Voilà plus de trente ans que Katatonia ajoute maillon sur maillon à son ADN sans trahir sa lignée. Cette nouvelle sortie entretient son caractère énigmatique et gothique, usant de ressorts majoritairement connus, quoique moins complaisants. Le riffing et les sons de guitares demeurent caractéristiques, presque à l’excès. De même, ces accalmies où le chanteur Jonas Renkse fait pratiquement cavalier seul commencent à vieillir, même si elles restent difficilement dissociables du groupe. À l’inverse, « Efter Solen », en suédois, surprend en démarrant comme une ballade au piano avant de dériver vers les bords de la synthwave, le tout pourtant parfaitement reconnaissable comme du Katatonia. On rencontre également – trop rapidement ? – des chœurs surprenants sur le cérémonieux « Wind Of No Change ».
Il est assez fréquent que Katatonia brise la glace avec un premier morceau rebelle et ténébreux. « Thrice » est aussi cauchemardesque que l’annonçait le titre de l’album : on y attend d’être cueilli par un péril aveugle. Dopé au rock progressif, Katatonia est constamment dans les starting blocks : on ignore quand le coup de feu va tonner, quand s’effondrera le glacier auquel on se mesure. Impassible sous la rythmique complexe et les coups de butoir, la voix continue son bonhomme de chemin – elle en a vu d’autres (« Lilac »). Cette déconnexion apparente entre instrumentation et chant s’impose comme une situation tout à fait normale, et même optimale. En contrepartie, « Departure Trails » apporte un peu de sérénité, quitte à manquer de cran. Chose surprenante, on déplore une carence en lignes vocales mémorables. L’inspiration est canalisée de manière différente, moins saisissable. S’inscrivant entre crépuscule et nuit, ce Nightmares est intimiste au point de souvent nous opposer sa carapace. Les titres, anguleux, cachent l’avenir comme le coin d’une rue. Les paupières sont closes, mais il se trame bien des choses sous elles et le repos leur échappe. Ce ciel de plomb si longuement ouvragé s’est finalement refermé sur nous.
Clip vidéo de la chanson « Temporal » :
Clip vidéo de la chanson « Lilac » :
Album Nightmares As Extensions Of The Waking State, sorti le 6 juin 2025 via Napalm Records. Disponible à l’achat ici





























« rebelle et ténébreux », « risque de péril aveugle », « dopé au rock progressif », « entre crépuscle et nuit » ?? Fichtre ! Que voilà une chronique fort alléchante qui me donne une furieuse envie d’aller écouter ce Katatonia-là. J’y cours dare-dare.