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Interview   

La renaissance de Myrkur


« J’écris très librement et je me fiche des genres musicaux ou d’autres types de contraintes » : Amalie Bruun, plus connue sous le nom de Myrkur, n’est pas du genre à se limiter à un seul style, et toute sa carrière le prouve. Après deux albums penchant vers le black metal atmosphérique, la musicienne a en effet sorti un album de folk traditionnel, et Spine, son quatrième album, mêle touches de metal, ambiances folk épiques, et pop rêveuse – une manière de boucler la boucle avec son début de carrière dans le groupe d’indie Ex Cops avec lequel elle a travaillé pour la première fois avec Billy Corgan, qu’on retrouve dans Spine, justement.

Jamais là où on l’attend quitte à causer des controverses, la multi-instrumentiste met un point d’honneur à suivre son intuition. C’est de cet univers aux facettes multiples et teinté de mythologie que nous avons parlé avec Bruun : une musique qui reflète les changements que traverse l’artiste, qu’ils soient personnels (elle est devenue jeune maman, on entendait d’ailleurs son fils en fond de notre conversation) ou collectifs (pandémie, confinement, etc.), entre mort symbolique et renaissance.

« Quand tu écris et enregistres, tu es dans un état d’esprit où tu suis le flux de ton inspiration. Tu peux en être conscient, mais dans tous les cas, tu fais avec. »

Radio Metal : L’album Spine sort tout juste, quelles ont été les premières réactions ?

Amalie Bruun (chant & instruments) : Ça se passe bien. J’essaye de ne pas trop y prêter attention, parce que ce n’est pas très pertinent pour un artiste de sonder [les réactions à] un album. Je suis très contente que celles-ci soient aussi positives, et c’est toujours bien quand ça se passe ainsi, mais j’essaye de ne pas trop m’impliquer là-dedans parce que j’ai tendance à tout remettre en question [rires]. De plus, ça fait un petit moment que j’ai terminé l’album, j’ai commencé à l’écrire il y a deux ans, je crois.

L’album précédent, Folkesange, était unique dans ta discographie, dans la mesure où il était consacré à la musique folk traditionnelle. T’étais-tu dit que ce serait quelque chose que tu explorerais seulement le temps d’un album ?

Encore à ce jour, je ne le sais pas. Je ne voulais pas faire un autre album de folk tout de suite, mais je ne peux pas dire que je ne voudrai pas en refaire un à un moment donné. La musique folk est vieille de plusieurs siècles, donc je pourrai refaire ce genre d’album quand j’aurai soixante-quinze ans, si c’est encore pertinent. La folk est une musique qui m’a toujours fascinée et intéressée, et il est clair qu’elle offre matière à étudier, donc je pense que c’est toujours en moi, ça coule dans mes veines. Des fois ça ressort plus que d’autres quand je compose, et des fois je n’y pense pas trop, ça se passe à un niveau subconscient.

Après Folkesange, tu avais parlé de refaire un album metal avec des guitares saturées. On peut entendre dans un morceau comme « Mothlike » un léger retour des éléments black metal, mais finalement, Spine est assez différent de ce que tu avais l’habitude de faire avant. La direction que tu voulais prendre avec ce nouvel album a-t-elle changé en cours de route ou était-ce délibéré ?

C’est un mélange. Quand tu écris et enregistres, tu es dans un état d’esprit où tu suis le flux de ton inspiration. Tu peux en être conscient, mais dans tous les cas, tu fais avec. Je n’ai pas fait énormément de choix délibérés. J’étais dans une sorte de rêve hallucinatoire pendant que je composais, si ça a du sens. Ce n’est pas forcément confortable, mais c’est l’état dans lequel j’étais pendant au moins un an. J’ai simplement capitulé, je l’ai accepté. Je suis généralement comme ça dans les situations créatives, mais cette fois, ça a été particulièrement amplifié à cause de ma vie à ce moment-là et de l’état du monde. Il y avait de nombreux facteurs extérieurs et intérieurs.

L’album a été enregistré en Islande, au studio Sundlaugin connu pour avoir accueilli Sigur Rós. Est-ce un environnement qui a influé sur le processus d’enregistrement ?

Le choix s’est porté sur cet endroit parce que quand j’ai décidé de travailler avec le producteur Randall Dunn, il était à New York tandis que j’étais au Danemark, donc nous avons décidé de nous retrouver au milieu, c’est-à-dire en Islande. Il connaissait ce studio, qui est assez magique – c’est une ancienne piscine qui a été transformée en studio d’enregistrement. La nature y est incroyable. C’est le lieu parfait pour débrancher, éteindre son téléphone et y vivre quelques semaines. C’est une île et ça donne l’impression de vivre sur la Lune. Il est clair que j’aimerais y retourner pour enregistrer, ou alors sur les îles Féroé. C’est sympa de se couper du monde comme ça, mentalement et physiquement.

Tu avais déjà travaillé avec Randall Dunn sur Mareridt. Etait-ce plus facile de travailler avec quelqu’un avec qui tu as déjà construit une relation de travail ?

Une fois que j’ai eu un certain nombre de démos qui me semblaient pouvoir constituer un nouvel album, j’ai pu entendre que celui-ci, tout comme Mareridt, avait besoin de quelqu’un de très éclectique, ouvert d’esprit, avec un regard assez vaste sur la musique et même le mixage. Je me suis dit que Randall apporterait quelque chose d’unique, qu’il comprendrait où j’allais et qu’il serait capable de me défier et de m’emmener vers des territoires nouveaux et uniques. Voilà pourquoi j’ai fait ce choix.

« C’est marrant comme on peut toujours remonter à des légendes ou des choses spirituelles et historiques quand un événement majeur, un changement, se produit dans sa vie ; ça permet de les voir sous un nouveau jour et d’en faire de nouvelles interprétations, de façon obscure. Je fais toujours ça. Je reviens toujours à ces histoires. »

Billy Corgan des Smashing Pumpkins est crédité pour ses apports sur quelques chansons. Comment cette collaboration a-t-elle vu le jour ?

Il se trouve que je suis amie avec lui depuis des années car j’ai travaillé avec lui auparavant sur différents projets. Nous sommes restés amis et nous avons joué de la musique ensemble pendant pas mal de temps. J’ai commencé à l’impliquer là-dedans parce que je traversais une période assez difficile et que nous parlions beaucoup, simplement en tant qu’amis, et il a dit : « Envoie-moi ce sur quoi tu es en train de travailler et je te dirai ce que j’en pense. » J’ai commencé à faire ça, nous avons fait pas mal d’allers-retours. Il est d’un grand soutien pour ma musique, mais il est aussi très honnête s’il trouve que telle chanson ou telle partie est inutile. Il peut ainsi m’aider à m’améliorer car, de façon générale, il a une bonne vision de la composition. Enfin, pas au point où il veut être crédité pour la composition, même si je trouve qu’il mérite de l’être d’une façon ou d’une autre – ce n’est pas ce qu’il recherche, il est comme ça.

Quelles sont les règles quand tu choisis des collaborateurs et quelle est généralement leur implication ?

Il est clair que j’aime avoir des musiciens qui comprennent mes démos et ma direction musicale, mais qui apportent aussi leur propre personnalité. Je suis très ouverte aux idées des autres. Parfois, bien sûr, c’est bien de suivre sa propre vision, mais j’aime beaucoup impliquer le talent de différentes personnes. Ça élève toute la musique.

L’album débute par un morceau instrumental assez atmosphérique. Était-ce une façon de créer une transition entre Folkesange et Spine ?

Oui, il y a un peu de ça. Le morceau s’intitule « Bålfærd », qui est un terme danois renvoyant aux funérailles des Vikings : ils déposaient le défunt dans une barque qu’ils mettaient à la mer et enflammaient, et la fumée et les centres montaient vers Odin. Donc pour moi, c’était aussi un peu une manière de clore ce chapitre pour ensuite aller dans quelque chose d’assez différent avec la seconde chanson « Like Humans ». Il y a une idée de renaissance derrière tout ça.

On retrouve deux autres morceaux titrés en danois, mais je crois que c’est la première fois que tu utilises aussi peu cette langue sur un album…

C’est arrivé comme ça, en écrivant les chansons. Ce n’était pas très conscient. J’écris très librement et je me fiche des genres musicaux ou d’autres types de contraintes, donc si les mots qui me viennent sont en anglais, alors c’est en cette langue que j’écris. C’est aussi simple que ça.

Tu as une chanson dédiée aux Valkyries, qui, grâce à Wagner, sont peut-être parmi les personnages les plus célèbres de la mythologie nordique. Que représentent-elles pour toi ?

Je ne sais pas si elles représentent quelque chose pour moi. C’est juste que je m’intéresse aux personnages de la mythologie nordique, et à l’époque, je m’étais mise à étudier à nouveau les sagas parce que je travaillais sur un projet qui nécessitait une certaine précision historique. C’est là que j’ai été très inspirée par les différents poèmes impliquant les Valkyries et le Valhalla, avec tous les mythes. C’est vraiment cool, ces femmes à la fois guerrières et soignantes, qui vont sur le champ de bataille à cheval et font le tri : « Ok, toi, tu es courageux. Tu es mort par l’épée en défendant quelque chose d’honorable. Tu as le droit d’aller au Valhalla. »

« Quand on donne naissance à un enfant, on donne aussi naissance à un nouvel être humain en tant que mère, donc il faut déterminer ce que sera sa propre vie. »

Le projet auquel tu fais allusion, est-ce la B.O. de Ragnarok ?

Ça en fait partie, oui. J’ai dû composer pour un script [de Kim Fupz Aakeson] basé sur le mythe du Ragnarok. C’était pour le théâtre, donc ça a été évidemment réécrit pour ce contexte. J’avais donc des contraintes parce qu’il fallait que je colle à l’écriture d’une autre personne. Il y avait donc ça mais aussi la composition pour la série Vikings : Valhalla et quelques autres choses. Je m’intéresse toujours à ça. C’est l’une de mes passions. C’est marrant comme on peut toujours remonter à des légendes ou des choses spirituelles et historiques quand un événement majeur, un changement, se produit dans sa vie ; ça permet de les voir sous un nouveau jour et d’en faire de nouvelles interprétations, de façon obscure. Je fais toujours ça. Je reviens toujours à ces histoires.

Comment est-ce pour toi de travailler sur ce genre de projet avec ces contraintes, par rapport à la liberté que tu as avec Myrkur ?

J’aime bien ! Je crois qu’avoir des contraintes et un cadre ouvre à de nouvelles possibilités et à un autre type de créativité, parce que quand tu as un esprit créatif très ouvert et que c’est un peu le foutoir, tu peux te sentir dépassé, mais quand quelqu’un te dit : « Écris-moi quelque chose spécifiquement pour ça », tu peux obtenir un super résultat car tu es davantage focalisé. J’ai donc beaucoup apprécié faire ça. En fait, c’est moins intimidant. Je pouvais mener le projet à bien de façon très structurée, ce que je ne peux pas faire avec mes propres musiques.

Justement, est-ce que ça a changé la manière dont tu abordes tes propres musiques ?

Je ne crois pas que ça ait changé quoi que ce soit à ce niveau-là, mais il est clair que je suis ouverte à faire plus de choses comme ça. D’une certaine façon, ça m’ouvre davantage l’esprit en me montrant ce qui est possible. Au départ, j’ai voulu refuser le job parce que je pensais que c’était trop gros, je ne pensais pas pouvoir être à la hauteur. Donc quand on a fini par me convaincre d’accepter, j’étais là : « Ok, voilà ce qu’il faut faire, sois à la hauteur, grandis, trouve un moyen. » Et j’ai réussi ! Je pense que c’est toujours une expérience très saine de constater qu’en fin de compte, on en est capable.

Il semble qu’il y ait un intérêt renouvelé pour le folklore et la mythologie nordiques, que ce soit dans la musique avec Wardruna, Heilung, etc. ou dans la culture pop avec les séries. As-tu le sentiment d’y contribuer ?

J’ai le sentiment d’y contribuer, oui. Ce n’est pas quelque chose qui m’affecte, mais je crois vraiment que ça a ouvert les yeux des gens sur, spécifiquement, la musique folk nordique, qu’en général ils adorent une fois qu’ils l’entendent, peu importe d’où ils viennent. Je trouve ça beau. Je ne sais pas pourquoi il y a cette tendance. Ça fait des années maintenant. Ça fascine tellement les gens et, bien sûr, comme Hollywood se l’est approprié, ça a intégré la culture pop mainstream. Ça pourrait aussi bien disparaître, comme n’importe quoi qui devient trop populaire et dilué, mais ça ne change rien pour ceux qui aiment simplement jouer ce type de musique.

Tu as déménagé à New York il y a maintenant un petit moment. Est-ce que cette distance avec le Danemark affecte ta relation à ces racines et cet héritage scandinaves ?

Oui, je crois, parce que tout ça m’intéresse depuis mes quatre ans peut-être, mais en grandissant, c’était regardé de haut, c’était vu comme un truc d’intello ringard. Tout ce qui allait de la mythologie nordique à la musique folk n’était pas cool. C’était quelque chose qu’on cachait presque. Le fait de partir et d’avoir cette distance, et de voir ça à travers les yeux de gens qui ne sont pas de là-bas et qui voient ça comme quelque chose d’exotique et d’intrigant m’a donné confiance pour m’y intéresser encore plus et plus publiquement. Donc je crois vraiment que ça a eu un effet bénéfique de m’en éloigner. Et maintenant, mon pays a de nouveau adopté ça, pleinement et avec respect, comme l’ont peut-être mieux fait pendant des années la Suède et la Norvège. Le Danemark a eu une attitude un peu idiote à cet égard.

« J’aime écouter des albums qui n’imposent pas les significations et les pensées de leur auteur. J’adore les chansons qui sont ouvertes et vastes, car ce sont celles qui te touchent le plus. »

Comme tu l’as dit, cet album a été réalisé durant l’une des périodes les plus turbulentes de ta vie. Ta musique a toujours eu un côté très confessionnel. Dirais-tu que, paradoxalement, les épreuves sont inspirantes ?

Je ne pense pas que ce soit inspirant de ne pas aller bien, mais quand tu es un compositeur, tu recherches la guérison et la thérapie au travers de l’écriture de chansons. Donc quand tu es en difficulté ou que tu traverses quelque chose d’important, il est probable que tu crées beaucoup.

Tu es devenue maman entre l’album précédent et celui-ci. J’imagine que ça fait partie des changements que tu as vécus. Comment est-ce que ça a impacté ta créativité, ta vie d’artiste et la manière dont tu te vois en tant que telle ?

Le fait de devenir mère a tout changé dans ma vie, y compris ma manière de voir le monde, donc ça m’a forcément affectée en tant que compositrice, chanteuse, etc. Tu établis d’autres priorités. Je n’ai plus le temps pour plein de choses. C’est assez dur aussi de ne pas avoir de temps pour soi. Il faut devenir une nouvelle personne. Quand on donne naissance à un enfant, on donne aussi naissance à un nouvel être humain en tant que mère, donc il faut déterminer ce que sera sa propre vie. Je ne connais personne qui dit : « J’ai eu un bébé et rien n’a changé ! »

L’aliénation semble être un sujet important dans l’album. Je crois que tu avais travaillé sur le précédent durant la pandémie. Quel impact est-ce que tout ceci a eu sur toi ? Est-ce que ce sentiment de déconnexion est plus fort qu’auparavant ?

Oui. Le fait que quelque chose a dramatiquement changé à cause de la pandémie, et plus particulièrement du confinement, a été étalé au grand jour. Les gens au pouvoir ont montré qu’ils pouvaient nous mettre en cage dès qu’ils le souhaitaient, peu importe l’excuse, qu’ils pouvaient le faire aussi longtemps qu’ils le voulaient et qu’on ne pouvait rien y faire. Ça a affecté et terrifié énormément de gens, à un point où on n’en a pas encore vraiment vu les effets, et je ne crois pas qu’ils seront très positifs.

Sur l’artwork, on retrouve la colonne vertébrale du titre, mais elle est divisée en deux. Qu’est-ce que ce mot en guise de titre et cette double colonne signifient pour toi ?

Le titre de l’album vient de la chanson « Spine » que j’ai écrite inspirée par mes sentiments lorsque j’étais à la première échographie pour voir mon fils, et que la sage-femme m’a montré sa colonne vertébrale à l’écran. Quelque chose de très profond s’est produit dans mon cerveau quand j’ai vu ça, parce que, déjà, je n’arrivais pas à croire que je faisais pousser la colonne vertébrale d’une autre personne dans mon propre corps ; c’est très « alien » et à la fois très humain. C’est comme si une ancienne puissance s’était manifestée à ce moment-là. Après, pour être honnête, j’aimerais laisser la pochette de l’album à l’interprétation de chacun, donc je ne veux pas mettre des idées dans l’esprit des gens sur ce que ça représente, car je trouve que c’est une image forte qui fait réfléchir. Et c’est un peu ce que je ressens à propos de l’album dans son ensemble, ce qui n’est pas simple car, évidemment, je dois parler à la presse et j’ai envie de parler du sens des chansons, mais personnellement, j’aime écouter des albums qui n’imposent pas les significations et les pensées de leur auteur. J’adore les chansons qui sont ouvertes et vastes, car ce sont celles qui te touchent le plus.

L’auditeur peut y projeter ses propres sentiments…

C’est juste une façon de… Les chansons de ce genre sont celles qui comptent le plus pour moi parce qu’elles me touchent à un niveau plus profond, à un niveau subconscient, pas genre : « Oh, un mec t’a brisé le cœur et tu es en colère » [rires]. C’est un sentiment fort, mais quand je ne suis pas dans cet état d’esprit, je m’en fiche, alors que ces chansons sont presque universelles et font vibrer la corde sensible à plus haute fréquence. C’est aussi l’effet que produisent les chansons folk.

« Il y a clairement des critiques constructives que je trouve très importantes, même quand on est artiste et qu’on est très sensible à ce qui est dit à propos de sa musique, mais il faut écouter les bonnes personnes. Ceux qui ne t’aiment pas, sont jaloux de toi ou pensent juste que tu es une merde ne te donneront pas de bons conseils. »

On entend des cris presque à la King Diamond sur « Valkyriernes Sang » et des solos heavy metal dans « Mothlike ». Tu as parlé par le passé de ton amour pour la seconde vague du black metal, mais pas forcément du heavy metal de façon plus générale…

Les gens qui me connaissent savent que je suis une énorme fan de Mercyful Fate, King Diamond et Judas Priest, donc je pense vraiment qu’il y a aussi de la place pour ces références. Je voulais faire une outro [sur « Valkyriernes Sang »] qui est, de façon très évidente, inspirée de King Diamond. Beaucoup de gens parlent du black metal scandinave, mais peu d’entre eux rendent hommage à King Diamond pour son influence cruciale auprès d’énormes artistes, ne serait-ce que pour avoir été l’un des premiers à porter du corpse paint, pour le côté jeu de rôle, etc. Je me suis donc dit que c’était un super endroit dans la chanson [pour intégrer ça] et c’était amusant de la pousser à l’extrême.

Sur les quatre albums que tu as sortis jusqu’à présent, Myrkur est très varié musicalement. Tu as aussi collaboré avec des personnes très différentes. Es-tu à l’aise dans plein de scènes différentes, ou les frontières entre celles-ci n’ont pas beaucoup de pertinence pour toi ?

Oui, je me fiche des genres ou des scènes. Je ne crois pas appartenir à une scène en particulier. Je suis juste une musicienne. J’adore toutes sortes de musiques et certaines choses me touchent plus que d’autres. Je ne me sens pas être une seule chose, et j’ai besoin de bouger et de me développer. Ce serait sympa que je me sente appartenir à un son spécifique, comme certains groupes qui font tout le temps la même chose ou restent fidèles au même son, mais je me connais et je ne suis pas capable de faire ça. Peut-être que ça arrivera un jour… Je m’étais dit que c’était ce qui allait arriver avec Folkesange, mais en fin de compte, non. Peut-être que quand j’aurai soixante-dix ans, je me fixerai sur un style.

Quel est le fil conducteur dans la musique de Myrkur selon toi ?

C’est moi ! J’aime tout ça. C’est pourquoi quand les gens disent : « Oh, pourquoi fais-tu ceci ? Tu devrais faire cela », « C’était tellement mieux quand elle faisait… », je suis là : « Te rends-tu compte que tout ça, c’est moi ? » Dans ma tête, tout a du sens, ce sont juste différentes facettes de moi-même, et je ne crois pas qu’une facette me représente plus qu’une autre.

Au début de ta carrière, tu as dû affronter pas mal de rejet de la part de la scène black metal. Est-ce que ça t’a influencée ou touchée, d’une façon ou d’une autre ?

Ça ne m’a pas influencée, non. Il y a clairement des critiques constructives que je trouve très importantes, même quand on est artiste et qu’on est très sensible à ce qui est dit à propos de sa musique, mais il faut écouter les bonnes personnes. Ceux qui ne t’aiment pas, sont jaloux de toi ou pensent juste que tu es une merde ne te donneront pas de bons conseils. Ce n’est pas très constructif, c’est juste haineux, donc je ne peux pas y prêter trop attention, surtout aujourd’hui où tout le monde écrit des trucs stupides sur internet. Tout le monde se bagarre ; des gens normaux se disputent avec d’autres gens normaux. Ce ne sont pas des politiciens ou des artistes. Et ils sont tellement furieux… Ça a perdu tout son sens. Ce n’est pas la grand-place publique avec un débat instructif, c’est juste bruyant, chaotique et confus. Ça apporte quelque chose de pas terrible.

Ces influences black metal sont plus discrètes aujourd’hui. Penses-tu être passée à autre chose ou les avoir dépassées ?

Je ne sais pas ! Je ne crois pas. Peut-être que je ferai quelque chose avec un côté plus franchement old school… Le truc, c’est que si tu cherches à recréer ce qui est déjà sorti dans les années 90, où plein de choses étaient géniales… À quoi bon ? Ça a déjà été fait. Mais je crois vraiment qu’on peut en prendre des éléments pour les utiliser en se tournant vers l’avenir. Mais non, j’aime toujours ça !

Interview réalisée par téléphone le 10 octobre 2023 par Chloé Perrin.
Retranscription & traduction : Nicolas Gricourt.
Photos : Gobinder Jhitta (1, 4, 6) & Shawn Brackbill (2, 5).

Site officiel de Myrkur : www.myrkurmusic.com



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