À l’automne dernier, la scène metal française a franchi un cap symbolique. Avec la première édition des Foudres, une cérémonie inédite venait, pour la première fois, récompenser l’ensemble des acteurs des musiques métalliques : artistes, structures, projets associatifs, initiatives sociétales et professionnelles. Derrière cette initiative ambitieuse, un homme : Pascal Gueugue, président de la Fédération française des Musiques métalliques, structure créée fin 2022 avec un objectif clair : sortir le metal de son isolement institutionnel, sans jamais renier son ADN.
Pensée comme un outil de valorisation plutôt que comme un exercice de normalisation, la Fédération entend défendre une filière longtemps laissée à la marge des politiques culturelles, malgré son dynamisme, sa diversité et son poids réel sur le territoire. Les Foudres s’inscrivent pleinement dans cette démarche : une cérémonie volontairement ouverte, plurielle, attentive autant aux esthétiques extrêmes qu’aux enjeux sociétaux, environnementaux et professionnels qui traversent aujourd’hui la scène.
Dans cet entretien, Pascal Gueugue revient en détail sur la genèse de la Fédération, la création des Foudres, les choix éditoriaux et politiques derrière la cérémonie, les critiques qu’elle a suscitées, mais aussi les perspectives d’évolution pour les prochaines éditions. Une plongée lucide et sans langue de bois dans les coulisses d’un projet qui entend faire avancer la scène metal française, sans chercher à la rendre consensuelle.
« Ce qui m’a étonné, c’est pourquoi, dans la filière metal, si peu de groupes, d’artistes et de producteurs se renseignent, vont chercher des aides, frappent aux portes, se professionnalisent. A un moment donné, le do-it-yourself montre ses limites. »
Radio Metal : Pour commencer, on peut parler de ce qu’est la Fédération des Musiques métalliques ?
Pascal Gueugue : La Fédération a été montée officiellement fin 2022. Nous avons vraiment lancé les adhésions début 2023. Je l’ai créée tout simplement parce qu’il n’existait pas d’équivalent dans le metal. Aujourd’hui, il y a des fédérations de chansons, jazz, musique du monde, world, électro, tout ce que tu veux, mais il n’y avait rien dans le metal. Le rôle d’une fédération, c’est vraiment de défendre les intérêts d’une filière – pas au sens syndical, mais au sens plutôt de valorisation –, l’amener à se professionnaliser, défendre ses sujets auprès des institutionnels, etc. C’était exactement ce que je voulais faire en créant la Fédération : essayer de représenter la filière. Certains se reconnaissent dedans, d’autres non. En tout cas, l’idée était de défendre cette culture auprès des institutions avec qui j’avais l’habitude de travailler, qui commençaient tout juste à avoir un autre regard, qu’eux aient un interlocuteur et que je sois l’interlocuteur de la scène pour créer ce dialogue qui était un peu coupé.
Quand tu parles d’institutions, tu penses à quoi ?
Je pense surtout aux structures de la musique, à l’écosystème musical : la SACEM, le CNM, l’ADAMI, la SPEDIDAM, la SPPF, jusqu’au ministère de la Culture. Tout ce qui fait qu’aujourd’hui il existe un univers professionnel autour de la musique, avec des interlocuteurs pour les artistes, les producteurs, etc. Je les côtoie depuis longtemps, mais ils restent souvent méconnus, ou mal connus, dans le milieu du metal, car c’est une filière qui s’est développée de manière assez organique, sans passer par ces préalables, contrairement à d’autres filières comme la chanson ou le jazz, qui sont très structurées depuis longtemps et qui savent très bien à quelles portes frapper pour aller chercher des aides. Ce qui m’a étonné, c’est ça : pourquoi, dans la filière metal, si peu de groupes, d’artistes et de producteurs se renseignent, vont chercher des aides, frappent aux portes, se professionnalisent ? Pourquoi le do-it-yourself est resté la norme, alors même qu’il y avait un besoin ? Ce qui a vraiment fait bouger les lignes, c’est le Covid-19. Ça a été un plafond de verre pour cette scène, qui s’est retrouvée bloquée. Avant, ça fonctionnait parce qu’il y avait moins de normes, moins de cadres. À partir du moment où il y a eu les attentats, puis le renforcement des normes de sécurité, la SACEM qui est devenue incontournable… Tout est devenu plus complexe, et à un moment donné, le do-it-yourself montre ses limites. Venant du monde de la musique, mais ayant aussi travaillé dans d’autres secteurs, je trouvais certaines choses évidentes. Il m’a semblé important d’essayer de les amener dans cette filière.
Dans cette volonté de défendre les intérêts du metal, il y a eu cette idée de créer les Foudres, une cérémonie pour essayer de valoriser la musique metal française. Peux-tu raconter l’origine de cette cérémonie ?
Les Foudres, c’est d’abord une rencontre avec Arnaud Millard et la direction du groupe Paris Entertainment qui regroupe l’Adidas Arena, l’Accor Arena et le Bataclan. C’était ensuite l’envie de leur part de valoriser le Bataclan dans le cadre d’un événement lié au metal un peu fort et mon envie, en tant que fédération, de créer une valorisation de la filière qui n’existait pas dans les cérémonies existantes – en l’occurrence, Les Victoires De La Musique où le metal, et même le rock, est malheureusement complètement absent. Un peu à l’image des Flammes, c’est en partie de ça que nous nous sommes inspirés, nous nous sommes dit : « Montons notre propre cérémonie. » Ça s’est passé il y a un peu plus d’un an maintenant. Nous avons mis tout en place en un an et ça a abouti à la cérémonie que vous avez vue en octobre.
Est-ce qu’en parallèle, tu essaies aussi de faire en sorte que le metal soit intégré aux Victoires De La Musique ?
Je ne suis pas dans le comité des Victoires. Je n’ai jamais été très proche de ces réseaux-là. Je n’ai donc pas eu de volonté de le faire. Je sais qu’il y a des gens qui ont essayé de travailler en ce sens, de l’intérieur, et qui n’y sont pas parvenu – la preuve, c’est de pire en pire. Je me suis dit qu’on n’y arriverait jamais comme ça. C’était plutôt une envie de créer un truc complètement dissident, et de se dire : « Ok, on va créer notre truc et on verra bien ce qu’il se passe. » Le fait est que ça nous a plutôt donné raison puisque ça s’est bien passé, les gens étaient très contents et, globalement, je trouve que c’était plutôt chouette pour une première année.
« C’était vraiment une volonté de notre part d’ouvrir le champ d’action et des possibles sur cette filière, qui est plurielle, où il y a plein de genres différents. Je trouve que c’est très français de dire : ‘Ah tiens, ça ne rentre pas dans la case.' »
La scène metal est une scène qui est plurielle, avec plein de sous-genres. Comment fait-on pour aborder une cérémonie en représentant une scène aussi complexe ?
L’idée n’était pas d’aller sur une cérémonie qui récompense les esthétiques. Nous avons donc été assez large sur l’approche artistique. Ensuite, nous nous sommes dit que nous voulions balayer large parce que le rock un peu énervé, pour nous, faisait partie de la composante metal tout comme le metal le plus extrême. C’est ce que nous avons essayé de représenter dans la soirée, c’est-à-dire d’avoir du Gravekvlt, du Grandma’s Ashes, du Carpenter Brut, etc. C’était un peu à l’image de ce que nous imaginions dans la scène metal. Et puis dans les gens qui ont été récompensés, ça allait d’artistes de black comme Houle jusqu’à d’autres plus mainstream, comme Gojira – qui est devenu mainstream mais qui ne l’est pas, dans l’absolu. C’était vraiment une volonté de notre part d’ouvrir le champ d’action et des possibles sur cette filière, qui est plurielle, où il y a plein de genres différents. Je trouve que c’est très français de dire : « Ah tiens, ça ne rentre pas dans la case. » J’écoute Pearl Jam, comme j’écoute Napalm Death. Ça ne me pose pas de problème de dire que ça fait partie de la grande famille du rock.
D’ailleurs, à la soirée, il y avait Last Train et ils étaient très contents d’être là, même s’ils n’ont pas trop compris ce qu’ils foutaient là. Ils étaient au Hellfest, les metalleux les aiment bien et je trouve ça très cool qu’il y ait des passerelles. Finalement, cette scène rock française a du mal à émerger. Là où on a une communauté et des événements qui la représentent, je trouve qu’en France pour le rock c’est moins le cas. A part les Eurockéennes et Rock en Seine qui avait un peu perdu le fil pendant un moment ; ils reviennent un peu à l’essence, donc c’est intéressant. Je ne suis pas expert, mais je trouve qu’il y a des trucs hyper intéressants dans la scène française rock, comme Pogo Car Crash Control, Last Train, KoKoMo, etc. C’est une scène qui est intéressante à valoriser. Je ne pense pas que nous irons jusqu’à KoKoMo parce qu’il faut que nous restions cohérents par rapport à ce que nous revendiquons en termes de scène, mais ça ne me choque pas qu’on lui donne une petite place.
Peux-tu expliquer comment ça s’est passé au niveau du comité de sélection ? Comment est-ce que vous avez établi les catégories et sélectionné les projets ?
Nous avons établi un petit comité de direction avec l’équipe de l’Accor Arena, etc. Nous étions quatre pilotes dans l’avion : la Fédération et moi, le Bataclan, l’Accor Arena et l’Adidas Arena, qui est de la même équipe. A partir de là, nous avons créé un comité éthique, qui était chargé d’identifier les projets intéressants à faire sortir du lot par catégories. Ces dix projets que nous avons extraits par catégories, nous les avons soumis au vote de professionnels, puis au vote du public. Nous avons fait une espèce de système d’entonnoir, pour essayer de ne pas partir trop large, en essayant de sélectionner des projets qui nous paraissaient pertinents, pour arriver aux trois finalistes et aux vainqueurs finaux sur les catégories, en essayant de laisser quand même le dernier mot au public sur un certain nombre de catégories, parce que c’était important. Je pense que ce sont des petites choses que nous allons ajuster en année deux, probablement en faisant de l’appel à projets que nous n’avons pas fait cette année. Nous allons peut-être fonctionner un peu différemment. Nous sommes en train de réfléchir à la suite.
Ce qui change aussi par rapport à une cérémonie plus classique, c’est l’accent mis sur les associations, sur les projets qui ont un impact sociétal, environnemental. C’était un choix fort.
Oui. C’est un truc que je porte depuis le début à la Fédération. Je n’imagine pas une scène sans valeurs. En plus, on a quand même une scène qui est aussi montrée du doigt pour certaines dérives, alors qu’elle n’en a pas plus que les autres, à mon sens. Mais nous balayons devant notre porte et c’est normal. Je trouve hyper important que nous valorisions les projets sociétaux et environnementaux, la place des femmes, la tolérance, l’écologie, etc. que je ne vois pas comment on peut dissocier aujourd’hui de la société, de la culture, de ce que nous essayons de défendre. Il y a des groupes qui portent ces valeurs, notamment Gojira et d’autres. Les générations qui arrivent vont être encore plus porteuses de ces valeurs – j’espère. Récompenser More Women On Stage, c’était important. De la même manière, nous avons voulu valoriser les gens de l’ombre, parce que ça nous paraissait aussi important. Un peu comme aux Césars où il y a une valorisation des gens qui font le boulot derrière et sans qui il n’y aurait rien.
« Depuis que j’ai monté la Fédération, je me fais cartonner. Dès que tu vas à un endroit où les gens ne veulent pas que tu ailles ou que tu exposes un peu trop leur jardin secret, ça les fait chier. »
C’était quoi les plus gros défis pour toi, pour arriver à monter cette cérémonie ?
Le timing était hyper short. Un an… enfin, pas vraiment un an, parce que nous avons réellement démarré au début de l’année. C’était très speed. Il a fallu essayer de contenter un peu tout le monde, trouver le bon équilibre avec la scène un peu extrême, underground, qui est compliquée à valoriser, parce qu’en même temps, elle rejette un peu ces formats-là. Ce n’est pas forcément facile, mais nous voulions arriver à intégrer une composante de cette scène, d’où des Gravekvlt et des choses comme ça. Le compromis n’était pas évident. Ensuite, il y avait des enjeux financiers et de visibilité. Nous avons eu la chance d’avoir France TV, ce qui était la cerise sur le gâteau, même si nous l’espérions depuis le début. Globalement, tout le monde a répondu de manière positive. Toutes les personnes que j’ai appelées, notamment pour organiser la partie comité de remise, les gens qui ont remis les prix, etc., ont joué le jeu. Ils étaient très contents d’être là. La réussite, c’est que la soirée était à l’image de ce que nous voulions faire, c’est-à-dire un événement cool, détendu, où les gens regardent une cérémonie debout avec des bières et sont contents d’être là.
Cette première cérémonie a été retransmise à la télé, avec un petit décalage. Ça a été négocié quand ?
Hyper tard. Nous étions sur le coup de la production quasi depuis le début. Nous cherchions une télé, nous voulions une diffusion. C’était en négociation depuis le début de l’année. Nous avons remis un coup de pression. Nous avions des gens qui connaissaient bien des personnes à la direction de France TV, et qui ont réactivé, remis le dossier en avant. Ils ont accepté, je ne sais pas vraiment pour quelle raison. À un moment, ils se sont dit : « Ok, on le fait. » Ça a été un peu le branle-bas de combat, puisque tout s’est décidé trois semaines avant. Changement de configuration, intégration des caméras, installation des canons, des antennes paraboliques, des équipes, du prompteur… Tout ce qui a fait que c’est devenu un vrai truc télévisé.
Et le choix de Thomas VDB en maître de cérémonie ?
Thomas, c’était assez évident dès le départ. En tout cas, quand nous avons commencé à nous réunir et à nous demander qui pourrait être le MC, le host, c’était clairement l’un des meilleurs candidats pour nous. Il connaissait le projet, il connaît le metal, il connaît le rock. C’est quelqu’un de très à l’aise. D’ailleurs, sur la soirée, je l’ai trouvé très bon, très à l’aise pour gérer les changements de plateau, etc. Sachant que nous avons eu très peu de répétitions. Nous avons répété seulement quelques heures la veille, quasi sans personne. Moi, je jouais tous les rôles, le remettant, etc., et Thomas a géré. Ensuite, ça s’est fait le jour même. Encore une fois, la bonne ambiance a fait que ça a vraiment pris, mais lui n’y est clairement pas pour rien.
Vous aviez aussi des Foudres qui étaient invisibles pour le public votant, comme la plus grosse vente de disques ou la Foudre des Foudres pour Gojira. Ça s’est décidé à quel moment ?
Gojira c’était évident dès le départ. Nous nous sommes dit que c’était important de les avoir dès la première édition. J’avais le contact, donc j’ai eu la chance de pouvoir les joindre assez vite. Nous avons tout de suite validé avec le manager le fait qu’ils soient là, c’était vraiment génial. Ensuite, nous nous sommes rendu compte que nous étions très axés sur le live et qu’il manquait un peu la partie disque dans la cérémonie. Comme c’était Ultra Vomit, c’était aussi l’occasion de les inviter et de les récompenser pour leur travail. Nous étions très contents qu’ils soient là. Cette décision s’est prise un peu plus tard, à la rentrée, quand nous nous sommes posé la question.
« Le but n’était pas de rendre le metal mainstream, mais de montrer que cette culture existe. Quand tu ouvres une cérémonie sur France TV avec Gravekvlt, je trouve que la critique est quand même mal placée. »
Il y a donc eu la cérémonie et derrière, énormément de commentaires, sur tous les articles qui sont apparus, dont pas mal un peu durs. Comment est-ce que toi, t’as vécu ça ?
De toute façon, depuis que j’ai monté la Fédération, je me fais cartonner. Dès que tu vas à un endroit où les gens ne veulent pas que tu ailles ou que tu exposes un peu trop leur jardin secret, ça les fait chier. Sachant que mon objectif n’est pas d’exposer qui que ce soit, mais plutôt de professionnaliser la filière. Mon sujet, ce n’est pas que le metal devienne mainstream. D’ailleurs, je pense qu’il ne le deviendra jamais, et pour certains groupes, ça ne changera rien. En revanche, si même des groupes très underground comprennent qu’à un moment donné ils peuvent gagner un peu d’argent simplement en déposant leurs œuvres à la SACEM, alors j’ai gagné mon combat. C’est ça, mon enjeu. Sur les Foudres, ça a été l’étape d’après. Là, on expose clairement le sujet. Résultat : ça a été la fête de la critique. Je pense malgré tout que ça reste une minorité, comme souvent. Globalement, j’ai plutôt eu de très bons retours. Après, les haters se sont acharnés sur la cérémonie : il y avait ci, il y avait ça, il y avait Gojira, il y avait le Hellfest… Mais en réalité, s’il n’y avait pas eu Gojira ou le Hellfest, ils auraient dit qu’il n’y avait pas Gojira ou qu’il n’y avait pas le Hellfest. On n’est jamais content. C’était une première édition, donc évidemment que nous allons ajuster certaines choses à la marge, mais nous sommes très contents de ce que nous avons fait, et surtout de l’avoir fait. Encore une fois, le but n’était pas de rendre le metal mainstream, mais de montrer que cette culture existe. Quand tu ouvres une cérémonie sur France TV avec Gravekvlt, je trouve que la critique est quand même mal placée. Cette scène-là, qui critique et qui n’est jamais contente, je l’ai beaucoup subie l’année dernière. Cette année, j’ai choisi de passer à autre chose, de continuer à avancer. Ça ne m’empêche pas de faire des choses.
Il y avait déjà une initiative existante qui s’appelait Les Triomphes Du Metal. Les gens se demandaient quel était le lien avec le projet.
J’ai participé aux Triomphes, j’y ai été invité l’année dernière. Pour moi, nous ne sommes pas au même endroit. Ni Arthur, ni nous, ni personne n’avons la primeur d’avoir monté ce type de projet, parce que beaucoup de gens ont eu cette idée depuis longtemps. En revanche, à cette ampleur-là, non, ça n’avait jamais été fait. C’est là que réside la nouveauté. Si nous avons pu le faire, c’est parce que nous avons eu les moyens. Une cérémonie comme celle-ci coûte cher et tu ne peux pas la monter autrement. Je sais qu’Arthur mène ses Triomphes avec des bouts de ficelle, comme il peut. À un moment donné, si tu veux faire quelque chose de solide, il faut des moyens, des partenaires, aller chercher de l’argent, avoir des institutions derrière. Nous, nous avons réussi à réunir tout ça autour de cette cérémonie. Sa démarche est très underground, très ancrée dans le live et le terrain. La nôtre allait chercher quelque chose de plus large, d’où la dimension sociétale, des prix comme le prix éditorial, la valorisation de la scénographie, de l’artwork, etc. Ce sont des choses qu’on n’avait pas forcément l’habitude de voir dans d’autres cérémonies.
Nous défendions la culture au sens large, et c’est exactement ce que nous avons fait. Ça aurait été malvenu de notre part d’aller sur les esthétiques, par exemple, ce qui est typiquement sa démarche à lui. En même temps, si nous avions fait ça, je ne suis pas sûr que nous aurions eu autant de partenaires. Nous avons trouvé un équilibre : ne pas être trop niche, tout en montrant qu’il y avait de la pluralité, de la diversité, de l’extrême et des choses plus accessibles. Nous avons montré que c’est une culture au sens large, avec une communauté, des codes et des éléments intéressants à promouvoir et à valoriser. C’était vraiment le but. Je pense que ce n’est pas ce qu’Arthur cherchait à faire, parce que ce n’est pas sa démarche. La sienne est plus frontale : quel est le meilleur groupe de metalcore, le meilleur groupe de grindcore, etc. ? C’est très orienté scène. Nous, nous avons essayé d’ouvrir.
Tu disais qu’il y aurait des améliorations. Forcément, quand on fait une première expérience, on apprend. Qu’est-ce que vous mettez en place l’année prochaine ?
Pour l’instant, nous sommes encore en train de travailler dessus. Il y aura peut-être un appel à projets sur des candidatures extérieures. En tout cas, nous allons peut-être fonctionner un peu différemment, avec davantage de propositions entrantes et quelque chose de moins descendant. Nous allons sans doute renforcer le comité éthique, en créant un véritable comité vigilant sur tous les aspects qui peuvent poser question ou être contestables. L’idée serait peut-être de donner un peu moins de place aux institutionnels dans les choix, mais de les positionner davantage comme un regard critique et référent sur ce qu’il faut respecter pour que tout se passe bien. Je pense que nous resterons globalement sur la même formule. Sur le timing, on est plutôt bien. Le but n’est pas de faire une cérémonie de cinq heures, car il n’y a rien de plus chiant. Nous allons peut-être splitter une ou deux catégories. Par exemple, la catégorie « Evénement de l’année » mettait en concurrence des événements de tailles très différentes, et parfois très différents par nature. Mais ce sera vraiment à la marge.
« Mon coup de cœur, c’est la richesse de la scène française. Elle est extrêmement vivace, il se passe plein de trucs. Tout ce que nous sommes en train de faire, moi mais aussi plein d’autres, commence à être valorisé, à se voir et à œuvrer dans le bon sens. »
On est dans un monde qui marche beaucoup avec l’associatif, que ce soit dans les médias, dans les structures, dans les organisations de festivals, de concerts. Comment cette scène est-elle représentée aussi dans le choix des projets ?
Nous avons impliqué ces gens-là dans le vote professionnel. Nous avons identifié deux cents structures, médias, prod, association ou pas association, label et compagnie. Eux avaient vraiment voix au chapitre sur le vote important, c’est-à-dire celui qui allait présélectionner les projets qui allaient amener aux finalistes. Je pense que ça restera cet endroit-là qui va être privilégié. Nous allons garder notre logique de comité éthique, mais il y aura un comité d’experts qui sera, lui, chargé de short-lister les projets. Encore une fois, c’est juste pour être cohérent et faire en sorte qu’il n’y ait pas trois cents choix soumis aux professionnels, qu’il y ait déjà un petit écrémage pour que ça reste faisable techniquement et que ce soit en bonne intelligence.
Pour qu’un projet soit éligible, il faut qu’il ait eu lieu entre quelle date et quelle date ?
Cette année, nous nous étions basés entre fin août l’année d’avant et juin pour neuf Foudres sur douze. Et nous avions laissé trois Foudres jusqu’à fin juillet-août pour intégrer la partie événements, découvertes de l’année et artistes de l’année, je crois. Vu qu’il y avait la saison des festivals, nous avons fait en sorte qu’il puisse y avoir la possibilité de changer d’avis. Tout ça a été très court en timing parce que ça a donné des périodes de vote extrêmement courtes. Je vais balancer une info, mais nous allons normalement un petit peu décaler la cérémonie dans le temps pour 2026. Ça sera plus vers la fin de l’année. Nous devrions gagner un peu de temps sur le planning.
Pour toi, c’est quoi le déroulement idéal ou la cérémonie idéale des Foudres en 2026 ?
La même avec un peu plus de temps de préparation. Franchement, nous sommes très contents de ce que nous avons fait, sans vouloir nous jeter des fleurs. Je trouve que nous avons bien bossé et que nous avons fait un truc plutôt chouette. Je pense que nous essaierons de trouver un duo homme-femme pour animer et d’être un peu plus à parité. Ce n’est pas évident. Nous avons essayé cette année, mais c’est compliqué. Je ne dis pas que nous aurons forcément des groupes à parité, mais en tout cas, nous allons essayer d’avoir une représentation féminine plus importante dans le temps de la cérémonie.
Et dans dix ans, ce serait quoi ?
Déjà, j’espère que ça va continuer à exister pendant longtemps, parce que ça reste quand même un projet qui coûte de l’argent. Il faudra que chaque année, nous ayons les moyens de pouvoir le refaire. Et puis que ça installe un truc qui fait que la scène se renouvelle, qu’on valorise des émergents, qu’on récompense des groupes qui ont bien marché dans l’année, etc. J’ai fait un tremplin avec le Midem pour l’émergence, les Foudres, le développement de la scène, la professionnalisation, tout ça participe au même cercle vertueux. C’est-à-dire que, vraiment, nous faisons découvrir des choses qui sont récompensées, qui font que d’autres gens, comme les médias, s’y intéressent et que la roue tourne pour que tout le monde trouve un intérêt et que ça bénéficie à tout le monde. Les Foudres, pour moi, c’est ça. C’est une manière de récompenser et valoriser tous ces projets qui, à l’année, nous font vibrer, et qui vont être un peu exposés aux gens. Comme Gojira aux JO : ça a été la cerise sur le gâteau pour eux. Ils ont été propulsés ; ils existent depuis longtemps, on le sait, mais là, ils ont vraiment eu cette visibilité. Ils ont gagné des gens qui les écoutent. Si ça peut un peu se démocratiser dans ce sens-là, pour que les gens captent un peu mieux ce que c’est, ça me va. Encore une fois, tout le monde ne viendra pas au metal et tant mieux pour nous, parce que c’est un peu notre petit pré carré.
C’est quoi tes coups de cœur de l’année ?
Il n’était pas sorti pour les Foudres, mais l’album d’Igorrr est quand même assez monstrueux. Évidemment, les concerts de Gojira sur la tournée sont énormes. Mon coup de cœur, c’est la richesse de la scène française. Là, nous sortons du Road to Midem, j’ai trois cents candidatures, nous avons eu du mal à départager au moins une trentaine de projets qui défoncent. Il y a plein de trucs hyper bien. La scène est extrêmement vivace, il se passe plein de trucs. Tout ce que nous sommes en train de faire, moi mais aussi plein d’autres, commence à être valorisé, à se voir et à œuvrer dans le bon sens. Il y a des institutions qui se bougent les fesses pour nous aider. Il y a des gens qui veulent nous inviter à droite, à gauche pour qu’on parle du metal. C’est un peu plus exposé dans les médias. Je trouve que tout ça, c’est une récompense qui est plutôt bien. Pourvu que ça dure !
Interview réalisée en face à face le 9 décembre 2025 par Marion Dupont.
Retranscription : Marion Dupont.
Photos : Apolline Cornuet (2, 4, 5, 6) & Matthis Van Der Meulen (3).
Site officiel des Fouidres : lesfoudres.com.



































Chaque groupe est une aventure personnelle, un projet qui doit perdurer ou mourir, qui peut soit rencontrer un succès énorme, soit juste d’estime, soit un micro succès qui fera peut-être à jamais de cette activité un simple hobby.
Toute volonté d’institutionnaliser une scène risque aussi de l’uniformiser. Or l’uniformisation est probablement ce qui tue tout domaine artistique (à moins que ce ne soit ses bientôt 60 ans au compteur qui commence à peser sur ce style de musique, que tout ait été dit?).
Se débattre à ce point pour avoir du Metal exposé, « reconnu », diffusé partout, ce n’est sans doute pas ce dont le public à besoin : chercher à le rendre soluble dans la masse. A ce titre, les foudres étaient je crois à pleurer de conformisme.
Au secours !