de Blashyrkh. Quand je l’écoute, je respire. Ice Dale a aussi été impliqué dans sa conception. Il a apporté des idées, pas pour les riffs, mais les arrangements. Il m’a donné des conseils et je l’ai écouté. Nous avons fait quelques petits changements en studio à cause de ça. J’aime le fait que ce soit long. La meilleure façon de l’écouter, selon moi, c’est à l’extérieur, avec un casque.

Ice Dale était ton producteur. Tu as travaillé avec lui dans son studio à Bergen, tout comme pour Northern Chaos Gods : as-tu délibérément voulu retrouver l’alchimie que vous avez eue la dernière fois ?

Non, en fait, cette fois, je suis entré en studio avec seulement une guitare et l’intention de trouver le son de guitare parfait pour l’album, car c’est essentiel pour moi. Il faut que ce soit un son bien mordant, et qu’il convienne aux chansons bien sûr, mais j’ai pensé que c’était très important. Je ne voulais pas d’un mauvais son ; je voulais le bon son. Nous avons principalement travaillé là-dessus. Ice Dale est un producteur et un musicien brillant qui comprend tout. Tout le monde ne comprend pas tout ce qui se passe dans ma tête, mais musicalement, il fait vraiment plein de super propositions. Je ne suis pas particulièrement technique, mais dès que je demande ou veux quelque chose, il comprend et l’obtient.

Dans cet album, on retrouve des morceaux très agressifs, d’autres très heavy et groovy, d’autres plus mélodiques. Est-ce que différents types de chansons impliquent différentes approches du son ? Ou fallait-il trouver une sorte de compromis sonore ?

Les chansons sonnent différentes à cause des riffs. C’est le même son, mais ça sonne différemment à cause de la façon de jouer. Quand tu joues « War Against All », tu joues sur toutes les cordes, alors que dans « Wargod », le riff d’ouverture est plus simple et sonne plus net. C’est aussi le même son de batterie sur toutes les chansons. Peut-être que le producteur a ajouté un effet de delay au moment du mixage ; je ne suis pas exactement sûr de ce qui a été fait, mais c’est le même son. Ça a été enregistré avec la même batterie et tout. Il n’y a pas de différence majeure. Normalement, tu trouves un son que tu aimes, et tu enregistres d’abord peut-être deux chansons différentes pour voir si ça convient. C’est ce que nous avons fait – nous en avons enregistré une rapide et une lente. Je crois que « Return To Cold » et « War Against All » sont les deux premières chansons que j’ai faites. « Compromis » est le pire mot que je connaisse [rires]. Rien de bon ne peut ressortir d’un compromis.

« ‘Compromis’ est le pire mot que je connaisse [rires]. Rien de bon ne peut ressortir d’un compromis. »

Ice Dale a enregistré la basse et Kevin Kvåle la batterie : avais-tu des instructions pour eux sur la façon dont tu voulais que ces instruments soient joués ou sonnent ?

Oui, parce que tout l’album était terminé dans ma tête avant d’entrer en studio. Bien sûr, je n’avais pas encore décidé de chaque coup de batterie, mais probablement quatre-vingt-dix-neuf pour cent des rythmes étaient définis. Je savais s’il devait y avoir un blast beat ou de la double grosse caisse ; je savais tout. Nous avons tout enregistré en démos avec mes instructions. Tout l’album était plus ou moins fini, mais évidemment ils ont ajouté leur propre touche quand ils ont joué en studio. Je ne peux pas tout contrôler !

Concernant l’idée de tournée, à l’époque de Northern Chaos Gods, tu nous avais dit que tu étais prêt à passer à l’étape suivante, à commencer à répéter et à trouver des membres. Au final, as-tu avancé pour remonter sur scène avec Immortal ?

Eh bien, tu connais l’histoire… Il y a eu des complications et la pandémie. Même maintenant, j’ai parlé à d’autres musiciens, ils étaient là : « On peut enfin jouer live ! », puis il y a eu plein de problèmes avec les tournées et un tas de choses. Tout est beaucoup plus cher maintenant. Il s’est passé tout ça, et puis j’ai fait l’album. Le fait de remettre le groupe sur les rails seul a nécessité beaucoup de temps et de sacrifices. Donc, quel est le plan maintenant ? Fin mai, nous ferons une réunion à Bergen avec le management pour voir quelles opportunités nous avons pour l’année prochaine, et si nous pouvons faire honneur à la musique en la jouant live. J’ai parlé aux gars qui étaient avec moi en studio, et ils veulent faire des concerts avec moi, mais aucune promesse pour le moment. Nous devons nous poser, établir un plan, voir ce que nous pouvons faire, et voir si ça peut fonctionner pour tout le monde, car Arve et Kevin ont été pas mal occupés avec leurs propres groupes.

Ça fait plusieurs décennies que tu n’as pas fait de concerts. N’appréhendes-tu pas ton retour sur scène, surtout en tant que frontman ?

Non, je pense pouvoir faire du bon boulot. Le plus important est de le faire comme il faut. Je ne veux pas y retourner et faire quelque chose de travers ; je veux le faire bien dès le départ.

Evidemment, il y a toujours des spéculations sur une reformation d’Immortal. Est-ce quelque chose que tu envisagerais ou estimes-tu que ce serait inutile ? Je crois qu’Abbath lui-même a mentionné qu’il était ouvert à cette idée…

Il suffit de faire le calcul : demanderais-tu à une personne de rejoindre ton groupe une troisième fois ? Voilà ma réponse. Nous n’en avons jamais parlé. Je ne sais même pas si le gars qui a écrit cet article a correctement rapporté les propos. C’est un peu étrange quand tout le monde semble être au courant sauf toi. Ça fait un petit moment que je n’ai pas parlé à Abbath. La dernière fois, il n’y avait aucune amertume entre lui et moi. Je trouve qu’il se débrouille bien tout seul, et il sait ce qu’il fait. Je lui souhaite le meilleur avec son groupe, et j’espère que les fans continueront de nous soutenir. C’est le mieux que je puisse faire, et je veux donner le meilleur de moi-même.

Interview réalisée par téléphone le 11 mai 2023 par Nicolas Gricourt.
Retranscription : Emilie Bardalou.
Traduction : Nicolas Gricourt.
Photos : Leander Djønne.

Site officiel d’Immortal : www.immortalofficial.com

Acheter l’album War Against All.



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  • ptit_lu_shaka dit :

    Merci pour cet article plus complet que celui de Metllian que j’avais déjà beaucoup aimé. Heureux de retrouver IMMORTAL, dernièrement j’étais au concert de SOULFLY et Max Cavalera avait sur sa battle Jacket un patch de IMMORTAL c’était vraiment cool de se dire qu’on est tous fan de ce groupe de Black Métal.

  • Désolation dit :

    Oh oui un grand merci ! Et quel album !!!!

  • Un grand merci pour l’interview
    Je ne sais pas trop quoi en penser au final
    Quand on voit le line-up de DIB et le line-up aujourd’hui

    Une chose est sure, je n’ai pas plus écouté que ça Dread Deaver, alors que ce War Against All tourne bien ! Le AC/DC du black polaire !

  • Imminence + Ne Obliviscaris @ Salle Pleyel
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