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Chronique Focus   

Judas Priest – Invincible Shield


Nombreux sont les groupes qui rêvent de voir leur carrière s’étaler sur plusieurs décennies. Judas Priest a su cultiver la chance de faire durer la sienne sur déjà cinq de celles-ci et, à l’aube d’une tournée mondiale pour défendre son tout nouvel album, le groupe semble d’attaque pour ne pas écourter cette carrière tout de suite. La formation britannique présente Invincible Shield, son dix-neuvième album studio, successeur d’un Firepower salué quasi unanimement par les fans et la critique, mais sorti il y a déjà six ans. L’enjeu : maintenir le niveau et honorer les attentes particulièrement élevées. Le résultat : une œuvre à multi-facettes promettant un voyage à travers le temps et les albums ayant contribué à la légende du Priest, mais arrangée de manière à s’inscrire parfaitement dans la modernité.

Tranchant avec Firepower, plutôt que de démarrer très fort dès les premières notes, le choix a été fait cette fois-ci de valoriser une montée en puissance. « Panic Attack », premier titre et premier single, via son clavier électrifiant et sa batterie électronique, ramène l’auditeur tout droit en 1986 et l’album Turbo, fortement inspiré de sonorités synth-wave. Une entrée en matière osée, mais pas d’inquiétude, le titre s’accélère ensuite, laissant place à un riffing de guitare puissant, au style caractéristique sans qu’il n’ait pris une ride. Rob Halford y place ses vocalises immédiatement reconnaissables, toujours aussi impressionnantes avec leurs notes haut perchées. « The Serpent And The King » enchaîne et passe la seconde en matière d’agressivité. Un refrain groovy qui reste facilement en tête et un break légèrement progressif viennent apporter ce qu’il faut de dynamique. Invincible Shield est plein de petits détails et rebondissements qui entretiennent l’attention. En témoignent les longues parties de solo de l’éponyme ou « Giants In The Sky », dans la lignée épique d’un « Victim Of Changes », en plus concis, qui se voit agrémenté d’un intermède acoustique et contribue à la fraîcheur qui parcourt le disque jusqu’à la fin. Car pas le temps de s’ennuyer : le maître mot est la diversité. Invincible Shield joue avec les tempos, avec un « Devil In Disguise » plus posé mais pas moins explosif et fédérateur et, surtout, le grave « Escape From Reality » qui empiète sur le territoire doom et presque psychédélique de Black Sabbath. Fédérateurs, les plus rock « Gates Of Hell » et « Crown Of Horns » au cœur de l’album le sont indéniablement. Mid-tempo, aux sonorités FM et usant d’un thème faisant un lien presque autobiographique avec l’histoire du chanteur, ce dernier prend un air hymnique et appuie sur un message fort à faire passer.

Rob Halford déclarait lui-même au sujet des trois premiers singles dévoilés : « Ces trois chansons n’ont rien à voir les unes avec les autres. Ce sont trois chansons, mais lorsqu’elles sont reliées au reste du matériel, on obtient, une fois de plus, ce magnifique album qui définit ce que Priest fait et représente en 2024. » C’est là toute la force d’Invincible Shield, qui pioche dans toutes les teintes explorées dans la carrière du groupe, tout en créant un fil rouge grâce à ses éléments clés, que ce soit une voix particulièrement rodée ou les fameuses parties de twin guitar. Un tour de force qui démontre un peu plus que les Anglais ont eu le nez creux en optant pour Richie Faulkner en 2011 en remplacement de celui qu’on aurait cru irremplaçable, KK Downing. Judas Priest ne montre aucun signe de faiblesse, en dépit d’un Glenn Tipton désormais diminué par la maladie de Parkinson. Au contraire, avec l’aide du producteur Andy Sneap, dont la proximité avec le groupe – qu’il accompagne à la guitare sur scène depuis 2018 – est certainement l’un des ingrédients secrets de cette réussite, les forces de chacun des musiciens ont été mises à profit (y compris celles de Tipton qui apporte sa touche essentielle aux compositions et même quelques solos, comme sur « Sons Of Thunder ») et minutieusement assemblées.

Après plus de cinquante ans sur le devant de la scène, Judas Priest fait preuve d’une étonnante vivacité, à l’image de ce bouclier protecteur très coloré qui orne la pochette, symbole du heavy metal et de sa communauté. Formant un équilibre intéressant entre les diverses facettes de sa discographie, il se prête au jeu du renouveau tout en restant fidèle à ce que l’on attend de lui, et parvient à faire vivre son héritage, reprenant les codes clés du passé qu’il peaufine et nettoie de toute forme de poussière. Le Priest semble déterminé à rester un exemple jusqu’au bout…

Clip vidéo de la chanson « The Serpent And The King » :

Clip vidéo de la chanson « Crown Of Horns » : :

Clip vidéo de la chanson « Panic Attack » :

Clip vidéo de la chanson « Trial By Fire » :

Album Invincible Shield, sortie le 8 mars 2024 via Sony Music. Disponible à l’achat ici



Laisser un commentaire

  • fuckmyass dit :

    Excellent album, inespéré de sortir un truc aussi frais après tant d’albums. Pas mal de références et reprises d’anciens riffs (Ram it Down, Painkiller (grosse référence sur la fin de Panick Attack)), mais sans s’auto-plagier.
    Les riffs sont travaillés, les arrangements aussi et la batterie de Scott plus variée qu’avant. Le chant de Rob bien évidemment impeccable, solos monstrueux.
    Bien au dessus des derniers Maiden, Metallica, Accept ou AC/DC (pour citer les vieux).

  • Kingeddie dit :

    Pour résumer : les tauliers are back et toute la profession ne peut que faire la révérence devant tant de talent, tout le reste n’est que littérature…

  • Étonné qu’il y ait encore aucuns commentaires ici.

    Cet album est du même acabit que firepower, si ritchie est l’explication du comment judas priest arrive a sortir de tels missiles 50 ans après leurs premier album, il faut pas le taf tout seul et on a un judas priest en studio plus vivant qud jamais (ou au moins que les années 80). Painkiller aura été une surprise impossible a reproduire, firepower aura été l’album inespéré, et reproduit.

    Non mais 50 ans après, aucuns groupe de revival heavy n’arrive à cette cheville, ni même pour les anciens d’ailleurs.

    Le seul bemol dans cet album est la dernière piste, dont je ne sais pas si elle m’agace ou si je l’adore ahah.

  • Imminence + Ne Obliviscaris @ Salle Pleyel
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