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Live Report   

Le Metal Fest 09 fait (encore) bouger l’Ariège


Pour sa troisième édition, le Metal Fest 09 s’impose une nouvelle fois comme l’un des rendez-vous incontournables pour les amateurs de metal en Ariège et plus largement en Occitanie. Installé dans la salle de La Laure à Saverdun, l’événement a réuni, durant deux soirées intenses, un public fidèle venu célébrer la diversité du genre dans une ambiance conviviale, chaleureuse et résolument à taille humaine. Pensé pour mettre en valeur aussi bien les talents émergents que les formations confirmées de la scène internationale, le festival continue d’affirmer son identité : accessible, passionnée et entièrement tournée vers le plaisir du live.

Cette année encore, l’organisation – menée par l’association Back In Black – a misé sur une programmation variée, allant du metal moderne au heavy théâtral, en passant par le power, le metalcore et les univers plus hybrides. Une ligne artistique assumée qui fait dialoguer les générations, les styles et les esthétiques tout en donnant une place de choix aux groupes peu mis en lumière. On y retrouve pêle-mêle : The Troops Of Doom (le groupe de l’ex-Sepultura, Jairo « Tormentor » Guetz), Persefone, Sujin, Drakkar, Rankken, Blind Wisdom, Th3ory ainsi que les jeunes pousses d’Ask Your Mom et Choatic Circus. Bref, il y a de tout pour tout le monde !

Entre énergie brute, scénographies marquantes et concerts taillés pour la scène, cette édition a une nouvelle fois montré que le Metal Fest 09 ne cesse de grandir, sans jamais perdre son esprit initial : faire vivre le metal dans son territoire avec sincérité, passion et une envie constante de rassembler. Retour sur un cru 2025 qui a fait vibrer Saverdun au rythme des riffs et d’une ferveur partagée…

Evénement : Metal Fest 09 2025
Date : 21 au 22 novembre 2025
Site : Salle de La Laure
Ville : Saverdun [09]

Jour 1

Pour ouvrir cette troisième édition du Metal Fest 09, l’association Back In Black a choisi de mettre en avant un groupe local : Chaotic Circus, trio ariégeois et véritable coup de cœur de son président Hervé. Le moins que l’on puisse dire est que cette date est une sacrée opportunité pour la formation, puisqu’il s’agit de sa première montée sur une scène de cette ampleur. Le stress est certes présent, mais l’envie d’en découdre est aussi bel et bien là.

Dès les premières notes de « Wheel Of Time », le trio dévoile une musique bien ficelée dans un registre nu metalcore, un style qu’il aborde avec sérieux et une attention manifeste portée à l’écriture. En effet, les compositions reposent sur des structures à tiroirs qui alternent sections brutes, breaks lourds et passages mélodiques insérés avec soin. On perçoit rapidement que Chaotic Circus a longuement peaufiné ses morceaux, car les changements de rythme sont légion, les transitions cohérentes et les textes autobiographiques et visiblement réfléchis, ce qui apporte une profondeur bienvenue à l’ensemble.

En l’espace de quelques minutes, les Ariégois se sont vite mis dans le bain et livrent une prestation plutôt solide avec une cohésion déjà bien en place malgré leur jeune expérience scénique. Chaque titre dévoile un savoir-faire certain et une capacité à exploiter les codes du genre sans tomber dans la simple répétition. Mine de rien, Chaotic Circus n’a pas de mal à capter l’attention du public – ce qui témoigne de son réel potentiel – en mettant l’accent sur la thématique cyclique du chaos, de la destruction et de la reconstruction.

La prestation scénique, en revanche, est plus hésitante. Les trois musiciens demeurent assez statiques, concentrés avant tout sur l’exécution des morceaux, à l’image du bassiste trop en retrait. Qui plus est, les temps morts entre les titres, souvent longs, interrompent l’élan installé par les compositions et fragmentent un peu la dynamique du set. Ce contraste est d’autant plus perceptible que les morceaux, eux, possèdent un réelle énergie communicative.

On ressort donc avec une impression un peu mitigée. Le groupe, dont l’écriture est maîtrisée, a réussi à intéresser le public mais il doit encore trouver sa manière d’habiter la scène et de réduire les ruptures de rythme pour donner davantage de continuité à son concert.
Une première expérience sur un grand plateau reste toujours formatrice et Chaotic Circus dispose clairement des atouts nécessaires pour passer à l’étape supérieure. Vivement la suite !

Setlist :

Wheel Of Time
Unchained
Grind To Halt
Land Of Shadows
Dishonest
Revival
The Storm Will Rage Again

Après le passage de Chaotic Circus, le plateau change d’allure dès que Rankken prend position sur les planches. Venu de Champagne-Ardenne, le quatuor emmené par le chanteur-guitariste Dave, taille directement dans le lard avec l’imposant « Hundred Thousands » en guise de préambule. Cette façon très directe de se placer annonce tout de suite la couleur : on va en prendre plein les oreilles !

Il faut dire que, musicalement, le groupe évolue sur une charnière solide entre le thrash, le death et le death mélodique, avec des rythmiques massives qui se succèdent sans temps mort mais sans jamais basculer dans le brouillon. En l’espace de quelques minutes, il est clair que Rankken a l’habitude du live : les transitions sont nettes, les enchaînements précis et les morceaux se déroulent comme un seul flux, sans besoin de remplissage ni de longues explications. C’est cette maîtrise qui donne au set une continuité appréciable, presque mécanique mais jamais froide.

Ce qui distingue Rankken, c’est le sens qu’il donne à ses compositions et le message qu’elles véhiculent. Ainsi, entre deux titres, quelques mots posés rappellent que la musique n’est pas qu’une question d’énergie ou de riffs agressifs. Le groupe aborde des sujets concrets, parfois difficiles, comme les violences sexistes avec « There Will Be Blood » ou le harcèlement via « From Hatred To Pain ». Il est à noter que ce dernier morceau apporte un changement d’atmosphère perceptible dans la salle dans la mesure où le public devient plus attentif, comme si l’intention ressortait immédiatement derrière la brutalité sonore.

Mais loin de tomber dans le pathos ou de se poser en moralisateur, Rankken déroule son répertoire avec un aplomb constant pour aller à l’essentiel sans baisse de régime, ni flottement. Le set garde le même niveau d’intensité, ce qui donne à la prestation un caractère compact et très cohérent. À ce titre, le tout nouveau bassiste Cédric (ex-Veil of Mist), arrivé le mois dernier, trouve immédiatement sa place. Ses appuis rythmiques solides renforcent la colonne vertébrale du groupe et ses interventions ajoutent un relief supplémentaire à la musique. Rien d’ostentatoire, certes, mais juste ce qu’il faut pour épaissir le discours musical.

Lorsque la formation de Champagne-Ardenne quitte la scène après un peu moins d’une heure de set, la sensation laissée est celle d’un groupe qui sait exactement ce qu’il veut présenter : une musique lourde, structurée, pensée pour être jouée en direct, le tout avec un propos qui dépasse largement le simple défouloir. Pas d’excès, pas de surenchère, mais une efficacité réelle et une identité bien posée.

Setlist :

Hundred Thousands
The Matrix
The Day
Davidian
Bullet
New World Order
There Will Be Blood
From Hatred To Pain
Break The Fake
Slave To The Screen

Après le set massif de Rankken, la soirée bascule dans un univers totalement différent avec l’arrivée des Toulonnais de Th3ory. Le contraste est immédiat. La scène se pare de lumières noires, de rouges saturés et de bleus métalliques, tandis que les membres du groupe, en costumes de scène futuristes et lumineux, s’installent sans un mot. Le simple changement d’atmosphère suffit pour comprendre que la suite du Metal Fest 09 va se jouer sur d’autres codes : ici, la musique qui mixe nu metal, metalcore et electro moderne avec une touche d’indus et l’image avancent ensemble, totalement indissociables.

Les premières pulsations électroniques de « Lockdown » déclenchent une réaction nette du côté du public le plus jeune, qui se regroupe instantanément devant la scène. Th3ory ne cherche pas à créer un crescendo. Tout est calibré pour que le set démarre à pleine vitesse avec des machines et la batterie de Bast qui imposent un cadre rythmique implacable. Du côté de la guitare, on oscille entre les saccades metalcore et les gros aplats nu metal, tandis que la basse, très mise en avant, porte un groove lourd qui sert d’ossature à ce chaos organisé. L’ensemble est pensé pour faire bouger et ce parti pris se ressent dès le début du show.

Visuellement, chaque détail compte et on sent que la prestation est millimétrée. Yann, le chanteur principal, équipé de lasers aux doigts et de gants lumineux joue avec l’espace en traçant des faisceaux qui découpent la scène tandis que le reste du groupe occupe bien l’espace. Il est clair que l’esthétique omniprésente de Th3ory n’est pas là pour souligner la musique mais qu’elle en fait partie intégrante, comme c’est par exemple le cas chez Shaârghot ou feu Punish Yourself, sauf qu’ici, les curseurs sont poussés à fond pour s’inscrire dans un live immersif avec une scénographie cyberpunk et une intensité rare. L’alternance du chant hurlé de Yann et du flow hip-hop de Chris permet de créer un dialogue permanent entre les deux frontmen qui dynamise le set et renforce l’aspect mécanique de l’ensemble. Th3ory avance donc sur une ligne très contemporaine avec un côté dansant accentué. Son mélange des genres génère des morceaux très carrés, construits autour de rythmiques simples mais percutantes, pensées pour déclencher le pit.

Cependant, pour une partie de l’audience — notamment les spectateurs plus âgés — l’effet est différent. Si beaucoup restent attentifs, on sent une forme de réserve, comme si l’esthétique cyber et le côté très frontal de la production électronique suscitaient autant de curiosité que de distance. Ce décalage crée un contraste singulier : un pit jeune et surexcité, et autour, une frange plus statique qui observe ce déferlement visuel et sonore sans toujours s’y retrouver. Le fossé des générations, en somme… Sur scène, le groupe ne relâche jamais la pression. Le spectacle est rodé, pensé dans le détail mais sans tomber dans la froideur. Les deux chanteurs se donnent à fond, les musiciens restent mobiles malgré les contraintes des costumes et la lumière façonne en permanence un décor mouvant qui absorbe l’espace.

Quand le set s’achève sur « Never Go Back » et une outro dancefloor, la sensation dominante est celle d’une performance tenue de bout en bout, très cohérente dans sa démarche. Th3ory ne cherche pas à rallier tout le monde, mais à proposer un show complet, où le son et l’image avancent en symbiose. L’avenir du metal hybride s’est dessiné ce soir, le temps d’un concert.

Setlist :

Lockdown
Play Harder
Prometheus
Freaks United
Deep Anx
Neon’s Dawn
Mirror Check
Rottweiler
Expect Us
Sound Of A Growl
Moshpit
Never Go Back

Il n’est pas loin de minuit lorsque les lumières de la salle de La Laure s’assombrissent pour la dernière fois. L’ambiance devient particulière, à la fois compacte et chaleureuse. La jauge n’est, certes, pas immense et l’heure est tardive, mais aucune de ces considérations ne semble peser sur les épaules des fans qui attendent la tête d’affiche avec une impatience presque fiévreuse. Il faut dire que The Troops Of Doom est actuellement en pleine tournée européenne pour promouvoir son dernier album en date, A Mass To The Grotesque, et ne fait que deux dates en France. On se presse donc aux avant-postes de la scène !

Fidèle à sa réputation, lorsque le groupe fait son entrée, c’est sans mise en scène superflue. Ici, pas d’introduction grandiloquente, ni d’effets visuels. C’est le death metal old school dans tout sa splendeur et sa rugosité qui prend possession dès lieux. Dès les premières mesures d’« Act I – The Devil’s Tail », la salle bascule dans un autre état, notamment du fait du son de basse tonitruant et de la voix d’Alex Käffer (ex-Explicit Hate) qui s’imposent comme une chape de plomb. De son côté, Jairo « Tormentor » Guedz, l’ancien guiatriste des premières heures de Sepultura, focalise toutes les attentions et imprime une présence magnétique grâce à une proximité immédiate avec le public. Saverdun n’est pas São Paulo, mais ce soir, peu importe : l’énergie est la même, brute, dense, authentique !

Curieusement, mis à part « Chapels Of the Unholy », puis « Denied Divinity » et « Dawn Of Mephisto », respectivement en milieu et fin de set, le concert de ce soir ne met pas A Mass To The Grotesque tellement en avant, lui préférant un panaché de titres issus des deux premiers EP The Rise Of Heresy et The Absence Of Light ainsi que du premier album Antichrist Reborn, le tout entrecoupé de reprises de Sepultura de l’ère de Tormentor.

Cela étant, au fil des morceaux, cette alternance entre titres anciens, récents et références aux débuts de la carrière de Jairo crée une continuité assez naturelle au travers d’une manière fluide de relier ce passé à ce qu’est aujourd’hui The Troops Of Doom. Cependant, il n’y a pas de nostalgie appuyée. Les spectateurs les plus jeunes réagissent aux titres du groupe avec la même intensité que les plus anciens aux compositions des frères Cavalera et le moins que l’on puisse dire est que le résultat est homogène et le public aux anges. Bien évidemment, les reprises de l’ère Sepultura provoquent un frémissement supplémentaire dans l’audience lorsque retentissent les riffs de « Bestial Devastation » ou « Morbid Visions », mais on remarque que le groupe ne propose pas de grand moment de pause ni de solennité. Il y a juste une sorte d’intensité différente dans la manière dont le public accueille ces titres, comme si une mémoire collective se superposait à l’instant présent. Pour autant, les compositions récentes, comme « Denied Divinity » ou « Dawn Of Mephisto », ne paraissent jamais secondaires. Elles s’intègrent parfaitement au déroulé du set.

Après un peu plus d’une heure d’un set en forme d’uppercut sonore, le groupe entame la dernière ligne droite avec trois morceaux qui finissent de mettre le pit à genoux avant de porter l’estocade finale sur un « Troops Of Doom » qui remporte tous les suffrages. On est fatigués, fourbus, suintants, mais heureux d’avoir pu assister à ce concert à l’ancienne. En quittant la salle, on sent que la soirée restera associée à ce contexte très particulier : une petite ville, un public réduit mais impliqué et un groupe qui, sans chercher à amplifier les choses, a su exploiter au maximum l’environnement dans lequel il jouait. Rien de spectaculaire, rien de surjoué, mais une présence réelle, palpable, qui a donné à ce premier jour du Metal Fest 09 une tonalité singulière et marquante.

Setlist :

Act I – The Devil’s Tail
Chapels Of The Unholy
Far from Your God
Bestial Devastation
Act II – The Monarch
The Rise Of Heresy
Denied Divinity
Morbid Visions
Dethroned Messiah
A Queda
The Confessional
Altar Of Delusion
Dawn Of Mephisto
Troops Of Doom

Jour 2

Après cette première soirée dense et contrastée, la salle de La Laure retrouve son calme pour quelques heures. Une courte nuit plus tard – pour permettre à chacun de digérer les univers très différents qui se sont succédé – et voilà que le Metal Fest 09 peut reprendre son rythme. Place désormais à la deuxième journée, avec une programmation qui promet d’élargir encore un peu plus le spectre sonore du festival.

Pour lancer la seconde journée du Metal Fest 09, Ask Your Mom avait la délicate mission d’ouvrir le bal et de réveiller la salle encore en train de se remettre des secousses de la veille. Une tâche que les Lozériens ont abordée avec une aisance presque déconcertante en balançant d’entrée de jeu leur cocktail (d)étonnant de crossover metal, de punk nerveux et de rock n’ roll râpeux, relevé par des interventions d’harmonica qui font désormais partie de leur signature sonore depuis l’EP Y Mettre Un Terme sorti en 2023.

Dès les premiers riffs, on retrouve cette énergie sans filtre qui fait la force du groupe : un son franc, direct et sans artifice qui va puiser autant dans la fureur d’un Tagada Jones que dans l’urgence d’un No One Is Innocent ou le mordant d’un Lofofora. Les transitions entre les différents visages de la musique d’Ask Your Mom – tantôt metal alternatif, tantôt punk vindicatif, tantôt rock n’ roll cabossé – se font avec une fluidité remarquable, ce qui rend le set particulièrement cohérent. Malgré la diversité des influences qu’on retrouve dans leur musique et les reprises interprétées (« Was It Me? » de The Exploited et « Cargo » de Tagada Jones), les Canourguais tirent leur épingle du jeu et proposent une musique abrasive et accrocheuse.

Les parties d’harmonica, maniées par le chanteur Serge, apportent une couleur inattendue dans ce paysage sonore saturé avec un grain bluesy et poussiéreux qui, loin de casser la dynamique, lui donne une texture supplémentaire (« Fils De », « Y Mettre Un Terme »). Cette originalité capte immédiatement l’attention du public, d’autant plus que le frontman sait installer une vraie proximité entre des morceaux à la patine des années 1990 largement assumée. Musicalement, le groupe déroule un set compact et sans baisse de régime. La section rythmique tient la baraque avec solidité, notamment au fil de plans de basse inspirés qui rehaussent les riffs, ce qui permet d’impulser l’énergie nécessaire pour embarquer les festivaliers.

Ask Your Mom prend le temps d’expliquer ses textes, ses colères, ses intentions au fil d’un discours accessible, humain, parfois brut mais toujours sincère. Autant dire qu’ils s’attirent très vite la sympathie de la salle au fil de morceaux comme « Ukr’Haine » ou « Anéanti ». A mesure que le concert avance, le pit se remplit, tout comme l’adhésion du parterre, morceau après morceau, au gré de ce mélange d’engagement et de bonne humeur.

Être premier groupe de la journée à jouer sur un festival n’est jamais évident, mais Ask Your Mom a su relever le défi avec aplomb et naturel. On eu droit à une prestation honnête et généreuse qui a fait monter la température juste ce qu’il faut pour mettre le Metal Fest 09 sur de bons rails. Une entrée en matière efficace, portée par un quatuor qui sait où il va et pourquoi il y va.

Setlist :

Y Mettre Un Terme
Système COVID
Fils De
Was It Me ?
Opprimés
Ukr’Haine
Cargo
Anéanti
La Peur
Carcéral

Après l’énergie abrasive d’Ask Your Mom, c’est un tout autre pan du metal qui s’ouvre devant le public de La Laure : Blind Wisdom entre en scène en costumes de cuir et l’atmosphère bascule immédiatement vers des terres plus grandiloquentes. Formé en 2015 du côté de Perpignan, le groupe s’est taillé une solide réputation dans le sillage du speed power metal mélodique allemand, celui qui carbure aux mélodies flamboyantes, aux cavalcades de guitares et aux refrains taillés pour être hurlés à l’unisson. Au fil des années, la formation est devenue l’un des porte-étendards de ce style en France et son récent passage au Pyrenean Warriors Open Air 2025 aux côtés de figures historiques du genre n’a fait que confirmer sa montée en puissance.

Sur la scène du Metal Fest 09, les Catalans n’ont pas attendu longtemps pour déployer leur arsenal. Dès les premières secondes de l’opener « Between Bright And Pitch Black », le set prend une tournure limpide : c’est carré, c’est rapide, c’est mélodique et c’est exécuté avec une assurance impressionnante. On comprend pourquoi Blind Wisdom est incontestablement l’une des formations de power metal mélodique français les plus en vue du moment. Il enchaîne ses morceaux longs et finement architecturés avec une aisance remarquable, des riffs affûtés et des lignes mélodiques accrocheuses, comme sur « Not Alone » ou « Poison And Wine ». Le chant clair, haut perché du chanteur-guitariste Christophe porte un véritable souffle épique à l’ensemble, tandis que la rythmique, solide comme un roc et les soli bien ficelés de Jean-Louis maintiennent l’ensemble sous (très) haute tension. Quelle puissance !

Ce qui frappe surtout, c’est la fluidité avec laquelle Blind Wisdom déroule son power metal : rien n’est laissé au hasard. Chaque transition entre les plans est pensée, chaque montée en intensité orchestrée avec précision et les chœurs sont fédérateurs. La machine est parfaitement huilée avec ce petit supplément d’âme qui fait toute la différence. Elle respire, elle vit et elle transmet une énergie qui se propage instantanément dans la salle. Très vite, le pit se transforme en chœur géant : les refrains sont repris à pleins poumons, et l’enthousiasme déborde littéralement de la scène.

Visuellement, c’est un plaisir de voir un groupe aussi investi. Les sourires sont francs, la complicité sur scène palpable et les musiciens multiplient les interactions avec le public. Même s’il ne réinvente pas le genre, Blind Wisodm coche toutes les cases du cahier des charges pour le plus grand plaisir des fans : les poses sur scène se multiplient, les guitaristes se prêtent au jeu des twin guitars et la batterie martèle avec cette ferveur qui donne envie d’avancer bouclier levé. On a presque l’impression qu’ils jouent à domicile tant l’adhésion de l’audience est massive.

Quand « Every End Is A New Beggining », le dernier titre, retombe, une évidence s’impose : Blind Wisdom n’est plus seulement une belle promesse de la scène power/speed française, c’est un groupe phare, pleinement installé dans son époque tout en portant haut l’héritage des maîtres du genre. Une autre question suit rapidement : pour Drakkar, passer derrière un tel déferlement risque de s’apparenter à une mission particulièrement délicate…

Setlist :

Between Bright And Pitch Black
Abnegation
Battle
Not Alone
The Dark Knight
Poison And Wine
Enslaved
Every End Is A New Beggining

Après le passage incandescent de Blind Wisdom, on pouvait légitimement se demander comment Drakkar allait s’y prendre pour maintenir la pression, mais ce serait oublier un peu vite qu’il navigue dans les eaux du heavy/speed metal depuis 1983 et qu’il en a vu d’autres. Plus de quarante ans de carrière, des tournées avec des mastodontes du genre, une discographie qui a forgé le paysage du metal belge… Clairement, il ne s’agit pas d’un perdreau de l’année. Cette expérience, cette endurance, on l’a ressentie dès la montée sur scène sur le nerveux « A Destiny That Does Not Heal ».

Même s’il ne reste plus qu’un seul membre du line-up d’origine, Guy, inamovible capitaine à la basse, depuis les départs récents du chanteur Fabrice « Leny » Vanbellinghen et du guitariste Richard « Richy » Tiborcz, l’esprit Drakkar reste intact. Aux côtés du quatre-cordiste, Adrien, fils du batteur de la première ère, martèle ses fûts avec une rigueur héritée autant qu’apprise, tandis que les deux nouvelles recrues aux postes de guitaristes, Thomas et Nicolas insufflent un vent de fraîcheur sans trahir la grammaire du heavy des années 1980. Leur jeu, moderne dans la forme mais respectueux du fond, permet au groupe de conserver ce mélange incisif de mélodie, de vitesse et d’attaque qui a fait sa réputation.

Dès les premiers morceaux, on comprend que Drakkar n’a aucune intention de jouer petit bras. Son heavy speed, frontal mais accrocheur, harponne immédiatement le public avec des morceaux rentre-dedans comme « Mad Clown » ou « Bloody Mary » qui mettent tout le monde d’accord. Il y a une aisance presque désarmante pour un line-up largement renouvelé. Il faut dire que la présence du « nouveau » chanteur Olivier (un vieux briscard de Rozz et Titans Rage), qui a repris le flambeau après le départ du vocaliste originel, apporte un souffle nouveau. Très communicatif, il crée d’emblée un lien avec l’auditoire, amenant un capital sympathie évident et donnant au concert un esprit de partage plutôt qu’un simple déballage technique.

Côté setlist, les Belges ont joué la carte de la cohérence en couvrant l’essentiel de leur discographie récente — Once Upon A Time… In Hell ! (2014) et Diabolical Empathy (2017) — tout en ravivant la flamme de leurs débuts avec des titres cultes de X-Rated (1988), à l’instar des hymnes « Rise And Fight » et « Lords Of The North » qui ont fait l’effet d’un retour aux sources, accueillis par les fans avec une ferveur palpable. Malgré les changements de musiciens au fil des années, l’âme du groupe demeure. Guy et Adrien veillent à ce que la cohérence soit respectée, et les nouveaux venus semblent avoir pris Drakkar à bras-le-corps, comme si la mission consistait autant à jouer qu’à préserver un héritage.

Sur scène, l’alchimie saute aux yeux : un mélange de savoir-faire éprouvé, d’envie authentique et de respect du style. Ce heavy/speed n’a rien perdu de sa superbe, c’est efficace, c’est généreux et ô combien fédérateur. Si Blind Wisdom avait placé la barre très haut, Drakkar n’a pas choisi l’affrontement direct, mais plutôt la maîtrise tranquille. Une façon de rappeler que l’expérience finit toujours par parler d’elle-même.

En quittant la salle, difficile de ne pas penser à ce nouvel album que le groupe a récemment enregistré. Si le concert du Metal Fest 09 est un indice de ce qui nous attend, Drakkar semble plus vivant que jamais, prêt à continuer d’écrire son histoire, entre fidélité à ses racines et regard résolument tourné vers l’avenir.

Setlist :

Intro
A Destiny That Does Not Heal
The Endless Way
Stigmata
Mad Clown
St Bartholomew’s Night
Bloody Mary
You’re Not Alone Tonight
Rise And Fight
War
Lord Of The North
Crazy Train

Après le heavy mélodique, ses cavalcades de guitares et ses refrains fédérateurs, le Metal Fest 09 bascule dans un tout autre registre avec Sujin, formation lavalloise qui incarne la frange la plus contemporaine et la plus abrasive du festival. Pour certains, c’est un virage brusque. Pour d’autres, une bouffée d’air frais. Une chose est sûre : le contraste est volontaire, assumé et parfaitement orchestré par l’organisation.

Sujin, c’est le side project du batteur Liam Barbier (Darken), déjà présent l’année précédente. Cette fois-ci, il revient avec une formation très différente, plus radicale dans l’approche et résolument tournée vers les hybridations modernes du metal extrême. Malgré quelques aléas techniques lors du changement de plateau, le groupe ne perd pas une seconde dès que les lumières s’éteignent et que résonnent les premières notes de « Save Our Souls ». L’entame est frontale. Violente.

La musique de Sujin condense des éléments de death mélodique, de deathcore, de metal progressif, de hardcore et de hrash, en un bloc cohérent malgré la diversité des influences. Il opte pour des rythmes syncopés, des ruptures permanentes et une densité sonore qui demande une vraie disponibilité d’écoute. Les riffs s’empilent, se déconstruisent, repartent dans une autre direction sur un chaos sonore permanent, mais le tout reste pourtant remarquablement précis et homogène.

Au centre de cet ouragan, Julien Mellier imprime immédiatement sa marque. Son chant hurlé, puissant et tranchant, donne son identité au chaos organisé qui l’entoure. Il arpente la scène sans temps mort, presque possédé, comme si chaque break, chaque accélération appelait une nouvelle impulsion de sa part. La performance est totale, habitée et parfaitement raccord avec l’intensité de la musique.

Derrière lui, les deux guitaristes Stève Richard et Matt Lemonier, ainsi que le bassiste Quentin Bruyère, assurent un travail chirurgical. Les plans techniques s’enchaînent avec une précision impressionnante, sans jamais tomber dans la démonstration gratuite. C’est dense, exigeant, d’une rigueur quasi clinique, mais jamais froid : il y a une vraie intention artistique, notamment dans ces mélodies furtives qui émergent brièvement au milieu des assauts rythmiques. Quant au batteur Liam, il navigue avec assurance dans ce maelström, capable d’alterner blasts, contretemps et patterns complexes. On sent que le musicien a l’expérience, la maîtrise et surtout la conviction de porter un projet qui n’est pas un simple épisode parallèle à Darken.

Le public, quant à lui, réagit de manière contrastée. Ceux venus pour les sonorités plus traditionnelles restent parfois à distance, un peu déroutés par l’approche moderne et les constructions plus anguleuses, mais les amateurs de metal extrême – et ils sont nombreux – se sentent immédiatement chez eux. Même si la musique du groupe ne s’adresse pas à tout le monde, la performance est d’un très haut niveau. Sujin propose une vision du metal qui regarde droit vers l’avenir, sans renier ses bases et ce set au Metal Fest 09 confirme que le premier album Save Our Souls n’est pas passé inaperçu pour une bonne raison. Aux dernière nouvelles, un nouveau disque est prévu pour 2026…

Setlist :

Intro
Save Our Souls
Throne Of Chaos
Dead World Beyond
Dagon
Ashes Of The Abyss
Wasted Progress
Insanity
Bleeding Chains
Scavengers
Winter Breeze

Suite au léger retard accumulé lors du changement de plateau de Sujin, Persefone monte sur scène aux alentours de 0h40, une heure où certains festivals commencent à se clairsemer, mais pas ce soir. Le public du Metal Fest 09 reste massé devant la scène, bien décidé à accueillir comme il se doit la tête d’affiche andorrane. Il a eu raison d’être patient : ce qui va suivre est un moment suspendu, un concert dense, habité et totalement à la hauteur de la réputation du groupe.

Pour cette date, le choix a été fait d’une formation resserrée, presque intime puisque Miguel Espinosa au chant n’est épaulé que par les guitaristes Carlos Lozano Quintanilla et Filipe Baldaia, ainsi que par le batteur Sergi Verdeguer. Pas de claviers physiques sur scène, pas de bassiste, pas de déploiement scénique massif, juste l’essentiel, ce qui revient presque à un retour aux fondamentaux. Une approche d’autant plus intéressante que le groupe s’apprête à sortir, dans quelques semaines, un album live orchestral, Live In Andorra, enregistré avec l’Orquestra Nacional Clàssica d’Andorre. Ce soir, pourtant, aucune grandiloquence symphonique. En effet, Persefone a choisi de jouer la proximité et la tension pure.

Le son massif mais paradoxalement clair laisse toute la place aux contrastes, l’un des chevaux de bataille du groupe. On passe de déflagrations death progressif ultra-techniques à des envolées mélodiques d’une limpidité bluffante, sans jamais perdre le fil. Là où certains groupes se contentent d’alterner violence et douceur, Persefone construit de véritables arcs émotionnels, et même en formation réduite, la dynamique est magnifique. Il faut dire que Miguel, souvent au centre mais parfois légèrement en retrait, donne un relief particulier aux compositions. Son chant est expressif, tour à tour déchiré, solennel, habité et l’homme guide le public dans ces morceaux qui, pour la plupart, sont de véritables labyrinthes musicaux (« One Word »). On sent le groupe concentré, resserré, soudé : rien ne dépasse, mais tout respire. Paradoxe, vous avez dit paradoxe ?

Les deux guitaristes, eux, livrent une prestation hors norme. Carlos, toujours aussi précis, déroule des passages ciselés dont la fluidité est omniprésente. Filipe, lui, jongle entre riffs techniques et mélodies aériennes et n’hésite pas à se rapprocher du public pour accentuer ce lien que le groupe a toujours su créer en live. La complémentarité fonctionne parfaitement et la moindre variation rythmique est soutenue par un Sergi impérial derrière les fûts (« Flying Sea Dragons »).

Malgré l’heure tardive, la salle reste incroyablement réceptive et le public suit les injonctions du groupe au quart de tour. Persefone n’est pas réputé pour ses longs discours, mais il n’en a pas besoin : ici, la musique parle, et elle parle plutôt fort… L’absence de basse physique pourrait surprendre, mais elle est compensée. Les arrangements sont propres, maîtrisés et même sans l’assise de Toni Mestre, figure emblématique de la formation, les morceaux gardent leur densité et leur ampleur. La décision de ne pas remplacer le bassiste est audacieuse mais elle fonctionne : l’espace sonore est plus clair, plus tranchant et les guitares n’en ressortent que mieux.

Le set, construit comme un voyage, puise dans différentes périodes du groupe, mêlant puissance brute et instants d’une douceur presque spirituelle. Lors que le final est entamé, le sentiment général est simple : c’est une leçon de maîtrise. Un concert qui traverse la fatigue, qui dépasse l’heure tardive et qui transcende même les contingences techniques du début de soirée. Clore cette deuxième journée du Metal Fest 09 avec un groupe de ce calibre n’était pas un pari facile, mais Persefone a transformé l’essai avec une élégance et une intensité rares au fil d’un set profond, exigeant et hautement cathartique. Il est très tard… mais personne ne regrette d’être resté !

Setlist :

Sounds and Vessels
One Word
The Equable
Stillness is Timeless
Prison Skin
Living Waves
Kusanagi
Merkabah
The Great Reality
Flying Sea Dragons
Mind as Universe

Au terme de ces deux soirées intenses, une chose est sûre : le Metal Fest 09 confirme plus que jamais sa place singulière dans le paysage metal occitan. Sans artifices ni démesure, mais avec une conviction farouche, le festival continue de tracer son propre chemin, celui d’un événement proche de son public, soucieux de valoriser la scène émergente tout en offrant des plateaux ambitieux et cohérents. À la salle de La Laure, ce n’est pas seulement la musique qui résonne : ce sont des rencontres, des retrouvailles, des découvertes et cette atmosphère chaleureuse qui ne trompe jamais.

En faisant cohabiter la fougue des jeunes formations et la maturité d’artistes confirmés, cette édition 2025 a rappelé que le metal, sous toutes ses formes, reste avant tout une affaire de passion partagée. Entre les échanges à la buvette, les discussions entre deux sets, les pogos improvisés et les éclats de voix qui perdurent bien après la dernière note, Saverdun s’est une fois encore transformée en véritable terre de metal, vivante, vibrante et fièrement indépendante.

Le rideau tombe donc sur ce cru particulièrement réussi, mais l’envie d’y retourner est déjà bien présente. Rendez-vous en 2026, sans aucun doute, pour une nouvelle édition qui promet déjà de rallumer les amplis et de faire trembler l’Ariège. Rock on !



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