Que de chemin parcouru pour les Marseillais de Landmvrks. En février dernier, encore portés par l’émotion de leur tout premier Olympia, le groupe annonçait un Zénith de Paris comme un cap à franchir, comme un rendez-vous à ne surtout pas manquer. Moins d’un an plus tard, la promesse est tenue. La salle est pleine et l’attente immense autour d’un groupe qui, depuis plusieurs années déjà, ne cesse de repousser ses propres limites. Il faut dire que 2025 aura été une année charnière. The Darkest Place I’ve Ever Been s’est imposé comme un disque majeur, salué bien au-delà du cercle strict du metalcore. Une tournée internationale très dense, des passages marquants en festival, et surtout un public toujours plus large, plus fidèle, plus engagé.
Si musicalement l’album frappe juste, c’est aussi parce que Landmvrks a su transformer ses morceaux en véritables armes de live. Scénographie pensée dans le moindre détail, mise en scène élégante, énergie permanente et sincérité désarmante dans la relation au public. Le travail et le perfectionnisme ont fini par payer. Et ça fait plaisir. Voir un groupe français remplir le Zénith de Paris et fédérer autant de personnes aux influences diverses est une énorme fierté. D’ailleurs, Landmvrks n’a pas lésiné sur les moyens pour être au rendez-vous. Plus qu’un simple concert, c’est un véritable festival de metalcore qui promet de retourner le Zénith ce soir. Landmvrks et Opus Live ont sorti le grand jeu !
Artistes : Landmvrks – Paleface Swiss – Stick To Your Guns – Static Dress
Date : 31 janvier 2026
Salle : Zénith
Ville : Paris [75]
La salle est déjà bien remplie lorsque Static Dress investit la scène. Le groupe bénéficie de l’écran géant en guise de backdrop et d’un son massif dès les premières minutes. Le public est chaud, très réactif. L’attitude du chanteur évoque clairement un certain Oli Sykes, aussi bien dans la gestuelle que dans le look, influence assumée et revendiquée. Musicalement, l’ensemble est solide, même si les guitares paraissent parfois un peu brouillonnes. Qu’importe : le frontman assure le show, harangue la foule et transforme l’essai. Les Anglais semblent ravis d’ouvrir cette soirée d’envergure, et la mise en jambes est clairement réussie.
Lorsque Stick To Your Guns prend le relais, l’ambiance monte instantanément d’un cran. Le groupe déboule avec un son énorme, frontal, sans détour, et que c’est bon ! Leur mélange de punk rock et de metalcore fonctionne à merveille, porté par des lignes mélodiques accrocheuses et des riffs sans concession. Stick To Your Guns, c’est aussi une attitude. A l’aise aussi bien en Warzone du Hellfest que sur la scène du Zénith, ils débordent d’énergie. Quelques mots de français suffisent à créer un lien immédiat avec la salle. Anciens et nouveaux morceaux font mouche, et dans le pit, ça commence déjà à sérieusement s’agiter.
Le ton se durcit encore avec Paleface Swiss. Le groupe puise dans des racines hardcore très marquées pour faire vibrer le metalcore avec une brutalité assumée. Le chant impressionne immédiatement. Les vocaux puissants et expressifs de Marc Zelli font mouche, alternant flow saccadé, passages rappés et explosions de violence pure. Jouissif. La présence scénique est démente, le groupe très bavard, et Marc rappelle que Flo de Landmvrks produit Paleface. Preuve de liens artistiques et humains très forts. Tout respire l’envie, le plaisir et la reconnaissance d’être là. Solo de guitare sur Flying V, clins d’œil old school, touches de freestyle, le set se démarque par sa variété et son intensité. Dans la fosse, tout le monde se plie au jeu pour s’accroupir avant d’exploser. Et lorsque Stick To Your Guns les rejoint sur scène, l’énergie atteint un niveau totalement hallucinant.
En attendant l’entrée de la tête d’affiche, la scène disparaît derrière un immense drap blanc. Dès les premières notes de The Darkest Place I’ve Ever Been, seule l’ombre de Flo apparaît, guitare en main, découpée par un projecteur. Une introduction tout en tension, intime, presque fragile. Puis, lorsque la partie calme s’achève, le rideau tombe (littéralement) et Landmvrks entre dans le vif du sujet avec « Creature ». Le morceau est devenu un hymne, et dès le refrain, tout le Zénith chante à l’unisson. L’écran géant révèle alors son rôle central avec images, ambiances, paroles projetées pour accompagner le public dans chaque refrain. La batterie trône en hauteur sur une plateforme monumentale, encadrée par deux statues évoquant le « V » emblématique du groupe. Les musiciens, vêtus de noir, jouent la carte de la sobriété, tandis que Flo utilise sa plateforme frontale pour se rapprocher sans cesse du public.
Dès les premières minutes, le groupe affiche une envie claire, celle de tout donner. « Death » confirme cette communion totale, avec un public hurlant « death » pour répondre aux « feels like death » lancés par Flo. Circle pits et mosh pits fleurissent dans la fosse, l’énergie est déjà décuplée. La soirée prend ensuite une dimension encore plus collective avec « A Line In The Dust », marqué par la présence de Mat Welsh de While She Sleeps. Sourire aux lèvres, complicité évidente, le moment est fort. Cette tournée est aussi celle des amis et c’est vraiment ce qu’on attendait d’eux. Marc Zelli de Paleface rejoint le groupe sur « Say No Word », Florestan Durand de Novelists apporte une profondeur supplémentaire sur « Scars », tandis que Bertrand de Chunk! No, Captain Chunk! s’invite sur « Suffocate ». Chaque guest renforce le côté « esprit de famille ». Une envie de partager le succès avec les personnes qui comptent et sont là depuis longtemps.
Landmvrks excelle surtout dans l’art de jouer avec les émotions. « Visage » touche une corde plus sensible, avant que « Sulfur » ne déclenche l’un des walls of death les plus violents de la soirée. Le set prend sa pause habituelle sur l’instrumentale de « Sombre 16 », le temps pour Flo de faire son « œuvre d’art ». La question de savoir ce qu’il fait de toutes ces toiles devient de plus en plus pressante. Avec le nombre de concerts du groupe il y aurait de quoi remplir une belle exposition. Moment suspendu avec « La Valse Du Temps », portée par une poésie rare et une mise en scène minimaliste. Un couple de danseurs esquissés en noir et blanc accompagne cette parenthèse délicate. Le morceau émeut car on sent qu’il est composé à partir des souvenirs d’enfance de Flo et de son amour pour la variété française. Le public est suspendu à chaque note. « Lost In A Wave » est introduit par un clip très stylé, avec ses images de plages, une esthétique qui sublime le morceau et rappelle l’énorme travail de réflexion autour de la scénographie. Ce soir, tout a été pensé dans les moindres détails. Pas d’envie de mettre du feu partout pour appuyer le côté spectaculaire ni de volonté de sortir tous les artifices possibles. Chaque effet est là pour servir un propos. Les transitions sont juste parfaites. Aucun temps mort.
Au moment du rappel, Kevin offre un solo de batterie inattendu, naviguant entre références à Linkin Park et beats hybrides. C’est kitsch, coloré, arc-en-ciel même, mais aussi inédit et plutôt sympathique. Le rappel achève de mettre tout le monde à genoux. « Blood Red », acclamé par des pancartes brandies par les fans, confirme son statut de favori. « Requiem » baigne dans une lumière rouge sang ponctuée de flammes parfaitement dosées. Le passage growlé est particulièrement impressionnant. Mais Landmvrks aime jouer la carte de l’émotion. C’est une toute nouvelle version piano de « Paralyzed » que l’on entend, proposée par Kaspar Jalili. Flo entame une version bouleversante du morceau lorsqu’il prend le micro. La scène est belle avec ce piano à queue noire éclairé par une lumière blanche de projecteur. Le final sur « Self-Made Black Hole » conclut un concert monumental.
Sans surenchère inutile, sans tous les artifices activés en permanence, Landmvrks livre un show visuellement bluffant, immersif, maîtrisé de bout en bout. Un Zénith conquis, une maturité scénique évidente, et une question désormais incontournable, jusqu’où iront-ils encore ?





























