ENVOYEZ VOS INFOS :

CONTACT [at] RADIOMETAL [dot] FR

Live Report   

Judas Priest conquiert la cité de Carcassonne


Depuis vingt ans, chaque été, la cité médiévale de Carcassonne s’embrase au son de la musique, du théâtre et de la danse grâce à son festival qui n’a de cesse de marier la majesté du lieu avec un éclectisme artistique assumé. Ainsi, depuis le mois de juin, avec plus d’une centaines spectacles et une programmation mêlant têtes d’affiche internationales, nationales et découvertes, le Festival de Carcassonne s’impose comme l’un des rendez-vous culturels majeurs de l’été en Occitanie. Et s’il y a un lieu qui symbolise à lui seul la magie de cette manifestation, c’est bien le Théâtre Jean-Deschamps. Niché au cœur des remparts, ce théâtre de trois mille places offre un magnifique décor à ciel ouvert avec des tourelles médiévales en toile de fond, des pierres chargées d’histoire et, au centre de tout ça, une scène prête à accueillir les plus grands. Un écrin unique, à la fois intime et solennel.

C’est dans ce cadre exceptionnel que les Britanniques de Judas Priest sont venus poser leurs amplis en ce 15 juillet 2025. Le groupe est en effet en pleine tournée Shield Of Pain, lancée en juin dernier pour promouvoir son dernier album en date, Invincible Shield, mais aussi célébrer les trente-cinq ans du classique Painkiller, jalon incontournable de la carrière des p’tit gars de Birmingham. Autant dire que les spectateurs se sont déplacés en masse dès la mi-journée pour ce concert exceptionnel – l’un des deux seuls programmés en France cette année avec le Hellfest – afin de célébrer un groupe qui a tout bonnement défini les contours du heavy metal et qui continue, envers et contre tout, à garder la flamme intacte. Ce soir, cette vingtième édition du Festival de Carcassonne réalise l’union parfaite entre deux formes de patrimoine : celui bâti de la cité médiévale et celui sonore de Judas Priest.

Artiste : Judas Priest
Date : 15 juillet 2025
Salle : Théâtre Jean-Deschamps
Ville : Carcassonne [11]

Il est 21h30 quand les enceintes crachent les premières notes de « War Pigs » de Black Sabbath. Très vite, un frisson parcourt le public, pas seulement parce que ce classique annonce l’arrivée du groupe sur scène, mais aussi parce qu’il porte en lui un symbole fort, puisqu’il y a quelques jours, Black Sabbath tirait définitivement révérence sur ses terres de Birmingham. À cette occasion et en guise d’hommage, Judas Priest a dégainé il y a peu sa reprise du morceau. Les fans ne s’y trompent pas et chantent à l’unisson l’intro comme pour saluer les anciens dieux… juste avant la venue du metal god et des siens.

Dès l’arrivée des Britanniques sur « All Guns Blazing », le ton est donné : le son est massif et parfaitement équilibré, malgré l’acoustique piégeuse des vieilles pierres de ce théâtre à ciel ouvert. La formation est en place et tous les regards se focalisent sur ce bon vieux Rob Halford, soixante-treize ans au compteur, tout vêtu de cuir noir et lunettes de soleil sur le nez. Certes, la démarche est moins assurée qu’à l’époque mais la voix, elle, est toujours là. Pas aussi stridente qu’au temps de Painkiller, bien sûr, mais suffisamment convaincante pour rassurer les spectateurs les plus circonspects sur la vitalité du groupe.

Judas Priest a eu l’excellente idée de mettre en place un setlist plutôt généreuse, pensée comme un véritable voyage à travers les décennies qui laisse la part belle aux anciens albums, notamment Painkiller avec pas moins de sept titres, mais aussi British Steel ou Screaming For Vengeance. Inutile de dire que le public est aux anges ! En l’espace de quelques minutes, les fans se sont levés des gradins et se sont tous mis au diapason comme un seul homme : ça chante, ça lève le poing, ça hoche la tête et ça répond aux moindres sollicitations. Il y a une véritable communion entre l’audience du Théâtre Jean-Deschamps et les Britanniques !

À ce titre, on sent que Judas Priest est content de se produire ce soir « pour la première fois dans ce magnifique lieu », comme le souligne Rob. Les musiciens sont tout sourire, à l’image de Scott Travis qui ne ménage pas ses efforts derrière ses fûts et sa double grosse caisse. Le guitariste Richie Faulkner, désormais bien plus que le remplaçant de K. K. Downing, distribue ses médiators et enchaîne les pauses devant les téléphones des premiers rangs. Le musicien a définitivement conquis les fans, y compris les plus conservateurs.
De son côté, Andy Sneap assure ses parties de guitare avec sobriété mais n’hésite pas à investir l’espace scénique à côté d’Halford et de Faulkner. L’homme semble avoir bien pris ses marques au sein du groupe même si l’ombre de Glenn Tipton est omniprésente sur les anciens morceaux, notamment « Freewheel Burning » ou « Solar Angels ».

Cela étant, le set de Judas Priest ne repose pas que sur les classiques. Le dernier album en date sorti en mars 2024, Invincible Shield, est aussi mis à l’honneur au travers de trois titres accrocheurs : « Gates Of Hell », « The Serpent And The King » et « Giants In The Sky ». Ce dernier faisant office d’hommage sincère à toutes les légendes du rock disparues qui ont influencé Judas Priest et la musique en général. Sur l’écran géant à l’arrière de la scène, on reconnaît les visages d’Eddie Van Halen, Freddy Mercury, Janis Joplin, Paul Di Anno, Ronnie James Dio, etc.

Le moins que l’on puisse dire est que ces nouveaux morceaux s’intègrent parfaitement à la setlist sans jurer avec les titres de Painkiller ou de British Steel. Preuve que les compositions du groupe n’ont rien perdu de leur pertinence ni de leur mordant. Il faut dire aussi que ce Judas Priest mouture 2025 est une machine bien huilée, à l’image de son frontman iconique, peu disert entre les chansons, comme pour mieux concentrer son énergie sur l’essentiel. Malgré son âge, il délivre une prestation percutante qui fait plaisir à entendre et occupe bien l’espace, n’hésitant pas à aller d’un côté et de l’autre de la scène pour contribuer à la dynamique du show. On est bien loin du Rob Halford statique d’il y a une quinzaine d’années !

Derrière lui, le rouleau compresseur écrase tout sur son passage, notamment grâce à la section rythmique basse-batterie tenue par le discret (mais très efficace) Ian Hill et de l’expressif Scott Travis. Côté six-cordes, le duo Richie Faulkner / Andy Sneap assure un set musclé tout en se partageant les plans de guitares, sans jamais trahir l’essence du jeu de feu la paire K.K. Downing / Glenn Tipton. On sent qu’ils se sont installés avec assurance dans l’héritage du groupe avec une véritable complémentarité scénique.

Après une grosse heure d’un set mené sans temps mort et un bref discours soulignant l’importance de l’inclusion de toutes et tous, sans aucune distinction, au sein de la musique, le quintet quitte la scène pour laisser le Travis seul face au public. Tout le monde comprend alors que c’est maintenant le moment du classique « Painkiller » avec son intro de batterie fracassante ! Très vite, le public du Théâtre Jean-Deschamps explose : les spectateurs quittent les gradins pour se ruer vers les premiers rangs en contrebas, et malgré la configuration peu adaptée de l’amphithéâtre, certains n’hésitent pas à tenter des slams improbables. Sur scène, Judas Priest sort l’artillerie lourde avec un tempo rapide proche de la version de l’album. Difficile de résister à une telle déferlante sonore.

Pas question de relâcher la pression pour autant. Les Britanniques attaquent la dernière ligne droite du concert avec la ferme intention de mettre tout le monde à genoux. Ainsi, passé « The Hellion », on enchaîne avec le classique « Electric Eye », suivi de « Hell Bent For Leather », moment où Rob Halford fait une entrée spectaculaire sur scène à moto. Le public, conscient que le show touche à sa fin, jette ses dernières forces dans la bataille et reprend les paroles en chœur, à la façon d’un karaoké géant. Cette ferveur collective se prolonge avec le dernier morceau, « Living After Midnight », scellant une communion intense entre le groupe et son public.

Avec ce set d’une heure et demie, Judas Priest a démontré à la force du poignet qu’il reste un pilier du heavy metal, capable de livrer une prestation à la fois puissante et ô combien vivante. Si la flamme vacille parfois chez certains vétérans du genre, elle brûle encore intensément de leur côté, et ce, même après plus de cinquante ans de carrière. Le feu sacré du heavy metal, fièrement porté par le metal god, a illuminé la cité Carcassonne. The Priest is back ! Qu’on se le dise…

Setlist :

All Guns Blazing
Hell Patrol
You’ve Got Another Thing Comin’
Freewheel Burning
Breaking The Law
A Touch Of Evil
Night Crawler
Solar Angels
Gates Of Hell
One Shot At Glory
The Serpent And The King
Between The Hammer And The Anvil
Giants In The Sky
Painkiller

Rappel :
The Hellion
Electric Eye
Hell Bent For Leather
Living After Midnight



Laisser un commentaire

  • Imminence + Ne Obliviscaris @ Salle Pleyel
    previous arrow
    next arrow
     
  • vendredi, 23 janvier 2026 à 14:27
    Gojira : triomphe à domicile
    vendredi, 23 janvier 2026 à 13:59
    Megadeth – Megadeth
    vendredi, 16 janvier 2026 à 17:44
    Dieter Dierks, le sixième Scorpion(s)
    samedi, 10 janvier 2026 à 9:22
    The Birthday Massacre : une histoire de temps
    vendredi, 9 janvier 2026 à 16:27
    Top 50 2025 : l’hémicycle a tranché
    mardi, 6 janvier 2026 à 18:39
    Coroner – Dissonance Theory
    mercredi, 31 décembre 2025 à 17:40
    Novembre et sa post-poésie
    1/3