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Interview   

Kadavar : détruire pour reconstruire


Kadavar est un groupe plein de surprises. Si bien qu’on ne sait jamais à quelle sauce on sera mangé avec leur prochain disque… ni quand. Car à peine I Just Want To Be A Sound sorti que, quelques mois plus tard, la même année, paraissait K.A.D.A.V.A.R. Et là où le premier avait agréablement étonné autant qu’il avait décontenancé par ses prises de libertés stylistiques, sa lumière, ses contours pop, son travail du son et même l’intégration d’un quatrième membre, le second revient aux fondamentaux du groupe : riffs gras, simplicité et obscurité. Même dans les thématiques, ils s’opposent, ou plutôt se complètent : quand l’un regarde à l’intérieur, l’autre se tourne vers le monde extérieur. Mais les deux ont tout de même un point commun : une forme de destruction. Et c’est ainsi que Kadavar a organisé sa renaissance.

Après avoir échangé avec le chanteur-guitariste Christoph « Lupus » Lindemann au sujet de I Just Want To Be A Sound, c’est naturellement le batteur et producteur Christoph « Tiger » Bartelt que nous avons interrogé cette fois-ci – et un peu le bassiste Simon « Dragon » Bouteloup qui traînait dans les parages ! – pour compléter la vision de ce quasi-diptyque, qui pourrait bien devenir un triptyque…

« En 2019, avant la pandémie, nous en étions à un stade où nous ne voulions pas reproduire ce que nous faisions. Nous étions probablement sur une sorte de chemin de recherche, mais nous voici au moment cathartique où nous renouvelons notre ancienne identité. »

Radio Metal : En mai dernier, vous avez sorti I Just Want To Be A Sound, et quelques mois plus tard, vous sortez encore un autre album que personne n’attendait aussi tôt. Comment cela s’est-il concrètement passé ? Était-ce prévu ?

Christoph « Tiger » Bartelt (batterie) : Ce n’était pas prévu. Quand nous avons terminé I Just Want To Be A Sound, on était fin 2024, et nous avons continué à composer, sachant qu’il nous restait aussi quelques chansons qui n’avaient pas été retenues. L’idée de continuer et de faire un autre album a germé après avoir terminé I Just Want To Be A Sound, avant même qu’il ne sorte. Des gens ont fait le rapprochement avec ce que faisaient les groupes dans les années 70, et c’est vrai : les cycles d’albums étaient un peu plus courts à l’époque. Mais ce n’était pas forcément l’idée, ça s’est simplement fait naturellement.

I Just Want To Be A Sound est un album qui a bénéficié d’une grande liberté créative et qui en a surpris plus d’un, voire déstabilisé certains. Dans quelle mesure était-ce une nécessité pour vous à ce stade ?

C’était à cent pour cent nécessaire pour nous. Je crois qu’il y a plusieurs niveaux à cette nécessité. Nous avons commencé une phase expérimentale durant la pandémie. Avec les cinq albums que nous avions en poche avant, le dernier étant For The Dead Travel Fast, nous en étions à un stade où nous pensions que ce n’était pas bon de poursuivre dans la même direction. Le premier confinement a été une opportunité pour nous de faire quelque chose de complètement différent. Le résultat était The Isolation Tapes. Il nous a fallu quelques années pour maintenant revenir au son pour lequel nous étions connus. Je pense que c’était nécessaire de passer par cette période. Notre dernière expérimentation – je qualifierais I Just Want To Be A Sound d’album expérimental pour nous, d’album très beau et popisant dans notre contexte – est ce qu’il fallait que nous fassions pour embrasser de nouveau notre côté sombre. C’est ce qui s’est passé avec le dernier album K.A.D.A.V.A.R.

En effet, ces dernières années, vous avez exploré de nombreux horizons, avec I Just Want To Be A Sound, mais aussi The Isolation Tapes et Eldovar. Avec ce nouvel album, K.A.D.A.V.A.R., c’est presque une volte-face, un retour aux sources. Pourrait-on dire que c’est un album réconfortant, comme revenir à la maison après un long voyage ?

Oui, absolument. Et maintenant, ça paraît être la bonne chose à faire, ce qui n’était pas le cas en 2019. En 2019, avant la pandémie, nous en étions à un stade où nous ne voulions pas reproduire ce que nous faisions. Comme je disais, le premier confinement a produit The Isolation Tapes et il fallait que nous poursuivions sur cette voie expérimentale. Nous étions probablement sur une sorte de chemin de recherche, mais nous voici au moment cathartique où nous renouvelons notre ancienne identité. Nous avons accumulé beaucoup d’expérience au cours des cinq dernières années. Ce dernier album est, à bien des égards, un retour aux aspects familiers du groupe, à un son pour lequel les gens nous connaissent, à une certaine manière d’aborder le studio, à faire les choses sans réfléchir à opérer différemment. Nous avons bouclé la boucle, rassemblé plein d’idées, et nous nous sommes reconnectés avec cette facette de nous-mêmes. Ça a fait beaucoup de bien à ce moment-là.

Entre autres expériences, vous avez composé des chansons pour le groupe de hip-hop allemand Die Fantastischen Vier. C’est plutôt intéressant, car c’est un univers complètement différent : comment cela s’est-il fait ? Peux-tu nous en parler ?

Cet artiste, Die Fantastischen Vier, est le plus gros groupe de hip-hop en Allemagne. Ils existent depuis les années 90, ils sont extrêmement populaires. Ils ont la cinquantaine maintenant et une carrière de plus de trente ans. Ils nous ont demandé de contribuer à leur nouvel album – et je crois que ce sera leur tout dernier, qu’il n’y en aura plus après – sorti en 2024, car ils aimaient notre groupe. Je crois qu’ils ont toujours eu en tête l’idée de faire de vraies chansons de rock et c’est pourquoi ils ont voulu faire appel à nous, mais nous, de notre côté, nous pensions que la mission qui nous avait été confiée consistait à enfin pouvoir écrire des morceaux de hip-hop, ce qui nous plaisait car c’était une autre expérimentation. Ils nous ont contactés en 2022 et ces chansons ont évolué sur une période de deux ans, en travaillant dessus par intermittence. Il a donc fallu trouver un équilibre entre leur désir d’obtenir le son lourd de Kadavar et notre désir de faire du hip-hop old school. Au final, c’est devenu quelque chose qui était entre les deux : des morceaux rythmés sur lesquels on peut rapper mais avec des guitares et de la batterie acoustique. Le résultat est vraiment spécial, les chansons sont super, et ce n’est ni l’une ni l’autre des visions que nous avions au début. Ce n’est ni des chansons traditionnelles de Kadavar, ni la musique qu’ils ont l’habitude de faire, mais il y a un terrain commun. C’était une belle expérience !

« Avec cet album, nous avons redécouvert ce mécanisme consistant à transformer la colère, la rage, la frustration, l’inquiétude en musique. »

Vous avez démontré votre appétence pour l’expérimentation, donc doit-on s’attendre à du hip-hop dans Kadavar un jour ?

Qui sait ? Ne jamais dire jamais ! [Rires]

Tu as déclaré que « les bases de cet album étaient déjà en grande partie posées dans son prédécesseur ». Dans quelle mesure I Just Want To Be A Sound a-t-il mené à ce que l’on entend dans K.A.D.A.V.A.R. ? Quel est le lien entre ces deux albums, qui sont presque comme le yin et le yang ?

L’idée de yin et yang résume bien leur lien, dans le sens où il y a un contraste entre lumière et obscurité. On avait un disque majoritairement beau et léger, qui renferme probablement un petit point d’obscurité. Des chansons comme « Heartache », « Stick It » et « Lies », qu’on retrouve maintenant dans K.A.D.A.V.A.R. ont été également composées durant la période d’écriture de I Just Want To Be A Sound, mais nous trouvions qu’elles ne clarifiaient pas la vision de l’album, donc nous les avions mises de côté. Pendant que nous étions en train de faire ce joli album orienté pop, nous avions aussi des thématiques sombres, mais nous nous sommes dit que ce n’était peut-être ce qu’il fallait à ce moment-là, pour ce disque. Tout ça constituait des points de départ pour le nouvel album. Après avoir fait ce bel album, il y a eu un peu comme un effet de magnétisme : tu retournes l’aimant et, tout d’un coup, il y a de nouveau une attirance pour les riffs heavy. Nous avons donc maintenant la grande moitié noire du yin et yang avec le joli petit point blanc. En l’occurrence, « Heartache » est une chanson sur le chagrin, ce n’est pas joyeux, mais il y a de la beauté dedans. « Explosions In The Sky » explore des thèmes de peur de sa propre mort, de la fin du monde, mais pas de la même manière que « Total Annihilation », par exemple, qui est une chanson super noire et destructrice. Il y a donc également ces nuances sur le nouvel album, et c’est peut-être ce qui complète l’image du yin et yang que tu mentionnais.

Même si cet album donne l’impression d’un retour aux sources, ce qui le différencie de vos tout premiers opus, c’est que vous n’êtes plus un trio : Jascha Kreft vous a rejoints. S’il a su enrichir considérablement l’atmosphère de I Just Want To Be A Sound, qu’a-t-il apporté à un album de rock aussi brut que celui-ci ?

Tout d’abord, sa manière d’être en tant qu’être humain a changé positivement la dynamique du groupe. C’est une personne très équilibrée et drôle. Il s’intègre bien au groupe mais il a également apporté au début un point de vue extérieur. Il a redynamisé le groupe. Il nous a donné des pistes pour sortir du sentier sur lequel nous évoluions. Quand il est arrivé, nous avons repensé notre manière de faire de la musique et de composer des chansons. C’est une aventure qui dure depuis déjà trois ans et la conception du premier album a probablement pris un peu plus de temps parce que nous apprenions encore à nous connaître, mais si I Just Want To Be A Sound sonne comme un album plutôt universel et ouvert, c’est parce qu’on entend cette tentative de trouver un terrain d’entente en tant que groupe qui se transforme en quatuor. C’est devenu un peu plus facile de créer de la musique ensemble avec le second album, parce que nous nous connaissions mieux. Aujourd’hui, nous nous sentons vraiment comme un quatuor et renforcé.

J’imagine qu’à la guitare il peut renforcer votre côté heavy, justement. Lupus a d’ailleurs déclaré : « Avec Jascha, nous avions enfin toute la puissance dont nous avions toujours rêvé. Mais il nous fallait d’abord trouver un moyen de la maîtriser. »

C’est très vrai, ce que tu dis. En tant que trio, nous embrassions ce vide : il y a toujours un écart entre la basse-batterie et la guitare. Surtout au début, quand Lupus jouait un solo, il n’y avait que de la basse dessous. En trio, il faut compenser ça par beaucoup de puissance et de gros efforts de la part de chacun. Maintenant, avec deux guitares, c’est un peu plus facile. Ça offre de nombreuses possibilités, mais ça donne aussi à chacun l’opportunité d’en faire un peu moins et d’être un peu plus à sa place. Par exemple, en tant que batteur, je peux faire un petit peu moins de bruit, idem pour Simon à la basse. Je ne suis pas en train de dire que nous réduisons la puissance, mais le spectre est plus large. Je n’ai jamais le sentiment qu’il peut y avoir trop de puissance. On peut la doser différemment et l’élargir, et ça c’est bien.

« Parfois, il faut détruire pour repartir de zéro. I Just Want To Be A Sound est un joli album mais qui recèle aussi une forme de destruction qui a rendu possible la réalisation de l’album suivant. »

Je parlais de I Just Want To Be A Sound comme d’une libération artistique. Avec le nouveau, vous explorez des sonorités très heavy, saturées, avec des riffs gras et une ambiance sombre : est-ce là aussi une forme de libération, d’une certaine manière ?

Oui, c’est une libération et c’est aussi retrouver cette simplicité qui n’appelle pas à explorer davantage, en se contentant de ce qui est là, des éléments familiers, tout en tirant profit des outils que nous avons rassemblés entre-temps. Il s’agit simplement d’apprécier ce qui sonne bien.

I Just Want To Be A Sound et cet album présentent des approches créatives très différentes. En tant que producteur, comment ça a changé les choses ? Était-ce également très différent à cet égard, notamment au niveau du travail du son ?

Ce n’était pas du tout difficile, pour être honnête. Quand tu es sur un chemin de recherche, comme je le disais plus tôt, tu es en quête de nouvelles choses, tu te poses des questions, tu essayes de trouver des équilibres, de trouver une nouvelle formule. Ça c’est l’expérimentation. Maintenant, nous nous sommes reposés sur les techniques de production que j’avais utilisées sur les précédents disques, donc c’était très familier, sans effort. Le premier morceau que nous avons fait en démo était « Heartache ». Nous l’avions déjà enregistré avant et nous n’en étions pas satisfaits, et là, nous avons réalisé : « C’est facile, c’est fluide, c’est exactement ainsi qu’il doit sonner. » J’ai ressorti le magnétophone que j’utilisais avant, j’ai repris les techniques de batterie que j’utilisais avant, etc. Nous avons tout mis en place pour que ça sonne parfait et que nous puissions nous concentrer sur le plaisir du processus. En tant que producteur, je me suis focalisé sur l’obtention de leurs meilleures performances et sur la diffusion d’une attitude positive, en essayant de faire en sorte que chacun ne réfléchisse pas trop et vive le moment présent. Et oui, c’était très différent. J’ai essayé de faire des prises complètes et de ne pas trop couper. J’ai aussi essayé de limiter les overdubs. Le résultat, c’est un album au son plus organique et qui respire plus rythmiquement. Il est sans doute plus épuré que le précédent. Il n’est pas aussi imposant ni aussi dense, il est brut.

Tu as même ramené ta vieille batterie en acrylique au studio. Qu’est-ce qui la rend si spéciale ?

Je ne sais pas si je peux mettre le doigt sur ce qui la rend spéciale, mais c’est comme pour tout le reste de l’album : quand ça paraît bien, c’est que c’est bien ! Ma batterie acrylique a un son très spécial, assez sec mais aussi plus chaleureux que toutes les autres batteries acryliques sur lesquelles j’ai joué. Parfois, quand tu montes les micros sur une batterie, tu es frustré et mécontent, mais là, en ressortant celle-là, j’ai tout de suite su que c’était parfait !

On perçoit comme un clin d’œil à « Iron Man » dans l’intro de « Lies », avec cette grosse caisse lourde et les premières notes de guitare. Black Sabbath a donné son concert d’adieu, puis on a perdu Ozzy : ressentez-vous une responsabilité d’honorer et de perpétuer l’héritage que ce groupe laisse derrière lui ?

Oui. Pour moi, la performance de Black Sabbath à Paris en 1970 – on peut trouver la vidéo sur YouTube – dit tout. On entend déjà à l’écoute des premiers albums qu’ils occupaient à juste titre la place de pionnier du metal. Chacun des membres du groupe était tellement puissant à sa manière –surtout Geezer Butler, avec sa façon de jouer de la basse, mais aussi les autres. Mais cette performance en 1970 me sidère à chaque fois que je la vois. Je les ai vus pour la dernière fois en 2016, et je crois que c’était la dernière année où Black Sabbath s’est produit. Ces hommes de soixante ou soixante-dix ans dégageaient encore une énergie incroyable en jouant leurs chansons. Ils ne l’ont jamais complètement perdue. Nous avons donc un grand respect pour eux, et cette intro était clairement pensée comme un clin d’œil. Black Sabbath reste une référence pour nous, même si ce n’est pas dans tout ce que nous faisons. C’est l’une des grandes racines que nous avons, et ça le restera.

« C’est un pas, après l’expérimentation, vers un retour à la pleine puissance – c’est-à-dire avoir de nouvelles idées tout en restant connecté à son ancienne nature. C’est sur cette force que nous nous appuierons à l’avenir. »

L’album porte le nom du groupe, mais celui-ci a été transformé en acronyme : Kids Abandoning Destiny Among Vanity And Ruin (Enfants abandonnant leur destin parmi la vanité et la ruine). Comment cette idée vous est-elle venue ? Était-elle présente dès le départ ou l’avez-vous inventée pour cet album ?

Ce n’était pas la première idée, mais quand l’orientation thématique de l’album est devenue claire, nous nous sommes dit qu’il nous fallait un titre qui la reflèterait également. Il y avait donc cette idée de le baptiser Kadavar, parce que nous avions le sentiment de revenir à quelque chose, que nous nous reconnections à une facette familière du groupe, mais nous nous sommes souvenus que le premier album s’appelait déjà comme ça, donc ce n’était pas possible. Mais je tenais à cette idée d’album qui porte le nom du groupe. C’est là que l’acronyme est venu en tant que solution de rechange pour quand même intituler l’album Kadavar, mais autrement. Nous avons essayé de trouver des mots qui reflètent le thème apocalyptique de l’album.

Là où I Just Want To Be A Sound abordait les conflits et les luttes intérieures, K.A.D.A.V.A.R. se tourne plus vers l’extérieur. Existe-t-il ici une relation de cause à effet : faut-il d’abord se tourner vers soi-même avant de s’intéresser au monde extérieur ? Se complètent-ils également en ce sens ?

On peut le dire, oui. Après cette profonde introspection, le regard porté sur le monde extérieur devient peut-être plus clair. Concrètement, une fois l’album terminé, cela nous est apparu évident… Nous avions créé un magnifique album qui abordait des thèmes personnels et était très différent. A la fois, en observant tout ce qui se passe à l’extérieur, on avait de nombreuses raisons d’être pessimistes et inquiets pour l’avenir. Comme tu l’as dit, il y avait bien une relation de cause à effet.

Le côté heavy et le côté sombre de K.A.D.A.V.A.R. sont-ils une réaction directe à l’état du monde, comme un reflet, un peu comme l’avait déjà été Rough Times ?

Oui, c’est la bonne façon d’orchestrer la peur de la tournure que pourraient prendre les événements. Tout ce que cet album raconte sonne mieux fort et lourd. Avec cet album, nous avons aussi redécouvert ce mécanisme consistant à transformer la colère, la rage, la frustration, l’inquiétude en musique. C’est ce que nous avons toujours fait, alors que ce n’était pas tellement le cas sur I Just Want To Be A Sound, avec lequel nous avons exploré les sentiments et facettes de notre personnalité plus vulnérables.

On entend un extrait en français dans « Stick It ». D’où vient-il ?

Je ne suis plus certain de savoir qui est l’auteur. Simon ! [Il appelle Simon Bouteloup, bassiste du groupe, juste à côté]. Tu veux intervenir rapidement ? Il arrive… Je le laisse répondre pour cette question.

Simon « Dragon » Bouteloup (basse) : C’est tiré des Poèmes saturniens de Paul Verlaine. Ce qu’il s’est passé est que j’étais en train de lire ça pendant que nous écrivions l’album. L’histoire de « Stick It », c’est celle d’une sorte d’entité qui vient et te hante, et tu as envie de t’en débarrasser. Dans les Poèmes saturniens, il y a ce passage à la fin où il parle d’une sorte de rêve récurent qu’il fait, le rêve d’une femme qui le hante. C’est donc la fin d’un des Poèmes saturniens et ça résonnait beaucoup avec l’idée de la chanson. Je me suis alors dit que nous allions le placer là. En fait, c’est Jascha, quand nous étions en train de construire « Stick It », qui me dit : « Pourquoi tu ne fais pas un petit passage en français ? » Au bout de dix ou quinze minutes, j’ai trouvé ça et je me suis dit que nous allions le mettre, car c’est une bonne référence !

Ce n’est pas la première fois que vous mettez du français dans un album…

Il y a eu « A L’ombre Du Temps », c’est vrai. C’était le dernier morceau de Rough Times. C’était une idée de Tiger. Il avait fait une grosse ébauche sur un texte et m’avait dit : « Tu ne veux pas le traduire en français ? » Après, nous l’avions remodelé. En effet, il y a quelques petits hommages en français de temps en temps !

Tu es un grand lecteur de Paul Verlaine ?

Non, pas un grand lecteur, mais quand j’ai besoin soit de m’évader, soit de trouver des références, j’aime bien chercher dans ce qu’on a produit durant les trois derniers siècles [rires].

« Le public n’était pas le seul à avoir peur. Nous aussi, nous avions peur ! [Rires] C’est ce qui arrive quand on sort des sentiers battus et qu’on fait les choses différemment. Et je pense que c’est important et nécessaire, mais il est tout aussi important de reconnecter, d’intégrer et de rassembler les éléments. »

Il y a cette idée de destruction de votre identité dans I Just Want To Be A Sound et à travers la puissance sonore dans K.A.D.A.V.A.R. – le tout culminant dans les très agressifs et sombres « K.A.D.A.V.A.R. » et « Total Annihilation ». L’idée de faire table rase du passé pour repartir à zéro vous trottait-elle dans la tête ?

Tiger : Je pense que I Just Want To Be A Sound était une tentative de faire table rase du passé et qu’il était nécessaire de rompre avec certaines idées musicales que nous avions explorées auparavant. On pourrait donc, en effet, dire que c’est une destruction de notre propre identité. Parfois, il faut détruire pour repartir de zéro. On retrouve cette notion dans ce tandem d’albums. C’est drôle, car ça crée une contradiction intéressante : I Just Want To Be A Sound est un joli album mais qui recèle aussi une forme de destruction qui a rendu possible la réalisation de l’album suivant. Et en effet, « K.A.D.A.V.A.R. » est un hymne nihiliste qui ne contient rien d’autre que les mots de l’acronyme et laisse la musique parler. J’avais écrit pas mal de paroles pour « K.A.D.A.V.A.R.», mais nous nous sommes dit qu’il devait s’abattre comme une massue et tout tuer. Du coup, c’est devenu un assemblage bizarre de riffs qui représentent peut-être même les quinze années d’existence du groupe : un passage garage, un autre très heavy, ces double leads de guitare au début, même un passage avec des cris, etc. Au départ, je pensais que ça pourrait être le morceau d’ouverture – c’était l’idée – mais nous avons réalisé que ça fonctionnait bien mieux en réunissant ces morceaux et en en faisant des sortes de jumeaux. Maintenant, ils sont même connectés ! « Total Annihilation » est finalement, en quelque sorte, le titre éponyme de l’album, mais il est placé à la fin parce qu’après l’anéantissement total, il ne reste plus rien.

Lupus a évoqué un troisième album qui symboliserait « le printemps, la résurrection, une aube nouvelle ». Cet album est-il déjà prévu, voire terminé ? Ou s’agit-il simplement d’une idée qui a émergé avec ces deux premiers albums ?

Je dirais que c’est la suite logique. C’est une idée qui s’est imposée d’elle-même. Lors de l’enregistrement du deuxième album, nous avions déjà établi des plans quant à la manière de le réaliser et au calendrier, mais cette année a été marquée par un travail intense et de grands succès. Il me semble donc judicieux de prendre un peu de recul avant de nous plonger dans le troisième album. Nous avons déjà beaucoup d’idées et mis de côté de nombreuses choses durant la création du précédent, mais après la récente tournée que nous avons faite, nous avons besoin de souffler un peu et de repenser ce que devrait être ce troisième album et quand le finir. Pour l’instant, il est préférable de ne pas précipiter les choses et de laisser le temps aux idées de mûrir.

Beaucoup pourraient considérer K.A.D.A.V.A.R. comme un pas en arrière, mais en quoi, pour vous, représente-t-il encore un pas en avant ? Peut-on imaginer que vous combinerez à l’avenir l’approche des deux derniers disques, afin que la liberté créative soit totale et non cloisonnée ?

Je crois que c’est un pas vers l’éveil. C’est un pas, après l’expérimentation, vers un retour à la pleine puissance – c’est-à-dire avoir de nouvelles idées tout en restant connecté à son ancienne nature. Je pense qu’il y a eu une déconnexion pendant un certain temps, et une volonté d’explorer. Maintenant, nous réunissons les deux. C’est sur cette force que nous nous appuierons à l’avenir. Enfin, nous ne savons pas encore comment ce sera mis en valeur sur chaque album suivant, mais je dirais qu’en général, nous prendrons tout en compte. Tu as mentionné le verbe « cloisonner » et ce n’est clairement pas l’idée. L’idée est de tout rassembler. Mais je pense que pour l’instant, l’intégration des aspects primaires et de ce côté heavy est ce qui va se produire.

Les fans ont-ils été rassurés à l’écoute du nouvel album après I Just Want To Be A Sound ?

Oui. Bien sûr, pour certaines personnes, c’était beaucoup à encaisser, et je le comprends. Et le public n’était pas le seul à avoir peur. Nous aussi, nous avions peur ! [Rires] C’est ce qui arrive quand on sort des sentiers battus et qu’on fait les choses différemment. Et je pense que c’est important et nécessaire, mais il est tout aussi important de reconnecter, d’intégrer et de rassembler les éléments.

Interview réalisée en visio le 18 novembre 2025 par Nicolas Gricourt.
Retranscription & traduction : Nicolas Gricourt.
Photos : Marina Monaco.

site officiel de Kadavar : www.kadavar.com.

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