Quatre groupes dans la même soirée. Autant dire que le Bataclan avait des allures de petit festival. Employed To Serve, Decapitated, Fit For An Autopsy et, pour finir, Killswitch Engage. Un enchaînement qui laisse peu de place au repos et promet une montée en puissance jusqu’au set final.
La présence de Killswitch Engage avait une saveur toute particulière. Le groupe américain tourne pour défendre son nouvel album This Consequence, sorti en début d’année. Un disque qui assume une facette plus accessible, parfois plus mélodique, mais qui garde les bases solides du metalcore. C’est ce mélange – riffs lourds et refrains accrocheurs – qui a fait du groupe l’un des pionniers du genre au début des années 2000. Des albums comme Alive Or Just Breathing ou The End Of Heartache ont ouvert la voie à toute une scène. Depuis, Killswitch Engage a alterné changements de chanteurs, tournées mondiales et disques devenus incontournables. Aujourd’hui, Jesse Leach est de retour au micro et porte cette nouvelle ère avec conviction.
Le Bataclan n’affichait pas complet, mais l’ambiance n’en a pas souffert. La salle, moins compacte qu’à l’accoutumée, offrait même un confort appréciable. Et dès les premiers instants, le public a montré qu’il était prêt à chanter, pogoter et répondre présent jusqu’au bout.
Artistes : Killswitch Engage – Fit For An Autopsy – Decapitated – Employed To Serve
Date : 6 octobre 2025
Salle : Bataclan
Ville : Paris [75]
Dès 18h30, devant une salle encore clairsemée, Employed To Serve prend les devants. Leur metalcore abrasif, mené par la frontwoman Justine Jones, installe une première dose d’énergie. Circle pits, wall of death, communication constante avec la fosse… le groupe ne ménage pas ses efforts et parvient à capter l’attention malgré le timing difficile. Le moment fort reste l’apparition surprise de Jesse Leach (Killswitch Engage) pour un duo final qui fait grimper l’ambiance d’un cran.
Place ensuite aux vétérans polonais de Decapitated, pionniers du technical death metal. Ces derniers se font assez rares en France et les fans sont de sortie. Leur set est carré, massif, impressionnant de précision. Les riffs saccadés et les solos mélodico-techniques se marient à la lourdeur vocale pour un résultat implacable. Le public répond avec un circle pit plus dense, plus furieux. Le chanteur, visiblement ravi d’être là, fait l’effort de s’adresser à lui en français et ponctue son set d’une remarque aussi drôle qu’ironique : « Si vous êtes venus nous voir, c’est trop tard, parce qu’on s’en va ! » Une touche d’humour inattendue qui allège la brutalité de leur prestation.
Avec Fit For An Autopsy, la soirée prend encore en volume et en noirceur. Deathcore massif, lights verdoyants, énergie constante : la formule fonctionne. Le son reste parfois brouillon, mais la puissance vocale et la cohésion scénique compensent largement. La fosse pogote sans relâche et se laisse happer par les grooves des derniers morceaux, qui ajoutent une dynamique plus lourde et plus organique. Une prestation qui confirme la place grandissante du groupe dans la scène deathcore moderne.
Enfin, c’est l’heure de Killswitch Engage qui fête plus de vingt-cinq ans de carrière et reste une référence du metalcore. Des riffs tranchants, des chorus que tout le monde reprend, une formule toujours probante. Ce soir, le Bataclan les accueille dans un contexte particulier : Paris est saturé de concerts, beaucoup de formations de metalcore se succèdent ces dernières semaines, et il n’est pas simple de mobiliser le public à chaque fois.
Dès son arrivée, Jesse Leach impressionne. Amaigri, presque fragile en apparence, il n’en reste pas moins un frontman incandescent. Peu bavard dans l’ensemble, il prend cependant la parole pour rappeler le sens profond de certains morceaux, évoquant l’éco-anxiété et la crise environnementale. Pour le reste, le groupe privilégie l’efficacité. Un morceau s’achève, le suivant démarre aussitôt, sans fioriture.
Le nouvel album, sorti en début d’année, occupe une place importante dans la setlist, mais le quintet n’oublie pas les classiques qui ont construit sa réputation. Le mélange des deux fonctionne, et l’audience répond présent, entre pogos et chants collectifs. En effet, les nouveaux titres s’intègrent parfaitement à la setlist. « I Believe » prend des allures hymniques, « Forever Aligned » s’impose déjà comme un favori du public et « Brkn Glass » surprend en live par ses sonorités grunge rappelant Alice In Chains. Mais c’est évidemment sur les classiques que la communion atteint son apogée. « This Fire » (popularisé par la WWE), « My Curse » ou « The Signal Fire » déclenchent une clameur unanime. Les refrains sont repris en chœur, la fosse s’embrase, et Jesse tend régulièrement le micro pour que l’assistance prenne le relais.
L’ambiance est à la fête. Bière à la main, les musiciens savourent autant que les spectateurs. Le groupe annonce d’avance que les trois derniers morceaux seront les derniers. Invitant ainsi la salle à tout donner. Pas de rappel artificiel, juste un final en apothéose, intense, sincère, où le Bataclan vibre comme une seule voix.
Les Américains ont livré un set généreux, énergique et profondément humain. Plus qu’un simple concert, une véritable communion avec un public fidèle, porté par la flamme intacte d’un groupe en pleine possession de ses moyens.





























