Près de quarante ans après leurs premiers coups de mailloches, le cœur métallique des Tambours Du Bronx bat plus bruyamment que jamais. En véritable phénomène de scène, le groupe a écumé les scènes du monde entier et tourné avec un nombre incalculable de références issues de divers horizons artistiques. Leur concept initial, entièrement centré sur les percussions, aurait pu leur permettre de vendre leur spectacle visuellement colossal pendant toute une carrière. Les musiciens ont pourtant fait le choix d’évoluer, de revisiter la formule en profondeur. Leur dernière mue en date, Weapons Of Mass Percussion, amorcée depuis 2018, fusionne la puissance des riffs metal à leur rythmique tribale et industrielle.
Accompagné depuis sept ans par des chanteurs expérimentés, Les Tambours Du Bronx ont trouvé un souffle nouveau. Mieux, le groupe témoigne désormais d’une productivité soudainement soutenue alors qu’il s’était jusqu’à présent montré peu prolifique en studio. Signe de ce « trop-plein créatif », le récent EP The Wild Pack rassemble une petite série de pièces qui n’avaient pas été intégrées au tracklisting de l’album Evilution. Un EP d’excellente facture que Dominique Gaudeaux et Renato Di Folco souhaitent avant tout présenter comme une œuvre à part entière, et non comme un recueil de morceaux abandonnés. En un peu plus de cinquante minutes d’entretien, les deux musiciens abordent leur vision de l’identité « Tambours Du Bronx », les récentes évolutions du groupe ainsi que le travail mené avec leurs chanteurs.
« Il n’est plus du tout question de laisser le show metal de côté, il fait partie de notre identité à part entière. C’est l’aspect un peu schizophrénique de notre musique. »
Radio Metal : Weapons Of Mass Percussion était une forme d’« itération » des Tambours Du Bronx initialement pensée pour un album puis une tournée. Cette formation semble persister, et a presque pris le dessus sur le groupe historique de percussions. Est-ce que vous considérez désormais ce format comme l’identité artistique permanente des Tambours Du Bronx ?
Dominique Gaudeaux (guitare et percussions) : Je ne dirais pas ça, même si ça a été vrai. A l’origine, l’album et le concept Weapons Of Mass Percussion sont nés d’une envie, voire d’un besoin de changement. C’était nécessaire à différents niveaux. Nous avions connu des départs de musiciens et il y avait une remise en question, voire un ras-le-bol. Beaucoup de choses sont arrivées au même moment et elles coïncidaient avec notre rencontre avec Francky [Costanza, batterie] et son départ de Dagoba. Les planètes étaient alignées, c’était le moment de tester ce que nous n’avions jamais eu l’occasion de faire, c’est-à-dire jouer avec des guitares. Nous avons eu l’opportunité d’essayer avec Sepultura, c’était la preuve que ça fonctionnait. Nous étions également un peu restés sur notre fin avec cette expérience car nous n’avions pas pu tourner comme nous l’espérions. C’était trop compliqué et coûteux. A ce moment-là, nous avons pris la décision de nous orienter vers Weapons Of Mass Percussion.
C’est un projet, et non un side-project. L’idée était de faire une pause dans la carrière traditionnelle des Tambours. Nous avions vu ça comme une récréation, peut-être pendant un an ou deux. Nous laissions reposer les Tambours, sans les enterrer. Le projet était peut-être un peu glissant, mais il a fait du bien à tout le monde. Nous ne savions pas comment ça allait être accueilli, mais ça a cartonné. Nous nous sommes fait plaisir, et le concept a eu une énorme répercussion au niveau du public et des médias. De fait, nous n’avions pas envie de l’abandonner. Mais effectivement, il a tellement bien fonctionné que le show classique, sans guitares, en a été un peu délaissé. Actuellement, nous revenons à une répartition soixante-quarante. Nous recommençons à proposer avec plaisir le set classique en parallèle, il n’a pas été abandonné. Ce n’est cependant pas le même public et nous communiquons dessus différemment. Nous arrivons à avoir l’actualité d’un groupe de rock avec le show metal, à poster, à intéresser les médias. Le public est plus jeune. Sur la prestation « classique », nous sommes sur un public plus âgé et familial. Ce sont des gens qui ont vieilli avec nous. Nous avons moins de médias intéressés, donc cette facette des Tambours est plus confidentielle, mais elle existe toujours. Nous nous faisons plaisir avec les deux sets, mais il n’est plus du tout question de laisser le show metal de côté, il fait partie de notre identité à part entière. C’est l’aspect un peu schizophrénique de notre musique.
Vous évoluez de plus avec différents chanteurs, qui sont eux totalement issus de la scène metal…
Nous avons joué avec quatorze ou quinze chanteurs différents. Je ne suis plus certain du nombre. Nous avons d’ailleurs testé un set avec un nouveau chanteur dernièrement, Vincent, puisque Renato n’était pas disponible. C’était son premier concert seul, il a assuré.
Renato Di Folco (chant) : Il avait fait un concert avec moi, et un avec Stéphane (Buriez, Loudblast). Il a également joué deux fois avec Reuno (Wangermez, Lofofora).
Dominique : C’est la première fois qu’il se retrouvait seul, et sans avoir fait de répétition au préalable. Aucun de nos chanteurs n’a jamais fait de répétition !
Renato : Quand je lui ai raconté ma première avec les Tambours, il m’a répondu : « OK, c’est bon, la mienne ça va » !
Dominique : Les répétitions avec nous, c’est tricher. Mais nous évoluons en effet avec différents chanteurs. Renato est arrivé dans le groupe peu de temps après Reuno et Steph. Steeven [Corsini] de LocoMuerte a fait un concert avec les Tambours également. Il n’est pas impossible qu’il refasse des dates avec nous. Vincent a fait ses débuts il y a peu. Nous devons nous adapter en fonction des plannings de DropDead Chaos, Loudblast, Lofofora, Sinsaenum, Loco et compagnie. Ce n’est pas toujours évident, mais nous ne pouvons pas annuler un concert.
Renato : Heureusement que nous sommes une bonne équipe. Les Tambours tournent partout et régulièrement en France. Lorsque le groupe revient dans une zone géographique, les gens n’assistent pas au même show. Ce ne sont pas forcément les mêmes chanteurs, ni la même setlist. Tu peux revenir voir les Tambours d’une année sur l’autre sans avoir le même spectacle.
« Nous avons toujours considéré les Tambours comme un groupe d’indus voire de metal, mais sans guitares. C’est notre milieu, c’est la musique écoutée par beaucoup d’entre nous. C’était juste un pas à franchir, mais aussi, quelque part, un risque commercial. »
Comme le précisait Dominique, Vincent est intervenu seul à l’occasion du concert rennais le 3 octobre dernier. J’imagine qu’il y avait une certaine pression…
Vincent est l’un de mes meilleurs amis. Nous nous sommes préparés ensemble pour les dates importantes de ce début de tournée. Il a fallu échanger et débriefer concernant certaines choses qu’il n’avait pas l’habitude de faire. Tu ne peux pas être totalement serein lorsque tu te retrouves pour la première fois seul en « vitrine » des Tambours Du Bronx, avec une grosse pression sonore sur le plateau, une équipe énorme, etc. Les Tambours, c’est vingt et une personnes sur la route. Nous avons pu échanger tous les deux à ce sujet, et il s’était vraiment préparé. Il ne pouvait pas foirer, et ça n’a pas été le cas. Il a assuré.
Proposer des compositions uniquement à base de percussions pose inévitablement des limites, notamment en matière d’expérimentation. Vous aviez commencé à tester l’intégration de samples et sonorités indus dès l’album MMIX. Est-ce que, d’une certaine façon, on peut considérer ce disque comme un jalon préalable au projet W.O.M.P ?
Dominique : Éventuellement. Je dirais même que cette volonté a été amorcée un peu plus tôt. Nous n’avons jamais été très prolifiques en studio, parce que nous n’avons jamais été de gros vendeurs. Jusqu’à W.O.M.P., c’était surtout le spectacle qui comptait. Je pense que nous avons commencé à intégrer des samples dans notre musique un peu avant les années 2000. Au début, c’était timide et uniquement pour des samples percussifs. C’était discret mais présent. Mais depuis vingt-cinq ans, nous avons la volonté d’évoluer. Nous sommes en effet un groupe de percussions, mais nous n’avons jamais vraiment abordé la percussion de manière traditionnelle. Nous ne sommes même pas vraiment des percussionnistes, mais des rockers. Au sein des Tambours Du Bronx, il y a des guitaristes, des batteurs, des chanteurs etc. Personne n’a une vraie formation de percussionniste « traditionnel », classique, ethnique ou que sais-je. Nous avons toujours construit nos disques comme des albums de rock, avec des riffs. Sauf qu’au lieu de le faire avec une guitare, c’est avec un bidon. Nous avons toujours eu cette volonté d’ajouter des sons.
Notre évolution est sûre bien qu’assez lente, et ponctuée de quelques frayeurs. Nous avions peur notamment d’intégrer de vrais instruments, parce que ça ne correspondait pas à l’attente de notre public. C’est une peur qui s’est levée lors de notre collaboration avec Sepultura, projet qui nous a permis de monter sur scène avec des guitares assumées. Nous pensions qu’une partie de notre public n’était pas prête pour ça, donc nous avions opté pour des samples de guitare au moment de l’album MMIX. Mais nous avons commencé un peu plus tôt à intégrer des claviers, à aller plus loin dans les ajouts électroniques. Nous avons toujours considéré les Tambours comme un groupe d’indus voire de metal, mais sans guitares. D’ailleurs, il nous est arrivé à l’époque de jouer sur des festivals de metal. Nous étions le seul groupe sans guitares. C’est comme ça que nous avons rencontré Sepultura. Ils étaient à l’affiche avec un groupe de black, metal The Exploited et les Tambours Du Bronx. Nous étions au milieu de cette programmation mais ça fonctionnait. Notre présence ne détonnait pas tant que ça. C’est notre milieu, c’est la musique écoutée par beaucoup d’entre nous. C’était juste un pas à franchir, mais aussi, quelque part, un risque commercial.
Tu parles de risque et tu as utilisé tout à l’heure le mot « glissant » pour évoquer cette évolution. Elle semble pourtant tout à fait logique et cohérente, du moins peut-être pour quelqu’un qui écoute du metal. Est-ce que certains adeptes du son « percus » et de l’approche tribale des Tambours n’ont pas adhéré à cette approche, et avez-vous par conséquent constaté un renouvellement de votre public ?
Oui et non. Une bonne partie de notre public est toujours là. J’évoque une prise de risque car nous avons toujours été un groupe tout public, il vient de tous les horizons. Nous avons des metalleux à nos concerts, des personnes âgées ou des fans de jazz. Nous pouvons jouer dans un festival de punk un soir et un événement jazz le lendemain. Quand tu t’orientes vers un son metal, tu pars dans une niche, même si je n’aime pas trop le terme. Les gens s’ouvrent au genre, mais pour beaucoup il reste encore extrême et peut effrayer. Nous avons donc eu peur des réactions. Nous constatons aujourd’hui qu’une petite partie du public est totalement réfractaire au rock, metal et compagnie, mais c’est une infime minorité. Très souvent, nous proposons des concerts auxquels les gens peuvent venir sans avoir conscience que le show est metal. Ils le découvrent sur place et prennent une grosse tarte. Ces gens viennent nous voir à la fin pour nous dire que ce n’est pas la musique qu’ils écoutent mais que c’était super ! Ça nous conforte dans notre choix et ça permet de faire découvrir le style, de le dédiaboliser et de le faire comprendre à certains. Le spectacle est toujours là, nous appréhendons le bidon de la même manière. Il faut voir au-delà des guitares et d’un type qui crie dans un micro – c’est le côté un peu réducteur sur lequel peuvent se focaliser les extrémistes. C’est ce que font la plupart des gens : ils voient toujours les Tambours.
« Très souvent, nous proposons des concerts auxquels les gens peuvent venir sans avoir conscience que le show est metal. Ça permet de faire découvrir le style, de le dédiaboliser et de le faire comprendre à certains. »
Renato ne fait pas que crier, il chante également très bien.
Renato : C’est gentil de le noter.
Dominique : Les autres également. Reuno chante, Stéphane, qui n’était pas tellement habitué au chant clair, aussi.
Renato : Faire chanter Stéphane Buriez, c’est magnifique. Je n’avais jamais entendu chanter cette personne. Avec les Tambours, nous avons découvert son côté crooner. Nous avons réussi à faire chanter un death metalleux !
Dominique : Certaines lignes de chant sont écrites par Renato. Mais lorsqu’il n’est pas présent en concert, un autre chanteur doit bien les interpréter !
Vous assurez des dates en formation classique, et d’autres sous l’étiquette W.O.M.P. Est-ce le souhait du groupe de continuer à proposer des spectacles sous les deux formats, ou certains programmateurs présentent encore des réticences à vous faire jouer un spectacle metal ?
C’est vraiment un choix des programmateurs. C’est l’organisateur qui fait ses courses. Ça peut être une question de goût de sa part, mais c’est souvent une question de goût du public. Il sait si ce dernier sera plus réceptif à un set classique, ou pourrait se laisser tenter par l’aspect metal. Nous, nous venons avec ce qui a été programmé. C’est parfois compliqué. Nous pouvons faire un classique, avec tout le monde sur les bidons, et le lendemain un spectacle metal. Nous avons mal à nos petites paluches, ce qui n’est pas évident pour jouer de la guitare !
Renato : il y a aussi un côté schizophrène de passer de l’un à l’autre !
Vous aviez évoqué au début du projet W.O.M.P. l’idée que Francky Costanza (batterie) passe au bidon pour les shows classiques. Est-ce quelque chose qu’il expérimente désormais ?
Dominique : Un peu. Je crois qu’il intervient au bidon pour deux morceaux. Il lâche temporairement sa batterie.
Votre dernier enregistrement en « pures percussions » est le disque ROS] qui figurait sur le double album [CORROS], sorti il y a dix ans. A l’époque, ce second disque pouvait presque passer pour un bonus au premier album, [COR], qui était pour sa part teinté indus. A l’heure actuelle, est-il toujours intéressant voire commercialement envisageable pour Les Tambours Du Bronx de proposer un disque de percussions, sans ajouts autres ?
Nous n’avons pas forcément envie de refaire un album classique, ou du moins un disque complet, comme nous avons pu en enregistrer par le passé, même si aimons beaucoup nos anciens disques, et notamment [CORROS]. C’était un double album et il avait vraiment été pensé comme tel. Le titre était un jeu autour de la contraction entre corbeau et rhinocéros (chaque disque bénéficiait d’un artwork avec son animal, NDLR). Nous nous appelions nous-mêmes les corbeaux, parce que nous étions souvent en noir. Ça représentait l’orientation électro-dark prise par notre son. Nous avions également un rhinocéros en ferraille dans nos premiers clips, et il représente les débuts des Tambours. Pour cet album, nous voulions une face moderne et une autre qui représentait nos débuts. C’était également une manière de ressortir certains très vieux morceaux qui ne sont plus distribués. Les plus anciens albums des Tambours ne se trouvent que d’occasion, ils ne sont pas réédités. Nous envisageons éventuellement de le faire un jour, mais il y a des questions de droits. Nous avons donc pris la décision de réenregistrer les morceaux. Ça permettait de les remettre un peu sur le devant de la scène et de montrer les Tambours comme à leurs débuts. En complément, nous avons ajouté sur ce disque quelques nouveaux titres en percussions acoustiques.
« C’est quand même compliqué de proposer un disque intéressant avec uniquement des percussions. C’est plus facile et moins frustrant de faire un album de metal, avec des guitares. »
Mais c’est quand même compliqué de proposer un disque intéressant avec uniquement des percussions. C’est plus facile et moins frustrant de faire un album de metal, avec des guitares. Je ne pense pas que nous reviendrons, du moins pas prochainement, à un enregistrement avec uniquement du bidon. L’intérêt est sur scène, peu de gens vont écouter ce genre de disque. Un album électro, pourquoi pas, mais c’est complexe. Nous sommes vingt et il faut que nous parvenions à nous mettre d’accord. Le retour des médias était également contrasté, entre ceux qui adorent et les autres qui te défoncent. Alors que jusqu’à présent, nos albums metal sont plutôt bien accueillis. Nous pourrions sortir quelques EP classiques plus que refaire des albums complets. De plus, avec la facette metal, nous arrivons à travailler comme un groupe de rock. Nous sortons un album et enchaînons sur une tournée. Le « classique » ne fonctionne pas comme ça, nous n’avons pas forcément besoin d’un disque, c’est vraiment le côté historique des Tambours.
Avec plus de vingt membres dont plusieurs chanteurs, comment se déroulent les phases de composition ?
Nous ne pouvons pas bosser tous ensemble, nous sommes trop nombreux. Tu ne peux pas réunir un tel effectif et avoir la concentration de tout le monde. C’est impossible. Généralement, une ou deux personnes travaillent sur un morceau et vont enregistrer une démo. Après, chacun peut exprimer son opinion. Si quelqu’un veut critiquer ou donner une idée, il est libre de le faire, mais nous allons prendre les décisions à la majorité. Si la démo plaît à quinze mecs, tant pis pour le seizième gars qui va trouver ça nul. Sans ça, nous ne pouvons pas avancer. Dans tous les cas, il y a toujours un membre qui n’aime rien ! Mais ce n’est pas toujours le même, je ne cible personne [rires]. C’est inévitable. Nous venons tous d’horizons différents et il y a des écarts d’âges. Le plus jeune a vingt-deux ans alors que d’autres vont sur la soixantaine. Nous n’avons pas tous la même culture musicale. Au moment de choisir les démos, il y a un vote, puis nous les retravaillons. Les gars qui enregistrent les bidons vont pouvoir modifier leurs parties pour se les approprier, par exemple. Nous proposons des améliorations au niveau des guitares, ce qui va faire évoluer le morceau. Généralement, au bout d’un moment, nous arrivons avec une maquette qui est assez propre. C’est cette maquette qui est proposée aux chanteurs afin qu’ils puissent choisir les morceaux sur lesquels ils souhaitent intervenir.
Renato : Je n’ai pas écrit pour l’album Weapons Of Mass Percussion, les lignes de chant ont été assurées par Reuno et Stéphane. J’ai eu l’occasion de participer à partir de Evilution. Les morceaux se constituent souvent autour des riffs, autour desquels les Tambours travaillent, mais ça peut être un titre déjà existant qui est adapté pour devenir un morceau metal. Ensuite, c’est un gros marché puisque nous avons une belle sélection de maquettes. Sur Evilution et l’EP The Wolf Pack, nous avions peut-être trente ou quarante titres.
Dominique : Nous avons choisi ceux que nous voulions conserver, mais même en faisant une sélection, il en restait encore beaucoup trop. Ils ont tous été enregistrés mais ça ne tenait pas sur un disque.
Renato : Le fait d’avoir un tel choix est très pratique et agréable pour un chanteur. Nous pouvons sélectionner en fonction de ce que nous pouvons ou voulons chanter. Reuno n’a pas forcément envie d’intervenir sur les mêmes morceaux que moi. Et je ne m’oriente pas forcément sur les mêmes choix que « Bubu » (Stéphane Buriez, NDLR). Nous ne nous frittons jamais. Nous venons d’horizons si différents que la répartition se fait naturellement. En ce qui concerne l’EP The Wolf Pack ainsi que l’album Evilution, nous avons tous écrit en amont et les Tambours ont fait le tri. Les morceaux qui ne leur plaisaient pas ont été mis de côté, avant l’entrée en studio avec Niko au Vamacara Studio. Les trois chanteurs étaient présents. C’était la première fois de mon côté que j’enregistrais un album avec les Tambours, et que j’étais en studio avec un Reuno ou un Stéphane Buriez. J’ai beau travailler avec eux depuis sept ans, c’est impressionnant d’enregistrer avec des gens pareils. Ce sont des légendes, et ils écrivent et enregistrent avec toi, te donnent des conseils. Il y a eu une émulation. Certains morceaux étaient prévus pour une personne mais ils ont finalement été partagés car des idées fusaient dans tous les sens. Au final, les morceaux sur lesquels un seul chanteur intervient sont rares.
« C’était la première fois que j’étais en studio avec un Reuno ou un Stéphane Buriez. J’ai beau travailler avec eux depuis sept ans, c’est impressionnant d’enregistrer avec des gens pareils. Ce sont des légendes. »
Dominique : L’album et l’EP ont été enregistrés en même temps. Nous avions trop de morceaux pour un seul album. Il n’était pas question de partir sur un double album, c’est trop. Nous avions cet EP en tête, mais nous ne savions pas à quel moment nous pourrions le sortir.
Renato : Les EP qui sortent après un album peuvent être constitués de titres plus ou moins « déchets ». Ce n’est pas le cas ici, il s’agit vraiment de compositions que nous adorons. Nous ne pouvions pas faire un double album car c’est difficilement digeste. Personne ne l’aurait écouté en entier.
Dominique : Ce qui me fait rire, c’est que le morceau éponyme de l’album, « Evilution », est finalement sorti sur l’EP [rires].
Renato : Cette anecdote prouve très bien que nous aimons tous les morceaux et que le choix du tracklisting de l’album était horrible. En ce qui concerne le travail des chanteurs, nous avons vraiment écrit de notre côté avant de nous retrouver en studio pour retravailler l’ensemble, parfois à deux ou trois.
Vincent étant désormais rattaché aux Tambours, envisagez-vous à l’avenir d’enregistrer également avec lui ?
C’est trop tôt pour parler de quoi que ce soit à ce niveau-là. La force d’un Vincent ou de Steeven de LocoMuerte est qu’ils sont capables de tout faire. Ils préfèrent certains styles bien évidemment, et je commence à bien les connaître, pour l’un comme pour l’autre. Nous ne pouvons pas dire à ce stade qu’ils feront partie de la prochaine évolution des Tambours, et que nous les laisserons faire ce qu’ils veulent. Moi-même, j’ai été le premier surpris lorsque l’on m’a annoncé que j’allais pouvoir écrire sur le dernier album. Ça a été tellement gratifiant que je n’ai pas envie de leur dire qu’ils vont écrire sur l’album d’après [rires].
Dominique : Ils ont déjà fait leurs preuves en live. Ce serait donc parfaitement logique qu’ils interviennent en featuring à l’avenir, mais nous n’en sommes pas là.
Renato : Ce sont de très bons chanteurs, avec des capacités et des techniques incroyables. Ils sont capables de reprendre les parties de Bubu, de Reuno et les miennes. Mais oui, ce serait cool, car à chaque fois qu’un nouveau chanteur arrive, ça amène toujours un peu de fraîcheur à la proposition, mais comme nous venons de le dire, c’est trop tôt pour commencer à en parler.
The Wild Pack sort deux ans après Evilution, avec un artwork qui fonctionne en miroir. Est-ce que cet EP matérialise, d’une certaine façon, la fin d’une ère pour les Tambours ?
Dominique : C’est plutôt la fin de cet album. L’artwork fait partie intégrante de ce qu’avait proposé Gary [Ronaldson] pour Evilution. Les hyènes étaient face au rhinocéros. Comme nous avions envisagé dès le départ un EP, nous avions conservé cette illustration afin que les deux artworks puissent être mis côte à côte par la suite. Ce n’est pas vraiment la fin d’une ère, par contre nous allons arrêter avec les bestioles sur les pochettes ! Nous aurions pu sortir cet EP plus tôt, mais c’est toujours très compliqué et lent avec les Tambours. Et ce n’est pas simple dans le monde actuel de trouver la bonne date, d’autant plus que l’album Evilution nous a permis de tourner pendant un bon moment. C’était le moment de remettre le couvert et de continuer à avancer.
Vous avez longtemps été un groupe instrumental. Intégrer du chant permet d’exprimer des opinions, de faire passer des messages ou de prendre position. En tant que musiciens, est-ce que vous accompagnez les chanteurs afin d’établir une cohérence dans les textes ou intervenez sur le choix des sujets ?
Chacun dispose de sa liberté pour écrire ses textes et aborder les thèmes souhaités. Nous nous connaissons et nous nous entendons bien. Nous savons qu’aucun chanteur ne va se lancer sur un sujet qui nous déplairait, tout simplement. Parfois, nous pouvons éventuellement orienter légèrement le texte. Lorsque nous écrivons une démo, nous lui donnons un nom. Je n’aime pas travailler sur un titre qui s’appelle « morceau 1 » ou « morceau 2 ». Je déteste ça. Parfois, le titre est une blague et elle peut rester, mais pas toujours. D’autres fois, quelqu’un va proposer un texte ou un autre titre, et nous allons balayer la proposition. Dans tous les cas, notre bonne entente fait qu’il n’y a pas de censure. Nous ne donnons pas de consignes concernant l’écriture ou les thèmes. Les chanteurs ont l’habitude d’écrire, ils savent le faire mieux que nous. Nous avons confiance, c’est carte blanche.
« Il n’y a pas de ‘fais ci / fais ça’ chez les Tambours. Cette liberté n’existe pas forcément dans tous les groupes et c’est une belle manière d’agir pour ne pas refréner la créativité des uns et des autres. »
Renato : Il n’y a d’ailleurs pas de cohérence entre les textes des morceaux, clairement. Mais je pense qu’il pourrait être intéressant d’avoir une « orientation » donnée par les percussionnistes à l’avenir, peut-être pour un projet d’EP ou un concept-album avec des paroles qui s’inscrivent dans une même ligne directrice. Actuellement, nous écrivons de la même manière pour les Tambours que pour nos autres groupes, même si Reuno est beaucoup plus politique avec Lofofora et qu’il se retient dans les Tambours. C’est très bien, puisque ce n’est pas du tout le propos. Mais il met la plume que tout le monde connaît bien au service des Tambours pour raconter de belles histoires, sans taper dans le registre politique. En ce qui concerne « Bubu », on est plus du côté de Satan [rires]. Il n’y a évidemment rien de satanique, mais il écrit des textes teintés death metal. En ce qui me concerne, je suis un conteur et j’aime raconter des histoires. Je peux parler de moi, d’une histoire personnelle, ou partir d’une expérience propre pour broder la suite.
Dominique : Nous n’avons jamais eu à nous pencher sur les textes, puisque le chant dans les Tambours était auparavant limité à quelques cris scandés sur de rares morceaux. Nous nous concentrons sur les parties de bidons et sur l’entente au sein du groupe, ce qui est déjà assez compliqué. C’est pratique pour nous de laisser la main aux chanteurs en ce qui concerne les textes. A l’avenir, nous pourrions avoir des idées de développement, au-delà des titres des chansons. Parfois, nous pouvons avoir une petite idée derrière la tête pour un morceau. Il n’est cependant pas question d’imposer, mais peut-être d’orienter.
Renato : Le titre « Chaos » est un bon exemple. Les textes viennent initialement de Dominique, et les chanteurs ont brodé autour. Pour le coup, nous avions une ligne directrice dès le départ.
Dominique : « Chaos » est un peu le contre-exemple. J’avais oublié que ce texte venait de moi. Les chanteurs ont réinterprété un morceau que j’avais écrit, mais d’habitude nous ne fonctionnons pas comme ça.
Renato : Cette question est intéressante car elle évoque une approche du travail qui n’a jamais vraiment été évoquée dans le groupe. Ce serait vraiment très cool d’avoir une ligne directrice, miser sur un concept sur tout un projet.
Dominique : C’est aussi à double tranchant à mon sens. A trop vouloir orienter le chanteur, on peut le limiter dans sa créativité. En donnant carte blanche totale, il peut amener le morceau ailleurs, surprendre tout le monde et le transcender. Il y a peut-être un compromis à trouver entre les deux approches. Écrire un texte ou donner trop d’orientation, nous ne voulons pas aller jusque-là. Suggérer des choses et voir ce qu’ils peuvent en faire, pourquoi pas.
Renato : Il n’y a pas de « fais ci / fais ça » chez les Tambours. C’est plutôt une émulation globale qui permet d’obtenir des morceaux qui ne se ressemblent pas. Ils apportent leur confiance aux gens avec qui ils travaillent. Cette confiance est très importante. Il y a une cohésion globale. C’est un luxe. Cette liberté n’existe pas forcément dans tous les groupes et c’est une belle manière d’agir pour ne pas refréner la créativité des uns et des autres. Au contraire, ça permet d’obtenir le meilleur de chacun.
« C’est difficile de se dire ‘c’est bon, c’est mon groupe’. Ça fait vingt-cinq ans que je suis dans les Tambours, et je commence tout juste à avoir ce sentiment. »
Vous êtes connus dans vos différents groupes. Reuno est par exemple un chanteur très caustique, et c’est un ton que l’on s’attend à retrouver dans les Tambours. Le morceau « We Need Godz » déroule cependant un refrain assez simple et fédérateur, qui revient autant comme un avertissement que comme un constat sur l’extrémisme religieux. Il semble représenter la voix du collectif, comme si vous aviez ensemble porté cette thématique.
Il s’agit pourtant du choix d’un chanteur. J’aime ce que tu es en train de dire, donc nous allons garder le mystère sur son identité. Beaucoup de membres sont d’accord sur la thématique, mais ce n’est pas forcément le cas de tout le monde.
Dominique : A partir du moment où le morceau revient chez nous, avec son texte et son interprétation, et qu’il botte tout le monde, il est adopté. Tout le groupe est de fait derrière le morceau et le message qui va avec.
Renato : C’est que ce morceau raconte quelque chose, et que tu peux le transposer dans ton cadre personnel. En vérité, ce n’est pas un titre sur lequel nous nous exprimons d’une seule voix, mais lorsque les gens s’approprient des morceaux comme tu as été amené à le faire, c’est que tu as réussi à écrire un bon titre. C’est qu’il s’agit d’une belle histoire racontée dans un bon morceau. Ça me fait plaisir.
Les membres des Tambours sont rarement mis en avant. L’effectif a bougé, des musiciens sont passés des percussions à d’autres instruments, les chanteurs tournent. Les personnalités des uns et des autres s’effacent au profit du groupe. Est-ce que cette conception sous la forme d’un « orchestre à géométrie variable » en a finalement assuré la pérennité, dans le sens ou ça limite l’ego ?
Dominique : Certainement. Il y a toujours de l’ego, quoi que tu fasses, surtout dans le domaine artistique, mais je pense que nous dépassons ça. Le fait que la seule entité connue soit les Tambours, même avec une star au milieu, aide à calmer l’ego. Ce qui ressort, c’est les Tambours. Il n’y a pas de figure spécialement connue au sein du groupe, personne n’a jamais été particulièrement mis en avant et nous sommes tous passés à différents postes. Tu peux avoir un gars au bidon puis au chant pour le morceau suivant. Ce que retiennent les gens, ce sont les gars qui tapent, la gestuelle et la puissance. C’est ce qui a en partie contribué à la longévité du groupe. Concernant les mouvements, il y en a, mais il faut relativiser. Nous sommes nombreux et la carrière des Tambours est longue, ce qui forcément occasionne un gros turnover. Ce n’est cependant pas forcément pire qu’au sein de groupes beaucoup plus petits. Nous entendons parler de collectif, mais les Tambours sont vraiment un groupe. Ce n’est pas une troupe qui va se produire à Broadway, qui va se séparer de certaines personnes et en recruter d’autres, voire mettre en place une deuxième troupe pour tourner. Les aléas de la vie font qu’à un moment, certains membres décident de partir pour diverses raisons. Il faut bien les remplacer. Vingt personnes sur la route, ça représente vite des chiffres impressionnants sur quarante ans de carrière. Mais Les Tambours Du Bronx est un vrai groupe.
Renato : C’est un groupe au sein duquel tu te sens bien à partir du moment où ça marche bien. Je suis arrivé bien plus tard que beaucoup, et tu n’es pas forcément intégré rapidement parce qu’il y a beaucoup de monde. J’ai tous mes groupes tatoués, mais pas les Tambours Du Bronx, du moins pas encore. Pourtant, je me sens « Tambours Du Bronx », mais pas encore assez pour l’avoir sur la peau. Il y a une intronisation particulière dans les Tambours, il me semble. C’est mon ressenti, il n’est peut-être pas valable pour tout le monde.
Dominique : Je comprends ce que tu ressens, même si on ne peut pas vraiment parler d’intronisation. C’est difficile de se dire « c’est bon, c’est mon groupe ». Ça fait vingt-cinq ans que je suis dans les Tambours, et je commence tout juste à avoir ce sentiment. C’est relativement récent. Les Tambours, c’est quarante ans de carrière. Il y a eu des gens avant moi.
Renato : C’est une interview à cœur ouvert, nous nous disons des choses devant toi alors que nous ne les avions jamais évoquées entre nous ! Pour revenir à la question, tout le monde est en effet au service des Tambours. Il n’y a pas de guerre d’ego parce que tout le monde est d’accord avec le fait que les stars, ce sont les mecs derrière les bidons. Les gens qui viennent et paient leur place sont là pour voir les gars taper sur des tambours. Ils veulent voir de la transpiration, des bidons se faire plier en deux par des mailloches énormes, que ce soit sur un spectacle metal ou classique. La personnalité des uns et des autres est importante, puisqu’il ne faut pas que quelqu’un arrive et prenne toute la place. Ce n’est pas possible, qu’il s’appelle Reuno Wangermez, Stéphane Buriez ou qui que ce soit d’autre. Ce n’est pas ce que les gens veulent voir, ce n’est pas ce que veulent les Tambours. Chacun est au service de « l’entité » Tambours Du Bronx. C’est une histoire unique.
« Il n’y a pas de guerre d’ego parce que tout le monde est d’accord avec le fait que les stars, ce sont les mecs derrière les bidons. Les gens qui viennent et paient leur place sont là pour voir de la transpiration, des bidons se faire plier en deux par des mailloches énormes. »
Le groupe a longtemps été épaulé par le label At(h)ome, et évolue désormais en totale indépendance. Pourquoi ce choix ?
Dominique : Le groupe a toujours été plus ou moins autoproduit. Nous avons toujours presque tout fait nous-mêmes, avec quelques organismes en soutien. Nous sommes producteurs et finançons notre musique. Nous avions en effet un label jusqu’à peu mais sans bénéficier de contrat d’artiste où ce dernier finance tout et a son mot à dire. Nous payons le studio et conservons donc nos droits de production. Le label assurait en contrepartie la promotion et le pressage des disques. Forcément, il prenait un pourcentage sur les ventes pour se rembourser et c’est normal. Vu l’évolution de l’industrie de la musique et nos chiffres de vente, nous nous sommes dit qu’il serait plus simple de travailler également cette partie-là nous-mêmes. Nous en avons l’habitude. Mettre des albums en rayons dans le contexte actuel ne fait plaisir qu’à quelques personnes. Ton disque va se retrouver caché derrière d’autres dans une FNAC ou un Leclerc, parfois dans le mauvais rayon. Soixante-dix pour cent de la mise en place va donner lieu à un retour… Est-ce que ça sert encore à quelque chose ? Nous nous sommes dit qu’il était peut-être préférable d’investir nous-mêmes. Par contre derrière, il faut assurer cet investissement et ce n’est pas évident. Lorsque tu as un label, c’est lui qui prend les risques et avance les frais. Désormais, c’est nous. Par contre, nous récupérons l’intégralité de l’argent sur une vente.
Actuellement, nous nous focalisons sur des sorties numériques, c’est clairement ce qui fonctionne le mieux. Nous conservons le physique pour le stand de merch et notre shop online, en quantités limitées. C’est ce qui a été fait pour Evilution. Nous voulions également envisager une sortie physique pour The Wild Pack, mais nous nous sommes un peu fait dépasser. Nous allons certainement le sortir en physique, mais pas tout de suite. Ce sera probablement une édition très limitée, peut-être cinquante ou cent exemplaires en vinyles. Le plus essentiel pour un groupe comme le nôtre est d’avoir un bon tourneur, comme Rage Tour chez qui nous sommes arrivés récemment. L’édition a son importance également. C’est-à-dire quelqu’un qui soit capable de vendre ta musique, la placer sur une série, une publicité. Il faut bien comprendre qu’il n’y a pas grand-chose qui ramène de l’argent à un groupe à l’heure actuelle, en dehors du merch et de ces choses-là. Donc pour nous, ce sont des aspects qui sont à privilégier par rapport à un label.
Quels sont vos projets pour les mois à venir ?
Nous avons des projets sur le feu. C’est souvent une question de période. Lorsque tu veux sortir quelque chose, il faut que ce soit en rapport avec ton actualité mais ça ne doit pas se faire bouffer par les sorties des autres gros groupes, dont ceux de nos chanteurs. Il faut trouver la bonne période, que ça coïncide avec des dates de concerts. C’est beaucoup plus compliqué que d’écrire un morceau et de l’enregistrer. Enregistrer, c’est pratiquement la partie la plus simple, du moins quand tu as l’inspiration. Mais une fois que tu as ton morceau, à quel moment dois-tu le sortir ? C’est là que tout se complique. Nous avons donc plein de projets, des featurings, de nouveaux morceaux, des remix, des idées de reprises… Les idées, ce n’est pas le problème ! Nous avons également un clip en cours. Il y aura peut-être une petite sortie de Noël, comme nous avions pu le faire l’année dernière ou il y a deux ans.
Interview réalisée en visio le 6 octobre 2025 par Benoît Disdier.
Retranscription : Benoît Disdier.
Photos/visuels live : Chart Photography.
Site officiel des Tambours Du Bronx : www.tamboursdubronx.com.
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